FIÈVRE C MAR R O N N E U S K
la plus profonde ; douze jours après, on procède de même avec le deuxième vaccin, qu’on injecte au membre opposé.
Chez les bovidés, les inoculations sont faites de préférence en arrière de l’épaule, en un point où la peau est fine et souple; chez le cheval, l’injection est pratiquée sur les faces de l’encolure, à égale distance du bord supérieur et de la gouttière jugulaire. On opère comme pour le mouton, mais l’on injecte deux fois plus de vaccin, deux divisions de la seringue au lieu d’une, soit un quart de centimètre cube au lieu d’un huitième.
Il est essentiel de ne pas injecter le second vaccin à des animaux qui n’auraient pas reçu le premier ; on s’exposerait à en voir périr un certain nombre.
Il convient aussi d’employer toujours le vaccin peu de temps après la réception ; tout tube ouvert doit être utilisé le jour même, en raison de l’altération rapide du liquide, qui constitue un excellent milieu de culture pour la plupart des germes de l’air.
Suites de la vaccination. — Dans la très grande majorité des cas, la vaccination n’estsuivie, chez les animauxinoculés, d’aucuntrouble général ou local. En quelques cas seulement, et sous des conditions encore insuffisamment déterminées, des accidents de divers ordres sont observés.
Chez les moutons, il survient, après la première ou la deuxième vaccination, des tuméfactions au point d’inoculation, accompagnées d’engorgements ganglionnaires et de boiterie. Très généralement, ces symptômes disparaissent en quelques jours, sans laisser d’autre trace qu’un petit noyau d’induration au niveau de la piqûre. Chez les bovidés et chez le cheval, on voit de même survenir parfois des tumeurs locales, accompagnées d’œdème périphérique, puis ces accidents rétrocèdent en un temps assez court.
Chez quelques animaux aussi, à quelque espèce qu'ils appartiennent, la vaccination détermine un mouvement fébrile passager, accompagné de prostration et d’inappétence.
La proportion de ces accidents bénins ne saurait être évaluée; tantôt quelques animaux seulement sont affectés dans un troupeau ; tantôt tous les sujets sont atteints à des degrés différents.
La vaccination peut enfin provoquer des accidents mortels, qui se montrent à la suite de la première et de la seconde vaccination. La pratique déjà longue de l’opération permet d’apprécier très exactement la gravité de ces pertes; leur taux est inférieur à un demi p. 100 pour les moutons et à un quart p. 100 pour les bovidés.
VACCINATION
Les accidents consécutifs à la vaccination sont dus évidemment à une susceptibilité exceptionnelle de certains animaux, mais les conditions de celle-ci sont à peine soupçonnées. On ne saurait retenir une influence inhérente à l’espèce ou à la race; maintes fois, les troubles ne sont observés que sur quelques animaux seulement au sein d’une population parfaitement homogène : maintes fois aussi, on les rencontre sur un troupeau alors que d’autres, vaccinés le même jour, restent complètement indemnes.
Quelques observations tendent à faire admettre que les animaux jeunes ou affaiblis sont plus sensibles à l’action du vaccin ; encore cette prédisposition n’est-elle nullement constante et, pour une même vaccination, les agneaux pourront ne présenter aucun trouble alors que les adultes seront malades. — La mauvaise alimentation est considérée comme une cause prédisposante, en raison de la débilité qu’elle occasionne (Biot — Duclaux). — D’autre part, Bigoteau (1) a tenté d’expliquer la genèse des accidents par l’hypothèse d'une infection intestinale latente au moment de l’inoculation. Il recommande de pratiquer en trois fois la vaccination des troupeaux exposés à la contagion dans les champs maudits dans les jours qui précèdent l’opération.
Il arrive fréquemment que l’on attribue à la vaccination une mortalité due en réalité à la contamination naturelle (2). C’est en effet l’une des particularités du charbon qu’après une longue période de sommeil, il frappe tout à coup, en quelques jours, un grand nombre de sujets. On doit être prévenu de ce fait pour apprécier exactement l’origine des accidents imputés de temps à autre à la vaccination pasteurienne.
Immunité conférée. — L’immunité n’est assurée que quinze jours environ après la seconde vaccination; elle suffit presque toujours pour mettre les animaux à l’abri de toutes les chances de la contamination accidentelle. La durée de la préservation est extrêmement variable suivant les individus. Dans les troupeaux vaccinés au printemps, la mortalité atteint en moyenne 1 p. 100 de l’effectif. On peut admettre que les moutons sont encore vaccinés, au bout d’un
(1) Bigoteau. — Sur la paihogénie de ta fi}vre charbonneuse. Revue vétérinaire, 189:!, p. 57.
(2) Le fait ci-après en est un remarquable exemple. Au printemps de 1882, l'un de nous faisait dans l’Aisne, de3 expériences publiques de vaccination charbonneuse; le jour de la deuxième vaccination, un fermier des environs réclama vivement pour sa beuverie les bienfaits de la vaccination : en dix jours, il venait de perdre huit bœufs sur quarante ! A coup sur, si ces animaux 'avaient reçu le premier vaccin, tout le monde eut attribué à l’inoculation cette grosse mortalité. .11. Da^iaud a cité un fait semblable, concernant un troupeau de moutons.
FIÈVRE CHARBONNEUSE
an, dans la proportion de GO p. 100 (Chamberland). Dans la pratique, il convient de renouveler chaque année la vaccination, dans les localités infectées.
Les agneaux et les veaux, nés de mères vaccinées pendant la gestation, sont trouvés parfois réfractaires au charbon (Chauveau, Rossignol). Toutefois, l’immunité ainsi transmise est loin d’être constante (Chamberland) et l’on ne saurait l’escompter pratiquement.