I. — Symptômes
On peut distinguer, suivant la rapidité de l'évolution: une forme aiguë, de beaucoup la plus ordinaire, une forme suraiguë et une forme sub-aiguë.
a. Forme aiguë. — Le début de la maladie n’est exprimé que par des signes généraux sans signification précise et de gravité très variable. L’appétit est diminué et capricieux; l’animal est triste ; la rumination, irrégulière, ne s'opère que pendant de courtes périodes. Ces premières manifestations s’aggravent en quelques jours; les aliments sont refusés à certains moments; le malade, abattu, reste indifférent aux excitations légères; l’œil a perdu sa vivacité normale. La marche est lente, hésitante; les déplacements latéraux et le tourner sur place sont difficilement obtenus. La peau est sèche : le poil piqué et terne; le mufle est chaud et sec; les cornes et les oreilles paraissent également chaudes, au contact de la main. Les muqueuses sont injectées; la conjonctive a une coloration rouge vif. Le pouls est plein et un peu vite (60-70 pulsations par minute); la respiration, accélérée (20-30 respirations par minute), courte, se montre entrecoupée de temps à autre. La température reste, chez certains animaux, inférieure à 40°; chez d'autres, notamment chez les jeunes, elle atteint 41 et 42°.
L’état fébrile est accompagné d’accidents sur divers appareils. Les arrêts successifs de la rumination provoquent des météorisations qui, momentanées en quelques cas, persistent dans d’autres pendant 12-24 heures. Les excréments, rejetés en petite quantité, deviennent graduellement plus secs. Parfois, on observe des coliques intermittentes légères. Chez les vaches laitières, la sécrétion lactée diminue notablement ou disparaît tout à fait.
Des symptômes locaux sont bientôt appréciables. Les coups portés sur le thorax, avec le poing, provoquent une toux faible, avortée, accompagnée d’une plainte de tonalité spéciale, comparée au hein! des boulangers. Cette toux est perçue aussi sous l impression de 1 air Iroid ou du déplacement; elle est toujours très faible, douloureuse, analogue à la toux de la pleurésie du cheval. Le pincement de la colonne vertébrale, au niveau des reins ou en arrière du garrot, suivi de 1 aflaissement brusque de la colonne dorso-lombaire, occasionne aussi la toux et la plainte. Les pressions exercées
PÉRIPNEUMONIE.
sur le thorax, au niveau des espaces intercostaux, provoquent une douleur exprimée par la plainte et l’animal cherche à fuir ces contacts.
A la percussion, on ne constate encore aucune diminution de la résonnance. L’auscultation indique seulement de l’exagération et de la rudesse du murmure respiratoire.
Dans une seconde période, les symptômes généraux sont très marqués ; le malade est abattu ; il se tient immobile, les membres antérieurs écartés, la tète basse et un peu étendue sur l’encolure. Le décubitus est rare et peu prolongé. La sensibilité de la colonne vertébrale au pincement est très manifeste. La marche est lente, embarrassée; les membres traînent sur le sol et le train postérieur vacille ; les déplacements latéraux sont difficilement obtenus. La peau est chaude et sèche; les muqueuses ont une teinte rouge safrané. On compte 80-100 pulsations par minute. La température se maintient vers 41°, avec des oscillations de 1/2 à 1°. L’appétit a presque complètement disparu; la rumination est rare; on observe successivement de la constipation et de la diarrhée.
Les signes fournis par l’appareil respiratoire deviennent évidents. On compte 40-50 respirations par minute; les mouvements sont peu étendus, tremblottants ou entrecoupés ; les côtes sont à peine soulevées et l’on ne perçoit souvent qu’une série de tremblements du flanc. La toux est fréquente; plus grasse qu’au début, elle reste petite, avortée, quinteuse ; on la provoque facilement par la percussion du thorax. L’expiration est fréquemment accompagnée d’une plainte (tèguement), tantôt forte, tantôt faible et appréciable seulement au niveau des naseaux. Rarement, il existe un jetage bilatéral, épais et blanchâtre. La percussion indique soit une matité complète des régions inférieures, délimitée supérieurement suivant une ligne horizontale (épanchement pleurétique), soit une zone de matité et de sub-matité étendue (hépatisation lobaire), soit enfin des foyers limités (hépatisation lobulaire) localisés en des points variables. Les foyers occupent de préférence la partie inférieure des lobes principaux; mais souvent aussi ils siègent sur le lobe antérieur, au niveau du bord supérieur, ou en un point quelconque de la face profonde. Les parties restées saines donnent une résonnance normale. Ces troubles sont observés d’un seul côté le plus souvent ; parfois dans les deux lobes et à des degrés différents. L’auscultation fournit des indications plus précises ; le murmure respiratoire a disparu dans
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les régions inférieures du poumon, en des points d’étendue très variable ; au voisinage des foyers hépatisés, on perçoit du râle crépitant humide et des râles sibilants humides ; dans les parties restées saines, le murmure est exagéré. Dans le cas d’hépatisation lobaire étendue, on entend, au niveau du coude, ou encore au poitrail, un bruit de souffle très net ; celui-ci est perçu aussi lors d’épanchement pleural abondant, mais il est alors moins tort et comme voilé, en raison de la conductibilité moindre du liquide. « Rarement le souffle tubaire est constaté avant le cinquième jour de la maladie, souvent on ne l’entend qu’après le huitième jour. » (Saint-Cyr.) Au niveau des naseaux, on constate parfois un bruit de gouttelette qui coïncide avec la fin de l’inspiration ; on le provoque par l'occlusion momentanée des naseaux ou en exerçant l’animal pendant quelques instants. (Delamotte.) A ces signes s’ajoutent le gonflement des jugulaires et un œdème sous-thoracique d’étendue variable.
En quelques jours, tous les symptômes s’aggravent encore. Le malade est épuisé ; on observe des frissons, des tremblements musculaires, des grincements de dents. La conjonctive, de teinte rouge foncé ou orangée, montre quelques ecchymoses. Le pouls reste vite et petit. La respiration, toujours précipitée et courte, devient discordante. La température reste stationnaire, mais ses oscillations sont plus étendues. L’appétit est nul; la rumination n’est plus observée que de loin en loin et pendant quelques minutes seulement. Le flanc reste constamment ballonné ; les matières rejetées sont sèches, recouvertes de mucus ou, au contraire, diarrhéiques et de couleur foncée. La toux persiste avec ses caractères antérieurs.
Les zones de matité se sont étendues ; dans toute la région inférieure du thorax on obtient, à la percussion, un son mat, « fémoral ». A l’auscultation, on perçoit un fort bruit de souffle, retentissant jusque dans les parties saines, lors de « pleurésie sèche», ou affaibli et voilé si l’épanchement est abondant. L’œdème sousthoracique s’étend, pour envahir le fanon et la paroi abdominale inférieure. L’avortement est une complication fréquente.
Sous cette forme aiguë habituelle, l’évolution est complète en dix ou quinze jours. Les terminaisons possibles sont la rétrocession des lésions (résolution ?), le passage à l’état chronique ou la mort.
. La résolution est annoncée par l’amélioration de l’état général, le retour de l’appétit et l’abaissement lent et régulier de la tempé-
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rature. La zone de matité descend peu à peu; le bruit de souffle s’atténue et disparaît ; du râle crépitant de retour est constaté, qui progresse de haut en bas, faisant place à un bruit vésiculaire, d’abord exagéré et rude. Les épanchements pleuraux persistent un peu plus longtemps et la résorption coïncide avec un état sublébrile permanent. Il est rare que les lésions disparaissent complètement; du côté des plèvres persistent des épaississements, des exsudats et des adhérences; dans le poumon, des noyaux de pneumonie interstitielle, suivie d’ectasie bronchique, continuent à évoluer discrètement; en d’autres points, des lobules, plus gravement altérés, ont perdu définitivement leur perméabilité. Ces lésions provoquent de la toux et une irrégularité fonctionnelle d’importance variable.
Le passage à l'état chronique est constitué par une rétrocession incomplète de certaines altérations. Il est décelé par la persistance de la toux, de l’essoufflement et par une température voisine de 40°. Le malade reste amaigri ; l’appétit est capricieux. On observe des troubles digestifs intermittents. La percussion et l’auscultation indiquent les limites de l’imperméabilité du poumon. La formation des séquestres est dénoncée parla crépitation et par du râle caverneux. Dans les bronches dilatées, s’accumulent des matières muco-purulentes, qui sont rejetées, lors des accès de toux, sous forme d’un jetage d’odeur fétide. Si les lésions sont étendues, les animaux s’affaiblissent de plus en plus ; les œdèmes gagnent la paroi abdominale, le bord inférieur de l’encolure, les membres... La mort arrive par épuisement, après quelques semaines, ou bien une poussée aiguë se produit, qui provoque l'asphyxie. Mais souvent les lésions, peu étendues, restent compatibles avec la vie; les animaux conservent les apparences de la santé, et ils continuent à être utilisés.
La mort arrive, au cours de l’évolution aiguë, à la suite d’une poussée congestive sur les régions restées perméables. Elle est précédée par une période agonique traduisant l’asphyxie. L’angoisse est extrême ; la tête reste étendue sur l’encolure ; les yeux sont proéminents; la bouche, entr'ouverte, laisse sortir la langue de la cavité; les muqueuses ont une teinte cyanosée; la respiration, ronflante, est accompagnée de mouvements rapides du flanc. Les extrémités se refroidissent; on entend desgrincements de dents ; enfin l’animal se laisse tomber lourdement sur le sol et meurt en quelques minutes. — La gangrène du poumon est observée plus rarement. Elle est indiquée par l’aggravation subite de l’état général et par
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les variations étendues de la température. Plus tard, l’air expiré est fétide; on perçoit de la crépitation et du gargouillement bronchique, puis un jetage grumeleux, très odorant. La mort, par intoxication putride, est précédée par une diarrhée intense et par l’abaissement de la température au-dessous de la normale.
b. Forme suraiguë (1). — Chez quelques animaux, la péripneumonie évolue avec une extrême rapidité. Les symptômes diffèrent en ce cas, suivant que prédominent les lésions pleurales ou pulmonaires.
Alors que la pleurésie est intense, on constate de 1 angoisse presque subite, une difficulté considérable de la respiration, devenue courte, tremblottante, hésitante. La percussion ou la simple exploration du thorax provoque la plainte et l’animal cherche à fuir les contacts. La toux est petite et rare. 11 se produit des frémissements musculaires. L’appétit est nul ; la rumination est suspendue. La température monte vers 41°5.
Les symptômes généraux s’atténuent dès que l’épanchement s’opère, mais la respiration conserve ses caractères. La percussion et l’auscultation indiquent la présence d’un exsudât abondant, unilatéral ou bilatéral, dont le niveau s’élève rapidement. L'angoisse s’exagère; la respiration est discordante; on perçoit une plainte faible, continuelle. Les muqueuses prennent une teinte cyanosée. La diarrhée s’établit, accompagnée d’efforts expulsifs violents.
Lorsque les accidents pulmonaires prédominent, la toux se montre dès le début ; la percussion indique de la sub-matité dans les parties inférieures du poumon ; la respiration est rude et sifflante. En 24-48 heures, la sub-matité a fait place à de la matité complète.
La terminaison par asphyxie est la règle; la mort survient en 2-8 jours.
c. Forme subaiguë. — En certains cas, les lésions restent localisées, pendant un temps variable, dans un territoire pulmonaire peu étendu. Elles sont décelées uniquement par une toux rare et sans caractères constants. L’auscultation et la percussion ne fournissent aucune indication précise et, d’ailleurs, la localisation fréquente dans les parties antéro-inférieures rend l’exploration directe impossible. Les lésions peuvent rester muettes pendant des mois et même indéfiniment. En d’autres cas, il se produit, à des
(1) Nocard. — Péripneumonie à évolution rapide. Bulletin de la Soc. centr. de méd. •vêt., 1892, p. 158.
PERIPNEUMONIE.
intervalles plus ou moins éloignés, des poussées exprimées par la toux, 1 accélération de la respiration et l’élévation de la température. Si les altérations nouvelles évoluent dans une même région, on perçoit des signes locaux, tels que la sub-matité, la matité et la disparition du murmure respiratoire; si, au contraire, elles sont disséminées dans les profondeurs des deux lobes elles ne peuvent être décelées.
Souvent il survient, à certain moment, une poussée plus intense, qui a pour conséquence F envahissement d’une grande partie de l’organe et 1 apparition des signes de la forme aiguë ordinaire. Chez d’autres malades, les poussées congestives sont de plus en plus discrètes et les lésions rétrocèdent lentement, alors que la maladie n’a pu être que soupçonnée seulement.