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II. — Lésions

Les lésions essentielles portent exclusivement sur la plèvre et sur le poumon ; quelques altérations accessoires sont en outre observées en divers organes.

I. Dans la cavité thoracique, les accidents sont localisés à un seul côté dans les trois quarts des cas. Alors que les deux poumons sont envahis, les lésions prédominent généralement sur l’un d’eux. 11 n'existe aucune prédisposition marquée, quant à l’envahissement de l’un ou de l’autre lobe pulmonaire.

La plèvre est toujours altérée, mais à des degrés très divers ; alors que l’inflammation porte principalement sur le poumon, on note seulement l’épaississement et l’infiltration de la séreuse viscérale, au niveau des lobules périphériques envahis; puis, à une période plus avancée, de la vascularisation et un exsudât fibrineux à la surface. Souvent la plèvre est altérée d’emblée, soit que les lésions débutent sur la séreuse, soit qu elles évoluent en même temps dans le poumon. Le médiastin est considérablement épaissi ; le tissu conjonctif, dissocié, est infiltré par un liquide fibrineux, bientôt collecté dans le réseau lymphatique en poches volumineuses. Les plèvres, pulmonaire et costale, sont également épaissies, infiltrées, vascularisées dans une partie de leur étendue ou sur toute leur surface.

Les caractères de l’inflammation sont également variables. Parfois la plèvre est recouverte seulement de fausses membranes fibrineuses, fermes, aplaties entre lesleuillets, et 1 on ne rencontre qu’un exsudât liquide insignifiant (pleurésie sèche). Les fausses mena-

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branes, détachées, mettent à nu une surface terne, rouge, parsemée de points hémorragiques. La séreuse et le tissu conjonctif sous-pleural sont infiltrés et transformés en un tissu lardacé, spongieux, renfermant un liquide clair, de couleur jaune. A une période plus avancée, les surfaces pleurales enflammées deviennent tomenteuses ; des bourgeons vasculaires se développent sous l'exsudât

fibrineux et les néo-membranes ainsi formées soudent les deux

feuillets. En d’autres cas, l’inflammation s’étend rapidement à toute la séreuse ; celle-ci montre un réseau de capillaires distendus et il se produit une exsudation séro-fibrineuse plus ou moins abondante {pleurésie exsudative, séro-fibrineuse). On trouve alors, dans les plèvres, de cinq à trente litres de liquide épanché. Si l’exsudât est peu abondant, il se montre ordinairement trouble, roussàtre, et il tient en suspension de nombreux coagula fibrineux, spongieux et friables; en grande masse, l’exsudât est séreux, jaune clair, limpide.

En quelques cas, le tissu cellulaire du médiastin antérieur est le siège principal de l’exsudation ; on trouve une tumeur molle, gélatineuse, formée de blocs diflluents de couleur jaune, retenus dans un réseau cellulaire lâche, donnant sur la coupe une lymphe abondante de teinte ambrée. Lors d évolution lente, cette tumeur se transforme en une masse fibreuse, dure, qui englobe et comprime les organes, provoquant des troubles fonctionnels analogues à ceux qui expriment l’obstruction œsophagienne ou la péricardite traumatique.

Les altérations du poumon consistent essentiellement en une infiltration séreuse du système lymphatique périlobulaire, suivie d'une exsudation intra-alvéolaire. Les régions envahies forment une masse compacte, plus dense que l’eau ; le tissu a perdu son élasticité normale, il est ferme et friable. L’hépatisation est localisée, le plus ordinairement, à la partie inférieure de l’un ou des deux lobes; tantôt elle se trouve limitée au bord inférieur, tantôt elle envahit la quasi-totalité d’un lobe. Le plus souvent, le bloc hépatisé est limité supérieurement suivant un plan horizontal; mais on trouve aussi des îlots de pneumonie, irrégulièrement disséminés, dans les parties restées saines. Sous la plèvre viscérale, se dessinent les cloisons inter-lobulaires, sous la forme de larges bandes d’un blanc jaunâtre, circonscrivant des surfaces de coloration foncée. Une coupe, pratiquée dans la masse hépatisée, laisse écouler une sérosité abondante, colorée par le sang. L’aspect de la surface de section est caractéristique; les travées lymphatiques épaissies forment un

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quadrillé irrégulier; elles circonscrivent des lobules enflammés qui revêtent des teintes variées, suivant une gamme étendue du rose vif au noir mat. La répartition de ces teintes est elle-même tout irrégulière ; elle correspond, non point à l’ancienneté des lésions, comme on le trouve partout répété, mais bien au degré de perméabilité du loJbule pour l’oxygène.

Un examen plus complet montre que le tissu inter-lobulaire est devenu aréolaire ; il est distendu par des caillots fibrineux, qui laissent sourdre une sérosité claire. Les lobules hépatisés ont une surface de coupe sèche et terne ; ils sont friables et donnent à l’écrasement un magma granuleux. Les troncs bronchiques et vasculaires sont entourés et comprimés par un fourreau de tissu œdématié.

A la limite des parties hépatisées, on voit des travées infiltrées pénétrer dans le tissu sain et circonscrire des lobules encore perméables. Parmi ceux-ci, il en est qui sont complètement indemnes ; d'autres, sont partiellement altérés; leur tissu est noir, compact, friable à la périphérie, au voisinage des travées épaissies, tandis que la partie centrale du lobule est rosée, souple et élastique. Le simple examen de ces lésions montre nettement que l’altération du lobule procède de la périphérie vers le centre. Le tissu conjonctif sous-pleural se montre souvent œdématié, au niveau de territoires pulmonaires intacts. L’infiltration gagne encore les gaines péribronchiques et périvasculaires, dans la masse du parenchyme resté sain.

Lors d’hépatisation persistante, les lésions se modifient suivant divers modes. Les travées lymphatiques sont envahies par du tissu inflammatoire néoformé, qui enserre et comprime le lobule en l’atrophiant graduellement. Dans quelques cas de péripneumonie très ancienne, on ne trouve plus que des noyaux indurés, formés d’un tissu blanc jaunâtre, de consistance fibreuse ; toute trace des lobules a disparu.

En d’autres cas, des suppurations diffuses s’établissent dans le tissu inter-lobulaire hydrémié ; elles dissèquent un certain nombre de lobules, qui restent en communication avec une bronche ou qui se trouvent complètement isolés. Dans le premier cas, la suppuration continue et le pus de la caverne est déversé dans la bronche; dans le second, le foyer est encapsulé par une coque de tissu inflammatoire et le séquestre subit une liquéfaction lente (vomique). Les foyers ainsi développés ont le volume d’une noix ou d’une pomme; ils persistent un long temps, alors que l’hépati-

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sation a disparu dans les parties voisines. — Il arrive aussi que la suppuration dissèque une plus grande partie du poumon. La masse isolée, irrégulièrement délimitée, se détache peu à peu du tissu voisin, des vaisseaux, des bronches et parfois de la plèvre viscérale. Elle forme une masse compacte, de couleur brun-foncé, qui est macérée dans le pus et progressivement détruite. La paroi isolante du séquestre est constituée par une couche de bourgeons charnus rosés, recouverts d’un pus liquide, de couleur gris-brun. — Alors que le foyer est situé immédiatement sous la plèvre, il se produit, à la surface libre de la séreuse épaissie, un bourgeonnement actif et des adhérences solides s’établissent avec les parois costales ou avec le diaphragme.

Un autre mode de formation des séquestres pulmonaires consiste en l’oblitération des vaisseaux nutritifs, par compression ou par thrombose. Si les tissus anémiés communiquent avec les bronches, ils sont bientôt envahis par la suppuration et une caverne se forme; s’ils sont au contraire isolés, au sein d’un tissu imperméable à l’air et aux germes, le séquestre subira une véritable momification ; il agira sur le tissu voisin comme un corps étranger aseptique et il subira l’enkystement, dans une cavité qui se tapisse d’une pseudo-muqueuse. Le tissu nécrosé reste, néanmoins, très facilement putrescible pendant quelque temps et souvent des germes arrivent jusqu’à lui, alors que le parenchyme voisin redevient perméable. Il devient le siège de fermentations diverses, dont les résidus liquides sont résorbés en partie ou expulsés par les bronches.

En outre de ces altérations du parenchyme pulmonaire, les bronches se montrent altérées. Les gaînes lymphatiques qui les entourent sont démesurément distendues; les parois du canal sont infiltrées et épaissies; un exsudât fibrineux recouvre la muqueuse. Parfois, les bronches sont totalemertt obstruées par un exsudât, solide, fibrineux, qui se ramifie dans les canaux adjacents ; ces caillots rameux peuvent être rejetés au dehors, pendant un accès de toux. (Beaudeloche.)

Les vaisseaux sanguins sont entourés par une infiltration lymphatique. Les veines pulmonaires, comprimées par le tissu hépatisé, sont ordinairement distendues par des caillots noirs, denses et très adhérents, qui les obstruent en totalité ou en partie.

Les vaisseaux lymphatiques sont altérés dès le début de 1 infection ; ils se montrent atteints dans des régions où le parenchyme Nocard et Leclainche.

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est encore sain (Fürstenberg, Sussdorf). Les canaux qui accompagnent les troncs bronchiques sont dilatés par la lymphe ou par des exsudats fibrineux. — Les ganglions bronchiques et médiastinaux sont volumineux, tuméfiés, distendus par la lymphe accumulée; sur la coupe, on trouve fréquemment des ecchymoses et des foyers hémorragiques.

L’étude histologique des lésions (1) montre qu’elles débutent dans les septa interlobulaires du poumon. Dès le début de l’infiltration, on trouve les sacs lymphatiques distendus par un coagulum fibrineux, d’apparence finement granuleuse, renfermant dans ses mailles un petit nombre de cellules rondes. A cette période, les alvéoles ne présentent encore aucune altération ; seules, les vésicules adjacentes aux travées épaissies sont déformées et affaissées en partie.

Les altérations alvéolaires consistent en une exsudation fibrineuse qui débute à la périphérie du lobule, au niveau d’un septum infiltré, pour progresser peu à peu, de la périphérie vers le centre. En même temps, le tissu conjonctif propre des alvéoles atteints subit une infiltration marquée; ses mailles se remplissent de liquide et de cellules migratrices. Les vésicules altérées sont remplies par une masse fibrineuse, d’aspect fibrillaire, renfermant des leucocytes et quelques globules rouges. Les cellules endothéliales sont tuméfiées ; certaines, détachées de la paroi, sont englobées dans l’exsudât.

A un degré plus avancé, l’aspect des lésions se modifie. L’œdème lymphatique est résorbé en partie et une néoformation conjonctive s’opère, à la fois dans les travées interlobulaires et dans les parois alvéolaires. Dans quelques lobules, la muqueuse est le siège d’un exsudât catarrhal, qui s’étend à la muqueuse des bronchioles terminales.

Les bronches comprises dans les foyers hépatisés sont notablement altérées. Les espaces lymphatiques péribronchiques, distendus, compriment les parois; les petits canaux, affaissés en partie, sont obstrués complètement par un exsudât fibrineux renfermant des leucocytes en plus ou moins grand nombre ; les bronches plus volumineuses ont leurs parois épaissies et infiltrées ; la muqueuse est recouverte d’un exsudât fibrineux, adhérent, qui rétrécit la lumière du canal.

Les vaisseaux présentent des altérations de divers ordres; les

(1) Pourcelot. — Diverses considérations sur l’anatomie pathologique de la péripneumonie contagieuse dans la race bovine. Lyon Médical, 1881, p. 145.— Mac Eadyean. — Pleuro-pneumonia , The Journ. of comp. Pathol., t. IV, 1891, p. 333.

gaînes lymphatiques, remplies par un exsudât fibrineux et considérablement dilatées, resserrent le diamètre des canaux; d’autre part, lépaississement des tuniques vasculaires suffit, en certains points, pour déterminer une oblitération complète. La thrombose s’étend également à des vaisseaux plus volumineux ; ceux-ci sont obstrués par un coagulum fibrineux enserrant les hématies et, dans le voisinage de la paroi, de très nombreux leucocytes.

Les altérations de la plèvre consistent, au début, en une infiltration œdémateuse des espaces lymphatiques sous -pleuraux, suivie d’une exsudation à la surface de la séreuse. Les lausses membranes sont constituées par une coagulation fibrineuse, renfermant quelques rares cellules lymphatiques. A une période avancée seulement, le tissu conjonctif pleural prolifère ; un tissu de cicatrice se forme sous l’exsudât et celui-ci est résorbé progressivement.

IL Des lésions accessoires, peu importantes et inconstantes pour la plupart, se retrouvent dans les divers appareils.

Le péricarde est quelquefois enflammé, par extension des altérations pleurales. Il renferme alors du liquide, roussâtre ou jaunâtre, suivant l’intensité des lésions. Le feuillet pariétal est tapissé de fausses membranes fibrineuses. Souvent, la séreuse renferme un transsudât citrin, clair, dù simplement à la compression exercée sur la base du cœur par l’épanchement pleurétique ou par les masses hépatisées.

Le péritoine renferme en quelques cas un peu de liquide et des fausses membranes. Les lésions sont localisées de préférence au niveau du diaphragme. On signale aussi quelques exemples d’inflammation de la gaine vaginale du testicule. Les ganglions de la cavité sont hypertrophiés et infiltrés. Le foie montre quelques lésions incomplètement étudiées; on note ainsi de l’infiltration du tissu conjonctif inter-lobulaire et la présence d’exsudats fibrineux au niveau de l’insertion de la veine porte. (Willems, Bouley, Zundcl.)

Les séreuses, articulaires et tendineuses, peuvent être le siège d’exsudats inflammatoires, avec distension des gaînes et infiltration du tissu conjonctif voisin. Ces accidents ont été relevés principalement chez les veaux à la mamelle.

Lxceptionnellement, on rencontre une exsudation séro-fibrineuse dans le tissu conjonctil, au niveau des ganglions rétro-pharyngiens, de 1 anus, de la vulve et aussi dans les muscles, rendus

spongieux par 1 infiltration du tissu conjonctif inter-fasciculaire. fGaltier.)

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