‹ Les maladies microbiennes des animaux (volume 2)Chapitre 84 sur 156 · I. — Symptômes · texte numérisé non relu

I. — Symptômes

L’éruption pustuleuse du horse-pox est précédée, en quelques cas, par des symptômes généraux appréciables, tels qu’une légère, élévation de la température et de la tristesse; mais, dans la grande majorité des cas, ces troubles passent inaperçus et les manifestations locales sont les premières reconnues.

Tout en conservant des caractères essentiels communs, les accidents diffèrent dans leur aspect suivant les multiples localisations observées, et celles-ci doivent être successivement étudiées.

L'éruption se produit sur la muqueuse buccale, sur la pituitaire , sur la conjonctive, sur la muqueuse génitale ou encore sur la peau et en des régions diverses. Parfois, la localisation est exclusive à telle ou tellerégion, parfois aussi plusieurs déterminations coexistent.

a. Éruption buccale (3). — « L’éruption buccale du horse-pox se caractérise, à sa période initiale, et sous sa forme la plus simple, par la présence, sur la membrane de la bouche, de petites ampoules ou vésicules, delà grosseur moyenne d’un pois, les unes circulaires, les autres allongées, dont la teinte opaline rosée tranche sur la couleur d’un rouge assez vif de la muqueuse qui les supporte. Elles sont lisses à leur surface et n’offrent aucune dépression centrale. Pour leur couleur et pour leur forme, on ne saurait mieux les comparer qu’à des perles, dont elles rappellent très bien l’apparence. Sous la pulpe des doigts, elles donnent une sensation de nodosités résistantes et une pression exercée sur elles détermine manifestement de la douleur.

» On les rencontre, confluentes ou isolées, à la face interne des deux lèvres, à la face inférieure de la langue et sur le bord de sa

(1) En 1880, Ellenberger reconnaît qu'en raison de l’extension possible de l’éruption à d’autres régions, il serait préférable d’employer la dénomination de « dermatite pustuleuse contagieuse ».

(2) Dieckerhoff. — Lehrbuch der speciellen Pathologie, t. I, 1888, p. 908.

(3) II. Bouley. — Art. llorse-pox. Dict. de méd. vêt., t. IX, 1871, p. 451.

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partie libre, à la face interne des joues, sur la muqueuse gingivale, dans le fond du canal où la langue est logée, notamment le long des canaux de Warthon et au niveau de leurs orifices. Quand ces vésicules sont ouvertes, soit par le fait de leur évolution naturelle soit par des déchirures, que cause le frottement des fourrages fibreux et secs dont les animaux se nourrissent, on constate, à la place qu’elles occupaient, de petites plaies lenticulaires ou orbiculaires, dont les bords, formés par l’épithélium un peu gonflé, semblent avoir été taillés avec un emporte-pièce. Le fond de ces plaies, finement granuleux, tranche par sa couleur, d un rouge foncé, sur la nuance plus pâle de la muqueuse.

» Cette éruption buccale donne lieu à une salivation très abondante et à une légère tuméfaction, un peu douloureuse, des ganglions de l’auge. Les animaux sur lesquels on l’observe se montrent un peu tristes; ils mangent avec moins d’avidité que dans leur état normal, par le fait, tout à la fois, de leurappétit diminué et de la sensation douloureuse qui accompagne la mastication. Mais ces symptômes peu accusés sont fugaces, et c’est à cause de cela sans doute que la maladie dont ils sont l’expression est restée si longtemps inaperçue.

» Il est très rare que l’éruption du horse-pox reste localisée exclusivement dans la cavité buccale; le plus souvent, en même temps que des pustules apparaissent sur la muqueuse de cette cavité, une éruption de même nature se manifeste sur les lèvres, au bout du nez, au pourtour des narines, laquelle, marchant de pair avec celle de la bouche, donne à celle-ci une signification plus précise. » (IL Bouley.)

La cicatrisation est très rapide ; quelques jours après l’ouverture des pustules, il ne reste plus trace de l’éruption.

b. Éruption sur la pituitaire. — « L’éruption du horse-pox sur la membrane nasale s’annonce par une injection vasculaire, qui donne à cette membrane une teinte uniformément rouge; puis, sur ce fond injecté, on voit se dessiner de petites taches plus foncées, très circonscrites, sur lesquelles l’épithélium ne tarde pas à être soulevé par 1 accumulation dune sérosité limpide. Autour de ces vésicules, très transparentes au moment de leur formation et du volume les

unes d’une grosse tête d’épingle, les autres d’une petite lentille, existe une aréole inflammatoire très vive, qui les met davantage en reliei. Au bout de vingt-quatre heures, la sérosité qu elles renferment se tiouble, devient lactescente et leur donne une couleur jaunâtre. I uis,l épithélium qui forme leur enveloppe se déchire, celle sérosité s échappé, et la place occupée par la vésicule reste marquée par

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une petite érosion circulaire, d’un rouge-vii et toute superficielle. En moins de vingt-quatre ou trente heures, l’épithélium se régénère à la surface de ces dénudations, qui disparaissent sans laisser de traces.

» Ces vésico-pus tules de la membrane nasale se rencontrent, tantôt isolées et tantôt confluentes, soit sous le repli de l’aile interne du nez, soit sur la cloison, dans l’une et dans l’autre narine, isolément ou simultanément. Il est assez ordinaire que leur évolution soit accompagnée d’une sécrétion catarrhale abondante, ou, autrement dit, d’un jetage muco-purulent jaunâtre, épais et glutineux, qui salit l’orifice des narines et peut mettre obstacle, par sa présence, à ce que l’on reconnaisse bien les caractères de l’éruption nasale.

» Avec l’éruption nasale du horse-pox coïncide presque toujours, comme pour l’éruption buccale, un engorgement pâteux, et un peu douloureux à la pression, des ganglions lymphatiques de la cavité sous-glossienne; souvent aussi, cette éruption est précédée et quelquefois accompagnée par un état maladif général qui n’a rien de bien caractérisé : les animaux sont un peu tristes, ne mangent pas avec leur appétit ordinaire, ont moins de vivacité dans leurs mouvements ; leur pouls a un peu plus de vitesse; la chaleur de la peau est accrue ; les poils n’ont pas leur vernis normal ; mais tous ces signes sont éphémères et, quelques jours écoulés, tout rentre dans l’ordre en même temps que l’éruption s’achève et s’éteint. » (II. Bouley.)

c. Éruptionsurlaconjonctive(l). — Cettelocalisation exceptionnelle coexiste ordinairement avec les éruptions buccale ou nasale. Les accidents débutent par des signes d’ophtalmie externe intense, avec photophobie, larmoiement, trouble de la cornée et sensibilité extrême de la région. La conjonctive, d’un rouge-vif, est fortement œdématiée. Après deux ou trois jours, la muqueuse est couverte de granulations, isolées ou conlluentes, du diamètre d’une tête d’épingle à celui d’une lentille; des pustules siègent aussi sur la sclérotique, jusqu’à la limite de la cornée.

« Les pustules sont saillantes; leur base, circulaire, très rouge, se détache sur la conjonctive qui est pourtant plus injectée que partout ailleurs. Leur sommet, légèrement aplati, mais non ombiliqué, beaucoup moins coloré, blanchâtre même, tranche sur les parties congestionnées voisines. » (Labat.)

L’évolution est complète en 8-10 jours. Les accidents, alar-

(1) Dayot. — Loc. cit., p. 217. — Labat. — Éruption de horse-pox sur la conjonctive d’un poulain. Revue vêt., 1884, p. 107.

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mants en apparence, ont toujours une terminaison bénigne.

cl. Éruption sur la muqueuse génitale. — Chez 1 étalon, l’éruption s’opère sur la muqueuse du pénis et sur la portion terminale de l' urèthre. Les pustules, aplaties, circulaires, varient dans leurs dimensions, depuis le diamètre d’une lentille jusqu’à celui d’une pièce de vingt centimes. Rapidement ouvertes, par les frottements de la muqueuse ou à la suite du coït, elles laissent après elles une plaie superficielle d’un rose-vif, finement bourgeonneuse, limitée par un petit bourrelet grisâtre. Alors que l’éruption est discrète, la guérison est très rapide et les accidents peuvent rester inaperçus, bi les pustules sont nombreuses et confluentes, il se produit de 1 empâtement du fourreau et la suppuration s’établit au niveau des plaies. En quelques cas graves, des infections secondaires provoquent la tuméfaction de l’extrémité libre du pénis et du paraphymosis.

Chez la jument , l’éruption, précédée par quelques symptômes généraux, est annoncée par la tuméfaction des lèvres de la vulve; la muqueuse, rouge, ecchymosée, se recouvre d’un exsudât catarrhal épais. Les pustules évoluent rapidement ; comme chez le mâle, elles se recouvrent d’une mince pellicule jaunâtre, protégeant le tissu de cicatrice. Aucune complication n’est à craindre.

L’éruption est rarement localisée à la muqueuse génitale; des boutons se remarquent sur la peau, au niveau de la vulve et de l’anus, sur le périnée, le fourreau ou les mamelles, à la face interne des cuisses.

e. Eruption sur la peau. — L’éruption se montre disséminée sur toute la surface du corps, ou bien elle reste localisée en certaines régions. En ce dernier cas, la confluence des altérations est l’origine de divers accidents qui compliquent l'évolution.

Lors d’éruption généralisée, les pustules sont irrégulièrement réparties sur le tégument, sans qu’il soit possible cependant de reconnaître une prédominance habituelle sur tel ou tel point. La pustule est dénoncée, à son début, par une petite saillie lenticulaire, donnant au doigt la sensation d’une induration noduleuse, et par le redressement des poils au même niveau. La surface du bouton, d abord plate, subit, après deux ou trois jours, une dépression centrale, tandis que la zone périphérique reste nettement en saillie. L épiderme qui recouvre la pustule se transforme en une pellicule ci où te use ; celle-ci, d’abord très adhérente, se détache en partie, poui donner issue à un liquide clair, citrin, qui agglutine les poils et se concrète en croûtes jaune-doré. La sécrétion persiste pendant

deux a trois jours, tandis que la cicatrisation sous-crustacée

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s’opère, et il ne reste bientôt plus trace de la pustule. L évolution est complète en 15-20 jours.

En certaines régions, alors que la pustule est exposée à des traumatismes et à des souillures, la marche est quelque peu différente. L’épiderme, enlevé dès le début de la sécrétion, laisse à nu une surface irrégulière, creusée de très fines logettes remplies de lymphe. La suppuration s'établit et la cavité est comblée par bourgeonnement; une petite tache cicatricielle reste pendant quelque temps appréciable.

Souvent l’éruption s’opère par poussées successives, et l’on peut reconnaître des pustules de différents âges sur un môme animal.

La confluence de pustules en divers points estl’origine de quelques troubles locaux, tels que l’engorgement œdémateux des tissus, l’inflammation des lymphatiques et des ganglions voisins. Variables suivant les régions considérées, ces accidents acquièrent une certaine gravité alors qu’ils siègent sur la face ou à l’extrémité des membres.

Sur la tète, l’éruption est ordinairement localisée à la partie inférieure; elle coïncide avec des lésions de même ordre sur la muqueuse buccale et parfois sur la pituitaire. Sur la peau fine de l’espace compris entre les naseaux et sur la peau des lèvres, les pustules sont confluentes; la région est engorgée, douloureuse à l’exploration. En quelques cas, toute la face est envahie; la peau est épaissie; l’exploration est douloureuse; les poils sont agglutinés par le liquide sécrété. Les ganglions de l’auge sont légèrement infiltrés. Les souillures des plaies produites provoquent des suppurations superficielles ou des lymphangites diffuses de la région.

A l’extrémité des membres, les éruptions débutent par une tuméfaction douloureuse, qui s’étend depuis la couronne jusqu’au genou ou au jarret. Au niveau des balzanes, la peau se « tigre » de taches rouge-vif, sur lesquelles les boutons apparaissent. Ceux-ci donnent à la main la sensation d’un amas de nodosités. Dès que la sécrétion s’est opérée, les poils sont agglutinés et un excès de liquide s’écoule sous la pression. Des fermentations s’établissent qui dégagent une forte odeur ammoniacale.

La cicatrisation est toujours retardée par la putréfaction des matières exsudées et par la suppuration ; les plaies superficielles se creusent et s’étendent : le tégument semble percé d’une multitude de trous. L’infiltration du derme et celle du tissu cellulaire s’accentuent; l’aspect rappelle celui du membre affecté d’eaux-aux-jambes.

Si les soins de propreté sont négligés, les symptômes s’aggravent

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encore; les pustules voisines se réunissent pourconslituer des plaies irrégulières, limitant des escarres cutanées; des crevasses se forment au niveau du pli du paturon. En quelques cas, la nécrose progresse, déterminant des javarts tendineux ou cartilagineux. A ces symptômes s’ajoutent encore, dans les formes graves, des suppurations dans le tissu conjonctif sous-cutané, des lymphangites et des adénites purulentes.

Le horse-poxest toujours une maladie bénigne. L’éruption buccale confluente n’a d’autre inconvénient que de gêner pendant quelques jours la préhension oula mastication des aliments ; les localisations sur la pituitaire ou sur la peau de la tête et du tronc n ont aucune gravité. Les seuls accidents observés sont consécutifs aux déterminations sur la muqueuse génitale ou sur la peau de 1 extrémité des membres. Dans le premier cas, l’étalon, alors qu’il a continué la monte, présente parfois du paraphimosis ; dans le second, on voit survenir des crevasses ou des javarts cutanés, avec leurs complications possibles. Encore ces dangers sont-ils toujours évités par quelques soins hygiéniques élémentaires.

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