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CHAPITRE X

CLAVELÉE

La clavelée est une maladie contagieuse, inoculable, spéciale au mouton, caractérisée par une éruption pustuleuse sur la peau et sur diverses muqueuses.

Historique. — La clavelée est décrite, dès le commencement du xvie siècle, par Joubert et Rabelais qui l’observent dans les environs de Montpellier, où elle est connue sous le nom de picotte. Ramazzini (1691) signale la maladie dans les environs de Modène; il l’attribue à l’ingestion de fourrages rouillés. En 1798, Gilbert (1) donne une description sommaire de la clavelée; il distingue, pour la première fois, « un claveau régulier, qui parcourra tous ses temps sans aucun symptôme fâcheux, et un claveau irrégulier, dont le cours sera dérangé par des accidents plus ou moins graves. » Il divise l’évolution « en quatre temps bien distincts : l’invasion, l’éruption, la suppuration, l’exsiccation ». Girard (2) complète sur divers points l’étude clinique de la maladie ; il s’attache à démontrer les avantages de la clavelisation des troupeaux exposés à la contagion.

Ilurtrel d’Arboval(3), qui observe la clavelée dans le Pas-de-Calais, publie, en 1822, une monographie très complète, consacrée à la fois à la description clinique de l’affection et à celle de l’inoculation préventive.

Les nombreux travaux publiés jusqu’à ces derniers temps n’ajoutent rien à la description de d’Arboval ; presque tous sont limités d’ailleurs à la pratique de la clavelisation et à la discussion de ses avantages économiques.

L’étude expérimentale de la maladie, commencée par Chauveau en 1868, a fait l’objet d’assez nombreuses recherches; tout en

(1) Gilbert. — Instructions sur le claveau des mouto?is. Brochure, 1798.

(2) Girard père. — Mémoire sur te claveau et sur les avantages de son inoculation. Paris, 1818.

(3) Hurtrel d’Arboval. — Traité de la clavelée. Paris, 1822.

ÉPIZOOTIES. — STATISTIQUE

taisant connaître certaines des propriétés du virus, celles-ci n ont pu aboutir jusqu’ici à la détermination de l’agent de la virulence.

Nature de la maladie. — Par tous ses caractères cliniques et par les propriétés du virus, la maladie se rapproche étroitement de la variole de l’homme, ainsi que du horse-pox et du cow-pox. 11 est certain que l’élément de la contagion est analogue à celui de la variole et de la vaccine, mais toutes les tentatives de détermination ont complètement échoué.

Le virus claveleux diffère essentiellement du virus variolique quant à ses propriétés. L’inoculation de la vaccine au mouton peut donner une éruption locale ; jamais elle ne confère la moindre immunité à l’égard de la clavelée ; d’autre part, l’inoculation de la clavelée au bœuf et au cheval reste absolument sans effet.

Espèces affectées. — La clavelée est une maladie spéciale au mouton. Toutes les autres espèces sont réfractaires à la contagion naturelle et à l’inoculation expérimentale.

La maladie éruptive décrite sous le nom de « clavelée de la chèvre -» est certainement de nature différente. Les faits d’observation montrent que la contagion au mouton n’est pas observée (1) : d’autre part, Nocard a laissé au contact de moutons claveleux des chèvres de tout âge sans qu’aucune ait contracté la maladie; ses

nombreuses tentatives d'inoculation sont restées infructueuses.

Épizooties. — Statistique. — La clavelée sévit de temps immémorial dans le midi de l’Europe; toutefois l'on ne possède que peu de documents sur sa fréquence dans les temps anciens et pendant le moyen âge. Signalée dans le midi de la France, dès le commencement du xvie siècle, elle est observée en 1091 en Italie, où elle décime les troupeaux du duché de Modène (Ramazzini). On la retrouve peu après en Allemagne, dans les environs de Mansfeld (Stegmann).

Pendant lexvnT siècle, la clavelée est très fréquemment mentionnée. Elle gagne en 1712 la basse Hongrie (Glusel), le Tyrol et la Suisse; en 1740, elle frappe les troupeaux de la Picardie (Borel).

(1) Galtieb.- Traité des maladies contagieuses, t. I, 1891 (observations de Jousseauuie, Miquet, Bréinond). — Fayet. — Notes sur la clavelée en Algérie. Revue vétérinaire, 1895,

CLAVELEE.

A partir de cette époque, les épizooties de clavelée réapparaissent dans l’Europe centrale h de courts intervalles. Parmi les invasions les plus meurtrières, on peut citer celles de 1754-1756 (Picardie, Champagne, Saxe), de 1762 (Picardie, Palatinat), de 1773-1775 (Ile-de-France, Provence), de 1786 (Beauce et Brie), de 1795

(Beauce, Picardie) En 1805, la Champagne et le Dauphiné

sont atteints ; en 1810 une épizootie très grave sévit dans le midi de la France ; en 1815, les départements du nord sont envahis.

Depuis, la clavelée fait de fréquentes incursions dans les départements du centre et du nord; les épizooties, moins meurtrières qu’autrefois, en raison de l’importance décroissante de l’élevage du mouton, causent encore des pertes considérables. L’épizootie récente de 1886 fut particulièrement grave, à la fois quant à l’extension des foyers et quant à la forme sévère de la maladie. Les épizooties de clavelée apparaissent irrégulièrement; comme la fièvre aphteuse, la maladie sommeille pendant plusieurs années, cantonnée en quelques foyers permanents d’infection, pour diffuser brusquement à certains moments.

La clavelée est entretenue sur tout le littoral de la Méditerranée. L’Espagne, le littoral français de la Méditerranée, l’Italie, la presqu’île des Balkans, les principautés danubiennes y comprises, tout le nord de l’Afrique, de Suez à Tanger, sont infectés en permanence. Dans le midi de la France, l’affection est enzootique dans les Corbières; elle sévit de temps immémorial dans la Camargue et la Crau, où elle est continuellement entretenue, renouvelée et renforcée par les moutons algériens importés.

Il est remarquable que la clavelée tend peu à persister dans les pays du nord. La Grande-Bretagne, infectée pour la première fois en 1847, par un troupeau expédié du Danemark, a su se préserver depuis d’une invasion nouvelle. En Danemark, en Hollande, en Allemagne, la clavelée est rarement observée.

La maladie n’est pas signalée dans l’Amérique du Nord; elle est inconnue en Australie (Loir) et au Japon (Janson).

Les pertes causées par l’affection sont considérables; dans les grandes poussées épizootiques, les troupeaux sont décimés dans toutes les régions atteintes. La bénignité de la clavelée sur le littoral méditerranéen est loind’ètre absolue. Dans les Corbières, la mortalité atteint, en certaines années, 10-15 p. 100 des effectifs ; en Algérie même, où la clavelée est ordinairement peu grave, le taux de la mortalité atteint, parfois, 20 p. 100 des adultes et plus de 50 p. 100 des agneaux.

SYMPTÔMES

Étude clinique.

Suivant la division adoptée par Gilbert, on peut distinguer une évolution régulière, caractérisée par une simple éruption pustuleuse sur la peau et les muqueuses extérieures et une évolution irré-

gulière, comprenant les diverses complications.

a. Clavelée régulière. — L’ invasion de la maladie est annoncée par des symptômes généraux, qui augmentent graduellement d intensité. La température s’élève brusquement, vers quarante degrés et au delà. Le mouton est triste, abattu; il reste isolé, la tête basse, les yeux éteints, les membres rapprochés; la marche est lente et hésitante. L’appétit est faible, capricieux, ou complètement supprimé; par contre, la soif est vive; les muqueuses sont injectées ; les battements du cœur deviennent violents; la respiration est courte et accélérée. On constate une sensibilité anormale de toutes les régions, surtout manifeste au niveau du dos, des lombes et de l’abdomen.

La durée de cette période est de quatre jours en moyenne.

L 'éruption est annoncée à la fois par une amélioration de létal général et par des symptômeslocaux, sur la peau et sur lesmuqueuses extérieures. Elle débute, sur la peau, par l'apparition de taches rouge-foncé, régulièrement arrondies, du diamètre d’une lentille à celui d’une pièce de cinquante centimes. Ces ecchymoses, isolées ou confluentes, se montrent dans les régions dépourvues de laine, à la face interne des cuisses, à la partie postérieure du ventre, au niveau des mamelles, du fourreau et du scrotum, à la face inférieure de la queue, aux ars, sur la face ; rarement, les parties «ouvertes de laine sont envahies.

Sur les muqueuses, l’éruption provoque des accidents divers ; elle apparaît sur la conjonctive, sur la pituitaire, dans la bouche,

sur la vulve , déterminant des phénomènes inflammatoires plus

ou moins graves.

Au niveau des taches primitives, se produit bientôt un épaississement du derme, formant une saillie arrondie, dure, uniformément résistante, de couleur rouge-foncé ou violacée. Les boutons les plus petits ont à peine le diamètre d’une lentille; ils paraissent hémisphériques ou même coniques; les plus grands ont la largeur d une

I) Hurtrel, dArroval. — Loc. cit., p. G!). Nocard et Leclainciie.

CLAVELEE.

pièce de un franc ; ils sont régulièrement aplatis ; leur bord seul est arrondi et c’est à cette particularité que les petits boutonsdoivent leur aspect. Les pustules ainsi développées sont isolées ou confluentes, quelquefois réunies par leurs bords en plaques irrégulières. Alors que l’éruption est accompagnée d’une congestion intense, il persiste autour du bouton une aréole de couleur rouge. Lors d’éruption confluente, la peau de la région est chaude, douloureuse ; le tissu conjonctif est œdématié.

Sur les muqueuses, les accidents inflammatoires sont plus évidents. Sur la conjonctive, la pustulation provoque une ophtalmie externe intense ; au niveau de la pituitaire, elle détermine un jetage muqueux abondant et des épistaxis ; la localisation buccale est accompagnée d’une salivation abondante et d’une difficulté extrême dans la préhension et la mastication des aliments.

L’éruption s'effectue, en quelques cas, par poussées successives; des régions différentes sont envahies tour à tour, ou bien encore des pustules se montrent successivement dans les mêmes points.

Les symptômes généraux diminuent d’intensité; la température descend, en deux jours, vers 40° ; le malade est moins abattu ; l’appétit reparaît; les pulsations cardiaques reprennent leur rythme normal.

L’évolution de cette seconde période est complète en quatre à cinq jours.

Sécrétion. Le bouton claveleux complètement développé conserve pendant peu de temps ses caractères. Le liquide, sécrété dans les aréoles du derme, infiltre peu à peu l’épiderme, qui forme une pellicule blanchâtre, d’abord mince et molle, puis dure et rabotteuse lorsqu’elle commence à se dessécher. Parfois aussi, alors que l’exsudation s’opère rapidement, le liquide s’accumule sous l'épiderme qu’il soulève (vésico-pustule). En même temps, le bourrelet cutané pâlit ; sa coloration, d’abord rosée, passe au gris-jaunâtre. Le liquide sécrété, ou claveau , consiste en une sérosité, d’abord rousse ettrouble, puis jaune et limpide. Au niveau de la pustule, dépouillée de son revêtement épidermique, il se concrète en croûtes jaune-foncé.

La sécrétion persiste pendantun à deux jours; la pustule s’affaisse; le liquide, mêlé aux poussières et aux débris épidermiques, se concrète en croûtes irrégulières, de couleur brune, qui débordent la surface du bouton. En même temps que la sécrétion s’opère, on constate parfois un nouvel accès fébrile et le retour des symptômes généraux du début.

La durée de cette période est de quatre à cinq jours environ.

Dessiccation. Dès que la sécrétion cesse, la pustule achève de

SYMPTÔMES

s’affaisser; elle n’est plus indiquée que par une croûte épaisse et adhérente. Sous cette croûte, le claveau, accumulé dans une cavité unique, est épaissi et blanc-jaunâtre. A ce moment, la croûte se détache fréquemment, dans les régions exposées aux traumatismes ; elle laisse à nu une petite cavité pseudo-ulcéreuse, qui continue à sécréter du pus pendant quelques jours; puis, une nouvelle croûte se forme et la cicatrisation s’achève, par le bourgeonnement des parois et la prolifération de l’épithélium périphérique. Souvent aussi, la croûte primitive persiste au niveau de la pustule ; le claveau accumulé s’échappe latéralement ou se concrète entièrement et la cicatrisation s’opère en quelques jours.

La cicatrisation de la vésico-pustule est plus simple encore ; l’épiderme fissuré laisse échapper le contenu ; une croûte peu épaisse recouvre la petite plaie et il ne reste bientôt plus trace de sa présence.

Quel que soit le mode d’évolution, les croûtes constituées par la dessiccation de l’épiderme ou du claveau se détachent peu à peu, sous forme de poussières virulentes ( desquamation ).

Alors que les pustules sont isolées et peu nombreuses, cette dernière période est terminée en 4-6 jours.

Pendant le cours de la clavelée régulière, il se produit, chez quelques animaux, une éruption secondaire, qui apparaît ordinairement quatre à huit jours après la première. Les pustules, dans les régions déjà envahies, n’arrivent jamais à leur complet développement; elles avortent dès le début de la période de sécrétion, ne laissant d’autre trace qu’une nodosité cutanée qui se résorbe lentement.

L’évolution totale est complète, sous cette forme régulière et bénigne, en 20-30 jours.

b. Clavelée irrégulière. — Sous ce titre sont groupées les localisations, primitives ou secondaires, sur les muqueuses respiratoire ou digestive.

Les formes éruptives graves sont annoncées souvent, dès le début, par l intensité de la réaction fébrile et des autres symptômes généraux. Le malade tombe, en quelques heures, dans un état de prostration complète ; la peau est chaude et très sensible, notamment au niveau des membres, du dos et des lombes. La conjonctive et les autres muqueuses pâlissent; la laine s’arrache facilement. La rumination a cessé complètement ; la bouche est sèche et la soif ardente; les battements du cœur sont précipités et violents; la respiration est courte et accélérée.

CLAVELÉE

Dès les premiers jours, il s’établit une salivation abondante et un jetage muco-purulent jaunâtre, mêlé de stries sanguines, d’odeur fétide. La pituitaire est épaissie; la respiration est bruyante et dyspnéique; des accès de toux se produisent. Les yeux sont larmoyants, enfoncés dans l’orbite; la conjonctive, tuméfiée et saillante, est recouverte par un exsudât visqueux, qui accole les paupières. Des engorgements apparaissent, qui envahissent les membres, l’extrémité de la tète, les oreilles...; à leur niveau, la peau est épaissie, tuméfiée, extrêmement douloureuse, de couleur rouge livide.

Chez certains animaux, quelques boutons seulement apparaissent en plaques, sur le nez, au niveau des articulations; chez d’autres, l'éruption manque complètement et la mort arrive, par asphyxie le plus souvent, dès les premiers jours de la maladie.

En d’autres cas, l’éruption évolue sous une forme très grave. La peau montre des bosselures, au niveau des paupières, du nez, sur le thorax... ; les parties tuméfiées se couvrent de boutons, tantôt larges, aplatis, à peine saillants, tantôt petits, violacés ou noirâtres. Sur les parties dépourvues de toison, l’évolution est assez rapide; au contraire, les pustules cachées sous la laine restent dures, d’un blanc mat ; assez souvent, elles noircissent et se dessèchent sans donner de claveau. Les ganglions sont volumineux et engorgés. Pendant tout ce temps, les animaux présentent des symptômes généraux graves; l’appétit est à peu près nul ; le flanc est rétracté ; l’amaigrissement fait des progrès rapides. Parfois, l’urine est colorée par le sang. Les malades se tiennent immobiles, appuyés contre les murs et les crèches; la marche est titubante. Chez certains, l’affaiblissement est tel que la station est impossible.

L’extension de l’éruption à la muqueuse des bronches et au poumon est annoncée par la persistance de la fièvre initiale et par un jetage abondant, strié de sang, accompagné d une toux faible et quinteuse. La respiration est vite, entrecoupée, dyspnéique; l’auscultation dénonce des foyers disséminés de broncho-pneumonie. La peau se couvre de taches rouge-foncé et les pustules prennent une teinte noire (clavelée noire). La terminaison par asphyxie est la règle.

Sur les voies digestives, l’éruption se traduit par un état de stupéfaction profonde, accompagné delà sécheresse des muqueuses, de la sensibilité de l’abdomen à la palpation, et bientôt d’une diarrhée alimentaire, puis sanguinolente. Rapidement épuisés, les malades succombent en quelques jours.

SYMPTÔMES

En quelques cas, des accidents nerveux sont observés au cours de la clavelée; l’animal présente des signes de méningite aiguë, caractérisée par des accès de vertige, suivis de périodes de coma.

Parfois aussi, au cours de l’éruption et pendant la période de sécrétion, les pustules s’affaissent et se dessèchent subitement: si l’on enlève la pellicule ou la croûte qui recouvre le bouton, on met à nu une surface terne, complètement sèche, de couleur brune ou noirâtre. En même temps, l’état général s’aggrave et 1 on voit apparaître les signes d’une localisation sur le poumon ou sur l’intestin (métastase).

Des complications sont en outre observées, qui résultent de la confluence de l’éruption en certains points ; elles sont constatées lors d évolution régulière, et, plus souvent, dans les formes graves et irrégulières.

L’éruption cutanée confluente laisse souvent après elle des plaies qui se cicatrisent difficilement. Au niveau des articulations, on voit des crevasses profondes, suivies de nécrose des tendons et des ligaments, de péri-arthrites et d’arthrites suppurées. A l’extrémité des membres, ces accidents sont particulièrement fréquents, en raison des infections secondaires inévitables; il se produit des ulcères profonds dans le voisinage desonglons, suivis de la nécrose et de la chute du doigt. Des accidents de même ordre sont observés au niveau des oreilles, du nez, des lèvres, où des escarres cutanées s’éliminent.

Sur les muqueuses, il se produit également des nécroses, plus ou moins étendues, au niveau de la pituitaire, de la langue, du voile du palais.

L’éruption de la conjonctive gagne encore la cornée, provoquant des ulcérations de la vitre, souvent suivies de la perforation et de la perte complète de l’œil.

Les éruptions laissent des traces persistantes, sous la forme de taches cicatricielles. Sur la face, ces lésions sont très nettes chez certains animaux; elles consistent en de petites fossettes, glabres, rosées ou blanchâtres (picolle), limitées par un tissu induré. Lors d éruption confluente, on rencontre chez quelques sujets des dépilations de la lace, étendues en traînées irrégulières correspondant a un épaississement fibreux de la peau.

I ne complication ordinaire de l’évolution claveleuse est l’avortement , celui-ci est constaté à toutes les périodes de la gestation.

CLAVELÉE

La maladie suit une marche nettement cyclique, dans les formes à évolution régulière. La durée des diverses phases est quelque peu modifiée cependant, suivant diverses circonstances ; elle est plus courte chez les animaux jeunes, vigoureux, que chez les sujets vieux et débilités ; pendant l’été, lorsque les malades sont entretenus dans des milieux à température élevée, l’évolution se trouve également précipitée.

Dans les formes atypiques, la marche est des plus variables, suivant la prédominance des localisations diverses. Fréquemment, les animaux succombent à la suite de congestions viscérales, d’intoxication ou d’infection purulente... D’autres, qui ont résisté, demeurent, pendant un long temps ou définitivement, dans un état de cachexie extrême.

Dans un troupeau, la marche de la clavelée est toute particulière. Généralement, la maladie atteint un tiers, un quart, un cinquième de l’effectif et elle parcourt ses phases sans que, pendant ce temps, d’autres animaux soient infectés. Alors que l'évolution est terminée, c’est-à-dire après un mois environ, la moitié ou le tiers des individus restés sains sont frappés, souvent sous une forme plus grave que les premiers. Enfin, après un nouveau délai de trente jours, les moutons jusque-là préservés sont contaminés à leur tour, sous un type évolutif analogue à celui du début. 11 résulte de ce mode de propagation que la clavelée persiste dans un troupeau pendant trois ou quatre mois, jusqu’à ce que tous les moutons en état de réceptivité soient atteints. Ces attaques répétées étaient désignées autrefois sous le nom de « clavelée de première, deuxième, troisième lunée ». Ainsique le remarque déjà d’Arboval, leur succession s’explique facilement par une contagion exercée pendant la dernière période seulement de l’évolution pustuleuse, alors que le claveau desséché est répandu dans les milieux habités.

Grave d’une façon générale, en raison du chiffre souvent élevé des pertes et de la dépréciation subie par les malades, le pronostic ne peut être porté avec quelque précision que pour une même localité et pour une -même épizootie.

Il est remarquable que la clavelée est moins grave de beaucoup en certaines régions qu’en d’autres. Sur le littoral de la Méditerranée, dans les pays où elle sévit en permanence, la maladie est relativement bénigne et les pertes ne dépassent guère 2 à 5 p. 100 des effectifs atteints. La gravité augmente dès que l’on remonte vers le nord. En France, les statistiques de Ilurtrel d’Arboval et de

LÉSIONS

Delafond donnent une mortalité moyenne de 20 p. 100, chiffre qui est dépassé dans l'Europe centrale. En Angleterre, Simonds a évalué à 30 p. 100 le taux des pertes.

Il existe aussi des différences considérables suivant les épizooties •considérées. Dans les régions où la clavelée est généralement bénigne, comme dans le sud-est de la France et en Algérie, la maladie atteint, à certains moments, une gravité exceptionnelle et elle cause des pertes considérables.

La clavelée sévit sous une forme plus maligne au début des épizooties; au contraire, elle évolue vers la fin de celles-ci sous une forme atténuée. Parmi les nombreuses conditions qui interviennent encore, une influence est attribuée à la race et au tempérament des animaux; on admet que la clavelée est plus grave chez les sujets appartenant à des races améliorées, importées depuis peu, notamment chez les animaux précoces, destinés à la production de la viande.

Les conditions hygiéniques de l’entretien des malades ont une importance pronostique plus évidente; les complications seront fréquentes chez les animaux entassés dans des bergeries étroites et mal aérées, ou chez ceux qui sont abandonnés, sans protection, aux hasards des variations atmosphériques.

Enfin la maladie sera d’autant plus grave, économiquement, qu’elle se prolongera pendant plus longtemps dans un troupeau; il pourra y avoir avantage à hâter l’évolution, en provoquant artificiellement l’infection des moutons qui ont échappé aux premières atteintes. (Y. Clavelisation.)

IL — Lésions.

L’altération essentielle consiste dans le développement de la « pustule claveleuse » sur les téguments. L’évolution est identique à celle de la pustule du horse-pox; comme pour celle-ci, on observe une forme régulière, nettement pustuleuse, et une forme modifiée par la rapidité de l’évolution, constituant la vésico-pustule.

Les lésions constatées chez les animaux qui ont succombé à la clavelée sont très variables.

Sur 1 appareil digestif, on trouve la muqueuse des premières \oies épaissie et œdématiée, de couleur rouge-foncé, parsemée de taches brunes, principalement au niveau de l’arrière-bouche, du \oiledu palais et du pharynx. En d autres cas, il existe une pustulation abondante dans les mômes régions, ou encore, si la mort est

CLAVELÉE

tardive, des lésions d’apparence ulcéreuse, recouvertes d’un exsudât muco-purulent. Le feuillet renferme des aliments durcis; la muqueuse de la caillette est enflammée et hémorragique. L’intestin grêle contient des matières liquides, parfois sanguinolentes, d’odeur fétide; il présente des foyers de congestion et de nombreuses ecchymoses. Les vaisseaux du mésentère sont gorgés de sang; le péritoine, injecté, contient une sérosité rosée. Les ganglions de la cavité sont volumineux et infiltrés.

Sur l’appareil respiratoire, on constate des lésions plus marquées. La muqueuse du larynx et de la trachée est enflammée, recouverte d’un mucus épais, mêlé de sang; sa surface est parsemée d’ecchymoses, isolées ou réunies en plaques irrégulières, de boutons ou de plaies d’apparence ulcéreuse. Des accidents analogues sont observés, mais plus rarement sur les bronches. Les poumons, congestionnés, présentent des foyers d’hépatisation lobulaire, de suppuration ou de gangrène. Le plus souvent, l’organe offre à sa surface une série de petites tumeurs arrondies, blanchâtres, saillantes, fermes au toucher; l’incision montre qu’elles sont constituées par de petits noyaux d’hépatisation récente. La plèvre, congestionnée, parsemée d’ecchymoses, renferme un peu de sérosité. Les ganglions bronchiques sont infiltrés et volumineux; les ganglions pré-pectoraux sont aussi, dans certains cas, considérablement hypertrophiés.

Le péricarde, rarement enflammé, contient un transsudât de teinte rosée. Le myocarde a une teinte pâle; il est friable, cuitr ecchymosé.

Dans les centres nerveux, on note la réplétion des vaisseaux et la présence d’un épanchement séreux dans les ventricules.

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