I. — Symptômes
Les accidents qui traduisent l'infection gourmeuse échappent par leur diversité à foute synthèse descriptive.
Alors que, sous certaines formes, la gourme est exprimée seulement par une éruption cutanée des plus bénignes, elle se traduit dans d’autres par des catarrhes diffus des muqueuses, par des suppurations dans les parenchymes, ou encore par une septicémie à évolution plus ou moins rapide. Ces modes évolutifs, déjà difficiles à grouper, se trouvent associés suivant les modes les plus complexes; ils se greffent les uns sur les autres; ils sont accompagnés ou suivis par les complications les plus diverses.
L’étude des nombreuses déterminations gourmeuses montre que la maladie évolue suivant deux types assez nettement différenciés ; sous une première forme, l’infection est exprimée par des suppurations , superficielles ou profondes; sous une seconde, elle est traduite par des congestions, localisées ou disséminées. On
(1) En outre du travail de Wiart, on consultera avec intérêt une brochure de Ch. Martin remplie d’observations intéressantes et de vues originales : Ch. Martin. Élude sur la pyogénie spécifique appelée la gourme du cheval, Broch. 75 p., Bayeux, 1887.
GOURME
peut ainsi distinguer : une gourme purulente, correspondant aux anciennes formes décrites, et une gourme septicémique, embrassant à la fois les formes congestives récemment étudiées ( gourme hémorragique de Wiart) et les formes septicémiques à évolution rapide.
Ce groupement ne correspond pas sans doute à toutes les modalités évolutives ; on voit des accidents appartenant à chacun des deux groupes se succéder ou coïncider sur un même individu; mais cet inconvénient est commun à toutes les classifications proposées. D’ailleurs, en outre de sa simplicité, cette division a l’avantage d’être basée sur des caractères anatomo-pathologiques précis et il semble qu’elle corresponde à deux modes distincts de l’infection.
§ 1. — Gourme purulente.
La gourme purulente comprend deux formes cliniques différentes, suivant que les localisations portent sur les muqueuses ( gourme catarrhale) ou sur les parenchymes ( suppurations gourmeuses).
Cette distinction, moins encore que les précédentes, n’a rien d’absolu ; la gourme catarrhale s’accompagne volontiers de suppuration dans différents tissus. Cependant la multiplicité même des localisations gourmeuses, comme aussi l’extrême variété de leurs associations, rendent impossible toute description schématique unique. On doit seulement se souvenir que si chacune des expressions locales de l'infection peut être observée isolément, plusieurs déterminations peuvent coexister ou se succéder chez un même malade, et que la variété des associations modifie presque à l’infini les aspects cliniques de la maladie.
Un premier paragraphe est consacré à l’étude des symptômes de la gourme catarrhale ; dans un second, sont indiqués les caractères des diverses suppurations gourmeuses.
a) Gourme catarrhale. — La gourme catarrhale correspond à la localisation des lésions sur la muqueuse des voies respiratoires. Cette forme est la plus ordinaire; elle revêt des expressions différentes suivant le siège, l’étendue et le mode d’évolution des accidents.
Le début est marqué par de la tristesse, de la somnolence, une diminution de l’appétit. Sorti de l’écurie, le cheval a perdu sa gaieté et sa vigueur; les mouvements sont lents, pénibles; dans les formes graves, on constate de la faiblesse de l’arrière-main et la marche est titubante. Les muqueuses sont infiltrées, de teinte
SYMPTÔMES
rouge brique; les yeux sont larmoyants; la bouche est chaude et sèche; la langue se recouvre d’un enduit grisâtre. On entend, au moment où les animaux sortent de l'écurie, une toux sèche et quinteuse. La respiration est encore normale, mais le nombre des pulsations a augmenté; il existe du pouls veineux dans les formes graves. La température oscille autour de 40°.
Bientôt des symptômes locaux sont appréciables ; on constate de l’empâtement des régions de la parotide et de l'auge; la gorge est douloureuse à l’exploration ; les pressions exercées sur le larynx provoquent facilement la toux. Alors que la muqueuse des premières voies digestives (arrière-bouche et pharynx) est envahie d’emblée, on note la lenteur de la mastication et une difficulté croissante de la déglutition. Lors de l’extension à la pituitaire (■ coryza goarmeux), l’ébrouement se produit à chaque instant.
Aces symptômes s'ajoutent des manifestations d’un autre ordre. La toux apparaît dès que l’inflammation gagne la muqueuse laryngienne; d’abord sèche, retenue, quinteuse, elle devient plus grasse et plus forte lorsque l’exsudation s’établit. Les accès sont provoqués par l’impression de l’air froid, par les mouvements brusques de la tète sur l’encolure ou par le passage d’un bol alimentaire. Un jetage se montre ensuite, dont les caractères varient suivant le siège et l’intensité des lésions. Alors que l’inflammation est localisée à la pituitaire, le jetage est limpide, aqueux ; il prend une teinte citrine si l’irritation est plus intense. La dysphagie, simplement décelée en certains cas par une extension de la tête sur l’encolure, au moment de la déglutition, est exprimée dans d’autres par du ptyalisme permanent et par le rejet des aliments liquides par les cavités nasales. Les signes généraux du début sont peu modifiés ; la température reste stationnaire.
Les troubles sont plus marqués dès que la suppuration s’établit. Au niveau de la gorge, l’empâtement du début a fait place à une tuméfaction inflammatoire douloureuse, d’étendue variable. Les ganglions de l’auge sont volumineux, infiltrés, noyés dans une zone de tissu œdématié. La région parotidienne est parfois tuméfiée, convexe, par suite de l’engorgement des ganglions pharyngiens ; la tension peu! être suffisante pour causer des troubles mécaniques de la respiration et de la circulation. La tête est étendue sur l’encolure ; les naseaux restent dilatés ; la respiration devient bruyante, puis ronflante et, en quarante-huit ou soixante heures, le bruit de cornage s’établit, pour rester stationnaire pendant plusieurs jours. La déglutition est pénible; la salive,
Nocaiîd et Lkclainciie. — 2e édit. 3*2
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difficilement déglutie, s’échappe parla commissure des lèvres ; les bols alimentaires ne franchissent le pharynx qu'après plusieurs tentatives; souvent, un accès de toux survient à ce moment, qui provoque le rejet violent des aliments, à la fois par la bouche et par les naseaux. En certains cas, l’appréhension de la douleur provoquée par la déglutition est telle que l’animal rejette les fourrages après les avoir mâchés longuement. La déglutition des liq u ides est impossible à certains moments.
Dans les formes graves, « le malade n’essaie meme pas de manger; il reste immobile, hébété, les yeux à demi fermés; la bouche entr ouverte laisse échapper des mucosités gluantes. Les naseaux sont barbouillés de jetage grisâtre, muqueux; une salive écumeuse, sécrétée en abondance et sans cesse remuée par les mouvements de la langue dans la bouche, salit tout ce qui est à portée du malade». (Wiart).
La toux est fréquente, grasse, quinteuse. Le jetage est abondant, bilatéral, purulent; ses caractères varient suivant le siège ou la prédominance des localisations inflammatoires. D’abord grisâtre et plus ou moins mousseux si le larynx est affecté, il prend ensuite une teinte jaune ou blanc sale ; tantôt épais, bien lié, crémeux, homogène; il se montre aussi liquide, mêlé de caillots fibrineux ou souillé par des matières alimentaires.
Pendant toute cette période, le malade reste abattu, somnolent : l’appétit est capricieux ; les fourrages et les barbotages sont préférés à l’avoine. La conjonctive, infiltrée, conserve une teinte rouge vif ou légèrement safranée. La respiration est lente, souvent entrecoupée ; le pouls est un peu accéléré. La température baisse légèrement dès que la suppuration s'est établie ; lors d évolution régulière, elle descend peu à peu jusqu’au retour à la normale.
La suppuration des muqueuses est accompagnée du développement de foyers purulents dans les ganglions de l’auge. Les abcès se montrent d’un seul côté ou des deux côtés à la fois; la plupart du temps, plusieurs foyers évoluent en même temps. On perçoit, dans le tissu œdématié qui remplit la cavité de l'auge, une ou plusieurs masses densifiées, différemment réparties suivant la situation des ganglions enflammés. « Tantôt ils sont accolés aux branches du maxillaire; tantôt ils sont placés en arrière du bord refoulé de cet os ; tantôt ils sont silués sous la langue et occupent la partie médiane de l’espace intra-maxillaire. Dans ce dernier cas, les tumeurs sont souvent dissimulées dans le fond de l’auge, et, lorsque l’abcès est formé, la fluctuation est moins facile à percevoir que
dans les autres localisations. » (Wiart.) Au niveau des points fluctuants, le tégument se couvre d’un suintement séreux; les poils tombent; la peau, refoulée et amincie, s’escarrifie vers la partie centrale et livre passage à un pus blanc jaunâtre, épais, crémeux, bien lié.
Lors d évolution suraiguë, les caractères de l’abcès gourmeux sont quelque peu modifiés ; l’engorgement périphérique, très étendu, gagne la région des joues; les yeux sont gonflés et chassieux. « Si. à ce moment, on fait une ponction exploratrice dans les nodosités les plus saillantes, on fait sortir une petite quantité de pus jaunâtre, parfois safrané, épais et assez analogue, comme consistance, à celle de l’huile d’olives figée. Il arrive aussi que le pus est tellement épais qu’il reste emprisonné dans la trame des tissus. Plus tard, la fluctuation devient apparente et la peau s’amincit sur les nodosités en relief ; si on les ponctionne, on n’en fait sortir qu’un peu de pus; le reste, à l’état concret, est rassemblé dans de petites logettes, indépendantes les unes des autres, à évacuation lente et difficile. » En certains cas, les lymphatiques s’enflamment à leur tour. « De l’auge partent des cordes, qui se dirigent vers la face, longent le bord du maxillaire inférieur et gagnent les lèvres et les joues; de nombreux abcès se forment sur leur trajet. Le pus qui s’en écoule est grisâtre, graisseux et fréquemment mélangé à une petite quantité de sang. » (Wiart.)
Dans une dernière phase, tous les signes précédents s’amendent peu à peu. L’engorgement des régions de la gorge et de l’auge esl résorbé dès que les abcès se sont ouverts; en même temps disparaissent les troubles mécaniques de la respiration et de la déglutition. La toux est plus rare; elle ne se produit qu’au début de l’exercice ou pendant la marche aux allures vives. Le jetage est peu abondant, épais, composé de petits grumeaux blancs, qui s attachent au pourtour des naseaux et que l’animal projette en s'ébrouant ; plus tard encore, il redevient muqueux et forme des croûtes grises à l’oritice des cavités nasales. La température revient à la normale.
L’évolution est complète sous ce type en 15-30 jours ; mais l’expression est modifiée, en de nombreux cas, par l’extension de l’inflammation à différentes muqueuses ou par la coexistence de localisations diverses dans les parenchymes. Parmi les complications résultant d’une simple extension du catarrhe gourmeux figurent les collections des poehes gutturales et des sinus la trachêo-bronchite, la broncho-pneumonie et la pleuro-pneumonie.
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Collection des sinus. — Celte complication est assez rare; les symptômes qui l’expriment n’ont rien de spécial.
Collection des poches gutturales. — La suppuration de la muqueuse des poches gutturales s’établit dès le début, dans certaines formes à évolution rapide ; elle survient, dans d’autres, par extension de l’inflammation de la muqueuse respiratoire... Les symptômes n’ont rien de particulier. Wiart rattache à cette localisation des accidents nerveux, consistant en des accès de vertige, accompagnés d’amaurose et de troubles respiratoires et circulatoires.
La collection persiste presque indéfiniment avec les mêmes caractères; dans quelques cas seulement, la suppuration détruit la muqueuse et creuse un trajet vers les parties superficielles. L’issue se produit vers la partie inférieure de la poche ou encore, à travers la parotide, dans les régions moyenne ou supérieure ; cette terminaison aboutit à la guérison complète en un temps assez court.
Trachéo-bronchite. — L’inflammation de la muqueuse de la trachée et des bronches est primitive, et contemporaine de celle des voies supérieures, ou secondaire et consécutive à l’angine gourmeuse.
L’envahissement des grosses bronches est annoncé par une élévation thermique étendue vers 41°, par une toux sèche et profonde, avec abattement et disparition de l’appétit. Ces symptômes s’atténuent en 12-24 heures et l’on constate les signes habituels de la bronchite aiguë. « La marche de la maladie n’est pas aussi régulière que lors d'inflammation simple, à frigore ; on observe des accès fébriles passagers dus à une poussée congestive du côté de la peau ou des ganglions. L’évolution est complète en 15-20 jours. »
Bronciio-pneumonie. — L'extension de l’inflammation aux petites bronches et au parenchyme pulmonaire se produit d’emblée ou dans le cours de la bronchite simple. Elle est annoncée par l’aggravation de tous les symptômes généraux et par l’apparition des signes locaux de l’hépatisation lobulaire ou lobaire. « La durée moyenne de la broncho-pneumonie est d’environ trois semaines, lorsque celle-ci suit une marche régulière; mais lorsque les poussées congestives sur le poumon sont répétées, et pour ainsi dire imbriquées, comme chacune d'elles passe par les mêmes phases, la maladie se prolonge bien au delà de ces limites ». (Wiart.)
Chez quelques malades, des abcès se développent dans le parenchyme enflammé; chez d’autres, des foyers de gangrène apparaissent. Enfin la broncho-pneumonie gourmeuse passe parfois à Y état chronique. Le jetage persiste ; des accès de toux sont provoqués par l’impression de l'air froid et par le travail. Les mouvements respiratoires sont irréguliers ; l’expiration s’opère en deux temps. L’état général reste mauvais; l’appétit est capricieux; l’animal maigrit; le poil est terne et piqué; la peau reste sèche et se couvre de pellicules ; plus tard apparaissent les signes de l’emphysème pulmonaire.
SYMPTÔMES
Pleuro-pneumonie (1). — L’envahissement de la plèvre s’opère au cours de l’évolution pneumonique ; il est consécutif à une extension de 1 inflammation pulmonaire ou à l’ouverture d’un abcès dans la cavité. Cette complication est annoncée par des frissons, des tremblements musculaires et un état d’anxiété extrême ; la respiration est courte et discordante ; le thorax est sensible aux pressions ; la ligne de matité s’élève et tend à devenir horizontale. La mort est la terminaison à peu près constante.
b) Suppurations gourmeuses. — Les suppurations des divers tissus se présentent sous la forme de foyers limités (abcès) ou sous celle d’infiltrations diffuses. Ces accidents accompagnent la gourme catarrhale ou ils évoluent isolément.
Peau et tissu sous-cutané. — Des abcès se développent dans le tissu cellulaire sous-cutané pendant le cours de la gourme. Ils siègent dans les points les plus exposés aux traumatismes, au garrot (2), au bord dorsal de l’encolure, à la pointe de l’épaule, au niveau des articulations des membres...
Ces suppurations locales peuvent être l’origine d’accidents divers. En certaines régions, l’abcédation aboutit à la macération et à la nécrose des tissus (maux de garrot, d’encolure) ; en d’autres, la tuméfaction détermine des accidents divers, dus à l’occlusion des voies respiratoires (région parotidienne) ou à la compression des vaisseaux et des nerfs (encolure).
Une forme particulière, d’origine nettement traumatique, est décrite sous le nom de gourme de castration (3). Les premiers symptômes se montrent quinze à trente jours après l’opération. L'animal est triste ; l’appétit est diminué ; la colonne vertébrale est voussée en contre-haut; la marche est pénible. Dans la région du fourreau, apparaît un engorgement œdémateux, unilatéral ou bilatéral, qui augmente pendant les jours suivants. Un ou plusieurs foyers purulents se développent au sein de l’œdème; ils sont constitués par une masse dure qui se ramollit rapidement. « La fluctuation se manifeste ordinairement dans l’aine, entre la face interne de la cuisse et la région testiculaire; toujours le pus est de bonne nature et très abondant (cinq litres et plus). Après l’ouverture de la poche, l’animal se trouve mieux pendant quelques jours, mais bientôt un nouvel engorgement apparaît qui aboutit à l'ouverture d'un nouvel abcès. » (Jouquan.) Ces abcès, développés dans le tissu cellulaire qui
(1) Huouikr. Étude de ta pleuro-pneumonie gourmeuse... Bulletin de la Soc. centr. de méd. vétér., 189G, p. 419.
(2) Trélut. Du mal de garrot symptomatique. Revue vét., 1883, p. 553.
(3) Anginiard fils. De la gourme se manifestant dans la région du fourreau après castration. Recueil de méd. vét., 1855, p. 899. — Martin. Loc. cit., p. 13. Jouquan. La
goumne de castrution. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1888. p. 485. Reynal
en 1849, signale déjà la castration comme l’origine d’accidents traumatiques gourraeux!
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entoure le cordon, se succèdent ainsi plusieurs fois et l’évolution peut nôtre complète qu’en quatre ou cinq semaines.
En outre de celte localisation, la suppuration s’établit encore dans l’épaisseur du cordon testiculaire. « L’engorgement du fourreau persiste alors pendant un long temps, sans que l’on puisse observer la fluctuation... Le malade s’émacie de plus en plus ; il ne peut plus lever les membres postérieurs ; l’appétit devient nul et la mort peut survenir... On est obligé de recourir aux ponctions exploratrices pour être certain de la présence du pus, qui se trouve souvent à huit ou dix centimètres de profondeur, jusque dans la partie supérieure du canal inguinal. » (Jou qiu n.
Les suppurations développées dans le bassin, notamment dans le tissu conjonctif péri-reclcil , se traduisent par un ensemble de signes particuliers (1). Les symptômes apparaissent subitement, pendant la convalescence de la gourme; l’animal est triste; il cesse de manger et souffre de coliques intermittentes. Après quelques jours, la défécation s’opère difficilement; le malade fait de fréquents efforts, accompagnés de plaintes; il ne rejette que quelques crottins petits et durs. A l’exploration rectale, on trouve, plus ou moins en avant, sous le sacrum, une tuméfaction globuleuse, réni tente, douloureuse, dans laquelle on perçoit bientôt de la fluctuation ; il existe en même temps de l’œdème péri-anal Lardet, Le Berre). Ces signes se montrent seuls ou en même temps que d’autres manifestations gourmeuses.
Des suppurations diffuses , développées dans la peau et dans le tissu conjonctif sous-cutané, sont observées en certains points, notamment au niveau de la tête et de l’encolure. Il existe, dès le début, une tuméfaction œdémateuse étendue à toute une région, suivie de l'évolution de nombreux foyers purulents, disséminés à la fois dans le derme cutané et dans le tissu conjonctif sous-jacent. Ces accidents se présentent le plus souvent au cours de la gourme catarrhale. Ils se terminent par la résolution ou par l’infection purulente.
Une forme différente consiste dans l'évolution rapide d'une inflammation érysipélateuse de la peau et du tissu sous-cutané, envahissant une partie ou la totalité de la tête et les régions de la parotide et du larynx . La peau, chaude au début, est considérablement épaissie et œdématiée; les saillies osseuses disparaissent; les yeux restent clos; les naseaux sont en partie obstrués. L’animal prend un aspect monstrueux, analogue à ce que l'on observe dans certaines formes d’anasarque. Alors que l’infiltration est étendue, les malades présentent des signes d’intoxication aiguë et ils succombent rapidement; en d'autres cas, il se produit des escarrifications cutanées (gourme charbonneuse) ; parfois enfin, les engorgements disparaissent graduellement.
Des lymphangites purulentes sont observées au cours de la gourme, au niveau de la tète ou sur les membres. Elles coïncident en général avec
(1) Lardet. Abcès du bassiti. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1889, p. 60. — Le Berre. Abcès de la région rectale. Id., 1889, p. *258.
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l'abcédation des ganglions voisins. Iles engorgements œdémateux, chauds, apparaissent au niveau du nez, des lèvres, des paupières; la peau est tendue et infiltrée. En quelques jours, de petits abcès évoluent sur le trajet des lymphatiques: ils s'ouvrent en donnant un pus liquide, mal lié, mêlé de caillots fibrineux.
Appareil digestif. — En outre des inflammations fréquentes de la muqueuse de l'arrière-bouche et du pharynx, on rencontre des localisations multiples sur différents points de l’appareil digestif.
Des abcès se développent dans le voile du palais, déterminant une tuméfaction considérable de la région, le rétrécissement de l’orifice et la difficulté de la déglutition. En certains cas, de petits abcès se forment isolément dans la membrane; en d’autres, il n'existe qu'un seul foyer, qui atteint jusqu'au volume d’un œuf de pigeon. Les lésions discrètes aboutissent à la résolution ; les troubles de la déglutition persistent pendant deux à trois semaines. Lors d’altérations graves, nécroses et suppurations persistantes, il arrive fréquemment que du pus et des parcelles alimentaires sont entraînés dans les bronches et déterminent une pneumonie par corps étrangers, toujours mortelle.
D’autres accidents siègent dans la même région, qui constituent des complications de lésions voisines. Pendant l’évolution des abcès de l’auge, et alors que la tuméfaction inflammatoire est considérable, il se produit un œdème de la langue parfois considérable. L’organe remplit en entier la cavité; il déborde latéralement et entre les arcades incisives. Tout mouvement de déglutition est impossible ; la salive s’écoule en permanence. Ces phénomènes alarmants disparaissent dès que les abcès ont été ouverts. Les abcès profonds de l’auge peuvent s’ouvrir dans la bouche; il persiste alors une plaie fistuleuse qui, toujours souillée par des parcelles alimentaires, se cicatrise avec une extrême lenteur.
Des suppurations sont observées dans les parois du pharynx (1 . On trouve de nombreux petits foyers, disséminés dans la couche sousmuqueuse, ou des abcès volumineux. Il existe dans tous les cas des signes de pharyngite intense, avec difficulté extrême ou impossibilité absolue delà déglutition. Dans les formes graves, l’inflammation s’étend à la muqueuse du larynx et l’animal meurt asphyxié dès les premiers jours.
Les suppurations dans les paroisde l'intestin sont relativement rares (*2). Dieckerhoff a rencontré trois fois de petits abcès, du volume d'une fève ou d’une noix, dans la couche sous-muqueuse de l’iléum ou du jéjunum ; Rohr signale la présence d’un foyer unique et volumineux du côlon flottant. L’évolution des accidents est lente. Les symptômes consistent en une diminution de l’appétit, devenu capricieux, irrégulier, et en un
(1) Trasbot. La gourme ou variole du cheval. Archives vét., 1879, p. 86S. — Dieckeriioff. Lehrbuch der Pathologie, t. I, 1888, p. 864.
(2) Dieckerhoff. Lehrbuch der Pathologie,' t. I, 1888, p. 867. — Rohr. Complication a abdominales de ta gourme. Recueil de méd. vét., 1892, p. 487.
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amaigrissement progressif, coïncidant avec des coliques intermittentes et avec une faiblesse croissante du malade. Les abcès peu volumineux s’ouvrent dans l’intestin et la cicatrisation s’opère ; les collections étendues provoquent l’obstruction du canal ou la mort par péritonite, après ouverture dans la séreuse.
La présence d’abcès dans les ganglions , dans les mésentères (1) on dans le tissu conjonctif sous-séreux est exprimée par des signes vagues : amaigrissement, faiblesse, appétit irrégulier, rétraction de l’abdomen et sensibilité à l’exploration.
Appareil respiratoire. — En outre des accidents signalés déjà au niveau du larynx, des suppurations s’établissent en divers points dans le voisinage de la trachée. Les abcès se développent sur le trajet cervical, dans le tissu conjonctif péri-trachéal, ou encore à l'entrée de la poitrine et au-dessus du canal. Les foyers, appréciables à l’extérieur, déterminent une compression et un écrasement de la trachée, décelés par un souffle inspiratoire et expiratoire. Des complications irrémédiables se produisent si le pus ne peut être évacué prématurément, par une intervention chirurgicale ; la suppuration s’étend dans les plans cellulaires, pour atteindre la cavité thoracique; parfois aussi des accidents mortels sont provoqués par la compression et la macération des vaisseaux et des nerfs.
Les ganglions de la cavité thoracique sont envahis d’emblée ou secondairement, isolément ou en même temps que les ganglions pharyngiens, pré-scapulaires et trachéaux. Le cornage est l’un des signes les plus constants ; l’altération des ganglions bronchiques entraîne du pouls veineux et de la réplétion des jugulaires, par compression de la base du cœur. La mort est inévitable; elle est le résultat de l'écrasemeut des nerfs, de l’ulcération des parois d’un vaisseau ou de l’issue du pus dans les plèvres.
Dans le poumon , les suppurations évoluent sous la forme de foyers de broncho-pneumonie, du volume d’un pois à celui d'un œuf de poule; elles coïncident souvent avec la bronchite. Si les foyers sont nombreux et confluents, la gangrène du poumon ou la généralisation de l’infection sont également à craindre. En quelques cas, des foyers périphériques s’ouvrent dans la plèvre, provoquant une pleurésie purulente rapidement mortelle.
Système nerveux (2). — Les localisations île l’infection gourmeuse sur le système nerveux central sont rares. Les suppurations se présentent sous la forme de foyers limités, développés dans les ventricules ou dans les méninges, et sous celle d’inflammations diffuses des méninges.
Les abcès siègent presque exclusivement au niveau des hémisphères cérébraux; la plupart des observations se rapportent à un foyer unique: dans quelques autres, il existe des abcès disséminés dans les méninges
(1) Verlinde. Abcès gourmeux mésentériques. Annales de méd. vét., 189.'>, p. 84.
(2) Joly et Jacoui.et. Étude clinique des formes nerveuses de la gourme. Recueil pour le jubilé de WoronzofT, 1896, p. 1, et Répertoire de méd. vétér., 1 897.
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(Siecheneder, Delamotte, Lucet). Les symptômes, quelque peu différents suivant la localisation et l’étendue du foyer, permettront le diagnostic, alors que les animaux présentent ou ont présenté antérieurement des accidents gourmeux.
Des paraplégies passagères, suivies de parésie persistante du train postérieur, sont signalées à la suite de l'infection gourmeuse ; il n’est pas douteux qu’elles doivent être rapportées à une localisation streptococcique médullaire; toutefois l’étude anatomique et bactériologique des accidents n’a pas été faite jusqu’ici.
Des accidents cérébraux ou médullaires sont dus à la pénétration du pus développé dans le voisinage des centres. Barascud fl) rapporte une observation de méningite consécutive à la formation d’un abcès gourmeux dans l’oreille interne ; Ghauvrat, Perrey et Deysine observent des méningites spinales provoquées par des suppurations dans le voisinage des corps vertébraux.
Appareil locomoteur. — Les accidents portent sur le système lymphatique, sur les séreuses synoviales et sur les os.
En outre des lymphangites et des adénites consécutives aux altérations des muqueuses, des suppurations s’établissent d’emblée dans le système lymphatique de certaines régions. Les adénites les plus fréquentes sont celles des ganglions sous-glossiens, pharyngiens, trachéaux, pré-scapulaires...; les lymphangites siègent de préférence sur la tète et sur les membres.
Les séreuses articulaires ou tendineuses sont quelquefois affectées au cours de la gourme catarrhale. En outre des synovites simples, d'apparence rhumatismale, qui constituent plutôt des complications de la maladie (Y. Complications), on constate des arthrites ou des péri-arthriles suppurées extrêmement graves.
Du côté des os, on signale quelques cas de périostite survenue pendant la convalescence des catarrhes des muqueuses, notamment « au niveau du genou, du jarret et à la partie supérieure des canons; l'inflammation détermine une tuméfaction des extrémités articulaires, une infiltration sous-cutanée et un peu de gêne dans le jeu des articulations, mais pas de boiterie » (W’iart). Mauri a rencontré un cas de carie du maxillaire inférieur, due à l’envahissement du tissu spongieux par le streptocoque gourmeux.
§ 2. — Gourme septicémique.
Sous cette forme, la gourme présente des types évolutifs variés, qui peuvent être différenciés suivant qu’il existe ou non des localisations cliniquement appréciables. La présence ou l’absence de
(1) Barascud. Méningite consécutive à la formation d’un abcès gourmeux dans l'oreille interne. Recueil sur l’hyg. et la méd. vét. inilit., t. X VIII, 1896, p. 351.
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celles-ci étant liées à la rapidité de l’évolution, on peut distinguer un type sabaigu et un type aigu.
ci) Type subaigu. ( Gourme hémorragique de Wiart.) — Il est caractérisé par des accidents congestifs siégeant sur les téguments ou dans les parenchymes et aboutissant cà la nécrose ou à l’hémorragie.
La gourme peut se manifester d’emblée sous cet aspect, mais, le plus souvent, elle revêt brusquement cette forme pendant le cours de la gourme catarrhale et vers le troisième septénaire. Les localisations les plus ordinaires portent sur la peau, les muqueuses, le poumon; d’autres sont observées sur l’intestin, dans les muscles ou dans les centres nerveux. En dehors des accidents cutanés, associés en général à d’autres manifestations, les lésions sont localisées le plus souvent sur un même appareil et elles peuvent être étudiées successivement.
Les caractères généraux de l’évolution sont identiques à ceux de la gourme purulente; « souvent les processus congestifs se manifestent par des poussées plus ou moins éloignées les unes des autres, annoncées par des exacerbations fébriles ». (Wiart.)
Gourme cutanée. — Sous une première forme, 1 infection gourmeuse se traduit par un simple exanthème. La présence de ces altérations est depuis longtemps signalée (1): certains observateurs, comme Gilbert, Dieterichs, Robinson, Traeger,... regardent môme l’éruption comme essentielle et ils font de la gourme une maladie exanthémateuse. Les caractères cliniques de cette forme ont été plusieurs fois étudiés en ces dernières années (2).
Alors qu’il évolue isolément, l’exanthème gourmeux ne provoque que des symptômes généraux peu graves. Le début est marqué par une élévation thermique constante, vers 39°-40° ; il existe en même temps de la tristesse et de l'inappétence. L’éruption apparaît 24-48 heures plus tard; elle est tantôt généralisée, tantôt localisée en divers points, à la face, aux épaules, aux flancs, à l’extrémité des membres. Sous la forme eczémateuse, elle consiste dans une éruption vésiculeuse, discrète ou confluente. Les dimensions des vésicules varient du diamètre d'un grain de mil à celui d’un grain de
(1) H. Bouley, Villate.... Discussion sur la transmission de la gourme. Rec. de inéd. vétér., 1855, p. 537.
(2) Joly et Leclainche. Étude sur la gourme cutanée. Revue vétér., 1893, p. 289 (avec bibliogr.). — Woronzoff. La forme exanthémateuse de la gourme. Journ. de méd. vét. de Pétersbourg, 1894, p. 294 et 325 (en russe). — Zmirloff. Id., id - , id., p. 646. — Lagriffoul. Eczéma gourmeux. Recueil sur l’hyg. et la méd. vétér. milit., t. XVIII, 1896, p. 357. — Humbert. Éruptions cutanées dans la gourme. Id., id., p. 440.
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maïs; elles sonl d’autant plus petites qu'elles sont plus nombreuses. Le plus souvent, il y a simple soulèvement épidermique, sans altération du derme. En d’autres cas, la vésicule est remplacée par une bulle, de la largeur moyenne d’une pièce de un Iranc, sorte de phlyctène qui se dessèche après quelques jours en prenant une teinte grisâtre. « L’éruption bulleuse est plus rare que la vésiculeuse et elle est presque toujours cantonnée sur une région très limitée. » (Wiart.) Une exsudation se produit au niveau des lésions; elle forme un enduit épais, poisseux, agglutinant les poils et donnant aux régions envahies un aspect caractéristique. Les poils tombent et laissent à nu de petites plaies superficielles.
Souvent l’éruption cutanée est la seule manifestation qui exprime l’infection gourmeuse ; en d’autres cas, elle succède à d’autres localisations de la gourme purulente ou elle coïncide avec elles.
Des troubles cutanés différents quant à leur expression clinique sont observés « sur certains sujets, alors que l’inflammation catarrhale des voies respiratoires se prolonge au delà des limites ordinaires, avec des alternatives d’amélioration et d’aggravation; ils se montrent plus rarement dans la période de convalescence » (Wiart). Les accidents consistent en une éruption de tumeurs œdémateuses ( èchauboulure gourmeuse de Wiart), disséminées sur tout le tronc ou confluentes en certaines régions. Leur apparition est précédée d'une légère élévation de la température; après quelques heures, l’animal paraît inquiet et l’on constate des tremblements partiels; localement, la peau est sensible et un peu chaude. Les tumeurs se développent, en quelques heures, sur les épaules, les côtes, les cuisses, à la partie inférieure de la tête; elles sont œdémaieuses, nettement circonscrites et aplaties, du diamètre d’une pièce de deux francs environ ; exceptionnellement, elles se montrent sous la forme de boutons confluents, hémisphériques, du volume d’une petite noisette. Il se produit presque toujours plusieurs éruptions successives ; les tumeurs nouvelles apparaissent dans les régions primitivement envahies. Peu à peu, les élevures cutanées s affaissent et disparaissent; à leur niveau persiste une légère exsudation séreuse, sous-épidermique, qui se concrète en une croûte superficielle. L’évolution est complète en 6-10 jours.
Muqueuses. — Des éruptions analogues à l’éruption cutanée sont observées en même temps que celle-ci ou isolément. Elles siègent sur la pituitaire, sur la conjonctive, sur les lèvres ou sur la muqueuse génitale.
Les lésions consistent en la présence de granulations, réunies en
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plaques finement bourgeonneuses, recouvertes d’un enduit gris jaune adhérent ou d’une sécrétion muco-purulente (1). Les accidents varient dans leur expression suivant l’étendue de l’éruption et suivant son siège.
La localisation génitale est décrite sous le nom de gourme coïlale (2). Les accidents apparaissent, chez la jument, quatre à sept jours après le coït infectant ; ils débutent par de la fièvre, de la tristesse et une diminution notable de l’appétit. Peu après, les lèvres de la vulve sont œdématiées; une sérosité jaunâtre, puis du muco-pus, s’échappe par la commissure inférieure. « La muqueuse du vagin, de couleur rouge sombre, est parsemée de petites plaques œdémateuses, rapprochées les unes des autres. » (Letard.)
Anasaroue gourmeuse. — D’autres accidents sont observés, soit à la suite des précédents, soit d’emblée, au cours de l’infection; ils constituent Y anasarque gourmeuse (3). Le début est marqué par une hyperthermie de 1 à 2° et par des engorgements, permanents ou intermittents, au niveau des articulations des membres. Les œdèmes s’étendent rapidement; ils gagnent les lèvres et les ailes du nez, tandis que des pétéchies apparaissent sur la pituitaire. Les parties tuméfiées sont chaudes, douloureuses à l'exploration. Les symptômes du début s’aggravent par poussées successives ; les battements du cœur sont violents et précipités; les œdèmes volumineux des membres rendent les mouvements impossibles; ceux de la face mettent obstacle à la préhension des aliments. La peau, distendue à l'excès, est le siège d’un suintement séreux. Des crevasses apparaissent dans les plis articulaires du genou, du jarret et du paturon ; on voit se former des plaies bourgeonneuses et saignantes, tandis que s’établissent des foyers de suppuration diffuse et des escarres gangreneuses. Sur la pituitaire, les pétéchies procèdent aussi par poussées successives ; l’évolution est d’ailleurs la même que dans l’anasarque dite « essentielle » et les mêmes complications d’infection purulente ou septique sont observées.
Des troubles viscéraux gourmeux peuvent survenir pendant l’évolution de ces accidents cutanés. La température remonte brusque-
(1) Teljezynski. Forme granuleuse de la gourme. Refer. in Jahresb. de Ellenberger et Schuetz pour 1895, p. 92.
(2) Letard. De la gourme coïtale. Bulletin de la Soc. centr. de tnéd. vét., 1892, p. 420. — Jouquan. Gourme coïtale et exanthème éditai . ld., id.. p. 430. — Le Mocroux. Gourme coïtale. Id., 1894, p. 430.
(3) Charon. De l' anasarque sur les jeunes chevaux. Mémoires sur l’hygiène et la médecine vétérinaire militaires, t. VII, 1881, p. 848.
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ment, vers 42°, et l’on constate bientôt les signes d’une localisation sur le poumon ou sur l’intestin.
Poumon. — La congestion du poumon s’établit dès le début de la gourme ou au cours de la maladie. Les symptômes sont identiques à ceux de la congestion à frigore. La marche est toujours rapide; la guérison est possible lors d'une intervention prompte et énergique; mais, le plus souvent, on n’observe qu’une rémission passagère; de nouvelles poussées de congestion surviennent et le malade succombe à l’asphyxie.
La pneumonie lobuire succède à la congestion pulmonaire ou à la broncho-pneumonie purulente ; elle évolue isolément ou en même temps que la pleurésie et la péricardite. Tantôt le malade succombe dès le début de l’hépatisation, tantôt il résiste plus longtemps et les symptômes observés se rapprochent de ceux de la broncho-pneumonie déjà décrite. La terminaison par la suppuration ou par la gangrène est la plus ordinaire. Certaines lésions persistent, sous une forme atténuée, alors que la résolution est obtenue. La guérison, toujours lente, est rarement complète.
Intestin. — Des poussées de congestion s’opèrent sur l’intestin, au cours de la maladie ou pendant la convalescence; la complication d’invagination est fréquente. Les symptômes consistent en des coliques sourdes, «les sueurs froides; la mort surprend le malade dans un état de prostration complète.
Séreuses. — Des accidents, primitifs ou consécutifs, portent sur les séreuses splanchniques et sur les synoviales.
Pleurésie. — L'inflammation de la plèvre est la plus ordinaire ; elle accompagne souvent la pneumonie; en d’autres cas, elle coexiste avec la péricardite ou elle se manifeste isolément.
« La pleurésie gourmeuse primitive a une marche lente et insidieuse. Lorsque, après une poussée congestive sur la muqueuse des voies respiratoires, l’écoulement nasal, sans être abondant, continue pendant des semaines et même des mois, quand la fièvre persiste et avec elle l'inappétence, la tristesse, la sécheresse de la peau et le redressement des poils, le refroidissement des extrémités, la petitesse et la fréquence du pouls, on doit craindre la pleurésie, même en l’absence de signes particuliers du côté de la poitrine. Dans bien des cas, l’inflammation de la plèvre reste sourde et localisée sur la région diaphragmatique; puis, sous l’influence d’une cause occasionnelle quelconque, une nouvelle poussée se manifeste, plus violente que la première, et l’animal est emporté en quelques jours par un épanchement considérable. » (Wiart.
La pleurésie qui accompagne la congestion pulmonaire est plus nettement hémorragique et ses manifestations sont différentes. La douleur
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des parois thoraciques est peu marquée; l'exsudation, abondante et rapide, provoque de l'oppression, de l’anxiété et de la discordance des mouvements du liane. Les épanchements abondants coïncident avec des lésions de même ordre sur le péricarde et parfois sur le péritoine. La résorption est possible alors seulement que l'épanchement est modéré. Lors d’inflammation intense, la mort survient en *24-48 heures, par gangrène, ou encore, en quelques heures, par hémorragie.
Péricardite. — La péricardite gourmeuse exsudative est une localisation rare (4 cas sur 1000 observations; Wiarl; elle accompagne la pleurésie aiguë ou la pleuro-pneumonie. Les symptômes sont ceux de la péricardite aiguë simple.
La péricardite hémorragique accompagne la pleurésie de même type. Aux symptômes de celle-ci s’ajoute l’extrême difficulté de la circulation.
Péritonite. — Elle coïncide avec les altérations des viscères abdominaux (péritonites viscérales) ou avec d’autres localisations sur les séreuses. Les troubles qui l’expriment sont analogues à ceux des péritonites aiguës d’origine différente.
Synovites et arthrites. — Les séreuses articulaires et tendineuses sont quelquefois affectées, soit au cours de la gourme catarrhale, soit encore pendant la convalescence des accidents thoraciques. Les accidents consistent en une inflammation exsudative, sans suppuration. Les synoviales le plus ordinairement atteintes sont les gaines grande et petite sésamoïdienne, les gaines articulaires du jarret, du grasset, de l’épaule, du boulet, les gaines carpienne et tarsienne, plus rarement, les synoviales des extenseurs antérieur et latéral des phalanges et celle du coracoradial.
Les séreuses sont frappées simultanément ou successivement et sans ordre déterminé. Le début, toujours brusque, est accompagné d'un état fébrile. L’évolution est variable à la fois suivant le siège et l'intensité du processus; les rechutes sont à craindre et, pour une même synoviale, la résolution n’est souvent définitive qu’en cinq ou six semaines. Des engorgements persistent en quelques cas, notamment au niveau de la gaine articulaire du jarret.
Système nerveux. — La congestion apoplectique du cerveau esl observée au cours de la gourme (Wiarl, Joly et Jacoulet). Les symptômes observés n'ont rien de spécial ; la mort survient en quelques minutes ou en 2-4 heures.
Œil. — Joly (1) rapporte une curieuse observation d iritis gourmeux, caractérisé par un exsudât dans la chambre antérieure et un trouble consécutif de la cornée. Les accidents ont pour conséquence la formation de synéchies postérieures et l’atrophie de l’œil.
(1) Joly. Ophtalmie gourmeuse ^ Recueil sur l’hyg. et la raéd. vêt. milit. , t. XVII, 18%, p- 334.
SYMPTÔMES
b) Type aigu (1). — Les accidents éclatent au cours de la gourme purulente, souvent pendant la période de convalescence. L évolution est identique à celle des septicémies à marche rapide.
« Le début est brusque ; l’animal tombe en quelques heures dans un état de prostration complète; il reste debout, immobile, les yeux fixes et hagards, et refuse toute nourriture. La marche est mal assurée, titubante. Les muqueuses ont une teinte cyanosée; il existe parfois des ecchymoses sur la conjonctive. Les mouvements du cœur sont précipités et violents: le pouls est petit et vite. La respiration est accélérée (jusqu’à 4b respirations par minute). La température oscille entre 39°, b et 41".
La guérison est exceptionnelle; les malades succombent en deux à cinq jours, par asphyxie, semble-t-il. » (Bigoteau.)
Marche. — Complications. — Pronostic. — La diversité des aspects cliniques ne donne qu’une idée insuffisante des variations observées dans la marche de la maladie. Non seulement les multiples localisations se trouvent associées suivant tous les modes, mais les divers types évolutifs se succèdent sur un même malade et des accidents persistants sont rencontrés chez certains.
La gourme purulente est exprimée, le plus souvent, par l'inflammation catarrhale de la muqueuse des premières voies respiratoires et digestives; elle se termine, après deux ou trois semaines, parla formation d’abcès dans les ganglions de l’auge. Sous cette forme, la maladie est bénigne et la guérison est complète en 20-30 jours ; parfois aussi des poussées successives sont observées et la résolution n’est complète qu’après deux mois et plus. Des complications résultent des troubles provoqués par certaines localisations des suppurations; la compression du larynx, de la trachée ou des nerfs entraîne 1 asphyxie ; la gêne de la déglutition aboutit à la chute de parcelles alimentaires dans la trachée, suivie d’une pneumonie par corps étrangers rapidement mortelle : l’ulcération des vaisseaux provoque des hémorragies graves (2).
L’envahissement des bronches et du poumon, primitif ou secondaire, est toujours alarmant; l’évolution d’abcès dans les ganglions de la cavité thoracique ou dans le poumon, les poussées de congestion sur le poumon ou sur la plèvre, les complications de gangrène ou d'infection purulente sont également redoutables.
(1) Bigoteau. Notes sia- l'étude clinique de la gourme. Revue vétérinaire, p. 5 j;j-
(2) Monod. Angine gourmeuse avec rupture de l'artère faciale. Bulletin de la Soc. oentr de méd. vétér., 1 805, p. 180.
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Line autre complication est à craindre dès que les accidents persistent pendant deux ou trois mois. Il résulte des statistiques de Charon que les chevaux affectés de bronchite chronique gourmeuse deviennent corneurs dans la proportion de 23 p. 100; l’angine chronique fournit 15 p. 100 de corneurs. Dans les mêmes conditions, Wiart constate le cornage chez 25 p. 100 des malades.
La gourme septicémique est plus grave, quant à ses conséquences immédiates, que la gourme purulente. Les accidents congestifs viscéraux tuent souvent les malades dès les premières périodes et la tendance aux récidives successives est encore plus marquée que dans la forme précédente. Alors que les animaux survivent, ces atteintes les laissent dans un état de faiblesse qui les rend inutilisables pendant plusieurs mois.
Rien ne peut faire prévoir la marche de l’infection. Un animal affecté d’un catarrhe respiratoire d’apparence bénigne présentera, au cours de l’évolution, des suppurations cavitaires fatalement mortelles, ou bien il succombera à des poussées congestives sur les viscères. Tel autre, qui n’aura montré que des accidents éruptifs insignifiants ouun catarrhe sans gravité, succombera, plusieurs semaines après le début de l’infection, à une atteinte foudroyante de gourme septicémique.
Certaines formes laissent après elles des lésions persistantes. Le catarrhe respiratoire est entretenu pendant plusieurs mois chez quelques malades, avec des alternatives d’aggravation et d’amélioration (gourme chronique). Tantôt la guérison est obtenue, tantôt des complications diverses surviennent (abcès périphériques, exanthème, synovites, gangrène du poumon). Les lésions du poumon, des plèvres, et plus souvent les altérations de l intestin, tendent aussi à persister en certains cas. Les localisations médullaires compromettent l’utilisation économique des animaux par les troubles durables de la locomotion qu elles déterminent (1). Les déterminations sur les articulations des membres laissent des reliquats qui tarent définitivement les malades (2).
Chez quelques animaux, on constate des troubles consécutifs exprimés par un état d’anémie progressive, aboutissant à la cachexie et à la mort. Il existe parfois de la leucocythémie, avec
(1) Le « mal des chiens » des poulains de course est certainement d’origine gourmeuse. Voy. Mathieu. La gourme chez le cheval de pur sang. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vétér., 1892, p. 424. — Jouy et Jacouuet. Loc. cit., p. 6.
(2) Lübke. Nachkrankheit der Druse. Berliner thierârztl. Wochenschr. , 1896, p. 321.
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tuméfaction de tous les organes lymphoïdes; en d’autres cas, on note seulement de la faiblesse générale, de la polyurie, des œdèmes dans les parties déclives et clés hydropisies passives dans les séreuses. La mort survient à la suite de troubles cardiaques, d’hémorragie interne, ou par épuisement organique. Des lésions sont observées dans divers parenchymes ; on rencontre des dégénérescences amyloïdes du foie et des reins, de la dégénérescence cireuse étendue à certains groupes musculaires et, presque constamment, des myocardites parenchymateuses ou interstitielles.
La gourme est une affection des plus redoutables. Si le taux de la mortalité générale est peu élevé (1-5 p. 100), la maladie laisse souvent les animaux amoindris pour longtemps ou tarés définitivement. La complication possible de cornage, la présence de lésions articulaires ou osseuses aggravent le pronostic général.
11 convient de réserver tout jugement sur l’évolution probable de la maladie; il faut aussi prévoir l’éventualité de rechutes successives, jusque dans les dernières périodes de la convalescence. La marche de la température (1) donne des indications pronostiques assez précises; une élévation rapide, avec maintien à 41° pendant plusieurs jours, traduit un état très grave; si l’ascension continue, même lentement, vers 42°, la mort est imminente ; une chute rapide de la température, au-dessous de la normale, présage également une mort prochaine. Des complications sont à redouter s’il existe une discordance marquée entre les indications du thermomètre et l’état du pouls.
La signification des manifestations thermiques n’est évidemment pas absolue; on devra tenir compte, par exemple, de l’hyperthermie provoquée par le simple développement d'un abcès en des régions où il provoque une douleur vive. D’autre part, l’état général des malades est profondément modifié par certaines localisations peu graves en réalité.
IL — Lésions.
La gourme évolue anatomiquement sous deux formes distinctes; dans l’une (gourme purulente), il s’opère, dans les milieux lymphatiques, des cultures locales exprimées par des suppurations ; dans la seconde ( gourme septicémique), le streptocoque semble cultiver à peu près exclusivement dans le sang et produire des accidents
(1) Humbert. Essai sur la marche de la température dans les principales manifestations de la gourme. Mémoires de la Soc. centr. de méd. vét., t. IX, p. 227.
Nocard et Leci.ainche. — 2° édit.
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d’intoxication, locale (congestions...) on générale (loxicohémie), à évolution rapide.
£ 1. — • Gourme purulente.
a) Gourme catarrhale. — Les muqueuses enflammées, recouvertes par un exsudât catarrhal, présentent une congestion d’intensité variable, accompagnée d’un œdème lymphatique sous-muqueux ; toutes les parties sont infiltrées par de nombreuses cellules migratrices et par de courts streptocoques. Au niveau des sinus et des poches gutturales , la muqueuse, fortement vascularisée, prend un aspect tomenteux ; lors de lésions récentes, les cavités renferment un liquide trouble, de couleur safranée, tenant en suspension des caillots fibrineux; à une période plus avancée, l’exsudât est épais, grumeleux et nettement purulent. La muqueuse des bronches es! épaissie, recouverte de muco-pus; les petits canaux sont entièrement obstrués.
Lors de broncho-pneumonie, le poumon congestionné présente des foyers d’hépatisation lobaire ou lobulaire ; parfois les masses hépatisées renferment un ou plusieurs foyers purulents. En outre on rencontre, surajoutées, des lésions de congestion généralisée, de gangrène ou de suppuration étendue. 11 existe, chez les animaux qui ont succombé à des manifestations chroniques, de la pneumonie interstitielle, avec bronchiectasie et emphysème.
b) Suppurations gourmeuses. — Dans le tissu conjonctif souscutané, les lésions se présentent sous forme d’abcès ou de suppurations diffuses qui gagnent les interstices musculaires et provoquent la nécrose des tissus.
Au niveau de la tête et du cou, de nombreux foyers purulents sont disséminés dans le tissu conjonctif œdématié. Les abcès n’ont que peu de tendance à s’ouvrir au dehors ; ils constituent une menace continuelle d’infection purulente. Des accidents de même ordre sont rencontrés dans le tissu conjonctif péri-rectal et autour du cordon testiculaire (gourme de castration).
Des lymphangites purulentes sont observées en diverses régions; la suppuration s’étend aux vaisseaux et aux ganglions lymphatiques.
Des localisalions gourmeuses sont rencontrées en divers points de l’appareil digestif. Des abcès multiples, du volume d’un pois à celui d’une noisette, évoluent dans la couche sous-muqueuse du pharynx. Des foyers plus volumineux se développent dans le tissu
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conjonctif rétro-pharyngien et clans les ganglions de la même région.
Dans la cavité abdominale, les altérations les plus ordinaires consistent en la présence d’abcès dans les ganglions intestinaux ou mésentériques ; certains foyers renferment plus d’un litre de pus. Des collections purulentes sont rencontrées dans les parois de Yeslomac ou de Y intestin, entre les lames des mésentères et dans le tissu cellulaire sous-péritonéal. Lors d évolution lente, un tissu cicatriciel enkyste les abcès ou des néomembranes soudent entre eux les territoires correspondants de la séreuse. Des abcès se développent dans le foie, dans la rate, dans les reins.
Du côté de l’appareil respiratoire, les suppurations s’établissent de préférence dans les ganglions médiastinaux ou bronchiques ; ceux-ci atteignent jusqu’au volume de la tête d’un homme. Les ganglions préscapulaires et trachéaux, le tissu conjonctif péritrachéal sont le siège d’abcès ou de suppurations diffuses. Dans le poumon, les foyers disséminés sont entourés d’une zone d’hépatisation (pneumonie lobulaire purulente). Avec ces lésions coexistent des pleurésies locales, dues au voisinage des foyers, des inflammations diffuses de la séreuse, consécutives à l’issue du pus dans les plèvres, ou des altérations superposées de congestion et de gangrène du poumon.
Le myocarde est quelquefois envahi; des abcès siègent dans les parois ventriculaires et dans la cloison interventriculaire.
Dans le cerveau et la moelle, on note des abcès ou des suppurations diffuses des méninges.
Les localisations articulaires sont exprimées par des arthrites ou par des péri-arthrites suppurées.
§ 2. — Gourme septicémique.
a) Type subaigu. — Les altérations portent sur toutes les parties de l’organisme; elles affectent partout le même caractère de congestions actives aboutissant, suivant le siège et l’intensité du processus, à Y exsudation séreuse, à Y hémorragie et à la gangrène.
Les lésions cutanées sont incomplètement connues dans leur forme anatomique. Sous un premier type, les accidents sont dus à une exsudation dans les parties superficielles du derme. Il se produit des plaques de desquamation (eczéma gourmeux) ou des soulèvements épidermiques, sous la forme de papules et de vési-
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cules. Sur les muqueuses, des accidents de même ordre sont traduits par des pétéchies, des desquamations épithéliales et des hémorragies superficielles.
Un second mode d’évolution consiste en la présence de tumeurs cutanées, disséminées ou confluentes. Les altérations sont nettement hémorragiques; le tissu cellulaire sous-cutané est distendu, au niveau des foyers, par du sang coagulé et par le sérum qui infiltre la trame celluleuse. En certaines régions, alors que les accidents sont étendus, des hémorragies siègent dans les interstices musculaires et dans les gaines vasculaires. Sur les muqueuses, les hémorragies siègent de préférence au niveau de l’arrière-bouche, sur le larynx et le pharynx; la muqueuse, épaissie, a une couleur rouge brun ; le tissu cellulaire sous-muqueux est distendu par un exsudât hémorragique qui infiltre les tissus voisins.
Sous une troisième forme, les altérations aboutissent d'emblée à la formation d’escarres sur la peau ou sur les muqueuses. « Sur le tégument externe, on rencontre, en divers points, des plaques gangreneuses qui, sur les membres, dépassent parfois en étendue la largeur de la main; en d’autres points, les lésions sont disposées en traînées allongées, sinueuses et plus ou moins larges... » (Wiart.) Des lésions identiques existent sur les muqueuses. La pituitaire montre des pétéchies ou des nappes hémorragiques qui s’éliminent en mettant à nu une surface couverte de lines granulations de teinte rouge vif.
Les lésions de l’appareil digestif portent sur Y estomac et sur Y intestin. Les autres viscères de la cavité abdominale et le péritoine pariétal sont rarement affectés. « Les accidents se présentent sous forme d’ecchymoses, de suffusions sanguines, d’extravasats sanguins plus ou moins étendus et de plaies ulcéreuses. Sur certains sujets, ces altérations sont réunies sur l’un ou l'autre intestin, à l’exclusion des autres parties, et elles ont alors des caractères assez analogues à ceux de l’entérite hémorragique. Plus circonscrites, elles forment des plaques à contours irréguliers, sur lesquelles la muqueuse, noirâtre ou brun chocolat, est en voie de mortification. Après l’élimination des escarres, on trouve des plaies à bords taillés à pic, à fond bourgeonneux et rouge foncé. » (Wiart.) Des invaginations, dues h la pénétration d’une portion hémorragique et paralysée de l’intestin dans la partie voisine, sont rencontrées en de nombreux cas.
Sur le poumon, les localisations hémorragiques gourmeuses sont exprimées par des congestions lobaires d’étendue variable. Les
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parties atteintes sont hépatisées: le sang épanché remplit les cavités alvéolaires; il dissèque le tissu interlobulaire et les gaines conjonctives qui entourent les vaisseaux et les bronches. Si les malades résistent, il se produit des nécroses lobulaires ou lobaires, dues aux oblitérations vasculaires. L’évolution est compliquée de suppuration et de gangrène, consécutives à la culture dans le tissu anémié de germes accidentellement introduits.
Les séreuses sont assez souvent altérées. La plèvre est couverte d’ecchymoses; ses vaisseaux sont distendus. Il existe un épanchement, constitué par une sérosité sanguinolente ou par une véritable hémorragie. Le sang coagulé remplit une partie des cavités et il distend les mailles du médiastin. Dans le péricarde , l’exsudât est constitué par une sérosité rosée, en partie coagulée. Le péritoine montre des altérations limitées au niveau des parties congestionnées de l’intestin; le feuillet pariétal est rarement atteint. La cavité renferme un exsudât séro-hémorragique ou une masse de sang coagulé.
Les séreuses articulaires contiennent une sérosité sanguinolente, liquide ou coagulée. Les synoviales tendineuses altérées sont recouvertes par un tissu de bourgeons charnus qui soude les feuillets et qui accole les tendons entre eux et avec les parois de la gaine.
Les lésions musculaires hémorragiques se présentent en foyers limités, noyés dans la profondeur des muscles et inappréciables pendant la vie. L’épanchement dissèque les faisceaux musculaires et la région prend, sur la coupe, un aspect « truffé » caractéristique. Les fibres musculaires emprisonnées dans l’exsudât sont décolorées, friables, en voie de dégénérescence. Les accidents sont observés dans toutes les régions. Dans la langue , les hémorragies déterminent une tuméfaction considérable de l’organe.
Les centres nerveux montrent des épanchements séreux ou des hémorragies dans les méninges et dans les ventricules. Il existe de la congestion de l’encéphale, avec réplétion des capillaires et sablé hémorragique sur la coupe.
b) Type aigu. — Les lésions, à peine étudiées, sont analogues à celles des septicémies à évolution rapide; elles ressemblent à celles de la fièvre charbonneuse.
On ne trouve dans les parenchymes que des congestions disséminées. Le sang est noir, poisseux, incoagulé; il renferme le streptocoque spécifique.
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