I. — Symptômes
Les expressions cliniques de l’infection tuberculeuse diffèrent suivant les espèces considérées et il est indispensable d’étudier successivement la maladie chez chacune d’entre elles. On examinera ainsi les symptômes de la tuberculose chez les bovidés , chez le mouton et la chèvre , chez le cheval , chez le porc, chez les carnassiers et chez les oiseaux.
Pour chacune des espèces considérées, les aspects cliniques sont variables encore suivant chacune des diverses localisations, suivant l’étendue, la forme et l’âge des lésions. Toutes les parties de l’organisme peuvent être envahies, les déterminations se montrant isolées ou irrégulièrement associées. Une étude clinique complète des formes tuberculeuses, qui obligerait à mentionner les signes propres à chaque localisation, ne saurait être ici tentée; seuls, les types habituels seront décrits en détail ; les autres seront indiqués seulement ou différenciés par leurs manifestations essentielles.
§ 1.. — Tuberculose chez les bovidés (1).
On peut distinguer, quant au mode de l’évolution, une tuberculose chronique, évoluant en foyers localisés, et une tuberculose aiguë, généralisée. Cette dernière forme n’est guère observée que comme une complication d’une tuberculose locale.
Les formes chroniques se classent facilement d’après la localisation des lésions; on distingue ainsi une tuberculose thoracique , une tuberculose abdominale, des tuberculoses des ganglions, du sgstème nerveux central, des organes des sens (œil et oreille), des organes génitaux, de la mamelle, de la langue, des articulations et des os, de la peau et des muscles.
Ces diverses localisations évoluent isolément ou se trouvent différemment associées sur un même sujet.
a) Tuberculose thoracique. — Les manifestations de la tubercu-
(1) IIess. Symptomatologie cler Tuberculose des Rindes. Schweizer Archiv, 1889, p. 153. — Caksten Harms. Erfahrungen über Rinderkrankheilen, 1 vol., Berlin, 1890.
SYMPTÔMES
lose thoracique sont variables, suivant que les lésions siègent exclusivement ou prédominent sur le poumon, sur les séreuses (plèvre ou péricarde) ou sur les ganglions.
I. Tuberculose pulmonaire. — La localisation pulmonaire, la plus fréquente de beaucoup, évolue lentement et reste muette pendant un long temps.
Le premier symptôme consiste en une toux petite, sèche, un peu siftlante, à quintes courtes; elle se produit sous l'iniluence de causes occasionnelles légères, le matin et le soir, sous l’impression de l’air froid, pendant les repas, à la suite d’une irritation laryngienne due aux poussières des fourrages, pendant la déglutition des boissons froides, au début du travail ou après un exercice de quelques instants à une allure vive. Chez les animaux de travail, on observe en outre un essoufflement rapide pendant les efforts du tirage. Les vaches atteintes deviennent parfois « taurelières »; elles se montrent inquiètes, indociles ; elles poussent des beuglements prolongés; laissées en liberté, elles sautent sur leurs voisines; on constate chez elles une tuméfaction des lèvres de la vulve et du clitoris, ainsi qu’une sensibilité extrême des reins à la pression. La fécondation n’est presque jamais obtenue.
La température reste normale, mais à certains moments, et à des intervalles irréguliers, on note une hyperthermie subite de 1°-1°,5 qui persiste pendant 24-36 heures. L'exploration du thorax, par la percussion et l’auscultation, est impuissante à déceler les lésions commençantes.
Chez les jeunes animaux, des modifications de l’état général surviennent dès le début; la croissance est retardée; les malades restent plus petits et plus maigres que leurs compagnons de même âge. Chez les adultes, les signes généraux font souvent défaut; l'embonpoint se maintient et l’engraissement est obtenu; la sécrétion du lait persiste; les bêtes pleines donnent des fœtus viables et de bonne apparence.
En de nombreux cas, les accidents restent limités pendant plusieurs mois; en d'autres, ils progressent et des manifestations nouvelles sont observées. Les bêtes de travail et les vaches laitières maigrissent; le poil est terne et piqué; la peau, adhérente et sèche, est accolée aux tissus sous-jacents, surtout au niveau des dernières côtes, et le pli formé ne s’efface que lentement. Les animaux soumis à l’engraissement « ne profitent pas »; ils conservent à peine leur état d’embonpoint, en dépit de tous les soins. L’appétit devient irrégulier, capricieux; on observe de la
Nocard et Leclainche. — 2e édit. 36
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perversion du goût; les malades lèchent les murailles, mangent la terre et le fumier. La rumination est tardive, longue, irrégulière; on note après le repas une météorisation passagère. Les muqueuses sont pâles, anémiées ; la peau présente les mêmes caractères au niveau du périnée et des mamelles. L’œil est terne; la physionomie exprime la tristesse. La température présente des exacerbations brusques et passagères; parfois elle monte le soir jusqu’à 40°, 5, pour revenir le matin à la normale. Le lait est séreux, bleuâtre, de saveur salée; plus tard, la sécrétion diminue, pour disparaître graduellement.
La respiration est accélérée, courte, entrecoupée; souvent, à la lin de l’expiration, un sillon se creuse au niveau de l'hypocondre, depuis le liane jusqu’au sternum. La toux, de plus en plus fréquente, reste rauque, quinteuse, sifflante; sèche dans certaines formes, elle s’accompagne dans d’autres du rejet de mucosités qui, lancées dans l’arrière-bouche, sont dégluties après quelques mouvements de mâchonnement. Projetées par les cavités nasales ou par la bouche, les matières rejetées forment une masse visqueuse, épaisse, de couleur jaunâtre. Les pressions exercées au niveau des intercostaux, ainsi que les coups portés sur le thorax, provoquent la plainte et un accès de toux. Les reins sont sensibles aux pressions et l’affaissement de la région est encore une cause occasionnelle de la toux.
La percussion permet de délimiter des zones de matité ou de submatité en différents points ; en de nombreux cas d’ailleurs, les indications fournies sont peu précises, en raison de la dissémination des lésions ou de leur localisation dans des régions inexplorables. xV l’auscultation, le murmure respiratoire est affaibli ou imperceptible en divers points, augmenté et rude en d’autres; des râles sibilants sont perçus, dont le siège se déplace à chaque instant. La présence des vomiques voisines de la plèvre est indiquée par une résonance tympanique à la percussion, par du souffle caverneux et du gargouillement. Un bruit de souffle est rarement constaté; il coïncide avec un agglomérat de tubercules ayant envahi en totalité le tiers inférieur de l’un des lobes.
On observe chez quelques malades une tuméfaction de certains groupes ganglionnaires, notamment des ganglions sous-glossiens, parotidiens ou cervicaux (supérieur, moyen, inférieur) (V. Tuberculose ganglionnaire').
Dans une dernière période, la cachexie tuberculeuse est complète. L’amaigrissement est extrême; les masses musculaires sont atro-
SYMPTÔMES
phiées; toutes les saillies osseuses se dessinent nettement; la peau est soudée aux os; le poil est terne et hérissé. L’animal reste presque constamment debout, la tête allongée sur l’encolure, les coudes écartés du tronc, comme pour faciliter la dilatation du thorax. L’expression de la face traduit l’anxiété et l’abattement ; les yeux, larmoyants et chassieux, s’enfoncent dans les orbites.
L’hyperthermie est continuelle chez quelques malades et la température atteint, vers le soir, 41°; chez d’autres, on observe des accès fébriles qui persistent pendant un, deux ou trois jours, puis la température retombe un peu au-dessous de la normale.
La respiration est courte, précipitée, saccadée; le moindre déplacement occasionne de la dyspnée; l’animal refuse d’avancer; il reste anhélant, la tête allongée, la bouche ouverte et la langue pendante. La toux est fréquente, faible, douloureuse; le pincement de la colonne vertébrale ou la pression du thorax provoquent des quintes répétées. Un jetage jaunâtre, grumeleux, d’odeur fétide, s’écoule continuellement. La percussion dénote des zones étendues de matité et de submatité ; souvent, elle permet de reconnaître la présence de cavernes superficielles. A l’auscultation, on constate la disparition du murmure respiratoire, des râles sibilants, des souffles et du gargouillement bronchique.
La compression des oreillettes ou des troncs veineux par des masses tuberculeuses a pour conséquence la réplétion des jugulaires, du pouls veineux et des œdèmes du fanon et des membres.
Les troubles digestifs sont constants; l’appétit est à peu près nul; l’ingestion des fourrages provoque aussitôt du météorisme ; une diarrhée albumineuse permanente s’établit. Les malades succombent pendant un accès fébrile, ou encore par épuisement, avec une hypothermie de 1-2°.
IL Tuberculose de la trachée et du larynx (1). — Cette forme coexiste en général avec d'autres localisations, mais elle peut évoluer seule ou constituer l'expression dominante de l’infection.
La respiration est ronflante, accompagnée d’un bruit de cornage et d’un râle intermittent, dû à l’agitation des mucosités par le passage de l'air. La toux est fréquente ; on la provoque en tirant sur la langue ou par une faible pression exercée sur le larynx. La tête est étendue sur l’encolure et ses déplacements latéraux sont pénibles.
(I) Hess. Tuberculose des Kehlkopfes bei einer Kuh. Schweizer Archiv, 1888 p 268
W. Muller. Laryngitis lubereulosa fungosa bei einer Kuh. Deutsche thierïuztl Wochenschr., 18‘J7, p. 65. — J. Schmidt. Kehlkop f. tuberculose des Rindes. Id., id.,p.*419.
TUBERCULOSE
L’exploration Je la région permet d’apprécier l’épaississement diffus des parois laryngiennes ou la présence d’une tumeur délimitée. En quelques cas, l’examen par la cavité buccale montre des tumeurs ou des ulcérations de la muqueuse.
Les ulcérations trachéales sont décelées seulement par la sensibilité à la pression et par le rejet de muco-pus lors des accès de toux.
111. Tuberculose de la plèvre et du péricarde. — L’envahissement des plèvres, qui coexiste souvent avec la tuberculose du poumon, est aussi observé isolément.
La localisation pleurale peut rester insoupçonnée; elle se traduit uniquement par une toux courte, sèche et faible. Une diminution de la résonance thoracique n’est constatée que si les néoformations ont acquis un volume considérable. Le bruit particulier de « frottement perlé » ( Perlenreiben ou Perlenschaben de Vogel) reste inappréciable en de nombreux cas et il ne possède qu’une valeur diagnostique restreinte. Les symptômes généraux manquent presque toujours ; alors seulement que l’extension s’opère par poussées successives, il existe des accès fébriles coïncidant avec une toux pleurétique, delà dyspnée et de la sensibilité du thorax à la percussion et à la pression.
b) Tuberculose abdominale. — Les altérations portent sur le péritoine, sur les ganglions, sur le foie, la rate, l’intestin... Ces localisations sont différemment associées entre elles, elles coïncident ou non avec des manifestations thoraciques de même type; ainsi coexistent les tuberculoses du poumon et du foie, celles de la plèvre et du péritoine...
La tuberculose du péritoine n’est, exprimée par aucun signe constant et elle est rencontrée à un haut degré chez des animaux gras et en santé apparente. L’exploration rectale peut déceler une tuméfaction des ganglions; d’autre part, les tubercules sont reconnus par le toucher extérieur, alors qu’ils siègent sur le feuillet pariétal, au niveau de la panse (Hess).
La présence d’ulcères tuberculeux de {'intestin coïncide avec de la diminution de l’appétit, du météorismô, des coliques intermittentes; puis surviennent de l’amaigrissement et des alternatives de constipation et de diarrhée.
Les altérations du foie et de la rate restent muettes ou provoquent seulement un peu d’ascite. L’envahissement du rein et de la vessie se traduit par de l’hématurie chronique et par un amaigrissement progressif.
c) Tuberculose ganglionnaire. — En outre des tuméfactions des
SYMPTÔMES
ganglions cavitaires ou périphériques, consécutives aux diverses localisations tuberculeuses, on observe une forme caractérisée par un envahissement, général ou partiel, du système ganglionnaire.
Les ganglions superficiels augmentent de volume; ils forment des tumeurs dures, légèrement mobiles, peu douloureuses à 1 exploration, de la grosseur d’un œuf à celle de la tête d’un enfant. Les masses le plus ordinairement envahies sont celles du pharynx, de la parotide, du flanc, très rarement celles du coude, de l’épaule, du grasset, de l’aine. Il existe quelquefois des engorgements des vaisseaux lymphatiques dans le voisinage des ganglions envahis.
La tuberculisation des ganglions cavitaires provoque des troubles fonctionnels divers. La tuméfaction des ganglions bronchiques et médiastinaux occasionne des météorisations qui apparaissent régulièrement, peu après le repas ou dès le début du travail, quels que soient le mode d’alimentation des animaux et la quantité des matières ingérées. On observe plus tard une toux faible, courte et sèche et une tuméfaction des ganglions de l’auge. La peau devient sèche et adhérente ; l’amaigrissement progresse ; la sécrétion du lait diminue.
L’envahissement des ganglions mésentériques a pour conséquence du météorisme peu prononcé, sans retard ni gêne appréciable de la rumination (Guiltard).
d) Tuberculose des organes génitaux. — I. Male (t). — Les lésions portent sur le pénis, sur le testicule et sur la séreuse enveloppante.
Sur le pénis , les lésions siègent sur la muqueuse ou dans la couche sous-muqueuse. Les localisations superficielles sont exprimées par des éruptions croùteuses, laissant après elles des taches desquamées d’apparence ulcéreuse. Les foyers sous-muqueux forment des nodosités dures, à parois fibreuses et à contenu caséeux, qui soulèvent la muqueuse amincie ou ulcérée ; les lésions étendues et confluentes provoquent de l’oedème et de l’induration du fourreau.
Dans le lesticule, les tubercules forment des masses dures, bosselant l’organe. L’envahissement débute souvent au niveau de l’épididyme.
La séreuse est atteinte isolément ou en même temps que le parenchyme. On constate une tuméfaction de la région envahie ; la palpation permet de déceler les néoformations volumineuses.
(1) Observations récentes : Gôhrig. Primüre flodentuberkulose bei einem Farren. Deutsche thierarztl. Wochenschr., 1895, p. 27. — Guéniot et Redon. Note sur la tuberculose testiculaire. Répertoire de méd. vétér., I89G, p. 157. — Baykrsdôrfer. Bemerkens-
werte Befunle... Zeitschr. f. Fleisch- und Milchhyg., t. VI, 1896, p. 171. Schmidt.
E in Fall von llodentuberkulose beim Rind. Id . , t. VI, 1897, p. 73.
Pour le complément de la bibliographie, voir notre l'« édition, p. 504.
TUBERCULOSE
La tuberculose de la prostate esl mentionnée par Frauenhollz (1), chez un bœuf présentant des lésions généralisées. L’organe, rempli de foyers caséeux, atteignait le poids de dix livres et demie.
IL Femelle. — Les lésions portent à la fois sur la vulve, sur le vagin, sur rutérus et sur l’ovaire.
La tuberculose de la vulve (2), associée le plus souvent à la tuberculose de l’utérus, est aussi observée isolément. Les premiers troubles consistent en une tuméfaction, limitée en général à l’une des lèvres ; après quelques semaines, la partie atteinte est rouge et tuméfiée ; plus tard encore, elle devient dure et épaisse. La muqueuse est altérée; dans les cas légers, on trouve de nombreux petits nodules saillants, rouges ; en d’autres, on rencontre, à l’entrée du vagin, des foyers de la grosseur d’un pois ou d’une fève, renfermant un pus épais, muqueux, de couleur jaune. Les ganglions mammaires ont le volume d’un œuf de poule, ils sont durs et renferment du pus ; parfois l’un des ganglions est seul affecté. Des ulcérations très douloureuses, isolées ou confluentes, siègent vers la commissure supérieure. L’aspect des accidents rappelle de près le lupus de l’homme.
La tuberculose du vagin est observée par Frank (3), chez plusieurs vaches saillies par un taureau affecté de tuberculose du pénis. Huit à quatorze jours après le coït, on note une coloration rouge et l’infiltration de la muqueuse vaginale, accompagnée de mouvements fréquents de la queue. Après deux ou trois jours apparaissent des élevures, de la grosseur d’une lentille, qui se remplissent d’un liquide jaune, puis d’une matière purulente qui se concrète peu à peu. Beaucoup d’élevures se desquament et se cicatrisent spontanément, d’autres persistent, tandis que de nouvelles évoluent à leur voisinage. L’évolution continuant, les parois du vagin sont infiltrées par des noyaux caséeux; les lèvres cutanées de la vulve, également envahies, ont une épaisseur de deux centimètres. Une des vaches fut affectée plus tard de tuberculose généralisée.
La tuberculose de Y utérus (4) provoque les accidents propres à la mét rite purulente chronique. Après un part normal, on constate la persistance d’un écoulement muco-purulent blanchâtre ; la fécondation n’est pas obtenue ; la malade est nymphomane. L’écoulement devient plus abondant, épais, jaune, strié de sang. L’exploration par le vagin montre que le col est complètement fermé ou qu’il ne laisse passer que un ou deux doigts. L’exploration par le rectum décèle une tuméfaction dure des ganglions sacrés ; parfois, Futérus forme une masse unique, dure, arrondie, et la bifurcation des cornes est difficile à trouver ; en d’autres cas, l’une des
(1) Frauenholtz. Proslatitis tuberculose, einer Ochsen. Preuss. Mittheil., t. VI, 1881, p. 09.
(2) Hess. Beitrag zur Symptomatologie der Utérus- und Vulva-T liber kulose. Schweizer Archiv lï'ir Thierheilk., t. XXXVI11, 1896, p. 210.
(3) Frank. Goring's Notizen... Deutsche Zeitschr. fur Thieruied., t. XVI, 1890, p. 281.
(4) Eggei.ing. Melritis chronica et tuberculose. Preuss. Mittheil., t. VI, 1881, p. 08. — Hess. Loc. cit.
SYMPTÔMES
cornes, ou les deux à la fois, sont volumineuses, épaissies el bosselées ; en d’autres enfin, le col et le corps de l’utérus sont affectés et transformés en une boule de consistance ferme.
Dans un tiers des cas de tuberculose utérine, les trompes sont envahies et transformées en un cordon dur, du diamètre du doigt environ.
La tuberculose de {'ovaire, localisée ou étendue aux trompes et à l’utérus, provoque souvent la nymphomanie. Les lésions soupçonnées sont assez exactement appréciées par l’exploration rectale.
e) Tuberculose de la mamelle (1). — La tuberculose envahit le plus souvent un seul quartier, de préférence un quartier postérieur, plus rarement, les deux quartiers postérieurs ou une moitié de la glande. Elle débute par une tuméfaction indolore, diffuse ou localisée en foyers. Le quartier affecté, et c’est là un signe caractéristique, continue à donner un lait d’apparence normale et seulement diminué dans sa quantité.
La tuméfaction se densifie peu à peu, et il persiste des noyaux indurés,
« durs comme la pierre » ; parfois aussi on trouve un peu d’œdème du tissu conjonctif sons- cutané. Les ganglions inguinaux superficiels sont durs et augmentés de volume, alors que les quartiers postérieurs sont atteints.
L’état reste stationnaire pendant un mois environ, puis la sécrétion laiteuse se modifie. Le liquide perd peu à peu ses caractères ; il se transforme en un liquide séreux, de couleur jaunâtre, renfermant quelques flocons et sécrété souvent en très grande quantité. Alors que les diverses inammites aboutissent, après la disparition des phénomènes aigus, à une atrophie de la glande, la mammite tuberculeuse a pour conséquence une augmentation permanente du volume et de la densité de l’organe. Cel état persiste indéfiniment; la sécrétion d’un lait aqueux continue, tandis que les quartiers restés sains donnent un lait jaune, épais et crémeux.
f j Tuberculose du cerveau et de la moelle. — L’extension aux méninges cérébrales et au cerveau (*2) provoque des accidents variables dans leur expression suivant le siège des lésions et la rapidité de l’évolution. Les premiers signes consistent en un état d’hébétude, bientôt suivi de troubles de la locomotion. Le malade reste longtemps couché; il se relève avec peine, reste sur les genoux pendant quelque temps, pour retomber ensuite. A une période plus avancée, il se produit des contractures des muscles du cou et de l’opisthotonos ; les accès, provoqués d’abord par l’extension forcée de la tète, se montrent ensuite en l’absence de tonte cause appréciable. Des paralysies locales s’établissent; la langue pend hors de la bouche; la déglutition est difficile et la salive s’écoule continuellement ; les fourrages sont conservés dans la bouche pendant quelque
(1) Bang. U cher die Euler tuberculose der Milchkiihe... Deutsche Zeitschr. für Tliiermed., t. XI, 1885, p. 45. — IIkss. Landwirthschaft. Jahrbuch der Schweiz, 1888, p. 48.
Une très exacte description de la tuberculose de la mamelle est donnée, dès 1875, par Frank, dans son Geburlshiilfe.
(2) La tuberculose cérébrale est communément observée. La longue bibliographie relative à cette question est sans intérêt à l’heure actuelle.
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temps et rejetés ensuite. Le pouls et la température restent normaux.
« En outre de ces manifestations habituelles, de nombreuses formes sont observées qui simulent la méningite aiguë, la rage, le tournis, l’hémorragie cérébrale, les intoxications. On peut admettre que certaines observations de fièvre vitulaire survenant un certain temps après le part se rapportent en réalité à une tuberculose cérébrale méconnue » (Hess).
La tuberculose de la moelle (1) coexiste ordinairement avec la localisation cérébrale. Elle est exprimée par des troubles différents suivant l’étendue et la localisation des lésions. Les accidents progressent lentement; ils consistent, au début, en une difficulté croissante de la marche, suivie de parésie et de paralysie de l’arrière-train.
g) Tuberculose de l'œil. — La tuberculose oculaire est plusieurs fois signalée en ces dernières années (2). Les symptômes sont presque toujours ceux de l’iritis aiguë ; l’œil reste fermé ; il existe de l’ophtalmie externe, avec rougeur de la conjonctive et larmoiement; après quelques jours, l’humeur aqueuse et la cornée sont troubles et l’état des milieux profonds ne peut être apprécié. Les accidents persistent indéfiniment ; la cornée reste opaque et l'œil s’atrophie. Parfois, les deux yeux sont atteints successivement.
Une évolution localisée, sans retentissement inflammatoire, semble possible. Bayersdôrfer signale la présence, chez une vache affectée de tuberculose généralisée, d’un tubercule blanc jaunâtre, de la grosseur d’un grain de mil, siégeant sur l’iris et visible à travers la cornée.
h) Tuberculose de la langue (3). — Les altérations sont localisées ou étendues à tout l’organe. Dans le premier cas, la langue conserve sa mobilité ; on perçoit, à l’exploration, une tumeur dure, enchâssée dans le tissu musculaire. Sur la face supérieure de la langue, il se produit, au niveau de la néoplasie, une ulcération plus ou moins étendue, recouverte d’un exsudât solide et jaunâtre.
Lors d’envahissement diffus, l’organe, dur, peu mobile, prend un aspect identique à celui de la langue de bois de l’actinomycose; la différenciation n’est possible que par l’examen direct des lésions (V. Actinomycose).
i) Tuberculose des os. — Les symptômes sont semblables à ceux de l’ostéomyélite ou des tumeurs malignes des os. Toutes les localisations sont observées; les plus ordinaires siègent sur les vertèbres cervicales,
(1) Maieu. U cher die Gehirn-und Rückenmarkstuberculose des Rindes. Berlin, thierârztl. Wochenschr., 1895, p. 98. — Steuding. Tuberlmlose des L> ndenmarlts beim Rind. Zeitschr. für Fleisch- und Milchhyg., t. V, 1895, p. 170.
(2) Rôli.. Traité de Pathologie, t. I, 1885, p. G93. — Winter. Zwei Fülle von Augentuberkulose. Zeitschr. für Fleisch- und Milchhyg., t. V, 1895, p. 109. — Fischqeder. Ein l'ail von Tuberkulose des Auges ... bei einem 4 Monale alten Kalbe. Id., t. VI, 1895, p. 30. — Bayersdôrfer. Bemerkenswerte Befunde... ld ., id., 1890, p. 171. — Guittard. Tuberculoseoculaire des bovidés. Progrès vétérin., 1890, p. 309.
Pour le complément de la bibliographie, voir notre lre édition, p. 507.
(3) Nocard. Art. Tuberculose. Dict. de méd. vét., t. XXI, 1892, p. 420. — Godbille. Tuberculose de la langue chez une vache. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1893, p. 139.
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lombaires et dorsales; on signale l’envahissement du sternum, des côtes, des os du crâne (Moussu), du frontal (Kühnau), des os des membres (C. Harms, Moulé...).
j) Tuberculose des articulations (1). — Jusqu’en ces derniers temps, les localisations articulaires sont considérées en la plupart des pays comme tout à fait exceptionnelles.
Meyer rapporte un cas d’arthrite tuberculeuse du genou chez une vache tuberculeuse. Guillebeau et Hess observent des arthrites du jarret, du coude... et Lucet une arthrite fémoro-tibiale. Dans tous les cas, la région est tuméfiée, chaude, douloureuse; le membre est à peine appuyé sur le sol. Hess décrit une localisation portant, au niveau de la lace antérieure du genou, sur la gaine du muscle long extenseur des phalanges. On trouve en ce point une tuméfaction chaude, douloureuse, crépitante, accompagnée d’une boiterie rémittente.
Quelques auteurs soupçonnent ou affirment cependant la nature tuberculeuse de certains accidents, lless estime que nombre de formes « rhumatismales » sont liées en réalité à des localisations tuberculeuses. Vennerholm (1894) déclare que la nature tuberculeuse de l’arthrite fémoro-tibiale des bovidés est définitivement acquise et généralement admise en Suède.
Les recherches de Guillebeau (2) s’appliquent surtout aux lésions de l’articulation fémoro-tibiale; elles établissent que l’affection connue sous les noms d 'effort du grasset , oint , goutte, arthrite rhumatismale..., est constituée le plus souvent par une localisation tuberculeuse. D’autres synoviales peuvent être atteintes isolément ou simultanément ; l'articulation du carpe, la gaine carpienne, les bourses tendineuses et muqueuses... sont les plus exposées. On peut admettre que « la grande majorité des arthrites fongueuses du bœuf est due à une invasion du bacille de la tuberculose. Les hygromas et les synovites tendineuses d’origine dite spontanée sont dus à la même cause. »
k) Tuberculose des muqueuses. — L’envahissement des muqueuses extérieures paraît être extrêmement rare.
Bollinger, puis Jensen, observent l’envahissement de la pituitaire ; la muqueuse est recouverte par des plaques formées de nodules durs, proéminents, en voie de ramollissement et de dégénérescence caséeuse. Les sinus sont également envahis ; il existe en quelques points de la carie osseuse. Les ganglions de l’auge renferment des foyers caséeux jaunâtres.
Zimmermann (3) rapporte une observation de tuberculose probable de la pituitaire chez une vache. On trouve une grande quantité de tubercules
(1) Hess. Symptomatologie und Aetiologie der Gelenkentzündungen beim liinde. Schweizer Archiv fur Thierheilk., 18%, p. 228.
(2) Guillebeau. De l'inflammation tuberculeuse des articulations... Journal de méd. vêt., 1898, p. 1, et Schweizer Archiv fur Thierheilk., t. XL, 1898, p. 1 (avec planches et bibiiogr.).
(3) Zimmermann. Nasentuberculosis beim Rinde. Berliner thierürztl. Wochenschr. 1894 p. 550.
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de la grosseur d’une tôle d’épingle, les uns purulents, les autres gris jaune et calcifiés; dans le voisinage, la muqueuse est rouge et épaissie ; un jetage muqueux abondant s’écoule continuellement. Les ganglions sous-glossiens et parotidiens sont tuméfiés et douloureux. La présence des bacilles n’est pas constatée.
La présence de loyers tuberculeux sur la muqueuse du pénis ou du vagin est également rapportée (V. Tuberculose des organes génitaux).
/ Tuberculose de la peau et du tissu sous-cutané (1). — Les lésions affectent la forme de tumeurs dures, siégeant dans le derme cutané ou dans le tissu conjonctif sous-jacent ; elles accompagnent le plus souvent d’autres localisations.
La répartition des tumeurs cutanées est irrégulière. En certains cas, les lésions restent limitées à une région (parotide, maxillaire...), sous la tonne de noyaux confluents, de consistance fibreuse ou parsemés de loyers purulents, caséeux et calcaires. En d’autres cas, les altérations sont disséminées sur tout le corps (Iiüttner, Bournay...) sous l’aspect de petites tumeurs dures, du volume d’une noisette à celui d’une noix.
Dans le tissu conjonctif , les lésions sont également localisées ou disséminées. Les tumeurs sont plus volumineuses que dans le derme ; elles tonnent des saillies dures, au niveau desquelles la peau reste mobile. Elles siègent en toutes les régions ; une localisation habituelle porte sur la queue, transformée en un cylindre noueux par de nombreuses tumeurs, isolées ou agglomérées (Moulé, Nocard).
ni) Tuberculose des muscles (2). — Cette localisation coexiste souvent avec des altérations du tissu conjonctif et des ganglions de la région ; elle n’est exprimée par aucun signe particulier.
n) Tuberculose aiguë généralisée. — La tuberculose miliaire aiguë est rare chez les bovidés et les signes qui l’expriment sont incomplètement étudiés.
Des troubles généraux graves sont observés dès le début ; l’animal est abattu, déprimé; l’appétit est nul; les boissons froides sont seules recherchées ; la rumination est suspendue. La température est un peu élevée
(1) Hüttner. Cutis Tuberleulose beim Rind. Zeitschr. f. Fleisch- uud Milchhyg., t. IV, 1894, p. 140. — Moulé. Tuberculose dans le tissu sous-cutané. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vêt., 1891, p. 253. — Nocard. Art. Tuberculose. Dict. de méd. vét., t. XXI, 1892, p. 424. — Bournay. Tuberculose du poumon, des os, du tissu conjonctif et de la peau chez un bœuf. Revue vétérin., 1895, p. 481. — Mischkine. Un cas de tuberculose primaire du lissu souscutané chez une vache. Archives des sciences vétér., 189G, p. 519 (en russe). — Hanozet. Tuberculose du tissu sous-cutané et des muscles chez un bœuf. Annales vétér., 1897, p. 30. — Lacaze. Tuberculose de la peau chez une vache. Progrès vétér., 1897, p. 254. — Wmter. Fin Fall von Haut tuberculose. Zeitschr. fur Fleisch- und Milchhyg., t. VII, 1897, p. 195.
(2) Observations de Leisering et de van Hertsen. — IIertwig. Ueber einen seltenen Fall von Tuberculose beim Rinde. Zeitschr. fur Fleisch- und Milchhyg., t. II, 1892, p. 112. — Maske. 1 d . , t. JH, 4-5. — Metz. Tuberleulose der Knochen, Gelenke und Mus/culatur beim Rinde. Deutsche Zeitschr. fur Thicrm., 1894. — Rasmussen. Embolisk muslceltuberkulose hos Iivaeget. Maanedskr. for Dyrlaeger, t. VI, 1894, p. 95. — Késévitch. Tuberculose musculaire. Compte rendu de la Soc. des méd. vétér. de Moscou, 1895, p. 20.
SYMPTÔMES
(39’-39°,5). On perçoit une toux faible, courte, douloureuse ; les accès sont provoqués par l’ingestion d’eau froide ou par la pression du larynx. La respiration est courte et fréquente (40-50 par minute). A l’auscultation, on constate de la rudesse du murmure respiratoire, due à l’intensité du bruit laryngien. La percussion indique une malite normale ; les coups portés sur le thorax ou les pressions au niveau des intercostaux provoquent de la douleur.
A une période plus avancée, tous les symptômes s’exagèrent. La température atteint 40°, 5-41® ; la faiblesse est extrême ; les battements du cœur sont violents et tumultueux : la toux est faible et avortée ; la respiration est dyspnéique. Le malade tombe et meurt, par asphyxie, après une courte agonie.
§ *2. — Tuberculose <lu mouton et de la chèvre.
La forme pulmonaire est seule signalée et les observations publiées, aujourd’hui assez nombreuses, concernent la chèvre exclusivement. La tuberculose du mouton est mentionnée dans les statistiques fournies par certains abattoirs.
Les premiers signes consistent en une toux pénible, rare, accompagnée de la diminution de l’appétit et de la sécrétion du lait. Les symptômes s’exagèrent pendant quelques mois; le malade est très amaigri; l'appétit est irrégulier, capricieux; on constate une toux quinteuse, grasse, douloureuse, accompagnée parfois du rejet de mucosités purulentes, projetées par les naseaux ou par la bouche entr’ouverte ; il existe un jetage muco-purulent, jaunâtre, strié de sang. La respiration est courte, accélérée à certains moments (45-60 par minute) ; la respiration est surtout abdominale ; la marche provoque l’essoufflement et des accès de dyspnée. A la percussion, on constate des zones étendues de submatité ou des foyers de matité complète. L’auscultation décèle des râles sibilants et du gargouillement bronchique. La température reste normale.
Dans une dernière période, la faiblesse est extrême; les muscles sont émaciés; l’appétit est presque nul; des troubles digestifs surviennent (ballonnement, diarrhée); l’animal meurt par épuisement et sans agonie.
§ â. — Tuberculose du cheval.
La tuberculose se traduit à la fçis par des signes communs à toutes les formes et par des symptômes spéciaux aux diverses localisations (1).
(1) E’étude dos symptômes de la tuberculose du cheval est très incomplète ; les nombreuses observations publiées sont consacrées à peu près exclusivement à la descripon des lésions.
TUBERCULOSE
Les premiers troubles observés consistent en de l’affaiblissement et en une moindre aptitude au travail. L’animal s’essouffle rapidement; il s’arrête pendant le travail, battant du flanc, la tête étendue, les naseaux dilatés, tremblant sur les membres, refusant d’avancer. L’examen minutieux des grands appareils ne montre aucune lésion capable d’expliquer cette impotence fonctionnelle.
Bientôt survient un amaigrissement rapide, coïncidant avec la conservation de l’appétit; en même temps apparaît une polyurie abondante, qui persiste pendant plusieurs semaines et qui joue sans doute un rôle important dans le dépérissement si rapide du sujet. Non seulement la quantité d’urine excrétée s’élève au double, au triple, au quadruple du chiffre normal, mais la proportion d’urée y est bien plus considérable et l'acide urique, qui fait défaut dans l’urine normale des herbivores, s’y montre en quantité relativement élevée, tandis que l’acide hippurique tombe à un chiffre insignifiant ou disparaît.
Tous ces signes s’aggravent peu à peu; l'amaigrissement est extrême; les masses musculaires s’atrophient. La marche de la température est variable; tantôt il existe une hyperthermie à peu près constante de 1° à 1°,5, tantôt il se produit seulement des poussées fébriles irrégulières ou une exacerbation nocturne de 1 à 2°.
Les symptômes locaux sont peu marqués, même dans les formes les plus graves. La localisation pulmonaire est décelée par de la toux, ordinairement petite, sèche, quinteuse, pénible, accompagnée d’un jetage muqueux peu abondant. Cette toux persiste indéfiniment avec les mêmes caractères, ou bien elle disparaît totalement. La percussion n’indique qu’une diminution difficilement appréciable de la résonance. A l’auscultation, on perçoit de la rudesse du murmure respiratoire, partout conservé, et un peu de crépitation à la fin de l’expiration. Le premier bruit du cœur est souvent dédoublé; il existe à certains moments du pouls veineux. La respiration est courte, un peu accélérée ; elle s’effectue en deux temps, séparés par un temps d’arrêt ou par un léger soubresaut.
La tuberculose de la plèvre , muette le plus souvent, est accompagnée, en quelques cas, d’un épanchement appréciable.
Les localisations abdominales sont exprimées par des troubles sans signification précise. Oh signale de la diarrhée chronique, de l’ascite, des coliques intermittentes...
On observe parfois, au cours de l’évolution, des engorgements des ganglions sous-glossiens, parotidiens, préscapulaires...
SYMPTÔMES
§ 4. — Tuberculose du porc.
Les localisations les plus habituelles portent sur les viscères abdominaux, sur le poumon et sur les ganglions. Des lésions sont en outre constatées sur les séreuses ou dans différents tissus.
a) Tuberculose abdominale. — Cette localisation est dénoncée par des troubles digestifs et par l’amaigrissement progressif du sujet ; les muqueuses pâlissent; la peau devient sale; on observe de la constipation, de la météorisation, des coliques, de la diarrhée passagère; l’animal est triste; il reste couché sous la litière pendant des journées entières; le tire-bouchon de la queue est détendu, le ventre tombant, l’œil terne; la palpation de l’abdomen est douloureuse; elle peut faire percevoir des masses plus ou moins volumineuses, dures, mamelonnées, résultant de l’altération des ganglions mésentériques; il est rare qu’il n’existe pas quelque tumeur ganglionnaire dans l’auge, au niveau du cou ou à l’entrée de la poitrine. Sous cette forme, la maladie peut durer plusieurs mois; la mort survient rapidement si la lésion se généralise par la voie sanguine.
b) Tuberculose pulmonaire. — L’envahissement est rarement primitif, il s’opère plutôt au cours de la tuberculose abdominale. On perçoit au début une toux quinteuse, douloureuse, suivie de vomissements; la respiration se précipite, pour devenir pénible et dyspnéique; l’amaigrissement est rapide et la mort survient après quelques semaines.
c) Tuberculose ganglionnaire (. Scrofulose ). — Les lésions sont localisées en certaines régions (tête, cou...) ou étendues à toutes les parties.
La tuméfaction des ganglions dans la région de la gorge est décelée par une « bouffissure de la face » et par le soulèvement des parotides, refoulées par les ganglions profonds hypertrophiés ; les ganglions rétro-pharyngiens, cervicaux supérieurs et sous-glossiens forment une sorte de chapelet de tumeurs inégales et bosselées, qui s’étend, comme un collier, d’une oreille à l’autre, en s’élargissant sous le cou, entre les branches montantes du maxillaire inférieur. Des tumeurs analogues peuvent se développer i\ l’entrée de la poitrine, en arrière de l’épaule, dans l’aine; à mesure qu’elles augmentent de volume, elles deviennent plus dures et plus adhérentes aux tissus voisins ; parfois on constate, en un point de leur surface, un peu de fluctuation ; la tumeur se ramollit, puis s’abcède, donnant écoulement à une petite quantité de pus épais et grumeleux; la tumeur ne disparaît pas et une fistule persiste.
TUBERCULOSE
il) Tuberculose des séreuses (1). — L’envahissement des séreuses est constaté dans 95 p. 100 des cas de tuberculose généralisée; la fréquence relative des lésions de la plèvre et du péritoine est exprimée par le rapport 8: 1. 11 n'est aucun symptôme spécial à ces localisations.
é) Tuberculose des organes génitaux (2). — La tuberculose des organes génitaux est presque toujours secondaire; le lenticule est envahi parfois dans la tuberculose généralisée. Meier signale deux cas de tuberculose primitive du cordon testiculaire. La tuberculose de Y utérus est également
rencontrée.
f) Tuberculose du cerveau et de la moelle (3). — Les localisations sur les centres nerveux sont exprimées par des troubles de la locomotion (tournis, roulement...), des accès épileptiformes, de la paraplégie, de l'hémiplégie ou des monoplégies localisées en des régions diverses (œil, paupières, langue, facial...).
<j) Tuberculose de l’œil (4). — Quelques observations sont rapportées par Grafe, Azary, Knôrrchen... Les signes constatés sont analogues à ce que l’on observe chez les bovidés.
h) Tuberculose de l’oreille (5). — La tuberculose de Y oreille moyenne cl interne, relativement fréquente, est consécutive à une localisation pharyngienne primitive. On constate de la suppuration locale, puis un bourgeonnement qui obstrue le conduit auditif externe. L’envahissement des méninges et des centres est toujours à craindre.
i) Tuberculose des os. — Les localisations siègent de préférence sur les tôles articulaires des os des membres, sur lés vertèbres, sur les côtes... Zschokke rencontre des lésions tuberculeuses sur l’ethmoïde et sur les os crâniens.
j) Tuberculose des articulations. — Les accidents consistent en des arthrites vraies ou dans des périarthrites closes ou suppurées (6); ils sont exprimés par la tuméfaction des régions, par des déformations osseuses, des boiteries, de l’ankylose et des suppurations persistantes.
k) Tuberculose des muqueuses. — Zschokke (7) rapporte deux cas de tuberculose de la pituitaire ; la muqueuse, considérablement épaissie, est
(1) Utz. Aasgebreitete PerlsüCht bei einem Schweine. Deutsche thierarztl. Wochenschr., 1896, p. 129. — Llngwitz. Zur Serosentuberkuiose der Schweine. Archiv für Thierheilk., t. XXIII, 1897, p. 54.
(2) Joiine. Hoden-Sebenhoden- und Samenleitertuberculose. Sachs. Bericht, 1882, p. 75. — Meier . Impf tuberculose bei Schweinen. Berl. thier. Wochenschr., 1890, p. 374.
(3) Azary. Beitrüge zur Tuberculose des centralen Nervensystems der Schweine. Deutsche Zeitschr. für Thierined., t. VI, 1880.
(4) V. pour labibliogr. : Winter. Zwei Falle von Augentuberkulose. Zeitschr. für Fleischund Milchhyg.jt. V, 1895, p. 169.
(5) Siedamgrotzky. Sachs. Veter. Bericht, 1878, p. 11. — Schüetz. Die Tuberculose des mittleren und inneren Obres beim Schweine. Yirchow’s Archiv, t. LX, 1874, p. 93. — Zschokke. Tuberculose des Gehororganes. Deutsche thierarztl. Wochenschr., 1895, p. 314.
(6) IIoeknagel. Tuberculente periarLritis bij een Var/cen. Tijdschrift voor Yeeartsenijk., t. XX, 1893, p. 1.
(7) Zschokke. Tuberculose Erkrankungen am Kôpfe bei Schweinen. Deutsche thierarztl. Wochenschr., 1895, p. 313.
parsemée de tubercules miliaires et d’ulcérations, au niveau desquelles quelques bacilles sont rencontrés.
/) Tuberculose aiguë. — Les symptômes apparaissent d'emblée ou au cours d’une évolution chronique. Il existe de la fièvre, de la dyspnée, de la diarrhée et de l’amaigrissement rapide ; les malades succombent trois à huit jours après la constatation des premiers symptômes.
§ iï. — Tuberculose du chien et du chat (1).
a) Formes chroniques. — Les aspects de la maladie diffèrent pour chacune des localisations ; les formes les plus ordinaires sont dues à la présence de lésions thoraciques ou abdominales.
La tuberculose thoracique débute par des symptômes vagues de cachexie progressive; l’appétit est faible et irrégulier; le ventre est rétracté ; l’animal maigrit et s’essouffle rapidement. On observe en môme temps une toux sèche, quinteuse, suivie de vomituritions. La respiration, courte, saccadée, devient précipitée et haletante après une courte promenade. Chez certains malades, on observe en même temps des alternatives de constipation et de diarrhée. La température reste voisine de la normale, avec des oscillations de 1 à 2 degrés.
A une période plus avancée, tous les signes s'accentuent; l’animal est amaigri, les muscles sont émaciés; l’atrophie des crolaphites et l’enfoncement des yeux donnent à la face l’expression si caractéristique du chien cancéreux. Les muqueuses sont pâles ; la respiration vite (25-40 par minute) et courte, parfois plaintive, devient dyspnéique sous le moindre effort. Alors que les lésions pulmonaires prédominent, la toux est plus fréquente, quinteuse; il s'écoule un jetage muco-purulent peu abondant; des mucosités sont projetées par les naseaux lors des accès de toux; à l’auscultation, on perçoit des râles crépitants humides et muqueux, du gargouillement bronchique, parfois du souille tubaire; il existe de la submalilé ou de la matité complète en divçrs points. S’il s’est produit un épanchement pleurétique, on note la matité complète des parties inférieures, d’un seul côté ou des deux à la fois, à des hauteurs différentes; on perçoit en même temps un bruit de souffle atténué. La sensibilité des parois costales est constatée seulement lors de
(1) Jensen. Tuberculose beim Iîund und bei der Kalze. Deutsche Zeilschr. fin- Thierui., t. XVII, 1891, p. 295-324 (avec bibliogr.). — Ebek. Beitrag zur Kenntniss der Tuberculose bei Iîund und Kutze. Id., t. XIX, ISDU, p. 129. — Cadiot. Lu tuberculose du chien. Broch. Paris, 1893 (avec bibliogr.). — Galli-Valkmo. Contribuzione alto Studio delta tubercolosi nel cane. Il moderno Zooiatro, 189G, p. 08 et 102 (avec bibliogr.).
TUBERCULOSE
poussées subaiguës. La respiration est dyspnéique et discordante. L’appétit est presque nul; il existe une diarrhée continue, séreuse et sanguinolente.
Dans une dernière période, le malade est complètement phtisique ; la respiration est asphyxique; les battements du cœur sont précipités et violents; un jetage purulent, fétide, s’écoule par le nez. A l’exploration de la poitrine, on constate du gargouillement bronchique et la présence d’un épanchement pleural. La mort survient, après un abaissement de la température vers 35° et au-dessous.
La tuberculose abdominale revêt des expressions différentes suivant l’étendue et la prédominance des lésions sur tel ou tel organe; mais l’on observe toujours la cachexie progressive, avec faiblesse, amaigrissement, émaciation musculaire. L’abdomen, rétracté au début, augmente ensuite de volume à la suite d’un épanchement passif (ascite) ou inflammatoire (péritonite), ou en raison de l’hypertrophie des viscères envahis. L’exploration delà cavité, par la palpation, permet de reconnaître la présence des tumeurs volumineuses (foie, mésentères, ganglions).
La tuberculose ganglionnaire est observée chez quelques animaux en l’absence d’altérations viscérales. Les lésions portent sur les ganglions mésentériques, bronchiques, médiastinaux et sur les groupes périphériques. En outre des signes de la cachexie tuberculeuse, les tuméfactions provoquent divers accidents par compression des organes. Les lésions sont presque toutes appréciables par l’exploration directe.
La tuberculose génitale est plusieurs fois mentionnée. Jensen rencontre des tubercules dans le testicule, chez le chien et chez le chat, et dans l’utérus chez la chatte.
La tuberculose cérébrale est annoncée par de la tristesse, de l'inquiétude et par une altération de la voix. Plus tard, on constate de l’hébétude, de l’incoordination dans les mouvements, de la parésie générale, des périodes d’agitation, des contractions des mâchoires et des muscles de l’œil. La paralysie s’étend et l’animal meurt dans le coma.
La tuberculose de l 'oreille interne est rapportée par Monfallet (1) ; les parties osseuses limitrophes de l'oreille moyenne sont déformées et parsemées de petits grains crétacés, de nature tuberculeuse. La compression exercée sur le facial, au niveau de son trajet intra-osseux, a pour conséquence une paralysie complète du nerf.
Les localisations articulaires sont également observées. JNocard rapporte un exemple d’arthrite du grasset chez le chat ; Jensen rencontre des lésions étendues à toutes les articulations des membres ; Cadiot signale la coexistence des arthrites chroniques du grasset et du jarret.
(1) Monfallet. Paralysie du facial d’origine otique. Revue vétérin., lS95,p G5G.
SYMPTÔMES
Des ulcères tuberculeux de la peau et du lissa sous-cutané sont décrits par Jensen, Millier, Cadiot. Ils siègent en des points quelconques (parotide, cou, abdomen...); les plaies, limitées par du tissu induré, sont entourées parfois de petits nodules à contenu caséeux.
Marche. — La durée moyenne de l’évolution tuberculeuse est de deux à quatre mois, mais, chez nombre d’animaux, la marche est plus lente et les lésions semblent progresser par poussées successives, avec des rémittences de plusieurs mois. Parfois aussi, les lésions restent localisées et elles ne compromettent pas la vie.
b) Tuberculose aiguë (1). — L’expression symptomatique, modifiée suivant la prédominance des lésions en certains points, est toujours assez vague. On constate au début des frissons, de l’accélération des battements du cœur, de la discordance respiratoire, de la sensibilité du thorax et de l’abdomen à la percussion et à la palpation. La température est souvent peu élevée.
Les symptômes généraux s’aggravent rapidement; l’appétit est supprimé; l’amaigrissement est extrême ; l’animal, affaibli, est incapable de se soulever; on observe des hémoptysies et une diarrhée sanguinolente. La mort arrive en deux ou trois semaines en moyenne.
§ G. — Tuberculose îles oiseaux.
La tuberculose est étendue aux viscères ou localisée dans certains tissus (peau, muqueuses...).
a) Tuberculoses viscérales. — La maladie n’est exprimée qu’à une période avancée; on constate de la somnolence, une diminution de 1 appétit ; chez les poules, la crête pâlit et devient tombante. L'amaigrissement fait des progrès rapides ; les pectoraux sont émaciés et le bréchet paraît tranchant. Souvent, on remarque en même temps une boiterie d’intensité variable.
A une période plus avancée, la diarrhée s’établit et persiste en s’aggravant. La mort survient, par épuisement, alors que les malades sont complètement étiques.
b) Tuberculoses externes. — Elles coïncident avec des localisations viscérales à évolution lente ou elles existent seules.
Les localisations articulaires et osseuses sont communes chez toutes les espèces. Elles sont décelées par des boiteries, des gonflements articulaires et des déformations des os.
(I) Liénaux. Tuberculose miliaire aigue chez le chien. Annales de méd vét 180e» p. G49. ’ ’’ ’
Nocard et Leclainche. — 2e édit.
TUBERCULOSE
Les lésions des muqueuses extérieures et de la peau ont été relevées principalement chez le perroquet (1). Elles siègent sur la muqueuse buccale, sur la conjonctive, sur la pituitaire ou sur différents territoires cutanés. Sur les muqueuses, on trouve au début de petites élevures grisâtres, qui se réunissent en plaques; à leur niveau, se forment des croûtes épaisses, dures à la surface, caséeuses dans le voisinage de la muqueuse; détachées, elles laissent à nu une surface rouge, granuleuse. Sur la peau, notamment au voisinage de la bouche ou de l’œil, on trouve également des plaques recouvertes de croûtes dures, sèches, qui représentent des cornes atteignantjusqu’à plusieurs centimètres delongueur(Mégnin).