Lésions
§ 1. — Bovidés.
Tous les tissus sont susceptibles d’être envahis par les tubercules. Dans la plupart des cas, les lésions restent limitées à un seul organe (poumon, foie...) ou à une même région (cavité thoracique...) ; dans d’autres, elles sont étendues en divers points dans un même tissu (séreuses, ganglions...) ou dans des milieux différents (poumon et mamelle...).
Tous les modes de l’envahissement se trouvent associés suivant les types les plus divers et il est difficile d’établir une distinction anatomique valable entre les tuberculoses locales et la tuberculose généralisée. D’autre part, le mécanisme de l’infection est trop peu connu pourqu’une classification basée sur la pathogénie soit actuellement possible. Nous retenons ici la division proposée par Ostertag (2), dans le seul but de faciliter l’étude de la répartition des lésions.
« La tuberculose est dite locale : 1° lorsque le péritoine ou la plèvre, avec les ganglions correspondants, sont seuls atteints; 2° quand un ou plusieurs organes d’une même cavité et la séreuse qui les revêt sont envahis (ainsi lepoumon et la plèvre, l’intestin ou l’utérus et le péritoine, l'intestin, le foie et l’utérus avec le péritoine...) ; 3° quand un ou plusieurs viscères abdominaux sont atteints en même temps que la plèvre.
(1) Eberlein. Lie Tuberculose cler Papageien. Monatsh. fur Thierheilk., t. Y, 1894, p. 248. — Cadiot. Sur Icv tuberculose du perroquet. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vêt., 1894, p. 197.
(2) Ostertag. CE rtliche und allgemeine Tuberculose. Archiv fur Thierheilk., t. XIV,
« La tuberculose est généralisée : 1° lorsqu’en outre des lésions de la plèvre ou du péritoine, ou des deux séreuses à la fois, il existe des tubercules miliaires dans un organe, le poumon par exemple ; 2° lorsqu’en outre de l’envahissement des deux séreuses il existe des foyers emboliques dans plus d’un organe, par exemple dans le poumon et le foie, le poumon et l’utérus, etc... »
Il résulte de statistiques portant sur plus de 43000 cas de tuberculose bovine que la fréquence relative des diverses formes est la suivante :
Tuberculose généralisée. 10,7p. lOOdes cas | Dans une cavité 17 p. 100 des cas.
Dans un organe 50 p. 100 — | Dans plusieurs cavités. 19,5 p. 100 —
Le poumon est envahi dans les trois quarts des cas ; la plèvre, dans plus delà moitié; le péritoine, dans la moitié environ; les ganglions bronchiques, dans les trois cinquièmes et la rate dans les deux cinquièmes.
Lors de tuberculose généralisée, les altérations sont réparties ainsi qu’il suit (Ostertag) :
Poumon 100 p. 100
Séreuses 90 p. 100
Foie 85 p. 100
Tube digestif G0 p. 100
Rate 50 p. 100
Reins 30 p. 100
Os 5 p. 100
Chez la vache :
Utérus .
Mamelle Ovaire. .
Encore que constituées essentiellement par un même processus, le tubercule, les lésions affectent de multiples aspects et elles doivent être successivement étudiées dans les divers milieux envahis.
a) Poumon. — L’aspect du poumon tuberculeux varie suivant le degré d’étendue et d'ancienneté des lésions.
En règle générale, le poumon tuberculeux est volumineux et lourd; il ne s’affaisse qu’incomplètement ; son poids atteint vingt, trente kilos et plus; sa surface est bosselée ; au niveau des saillies, la plèvre est épaissie, parfois recouverte de plaques fibrineuses ou de néoformations fibreuses. Les bosselures, irrégulières, arrondies, de dimensions très variables, sont des agglomérations de lésions tuberculeuses. Certaines sont dures, résistantes, criant sous l’instrument tranchant; sur la coupe, leur tissu, de couleur jaune, est rugueux au toucher ; des foyers ramollis renferment
TUBERCULOSE
une substance caséeuse avec des grains calcaires. D’autres sont plus ou moins obscurément fluctuantes ; leur incision donne issue à une matière épaisse, jaune, grumeleuse, semblable à du mortier. Ces tumeurs sont des amas de tubercules qui ont subi, à des degrés divers, les dégénérescences caséeuse et calcaire.
Le plus souvent, les productions sont entourées d’un tissu pulmonaire sain, qui a conservé sa coloration rosée, sa souplesse, son élasticité et sa ténacité normales ; en quelques cas, elles ont provoqué autour d’elles une véritable hépatisation ; en d’autres, elles sont comme séquestrées au centre d’une zone de tissu sclérosé, fibreux, blanc, très résistant ; dans ce dernier cas, la lésion tuberculeuse proprement dite, dure ou ramollie, est toujours peu étendue.
Entre les grosses tumeurs, sous la plèvre ou dans l’épaisseur du parenchyme hépatisé ou perméable, on trouve ordinairement des tubercules miliaires, qui constituent la lésion la plus caractéristique. L’aspect du tubercule permet de juger approximativement de son âge ; tout récent, c’est une petite masse arrondie, à demi transparente, grisâtre, homogène dans toute son étendue, du volume d’un grain de mil, avec une légère auréole inflammatoire à la périphérie ; c’est la granulation grise de Laënnec ; on ne la voit guère que chez les animaux sacrifiés au cours de la généralisation du mal. Un peu plus tard, on distingue au centre de la petite masse grise et translucide, encore auréolée de rouge, un point opaque, de couleur blanc jaunâtre; peu à peu, cette lâche s’étend, tandis que le tubercule augmente de volume et que ses parties périphériques, se densifiant graduellement, constituent une sorte de membrane fibreuse, plus ou moins épaisse et résistante; c’est le tubercule cru de Laënnec. Chez les bovidés, la matière centrale, opaque, jaunâtre, caséeuse, s’infiltre rapidement de sels calcaires. Les tubercules demeurent rarement isolés ; le plus souvent, d’autres nodules se développent, qui peuvent être englobés avec le premier dans une coque fibreuse unique, empruntée au tissu conjonctif du parenchyme.
On trouve ainsi des agglomérats de tubercules de toutes dimensions ( pommelière ) ; lorsque la maladie est ancienne, beaucoup sont ramollis et transformés en de véritables abcès tuberculeux, à paroi fibreuse, épaisse, à pus grumeleux, jaunâtre ou verdâtre, parfois très visqueux. Tant que ces abcès sont clos, leur contenu échappe à la fermentation et reste inodore; mais ils peuvent ulcérer la paroi d’une grosse bronche, s’y vider en partie et constituer ainsi une
LÉSIONS
caverne, dont le contenu exhale une odeur fétide. La paroi des abcès ou des cavernes tuberculeuses est anfractueuse et bourgeonnante; la cavité est souvent traversée par des brides revêtues de bourgeons charnus. Ces travées ne sont autre chose que des rameaux artériels ou veineux, ou encore des grosses bronches du territoire pulmonaire envahi par la lésion tuberculeuse.
On trouve parfois le poumon farci de nodules arrondis, du volume d’une noisette à celui d’une noix, de couleur blanc sale, de consistance ferme et homogène dans toute leur épaisseur, sans ramollissement central ; ce sont les tubercules fibreux des vieux auteurs, observés plus fréquemment chez le cheval.
On peut aussi rencontrer des foyers de pneumonie caséeuse, de dimensions variables, de teinte gris ardoisé ou jaunâtre, qui se développent de préférence dans le lobe antérieur du poumon et qui subissent rapidement la fonte purulente ou caséeuse ; parfois le lobe est comme solidifié en bloc. La masse compacte, grise, est parsemée de cavités irrégulières, anfractueuses, remplies de mucopus fétide ; ces cavités résultent de la dilatation des petites bronches ou des bronchioles terminales.
Parfois, au contraire, le lobe antérieur du poumon est affaissé, de couleur rouge violacé ; le tissu, gorgé de sang, est devenu inaccessible à l’air inspiré, par suite de l’obstruction de son rameau bronchique principal. On peut constater, grâce à la transparence de la séreuse, que tel ou tel lobule de la région engouée est envahi par de petites nodosités arrondies, de couleur blanc jaunâtre, de consistance molle, disposées en forme de grappe le long de la bronchiole qui dessert le lobule; ces nodules fluctuants sont des foyers de petites dilatations bronchiques, pleines d’un muco-pus jaunâtre et visqueux.
L'étude histologique montre que le foyer tuberculeux primitif {granulation grise ) est constitué par une accumulation de cellules lymphatiques dans le tissu conjonctif inter-alvéolaire. Très généralement, plusieurs foyers évoluent dans un même point, pour se confondre à une période plus ou moins avancée de leur évolution.
Chez le bœuf, la dégénérescence des follicules tuberculeux s'opère rapidement; les cellules comprises dans les parties centrales dégénèrent, leur noyau se fragmente et elles sont réduites en une masse granuleuse irrégulière, tandis qu’à la périphérie les cellules conservent plus longtemps leurs caractères On rencontre souvent, au centre ou à la périphérie du foyer, des cellules
TUBERCULOSE
géantes pourvues d'une couronne de noyaux. Le tissu conjonctif qui entoure le tubercule est infiltré de cellules embryonnaires ; il se densifie au fur et à mesure que se poursuit l’évolution.
La dégénérescence continue dans les conglomérats tuberculeux; le tubercule jaune n’est déjà plus constitué que par un détritus cellulaire caséeux, limité par une coque de tissu conjonctif densifié. Les parois des grosses cavernes sont formées par une couche épaisse de tissu élastique, comprenant les parois alvéolaires affaissées, comprimées et anémiées. De petites cavernes sont constituées par la fonte purulente d’un foyer de pneumonie alvéolaire, avec destruction des cloisons inter-alvéolaires.
b) Trachée. Larynx. — La muqueuse des gros troncs bronchiques, de la trachée et du larynx présente des tubercules -ou des ulcérations. Les tubercules ont le volume d’une lentille ou celui d’une noisette; les plus petits dépassent à peine le niveau de la muqueuse; ils forment des taches rouge foncé, gris rouge ou jaunâtres, isolées, réunies en amas ou en séries linéaires. Les petites tumeurs se ramollissent rapidement et la pression fait saillir un contenu caséeux; l’ouverture des foyers laisse à nu des plaies irrégulières, ulcéreuses, souvent confluentes, recouvertes de bourgeons friables entourant des îlots jaunâtres de matière caséeuse. Parfois aussi, la prolifération est plus active et les bourgeons saillants forment des masses polypeuses, creusées ou non de foyers purulents.
c) Séreuses. — Les tubercules envahissent la plèvre et le péritoine sur lesquels ils déterminent des lésions d’aspect particulier.
Au début, on trouve de petites granulations transparentes, de couleur gris rosé, constituées par un amas de tubercules conglomérés, développés dans l’épaisseur de la séreuse. Ces granulations s’épaississent, prennent une consistance charnue et une couleur rosée; elles se détachent en un relief de plus en plus accusé. La séreuse envahie est exposée à des frottements exercés par les viscères, recouverts souvent eux-mêmes par une séreuse altérée ; les mouvements tendent à soulever et à détacher les nodules tuberculeux; ceux-ci se pédiculisent peu à peu, d'autant plus vite que les frottements sont plus fréquents et plus étendus. Les amas tuberculeux forment alors des masses fermes, blanches, irrégulièrement réparties sur la séreuse sous forme de polypes, de choux-fleurs ou de grappes pédiculées. Elles s’infiltrent de sels calcaires et leur tissu acquiert une consistance fibreuse.
LÉSIONS
L’examen histologique des néoformations (1) montre qu elles sont constituées essentiellement par des foyers tuberculeux, identiques dans leur évolution et dans leurs caractères à ceux des parenchymes. Les tubercules sont développés dans les espaces lymphatiques sous-séreux; ils provoquent une infiltration cellulaire considérable dans le voisinage, sans néoformation conjonctive.
Les lésions tuberculeuses affectent des caractères spéciaux sur les séreuses autres que la plèvre et le péritoine. Sur le péricarde, on rencontre des granulations grises, des tubercules miliaires et une transformation fibreuse de la séreuse considérablement épaissie. Le feuillet viscéral forme une cuirasse de trois à cinq centimètres d’épaisseur, de couleur blanc jaunâtre, de consistance ferme, avec quelques foyers caséeux disséminés; parfois, les deux feuillets sont envahis et soudés en totalité ou en partie (symphyse cardiaque). Le myocarde comprimé est pâle et atrophié.
d ) Ganglions. — L’envahissement des ganglions est consécutif à la tuberculisation des parenchymes (ganglions bronchiques, mésentériques...) ou il s’opère d’emblée, sans lésion appréciable ou persistante au niveau du point d’inoculation.
Lors de tuberculisation secondaire, les ganglions atteints se montrent hypertrophiés, indurés, noueux; sur la coupe, leur tissu gris rosé, succulent, est farci de tubercules miliaires qui forment peu après des amas caséeux et calcaires. Les tubercules conglomérés constituent des masses jaunâtres, à contours festonnés, entourés d’un tissu lardacé de nouvelle formation. A une période plus avancée, le ganglion est transformé en une poche à parois fibreuses, remplie d’une matière jaune, semi-liquide, grumeleuse, semblable à du mortier et renfermant des grains calcaires en abondance.
L’aspect des lésions est souvent différent dans la tuberculose exclusivement ganglionnaire. Les ganglions de la région envahie sont volumineux, infiltrés, sans qu'ils présentent sur la coupe aucune lésion appréciable. L’examen de la pulpe ne montre que rarement quelques bacilles isolés. Après un long temps, de petits foyers caséeux et calcaires apparaissent, en petit nombre, tandis qu’une néoformation fibreuse envahit l’organe, comprime et atrophie la glande. Les ganglions profonds conservent indéfiniment ces caractères; les ganglions superficiels subissent plus volontiers la dégénérescence calcaire étendue et la suppuration.
(1) Kienek. Tuberculose dans les séreuses. C. R. Ac. des sciences, 26 janvier 18S0
Lwow. Veber den Dau der Neubildungen bei der Perlsucht des Hornviehes. Deutsche Zeitschr. fur Thiermed., t. VII, 1882, p. 374 (avec bibliogr.).
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e) Cœur et vaisseaux. — La tuberculose du myocarde est rarement observée chez les bovidés. Surber, Ilering, Oliven, Mac Fadyean... ont constaté l’envahissement du muscle ou sa destruction partielle par des masses tuberculeuses confluentes, caséeuses et calcifiées. Preusse trouve, chez une vache, un foyer tuberculeux de la grosseur d’une fève dans la paroi du ventricule gauche. Lungwitz (1) rapporte une curieuse observation relevée chez un veau, âgé de six semaines, porteur de lésions généralisées ; on trouve deux foyers, de la grosseur d’une noisette, dans la paroi du ventricule gauche ; d’autres, plus petits, sont disséminés vers la pointe du cœur. A l’examen histologique, les tumeurs se montrent formées par une accumulation de tubercules miliaires, avec centre caséeux ; les fibres musculaires sont dissociées et refoulées par une abondante infiltration de cellules rondes et la coupe présente un aspect alvéolaire. Chez un taureau affecté de tuberculose généralisée, Marschner (2) trouve la paroi du ventricule gauche infiltrée de granulations de la grosseur d’un grain de semoule à celle d’un grain de chènevis; les plus superficielles forment sous l’endocarde des saillies verruqueuses.
Ravitsch, Lwow, Galtier..., signalent la présence de lésions sur la tunique interne de l’aorte qui présente des plaques chagrinées, mamelonnées et infiltrées de calcaire. Lwow constate dans la paroi des plaques osseuses renfermant des cellules géantes semblables à celles de la moelle des os. Carsten Harms (3) rencontre, chez une vache, des tubercules du diamètre d’un grain de mil à celui d’une noisette dans les parois de la veine porte et des veines hépatiques.
/‘) Viscères abdominaux. — En outre des lésions ordinaires du péritoine, des mésentères, des épiploons et des ganglions, les différents viscères sont aussi envahis.
Les accidents portent rarement sur les estomacs ; Johne rapporte cependant un cas d’ulcère tuberculeux de la caillette et un exemple de tuberculose du feuillet, avec perforation des lames par des ulcérations et présence de tubercules sur les bords. L 'intestin est, fréquemment atteint ; il présente des tubercules et des ulcérations, localisés de préférence au niveau des dernières parties de l’intestin grêle et sur le cæcum. Les tubercules, isolés ou conglomérés, sont tantôt de consistance charnue, tantôt fibreux, durs, avec un foyer caséeux central. Les ulcérations siègent au niveau des éléments lymphoïdes, follicules clos ou plaques de Peyer ; elles sont comblées par un exsudai caséeux adhérent ; à leur niveau, les parois sont épaissies, ecchymosées et villeuses sur la face péritonéale. Les ganglions du bord concave représentent des masses dures, arrondies, du volume d’une noix ou d’un œuf de pigeon, mobiles
(1) M. Lungwitz. Tuberkulose des Myocards beim Kalbe. Zeitschr. fur Fleisch- und Milchhyg., t. V, 1895, p. 89.
(2) Marschner. Tuberculosis embolica myocardii. Zeitschr. fur Fleisch- und Milchhyg., t. VII, 189G, p. 10.
(3) G. IIarms. Seltener Def'und bel einer tuberculosen Kuh. Jahresb. der K. Thierarzneischule zu Ilannover pro 1874.
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entre les lames du mésentère. Ils renferment des foyers caséeux ou ramollis (1).
Le foie est souvent tuberculeux; ordinairement, il est parsème d amas plus ou moins volumineux, disséminés dans le parenchyme et formés d’un magma renfermant des détritus caséeux et des grains calcaires. L’organe, déformé, bosselé, acquiert parfois un volume et un poids considérables (30-40 kilos).
La rate, moins exposée, montre des amas tuberculeux irrégulièrement répartis et de dimensions variables, ou, lors de tuberculose généralisée, d’innombrables granulations miliaires.
Le rein est assez rarement envahi. On trouve à la lois des tubercules caséeux ou calcaires et des cavernes dans le voisinage du bassinet (Perdan). La tuberculose de la vessie paraît être extrêmement rare.
g) Organes génitaux. — I. Male. — Les lésions siègent sur le testicule, sur la gaine vaginale ou sur le pénis. Le testicule montre une infiltration de tubercules jeunes ou des masses confluentes, calcifiées et ramollies, qui compriment et atrophient l’organe. Les tubercules développés sur la séreuse sont analogues à ceux qui évoluent sur le péritoine; ils forment un gazon étendu surtout au niveau de l’épididyme et du cordon. Au niveau du pénis, les néoformations siègent dans le tissu sous-muqueux; elles repoussent la muqueuse, parfois ulcérée à leur niveau.
IL Femelle. — L’ovaire, les trompes, l’utérus et le vagin sont atteints isolément ou simultanément.
L 'ovaire tuberculeux est volumineux, dur, bosselé. La coupe montre des cloisons fibreuses, limitant des amas caséeux ou calcaires. A une période avancée, on trouve des foyers de ramollissement étendus. Les trompes sont envahies lors de tuberculose étendue du péritoine ; elles présentent quelques tubercules disséminés ou un tapis de petites masses confluentes.
Sur Y utérus , les lésions sont étendues à l’une des cornes ou à tout l’organe ; elles siègent dans l’épaisseur de la muqueuse ou dans le tissu sousmuqueux (2). Lors d’envahissement de la muqueuse, les tubercules, ordinairement caséeux, se ramollissent et s'ulcèrent. La cavité de l’organe se
(1) Johne et Frothingham décrivent une forme spéciale de tuberculose intestinale observée chez une vache. La muqueuse de l’intestin grêle est parsemée de nodules de la grosseur d’un pois, correspondant à une dépression de la membrane ; les plaques de Peyer sont tuméfiées; la muqueuse du gros intestin montre de nombreuses taches de couleur rouge clair. Les ganglions mésentériques ne sont pas altérés. Il n’existe aucune autre localisation tuberculeuse. L’étude macroscopique des néoformations de l’intestin grêle montre qu’elles sont dues à une hyperplasie des éléments lymphoïdes, correspondant exactement à la « lymphadénie dilfuse » de Ziegler. L’examen histologique et la coloration par la méthode d’Ehrlich prouvent qu’en réalité il s’agit d’une infiltration tuberculeuse évoluant sous un type non encore connu chez les bovidés.
Les recherches entreprises montrent qu’il s’agit très probablement d’une infection par un bacille d’origine aviaire (V. Unicité on multiplicité des types).
Johne et Frothingham. Ein eigenthümlicher Fait von Tuberculose beim Rind. Deutsche Zeitschr. fur Thiermed., t. XXI, 1895, p. 488.
(2) Les tuberculoses de l’utérus et du péritoine sont souvent associées ; sur 264 cas
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remplit d’un muco-pus jaunâtre et grumeleux. L’infiltration des parois détermine un épaississement considérable ; la muqueuse, dure, de couleur pâle, semble envahie par un squirre ; l’examen histologique la montre infiltrée de follicules tuberculeux, très riches en cellules géantes et relativement pauvres en bacilles.
h) Mamelle (1). — La lésion initiale affecte la forme de fines granulations miliaires, grises et homogènes ou jaunâtres et caséeuses, disséminées dans le parenchyme ; plus tard, ces granulations, entourées d’un tissu sclérosé, se ramollissent et se calcifient. La mamelle envahie se montre alors volumineuse et dure ; la peau qui recouvre les régions atteintes est tendue et lisse; elle présente des taches de teinte gris jaune qui indiquent nettement la situation des nodules superficiels. Sur la coupe, on trouve, au sein d’un tissu fibreux dur abondant, des noyaux caséeux, isolés ou confluents. La muqueuse des gros conduits lactifères, ainsi que celle des sinus et du canal excréteur, est recouverte de petites villosités rosées.
L’étude histologique (2) montre que les altérations portent à la fois sur le tissu inter-acineux et sur les éléments glandulaires. Les travées conjonctives, très étroites dans la glande saine, même pendant la lactation, se montrent considérablement épaissies; les capillaires sont distendus; un grand nombre de cellules migratrices infiltrent le tissu conjonctif. C’est par ces lésions que débute en général l’envahissement de la mamelle. Les premières altérations du tissu glandulaire semblent être purement mécaniques ; l’infiltration interstitielle comprime les lobules et détermine l’effacement de la lumière des acini et des conduits. 11 en résulte, en divers points, une rétention du contenu et la formation de dilatations kystiques. A une période plus avancée, l’épithélium refoulé et détaché par l’infiltration interstitielle tombe dans les acini où il est retrouvé mêlé à de nombreuses cellules rondes. Les bacilles sont difficilement décelés au début; mais un peu plus tard, alors qu’il existe des cellules géantes dans les tissus et que l’acini est altéré, les bacilles se trouvent en grand nombre jusque dans la lumière de la glande, libres ou renfermés dans des cellules rondes et épithélioïdes.
La destruction de la glande s’opère tardivement, par une transformation fibreuse totale. On rencontre, dans les parties cirrhosées, des blocs amyloïdes qui remplissent la lumière des acini et des conduits. Il se
de tuberculose de la séreuse, Lungwitz trouve l’utérus envahi 152 fois, soit dans 57,9 p. 100 des cas.
Lungwitz. Zur Tuberkulose des Utérus bei Uindem. Archiv fur Thierheilk., t. XXIII, 1897, p. 52.
(1) A. Dresde, Lungwitz trouve 119 cas de tuberculose de la mamelle sur un total de 17 202 vaches ou génisses examinées, soit une proportion de 0,G9 p. 100. Les lésions, toujours secondaires, coïncident avec une tuberculose généralisée ou très étendue. Toutefois la tuberculose de la mamelle paraît être plus commune en certaines régions et la statistique précédente n’a qu’une signification restreinte. Borgeaud, Kiener... ont signalé la fréquence de la tuberculose mammaire dans le canton de Vaud; en Danemark, cette localisation est souvent observée.
(2) Mac Fadyean. Tubercular mastitis in the cow. The Journ. of comp. Path., t. II, 1889, p. 119.
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produit, en quelques cas exceptionnels, des foyers de nécrose et de caséification qui subissent une lente infiltration calcaire.
L’examen histologique des néoformations villeuses du sinus galactophore indique qu’elles sont précédées par une desquamation épithéliale, accompagnée d’une infiltration de cellules rondes dans la couche sousmuqueuse. Les villosités sont formées d’un tissu de granulations identique à celui des bourgeons charnus. 11 se produit à leur sommet une nécrose des éléments qui sont déversés dans le contenu du sinus. Les mêmes altérations sont constatées dans les gros conduits lactifères.
Le lait sécrété par la glande malade est plus riche en eau que le lait normal ; il ne renferme pas trace de lactose et seulement très peu de graisse (Storch).
i) Centres nerveux. — En outre des tuberculoses vertébrales, qui provoquent la compression de la moelle, on rencontre aussi des lésions des méninges et des centres.
Les tubercules cérébraux, caséeux ou calcaires, siègent le plus souvent sur la pie-mère, au niveau des hémisphères, de la scissure médiane, du cervelet et du bulbe. Ils envahissent la substance nerveuse et ils pénètrent dans les hémisphères ou dans le cervelet (Gassner).
Quand la tuberculose s’est généralisée par la voie sanguine, ce qui est rare chez le bœuf, les méninges encéphaliques sont criblées de fins nodules grisâtres, développés le long des divisions de l’artère sylvienne. On les retrouve à la surface des ventricules, où ils apparaissent comme de petits grains de sable qui soulèvent la séreuse. Tous ces nodules sont riches en cellules géantes, mais très pauvres en bacilles (Nocard).
La moelle est plus rarement affectée ; Galtier trouve la substance grise envahie, au niveau du renflement lombaire, par un amas « de granulations tuberculeuses, tranchant par leur teinte jaunâtre et leur consistance crétacée sur l’aspect de la substance médullaire ».
j) Œil. — Dans une observation de Hess, les lésions portent sur l'iris et sur la choroïde ; elles consistent dans le développement de petits tubercules, avec dépôt fibrineux sur la face postérieure de l’iris et opacité du cristallin.
Edelmann signale l’envahissement du bulbe par un tissu néoformé Irès vasculaire. La tumeur est constituée par une masse sarcomateuse, renfermant plusieurs cavernesentourées d’une capsule fibreuse résistante; les plus grosses atteignent le volume d’une noisette et renferment une matière muco-purulente ; les plus petites ont un contenu caséeux et friable. La tumeur réunit la choroïde à l’iris, au corps ciliaire et au cristallin. La cristalloïde est épaissie la lentille comprimée a pris une forme globuleuse ; les chambres antérieure et postérieure sont effacées par refoulement. Les ganglions sous-parotidiens sont volumineux et remplis de foyers tuoerculeux. Il n’existe aucune autre localisation.
Moncet trouve toutes les cavités remplies par une matière caséeuse mê-
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lée de grains calcaires, semblable à celle qui remplit les cavités tuberculeuses du poumon ou du foie. Seul, le cristallin est encore reconnaissable.
k) Langue. — L'organe est dur, rigide, noueux ; la coupe montre vers la base, dans les parties voisines de la muqueuse, une couche de tissu terme, blanchâtre, dans lequel l’examen microscopique révèle de nombreux follicules tuberculeux, très riches en cellules géantes et en bacilles spécifiques.
Dans les lésions anciennes, l’atrophie des foyers est complète ; il persiste seulement un tissu cicatriciel fibreux et il est impossible de mettre les bacilles en évidence.
/) Os. — Les lésions consistent en une ostéite aiguë ou subaiguë, avec ramollissement du tissu spongieux. Elles siègent le plus ordinairement sur les vertèbres, les côtes, le sternum ; plus rarement, sur les os du crâne et des membres.
Moulé (1) constate l’envahissement de la moelle dans l’humérus du bœuf. « L’os paraît normal sur la coupe ; mais la moelle osseuse est transformée, dans les deux tiers inférieurs, en un tissu fibreux dur, extrêmement résistant, incrusté de nombreux tubercules d’un jaune roux, calcifiés. en partie. Vers l’extrémité inférieure, l’agglomération de tubercules est parsemée de points ramollis contenant un pus grisâtre, sale, peu riche en bacilles de Koch ; ces foyers sont situés dans la substance même de l’os qui est creusé d’anfractuosités nombreuses. »
Demeurisseet Morel (2) rencontrent, chez une vache, des foyers caséeux jaunâtres, crétacés, dans le condyle externe de l’extrémité inférieure du fémur.
rn) Articulations. — Les lésions sont celles de l’arthrite aiguë. La synoviale est rosée, tomenteuse ou envahie par des noyaux tuberculeux ; la synovie est purulente, trouble et épaisse ; les surfaces articulaires sont dénudées et anfractueuses. Les ligaments et les tissus périphériques se montrent enflammés, ramollis et nécrosés.
n) Peau et muscles. — Les néoformations se développent dans le tissu conjonctif sous-cutané, d’où elles pénètrent parfois dans les interstices intermusculaires. Elles consistent en la présence de tumeurs arrondies, ovoïdes ou aplaties, dont les dimensions varient de la grosseur d’un pois à celle d’une noix. Le tissu est ferme, homogène de couleur blanc jaunâtre. Les nodules, enchâssés dans le tissu cellulaire, restent distincts de la peau et des muscles.
Les lésions pénètrent en quelques cas dans les interstices musculaires ou dans le tissu cellulaire intcrfasciculaire, sous forme de cordons ou de plaques, constitués par des agglomérats de petits nodules. Les masses
(1) Moulé. Tuberculose de In moelle osseuse chez un bovidé. Bulletin de la Soc. centr. de niéd. vét., 1890, p. 212.
(2) Demeurisse et Morel. Abcès froid chez une vache. Bulletin de la Soc. de méd. vétér. pratique, 1895, p. 287.
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irrégulières de tissu néoformé renferment souvent des foyers caséeux.
6) Tuberculose aiguë. — Les lésions portent à la fois sur les viscères et sur les séreuses ; elles sont insuffisamment connues.
Le poumon, congestionné, volumineux, est infiltré par une infinité de tubercules confluents, gris, de consistance charnue. Le foie, la rate, les reins présentent des lésions analogues.
Sur les séreuses, on constate une éruption de tubercules de môme forme ; les cavités renferment un exsudât liquide.
§ 2. — Mouton et chèvre.
Les lésions affectent tous les tissus ; elles diffèrent de celles des bovidés par l’absence habituelle de calcification.
Dans le poumon , on rencontre des masses isolées ou conglomérées, grises ou jaunâtres, renfermant une matière caséeuse. Les foyers s’entourent d'une coque fibreuse isolante et ils s’atrophient peu à peu, ou bien le contenu se ramollit et se vide dans une bronche. En quelques cas, il existe des foyers lobaires de pneumonie caséeuse, creusés de cavernes remplies d’une sorte de mortier blanchâtre, très riche en bacilles de Koch. Parfois enfin, avec de vieilles lésions caséifiées, on trouve le parenchyme infiltré d’un nombre incroyable de fines granulations grises, homogènes, à demi transparentes.
Les ganglions, hypertrophiés, renferment des foyers caséeux et parfois des grains calcaires. Le foie, la rate présentent des altérations analogues ; la muqueuse de Y intestin est creusée par des ulcérations spécifiques (Thomassen). Les séreuses sont également envahies.
Chez le mouton, Rasmussen a rencontré des foyers tuberculeux dans les vertèbres dorsales et lombaires.
§ 3. — Cheval.
Les lésions portent principalement sur le poumon et sur les viscères abdominaux; elles diffèrent notablement dans leur aspect de celles qui sont observées chez les bovidés (1).
Au début, la coupe du poumon montre une multitude de points blanc sale, réunis en traînées qui dessinent des arborisations irrégulières ; leur tissu est ferme et homogène; le tissu conjonctif qui limite les néoformations ne paraît pas modifié. Ces foyers sont extrêmement riches en bacilles spécifiques.
(1) « La tuberculose du cheval, dit Koch, tient le milieu entre la tuberculose des bovidés et celle de l'homme. »
TUBERCULOSE
A une période plus avancée, les altérations sont plus apparentes et leurs caractères se modifient. Tantôt on rencontre des nodosités arrondies, du volume d’un grain de chènevis, d’un pois ou d’une noisette, disséminées assez régulièrement dans la totalité des lobes ; les tumeurs sont formées d’une paroi fibreuse, épaisse et résistante, et d’un contenu ramolli, caséeux, très riche en bacilles. En d’autres cas, on trouve une infiltration générale, d’apparence sarcomateuse, répartie sous forme de tumeurs de dimensions variables ou étendue à la quasitotalité des lobes. Ces lésions, constituées par des agglomérats de follicules tuberculeux, ne provoquent aucune réaction inflammatoire dans leur voisinage ; les vésicules, comprimées et en partie affaissées, restent encore perméables; les foyers n’ont aucune tendance à la caséification; à l’examen histologique, ils se montrent riches en cellules géantes et très pauvres en bacilles. Sous une autre forme encore, les lésions tuberculeuses affectent les caractères d’une pneumonie caséeuse à foyers multiples, avec dilatations bronchiques et cavernes résultant de la fonte du tissu et de son envahissement par des germes étrangers. Dans tous les cas, les ganglions bronchiques sont envahis prématurément; ils sont volumineux, remplis de tubercules miliaires, ou, plus souvent, caséeux et ramollis.
La muqueuse respiratoire montre en quelques cas des ulcérations au niveau des grosses bronches, de la trachée, du larynx et, très rarement, de la pituitaire.
Lors de tuberculose abdominale, les accidents sont localisés ou étendus à plusieurs viscères et aux masses ganglionnaires. Les ganglions sous-lombaires sont transformés en une tumeur volumineuse, étendue parfois du diaphragme au bassin ; ils forment une masse irrégulière, bosselée, uniformément résistante ou creusée de foyers caséeux ramollis; les ganglions du bord concave de l’intestin grêle sont hypertrophiés et caséeux. La rate est augmentée de volume et farcie de tumeurs blanches, arrondies, fermes, rarement caséeuses, du volume d’une noisette à celui d’une pomme. Le foie est quelquefois envahi par des tumeurs semblables à celles de la rate ; on rencontre sur la coupe les traces d’une cirrhose-porte de forme particulièrement intéressante. Sur Y intestin, on trouve des tumeurs polypeuses, épaisses, molles, ou des ulcérations plus ou moins étendues, isolées ou confluentes ; ces lésions siègent au niveau des organes lymphatiques, principalement sur les plaques de Peyer de l’iléon.
LÉSIONS
Séreuses (1). — Les lésions sont tout analogues à celles de la « Perlsucht » des bovidés. Elles se développent sur la plèvre, le péricarde, le péritoine, les mésentères, sous la forme de noyaux saillants, isolés ou conglomérés, du volume d’un grain de mil à celui d’une. noix, caséeux à leur centre. En d’autres cas, on rencontre une infiltration en plaques de la séreuse; le derme, épaissi, est criblé de foyers caséeux confluents.
Ganglions. — En outre des altérations des ganglions cavitaires, on constate aussi l’envahissement des ganglions périphériques (pharyngiens, sousglossiens, cervicaux...) ; les organes sont volumineux, simplement infiltrés ou parsemés de foyers caséeux.
Os. — Wolff et Ilandel observent une ostéite tuberculeuse étendue à trois vertèbres dorsales, avec périostite ossifiante et séquestre caséeux d’une côte. Mac Fadyean constate des lésions analogues sur une vertèbre dorsale.
Peau et muscles. — Cadiot (2) rapporte un exemple de tuberculose cutanée et de cirrhose musculaire tuberculeuse. Sous la peau, on trouve de nombreuses petites tumeurs, isolées ou confluentes, disséminées dans la couche conjonctive ; les tumeurs sont arrondies, de consistance fibreuse, du volume d’un gros pois à celui d’un jaune d’œuf En nombre de régions, « les muscles ont perdu leur coloration normale pour devenir grisâtres et leur consistance molle pour acquérir plus de fermeté. Ils sont parcourus par des bandes blanches et nacrées, s’épaississant par places pour donner naissance à de petits nodules brillants. Parallèles aux fibres musculaires, ces bandes se divisent et se subdivisent dans la profondeur des muscles, en se réunissant de diverses façons pour cloisonner le tissu. Leur disposition est telle que, sur une surface de section, perpendiculaire à la direction de leurs fibres, les muscles apparaissent segmentés par elles en îlots de forme polygonale... Des granulations tuberculeuses, discrètes et de petite taille, sont situées au milieu des bandes scléreuses. »
§ 4. — Porc.
Chez le porc, l’inoculation tuberculeuse s'opère à peu près exclusivement par les voies digestives et celles-ci sont surtout affectées. Dans les formes aiguës ou subaiguës, la généralisation esta peu près constante.
Les lésions sont souvent limitées à quelques points du tube digestif. On rencontre ainsi des ulcères tuberculeux du pharynx, des tubercules caséeux dans les amygdales, dans les ganglions sousglossiens, pharyngiens et cervicaux. Les ganglions envahis sont
(1) Mac Fadyean. Equine tuberculosis. The Journal of comp. Pathol, and Therap t V 1892, p. 246; t. IX, 1896, p. 190.
(2) Cadiot, Gilbert et Roger. Sue Ici cirrhose musculaire tuberculeuse. Comptes rendus du 3e congrès de la tuberculose, 1894, p. 464.
TUBERCULOSE
volumineux, indurés, noueux ; leur tissu crie sous l’instrument tranchant; çà et là, on voit de petits îlots, de teinte jaune, renfermant du pus ou de la matière caséeuse. Les ganglions superficiels sont parfois abcédés et fistuleux. Les bacilles, très rares ou réfractaires à la coloration, sont difficilement décelés par l’examen direct et l’inoculation seule démontre leur présence. Ces lésions discrètes correspondent à la scrofulose des anciens auteurs, à laquelle étaient rattachées les arthrites et les ostéites tuberculeuses.
En d’autres cas, les altérations sont plus étendues. Il existe sur Y intestin des ulcérations, des tubercules miliaires ou des plaques infiltrées, au niveau de l’intestin grêle et du cæcum. Le foie est envahi presque toujours; il montre des granulations miliaires, jaunes, caséeuses, ou des nodosités arrondies, tantôt homogènes et d’apparence sarcomateuse ou fibreuse, tantôt caséeuses et ramollies. Les ganglions mésentériques et sous-lombaires sont toujours affectés.
Le poumon présente des granulations miliaires, grises et translucides ou jaunâtres et opaques, et des foyers à parois fibreuses et à contenu caséeux du volume d’un pois ou d’une noix. En d’autres cas, il existe des blocs de pneumonie caséeuse. Les ganglions bronchiques et médiastinaux sont atteints.
Les séreuses montrent une éruption de granulations rosées, analogue à ce que l’on observe chez les bovidés. Les centres nerveux, Y utérus , le testicule , les articulations. .. sont rarement affectés. Par contre, les os sont assez souvent atteints au niveau des côtes, des vertèbres, du bassin, des extrémités articulaires (1).
La tuberculose des muscles est plusieurs fois signalée (2) ; les lésions sont limitées ou étendues à toute une région ; leur aspect varie suivant le mode de répartition des foyers. On rencontre ainsi des nodules arrondis, isolés, du diamètre d’une lentille ou d’un pois, constitués par une coque fibreuse renfermant un détritus caséeux sec ; en d'autres cas, le tissu musculaire est parsemé d’une quantité considérable de tubercules blanc grisâtre, irrégulièrement confluents, formés d’une coque résistante et d’un centre ramolli ou calcifié; sous une autre forme enfin, on constate une transformation complète du muscle en un tissu résistant, de teinte gris jaune,
(1) Borgeaud. Tuberculose clés os chez le porc. Bulletin de la Soc. des vétérin. vaudois, 1896, p. 96.
(2) Moulé. Tuberculose musculaire chez le porc. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1889, p. 457. — Strôse. Embolische Musheltuberculose bei einem Schweine. Zeitschr. fur Fleisch- und Milchhyg., t. V, 1894, p. 52. — Stewart Stockmann. Tuberculous lésions in the muscles of a pig. The Veterinarian, 1895, p. 289. Tuberculosis of muscle in the pig. I d. , 189G, p. 213. — Winter. Muskeltuberkulose beim Schwein. Zeitschr. fur Fleisch und Milchhyg., t. Vil, 1897, p. 72.
LÉSIONS
dont la coupe rappelle l’aspect de la mamelle sclérosée; le tissu musculaire est atrophié par compression ; d’innombrables foyers, caséeux ou calcifiés, sont disséminés au sein du tissu fibreux néoformé.
§ S. — Chien et chat.
Les altérations sont rarement limitées à un seul organe; il existe presque toujours des localisations multiples sur divers appareils. Le poumon est atteint dans les trois quarts des cas environ, la plèvre dans les deux tiers, le foie dans la moitié, et, moins souvent, les reins, le péritoine, la rate, les mésentères, le cœur...
Dans le poumon , les lésions se présentent tantôt sous la forme de tubercules, conglomérés en amas plus ou moins volumineux, tantôt sous celle d’une broncho-pneumonie lobulaire ou lobaire. Les masses tuberculeuses, disséminées en îlots irréguliers dans toutes les régions, subissent une transformation fibreuse ou se ramollissent et s’ouvrent dans une bronche. Les foyers tuberculeux qui ont évolué rapidement sont constitués « par une accumulation de cellules embryonnaires détruisant le parenchyme et ayant une grande tendance à se nécroser. En de nombreux points, surtout autour des cavernules, ces cellulessont nécrosées et présentent une teinte brunâtre. Dans les couches plus rapprochées delà périphérie, le parenchyme pulmonaire, dont les vaisseaux sont envahis et oblitérés, est infiltré d’éléments ronds à noyau volumineux; par places, on distingue des cellules accolées qui tendent à se fusionner de façon à former des cellules géantes. On ne voit que de rares éléments évoluer avec le type épithélioïde (1) ». Exceptionnellement, on rencontre des foyers de pneumonie caséeuse, constitués par un tissu résistant, de couleur gris rosé, présentant des points ramollis multiples.
A un degré avancé, le tissu hépatisé est creusé de nombreuses cavernes, cloisonnées, anfractueuses, reliées entre elles ou communiquant avec les bronches; elles renferment un pus liquide, visqueux, mélangé de fragments de tissu nécrosé.
On trouve encore, avec des lésions de divers âges, des altérations secondaires de bronchite et de bronchiectasie, de pneumonie interstitielle et d’emphysème. Gadiot (2) signale la présence, sur la muqueuse des bronches, de la trachée et du larynx, de végétations
(1) Cadiot, Gilbert et Roger. Note stir la tuberculose du chien. C. R. de la Soc. de biologie, 1891, p. 20.
(2) Cadiot. Tuberculose scléreuse végétante des bronches , de la trachée et du larynx. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1893, p. 383.
Nocard et Leclaisciie. — 2e édit.
TUBERCULOSE
d’apparence papillomateuse, constituées par une trame libreuse infiltrée d’éléments embryonnaires et par des follicules tuberculeux.
La pleurésie tuberculeuse sèche est indiquée au début par un exsudât fibrineux, plus tard par des adhérences néomembraneuses. 11 existe le plus souvent un épanchement, unilatéral ou bilatéral, séreux et clair ou épais et purulent. Si le liquide est abondant, le poumon refoulé est affaissé et splénisé. La plèvre pariétale et le médiastin sont surtout affectés; la séreuse est épaissie, recouverte de granulations arrondies, de villosités et de végétations sarcomateuses.
Les ganglions bronchiques sont volumineux, confondus en une masse unique ; leur tissu hypérémié, d’apparence charnue ou fibreuse, renferme des foyers caséeux, ramollis ou crétacés. Parfois, les ganglions médiastinaux, envahis en même temps, forment une masse considérable qui remplit en partie le thorax.
La péricardite tuberculeuse, ordinairementassociée à la pleurésie, est sèche ou exsudative. Elle est indiquée sous la première forme par une symphyse cardiaque plus ou moins complète, avec épaississement de la séreuse ; dans la seconde, par un exsudât sérofibrineux ou hémorragique.
Dans le myocarde (Jensen, Gadiot), les conglomérats tuberculeux infiltrent les parois des ventricules ou des oreillettes, la cloison interventriculaire et les valvules; ils forment des saillies irrégulières, de couleur blanchâtre, constituées par un tissu de consistance fibreuse. Eber trouve les parois de ïaorle épaissies sur une longueur de cinq centimètres, au niveau de la crosse; les altérations portent sur les tuniques adventice et moyenne, qui renferment quelques foyers d’apparence lardacée.
Lors de tuberculose abdominale, les altérations sont étendues à la séreuse et à la plupart des viscères ou limitées à quelques points. Le péritoine est atteint plus rarement que la plèvre; il présente des néoformations isolées, de dimensions variables, ou une éruption miliaire généralisée. Les mésentères et l’épiploon, affectés de préférence, sont épaissis et transformés en des masses fibreuses volumineuses ou revêtus par un tapis de granulations perlées ou de tubercules miliaires. Les ganglions mésentériques et ceux du bord concave de l’intestin grêle sont hypertrophiés et tuberculeux. Rarement il existe des altérations de Yintestin, sous la forme de tuméfaction des plaques de Peyer, de nodosités sous-muqueuses ou d’ulcérations disséminées sur l’intestin grêle et sur le cæcum. La tuberculose du foie est décelée parla présence de foyers
gris jaunâtre, du volume d’une tête d'épingle à celui d'une noix, formés par un tissu homogène ou ramollis dans leur partie centrale; l'organe envahi acquiert des dimensions énormes (poids de 2-3 kilos). La rate et le pancréas, rarement atteints, montrent des loyers petits et peu nombreux. Le rein présente soit des tubercules disséminés, soit des dégénérescences caséeuses ou lardacées massives; Jensen signale l’extension au bassinet, avec ulcération de la muqueuse.
Les organes génitaux sont exceptionnellement affectés. Jensen rencontre chez le chien de petits tubercules calcifiés dans le testicule et sur la tunique vaginale ; Cadiot trouve la prostate caverneuse et remplie d'îlols tuberculeux ramollis. Cramer voit Y ovaire envahi chez une chienne ; Jensen rencontre un cas de tuberculose de Y utérus chez une chatte ; l’organe renferme un liquide purulent; ses parois sont épaissies, infiltrées de cellules lymphatiques, au milieu desquelles on Rencontre quelques bacilles.
Dans les centres nerveux (1), les tubercules à divers degrés de développement sont répartis à la surface du cerveau ou pénètrent dans les centres en suivant les gaines vasculaires.
Dans la tuberculose aiguë, les viscères sont farcis de tubercules gris miliaires (granulie). Tous les parenchymes sont congestionnés et friables. Dans le poumon, les amas de tubercules confluents forment des blocs irréguliers d’hépatisation ; dans le foie et dans la rate, les tubercules apparaissent à la surface sous la forme de taches grises, à peine visibles à l’œil nu. Cadiot (2) décrit deux cas de septicémie tuberculeuse (baeillémie) sans tubercules appréciables. Le foie est congestionné, de teinte jaunâtre; la rate, hypertrophiée, molle, offre les caractères de la rate lymphadénique. Les bacilles pullulent dans les tissus.
§ G. — Oiseaux.
Les lésions siègent de préférence sur les organes abdominaux. Le foie est toujours envahi; il se montre volumineux, parsemé de granulations tuberculeuses différentes quant à leur aspect ; tantôt on trouve de petites nodosités, dures, blanches ou jaunâtres, du volume d’un grain de mil ou d’un pois, ou encore de grosses tumeurs arrondies, fibreuses, homogènes ou ramollies à leur centre, du volume d une noisette ou d'une noix ; tantôt on observe un fin piqueté blanchâtre, constitué par de très petits foyers extrême-
(1) Nocard. Tuberculose cérébrale chez un chien. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vétér., 1894, p. 544. — Cadiot. Id. Id. , p. 546.
(2) Cadiot. Forme septicémique de la tuberculose chez le chien. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vétér., 1896, p. 839.
TUBERCULOSE
ment nombreux ; enfin on rencontre aussi des granulations grises et translucides, analogues à celles de la granulie. Le tissu du foie est devenu friable; des déchirures se produisent parfois qui causent une hémorragie rapidement mortelle.
La rate , presque aussi souvent atteinte que le foie, est infiltrée de fines granulations blanchâtres ou de tubercules confluents, formant une masse blanc jaunâtre, friable et caséeuse ou résistante et fibreuse. L 'intestin présente des ulcérations de la muqueuse; des agglomérats tuberculeux infiltrent les parois épaissies ou forment des bourgeons volumineux qui obstruent le canal. Les ganglions de la cavité abdominale acquièrent des dimensions considérables; ils forment une masse du volume d’un œuf ou d’une pomme qui refoule et comprime tous les organes.
Le poumon est exceptionnellement frappé ; il présente des granulations grises disséminées, de petits foyers arrondis ou des blocs irréguliers de dégénérescence caséeuse. Les reins, les ovaires, les sacs aeriens, le péricarde, le myocarde... sont rarement affectés. Par contre, les lésions articulaires sont fréquentes ; elles consistent en une inflammation chronique de la séreuse, avec ostéite des têtes articulaires et ankylosés multiples.
L’étude histologique des lésions viscérales montre quelques particularités intéressantes (1). Dans le foie, les tubercules sont constitués par des amas de cellules rondes et épithélioïdes qui limitent une masse centrale, formée de détritus et de blocs hyalins, infiltrée de matière amyloïde. La dégénérescence frappe les cellules hépatiques qui subissent d’abord une transformation granulo-graisseuse. L’infiltration amyloïde est également observée dans les parois de l’intestin ; mais, au contraire de ce que l'on constate dans le foie, elle porte exclusivement sur le tissu conjonctif et les éléments glandulaires restent intacts. (Kitt.)
Les bacilles abondent dans toutes les lésions ; on les trouve en touffes ou en amas feutrés, parfois si épais qu ils masquent la disposition des éléments anatomiques.
(1) Kitt. Amyloide Infiltration bel der Tuberculose des Geflügels. Deutsche Zeitschr. fur Thiermed., t. IX, 1883, p. 174. — Sibley. Tuberculose bel Vogelii. Archiv für pathol. Anat., t. CXVI, 1889, p. 108. — Cadiot, Gilbert et Roger. Noie sur l'anatomie pathologique de la tuberculose chez la poule et le faisan. C. 11. de la Soc. de biologie, 1890, p. 54 2.
DIAGNOSTIC