‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 2 sur 169 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

« Il y a quinze ans, malgré les travaux de Davaine sur le charbon, malgré les belles études de M. Pasleur sur les vers à soie, on pouvait se demander s’il y avait vraiment des maladies dues à l’intervention des microbes. Voilà qu’on a le droit de se demander s’il y a vraiment de maladies où ils n’interviennent pas. »

Düclaüx. Le Microbe el la Maladie , Paris, 188G.

Les doctrines pasteuriennes ont transformé toute la médecine.

La pathologie des maladies contagieuses en a la première el le plus largement bénéficié.

A l’hypothèse mystérieuse et obscure du virus ou du contage s’est substituée la notion tangible et lumineuse de l’agent vivant, du microbe, cause essentielle et nécessaire, mais parfois insuffisante de la contagion.

L’intervention du microbe et la démonstration de son rôle pathogène ont joué en médecine le même rôle qu’en chimie la découverte de l’oxygène et de ses propriétés. La théorie du phlogislique permettait de comprendre ou d’interpréter la plupart des phénomènes observés; la théorie de l’oxydation, en fournissant une base certaine aux conceptions dogmatiques, fut le point de départ des merveilleuses découvertes de Lavoisier et de ses successeurs. De même on savait expliquer, par les propriétés du « virus », presque tous les phénomènes de la contagion ; l’œuvre impérissable de Pasteur a marqué l'aurore d’une ère nouvelle dont la fécondité a déjà dépassé les espérances les plus enthousiastes.

Si la doctrine microbienne, inébranlablement assise sur des données expérimentales positives et toujours vérifiables, n’a rien conservé des « théories médicales «d’autrefois, elle n’a pourtant rejeté aucun des faits que l'observation ancienne avait patiemment accumulés. Loin de vouloir supprimer la vieille clinique, elle a la prétention de l’enrichir ; loin d’être « subversive des vérités antiques », elle les consacre en précisant à la fois leur déterminisme et leur signification.

On verra dans ce livre comment la notion du microbe pathogène a illuminé tout ce que l'ancienne étiologie, édifiée par l’observation séculaire, avait conservé d’obscur et de mystérieux. Ce ne sont pas seulement les problèmes de la virulence el de la contagion qu’a définitivement résolus le génie de Pasteur. Ce sont les pasteuriens aussi qui onl le le mieux interprété l’influence de la prédisposition : « Pour obtenir une

PRÉFACE

récolte, il ne suffit pas d’avoir une bonne semence, il faut encore la déposer dans un terrain bien préparé. El c'est forl heureux pour l’humanité, qui n’échapperait aux invasions des grandes épidémies — choléra, fièvre jaune, peste, etc. — que pour succomber fatalement à la tuberculose, dont les germes se rencontrent aujourd’hui partout ! »

Pénétration du microbe et réceptivité de l'organisme inoculé ; dépôt de la semence dans un terrain bien préparé : ces deux termes résument toute l’étiologie des infections.

On ne trouvera pas dans ces pages toutes les maladies microbiennes des animaux; il nous aurait fallu embrasser la pathologie vétérinaire presque tout entière. Nous avons dû laisser de côté les pneumonies, les angines, les affections typhoïdes, les complications des plaies (suppuration, septicémie gangreneuse, tétanos), etc. Par contre, nous avons traité d’affections dont le microbe est resté jusqu’ici méconnu ou insuffisamment déterminé. On ne saurait douter, en effet, de la nature microbienne de la peste bovine, de la péripneumonie, de la fièvre aphteuse, de la clavelée, de la vaccine, de la dourine, de la rage...

Nous avons voulu faire un livre de pathologie ; dans une série de monographies, rédigées d’après un plan rigoureusement uniforme, nous nous sommes efforcés de rassembler tout ce qui concerne l’étiologie, la séméiologie, l’anatomie pathologique, l’étude expérimentale et la prophylaxie de chaque maladie ; par contre, nous n’avons donné que des indications sommaires sur la bactériologie et sur la police sanitaire. Pour ces points particuliers, le lecteur devra se reporter aux traités spéciaux, notamment au Précis de microbie de MM. Thoinot et Masselin et à la Police sanitaire des animaux , de M. Conte.

Septembre 1895.

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