CHAPITRE PREMIER
LES SEPTICÉMIES HÉMORRAGIQUES
Considérations générales. — On décrit sous le nom dé « septicémies hémorragiques » une série indéfinie d’infections dues à une bactérie ovoïde, mesurant environ 0 p.6 d’épaisseur sur une longueur de Op.8 à 1 p,2, aisément colorée par les couleurs d’aniline, décolorée par les méthodes de Gram et de Weigert, cultivable dans les bouillons de viande, sur la gélose et sur la gélatine sans liquéfaction du milieu (1).
Constitué par Ilueppe en 1886, le groupe comprenait alors la « Wildseuche » de Bollinger, la « maladie des porcs » de Schuetz, la septicémie des lapins et le choléra des poules. Le cadre de la septicémie hémorragique s’est démesurément agrandi depuis cette époque, et la « bactérie ovoïde » prend une importance chaque jour plus grande dans l’étiogénie des infections. L’homme et toutes les espèces animales sont ses tributaires ; elle est répandue sur tous les points du globe ; par la gravité et la fréquence des accidents qu’elle détermine, la maladie apparaît comme la plus redoutable des contagions connues.
La liste des septicémies hémorragiques n’est d’ailleurs pas close et chaque jour quelque forme nouvelle est ajoutée à la nomenclature déjà longue des affections classées.
(1) La bactérie rentre dans le genre Pasteurella de Trévisan ; Kitt la désigne sous le notn très expressif de Bacterium bipolare mullicidum.
Noc\rd et Lp.clai.nche . — 2e édit.
LES SEPTICÉMIES HÉMORRAGIQUES.
Fonction d’un microbe identique quanta ses caractères morphologiques et quant à ses propriétés essentielles, les maladies dues à la bactérie ovoïde présentent entre elles d’étroites analogies. L’action de la bactérie sur les organismes est indiquée, avec un rare bonheur d’expression, par la dénomination de Ilueppe. L’évolution septicémique est la règle; le type en est fourni par les formes aiguës du choléra des poules, de la septicémie des lapins, de la pneumo-entérite des bovidés et des porcs. D’autre part, la congestion et Y hémorragie caractérisent les lésions provoquées.
Des accidents subaigus sont aussi constatés qui présentent entre eux de nombreux caractères communs. La prédominance des lésions sur l’intestin et sur le poumon, déjà ébauchée dans les formes aiguës, devient ici manifeste. Galtier a groupé, sous le nom de « pneumo-entérites », toute une série d’affections des mammifères domestiques qui rentrent naturellement dans le cadre agrandi de la septicémie hémorragique. Dans ces formes apparaissent aussi les propriétés nécrosantes et pyogènes de la bactérie ovoïde, pleinement évidentes dans les types à évolution chronique.
L’étiologie des septicémies hémorragiques constitue l’un des points les plus intéressants de leur étude.
Certaines affections, comme les septicémies du mouton et des bovidés, procèdent d’une infection par des bactéries saprophytes, directement issues du milieu extérieur, et la contagion ne joue qu’un rôle secondaire ou nul dans leur genèse. Les foyers apparaissent subitement, sous certaines conditions de saison et d’alimentation ; ils tendent peu à s’étendre et ils s’éteignent sur place en un temps très court.
Pour d’autres, comme la pleuro-pneumonie septique des veaux, le barbone, la swine-plague,.. . le rôle de l’infection est évident encore, mais la contagion s’opère aussi, directe ou indirecte, et les foyers tendent à s’étendre et à se multiplier.
Pour d’autres enfin, comme le choléra des poules et la pneumoentérite du porc, la contagion joue un rôle prépondérant, presque exclusif, et la diffusion s’opère, en toutes les circonstances, avec une extrême facilité.
La bactérie ovoïde apparaît dès lors comme un parasite facultatif, capable de végéter à l’état de saprophyte dans certains milieux. La démonstration directe de l’existence du microbe dans les sols était donnée, avant même que Ilueppe eût réalisé la synthèse des quelques maladies connues à cette époque. En 1881, Koch et