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SEPTICÉMIE SPONTANÉE DES LAPINS

(Smith, Thoinot et Masselin, Eberth et Mandry) (1).

En 1887, Smith observe une septicémie spontanée qui détruit, en quelques jours, un lot de dix lapins expédiés à son laboratoire. En 1888, Thoinot et Masselin étudient une maladie analogue qui sévit sur des lapins entretenus à Alfort. Enfin, en 1890, Eberth et Mandry signalent encore la septicémie des lapins.

L’analyse de ces travaux montre qu’il s’agit d’une seule et même infection ( ‘2 ).

Bactériologie. — La bactérie isolée est morphologiquement identique à celle du choléra des poules et elle possède les mômes réactions colorantes, mais elle est aéro-anaérobie.

La culture s’opère rapidement au contact de l'air, dans les bouillons simples, peptonisés ou sucrés ; à 37°, elle détermine, en douze heures, un trouble du liquide qui s’éclaircit peu à peu, tandis qu’il se forme, au fond du ballon, un dépôt pulvérulent. Dans le vide, le développement est plus lent. Sur gélatine , en surface, on obtient une traînée transparente, puis blanche, épaisse, dentelée sur les bords; par piqûre, on voit des colonies blanches, arrondies, développées sur tout le trajet ; la gélatine n’est pas liquéfiée. Sur gélose , l’aspect est analogue à celui de la culture sur gélatine. Sur pomme de terre, on obtient un enduit muqueux, jaunâtre (3).

Le microbe tue le lapin, le cobaye, la souris, la poule, le pigeon et, en général, tous les oiseaux.

(1) Th. Smith. A contribution to the study of the microbe of rabbit septicaemia. The Journal of cooip. med. and surg., t. VIII, 1887, p. 24. — Thoinot et Masselin. Septicémie spontanée des lapins. Précis de Microbie, 2e éd., 1894, p. 402. — Eberth et Mandry. Die spontané Kaninchenseptikamie. Fortschr. d. Med., t. VIII, 1890.

(2) Lucet décrit, en 1889, une septicémie du lapin cjui ne paraît être qu’une forme légèrement atténuée de la septicémie spontanée. La bactérie isolée tue le lapin et le cobaye, tandis que la poule est réfractaire.

En 1892, le même auteur étudie, sous le nom de « maladie septique du lapin », une septicémie différente des précédentes quant à ses caractères cliniques. Le bacille inoculé ( Dacil/us septicus cuniculi) est polymorphe dans les cultures liquides ; il est différent de la bactérie ovoïde. Voy. Lucet. Nouvelle septicémie du lapin. Annales de t Institut Pasteur, 1889, p. 401; Étude sur une nouvelle maladie septique du lapin. Id., 1892, p. 558.

(3) D’après Eberth et Mandry; Smith, Thoinot et Masselin n’ont pas obtenu de culture sur la pomme de terre.

LES SEPTICÉMIES HEMORRAGIQUES.

Etude clinique. — Symptômes. — Le lapin infecté présente soudainement des signes de malaise intense; il s’isole, mange peu, reste immobile, pelotonné, les yeux fixes, les oreilles tombantes. Un peu plus tard, le coma est profond; l’appétit a complètement disparu; la respiration est fortement accélérée; il existe de la diarrhée. Enfin le malade tombe sur le côté et meurt sans convulsions.

L’évolution est complète en vingt-quatre heures en moyenne; en quelques cas, la maladie se prolonge pendant deux à trois jours ; toujours elle se termine par la mort (1).

Lésions. — Les altérations sont étendues à toutes les régions. Le sang est noir, asphyxique; les muscles thoraciques et abdominaux sont infiltrés. Les intestins se montrent congestionnés ; la muqueuse est épaissie, recouverte d’un enduit rouge brun. La rate et le foie sont peu altérés. Le poumon est congestionné et ecchymosé. Les plèvres renferment un liquide albumineux rougeâtre. Le péricarde est distendu par un exsudai séro-fibrineux. L’urine est albumineuse.

Étiologie. — Étude expérimentale. — Le contenu de l’intestin et les épanchements des séreuses renferment le microbe en abondance. Le sang, les pulpes de rate et de foie sont virulents à un moindre degré.

La contagion s’opère, du lapin 'au lapin, avec une extrême facilité, par l’intermédiaire des déjections virulentes qui souillent les aliments.

L’infection est obtenue, chez le lapin , par l’inoculation sous-cutanée, intra-péritonéale ou intra-veineuse ; elle est assurée aussi par l’ingestion de matières virulentes mêlées aux aliments. La réceptivité du cobaye semble être différente suivant la provenance du microbe; Thoinot et Masselin le tuent aussi sûrement et aussi vite que le lapin ; Eberth et Mandry signalent sa résistance et n’obtiennent la mort qu’avec de fortes doses de cultures; Smith ne réussit pas à le tuer. De même, la poule , tuée sûrement par Thoinot et Masselin, par l’inoculation intra-musculaire, intra-péritonéale ou intra-veineuse, a été trouvée réfractaire par Smith. Le pigeon succombe après l’inoculation intra-musculaire, en un temps variable (deux à six jours) suivant la virulence du microbe. La souris est également infectée (Eberth et Mandry).

Le mode d’action des bactéries est analogue à celui du microbe du choléra des poules. Chez les animaux doués d’une haute réceptivité, et à la suite de certains modes d’inoculation, il se produit une septicémie à marche rapide; chez les sujets moins sensibles, comme le cobaye ou le pigeon, des altérations sont rencontrées au point d’inoculation. Les lésions locales, développées dans les muscles, consistent en la présence d’une tumeur dure, du volume d’une noix, de couleur jaune ; à son niveau, les fibres musculaires sont dissociées et comprimées par un exsudât abondant, puis elles subissent une nécrose complète. Si l’évolution est

(l)Des formes chroniques sont observées; Eberth a rencontré la bactérie, dès 1882, dans des lésions caséeuses de la plèvre et du péricarde.

SEPTICÉMIE DES FURETS.

lente, les sujets meurent avec des signes d’intoxication ; le foyer d’inoculation est rempli de bactéries, alors que les cultures faites avec le sang et les parenchymes restent stériles (Smith).

La virulence a disparu dans les cultures, au contact de l’air, après deux à trois semaines. La bactérie est tuée en quinze minutes à une température de 58° (Smith).

§ 18. — SEPTICÉMIE DES FURETS

(EBERTH et SCHIMMELBUSCIl) (1).

En 1887, la maladie sévit, à l’état épizootique, dans les environs de Huile, à la fois sur les lapins sauvages et sur les furets; dans l’hiver de la même année, l’affection décime en peu de temps les furets, à Eisleben.

En France, la même maladie nous a été plusieurs fois signalée, sur divers points ; nous avons pu l’étudier sur des furets provenant du département de l’Aisne.

La bactérie est facultativement anaérobie, mais elle se cultive mieux en présence de l’air. Dans les bouillons, examinés en goutte suspendue, elle se montre douée de mouvements très rapides. Les cultures sont obtenues sur tous les milieux.

Le microbe tue le moineau ; le lapin et le pigeon sont difficilement infectés ; la poule est réfractaire.

Étude clinique. — Symptômes. — Annoncée par, un état de dépression intense, la maladie est exprimée ensuite par une difficulté croissante de la respiration ; un jetage jaunâtre se concrète et obstrue en partie les narines ; les paupières sont accolées par une chassie épaisse. On perçoit une toux faible et fréquente ; la diarrhée s’établit et les matières se montrent striées de sang. Le malade s’émacie rapidement et succombe généralement.

Les quelques animaux qui survivent restent amaigris, faibles; la toux et la diarrhée persistent chez eux pendant un long temps.

Lésions. — Les lésions observées diffèrent suivant la marche de la maladie. Alors que l’évolution a été rapide, on trouve seulement des congestions étendues à tous les parenchymes, de la tuméfaction de la rate et des ecchymoses disséminées à la surface des poumons. Lors d'évolution plus lente, il existe une hépatisation, lobulaire ou lobaire, étendue à la quasi-totalité des deux poumons. La rate est volumineuse, molle, friable ; l’intestin est congestionné et la muqueuse est couverte de taches hémorragiques. L’examen histologique du poumon montre les alvéoles remplis par un exsudât séreux, par quelques globules blancs et par l’épithélium ; le tissu conjonctif interstitiel est fortement infiltré.

(1) Ebertii et Schimmelbusch. Der Bacillus der Fvettchenseuche. fortschr. der Medicin, i. VI, 1888, p. 295. Ein weiterer Beitrcig zur Kenntniss der Fvettchenseuche. Virchow’s Archiv, t. GXVI, 1889, p. 327.

LES SEPTICÉMIES HÉMORRAGIQUES.

Etiologie. — Etude expérimentale. — Tonies les parties de l’organisme, et aussi divers produits de sécrétion, renferment le virus; le jetage et les matières excrémentitielles sont virulents.

La contagion s’elïéctue facilement, chez les animaux qui vivent en cohabitation, par l’intermédiaire d’aliments souillés. Alors que les furets sont entretenus dans des locaux séparés, la transmission est possible par divers intermédiaires, notamment par les personnes chargées de l’entretien des sujets. Une cause souvent signalée consiste en l’emploi de « boîtes de chasse » contaminées. La diffusion est encore possible par l’introduction d’un animal malade dans un élevage.

La maladie paraît n’être pas spéciale au furet et celui-ci semble être contaminé, dans les terriers, par des lapius sauvages infectés. On s’explique ainsi que, dans toute une région, les furets soient infectés à la même époque, dès le début des chasses.

La maladie du furet ne se communique accidentellement à aucune autre espèce animale et les modes de la transmission expérimentale sont assez, limités. L’inoculation des cultures au moineau , dans les muscles du thorax, tue en 24-36 heures ; on trouve un abcès au point d’inoculation, de la pleurésie purulente, de la péricardite et de la congestion de l’intestin. Dans le sang, les bacilles se retrouvent en abondance. Le pigeon n’est pas sûrement tué ; les inoculés présentent une survie qui varie de un à quatorze jours. Chez le lapin , l'inoculation sous-cutanée provoque seulement une inflammation érysipélateuse locale; l’inoculation intra-veineuse tue par septicémie. Le cobage ne présente qu’une inflammation locale au point inoculé. La poule est entièrement réfractaire.

La bactérie est sensible à l’action de la chaleur; elle est détruite, en quelques minutes, à une température de 60°; la congélation est facilement supportée.

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