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CHAPITRE IV

ROUGET DU PORC

Le rouget est une maladie contagieuse, virulente, inoculable, spéciale à l’espèce porcine, et due à la pullulation, dans le sang et dans les tissus, d’un bacille spécifique.

Historique. — Jusqu’en ces dernières années, on confondait sous les noms de rouget, mal rouge, pourpre, érysipèle, feu... toutes les maladies du porc caractérisées à la fois par leur forme épizootique, et, cliniquement, par l’apparition sur la peau de taches rouges ou violacées. Pendant un long temps, ces affections sont rapportées au charbon (Ghabert, Viborg...) et l’assimilation est indiquée par les dénominations de typhus charbonneux, érysipèle charbonneux, adoptées en France et en Allemagne.

En 1834, Roche-Lubin (1) étudie le rouget dans l’Aveyron, comme une « gastro-entérite épizootique et charbonneuse » ; il affirme la contagion par la cohabitation des animaux sains avec les malades.

Haubner (1846-1858), puis Schmidt (1862) différencient cliniquement le rouget du charbon; ils considèrent la maladie comme un typhus spécial (2); Brauell (3), en 1865, établit expérimentalement la nature spécifique du rouget ; la maladie est différenciée du charbon par l’absence des « baguettes charbonneuses » et par les résultats positifs de l’inoculation au porc; le lapin et le hérisson sont également infectés.

Une observation plus précise établit, d’autre part, que toutes les maladies rouges ne sont pas de même nature. En 1884, Eggeling (4) différencie deux formes sporadiques : Yérysipèle de la tète et Y urticaire, et deux formes épizootiques, qu’il distingue sous les noms de Rothlciufseuche et de Schweineseuche.

En 1882 aussi, Pasteur et Thuillier (5) étudient le rouget du porc dans

(1) Rociie-Lubin. Mémoire sur le typhus charbonneux des porcs dans l'Aveyron. Recueil de méd. vétér., 1834, p. 120. Id., id., 1842, p. 163.

(2) Haubner. Der Nesselfieber der Schweine. Magazin fur Thierheilk., 1846, p. 365. — Rothlaaffieber der Schweine. Dresdener Jahresber., 1858, p. 65. — Schmidt. Typhus der Schweine. Magazin lur Thierheilk., 1862. p. 108.

(3) Brauell. Milzbrand-Impf ung und Rothlauf. Vierteljarsschrift fur wiss. Veterinàrk., t. XXIII, 1865, p. 117.

(4) Eggeling. Ueber den Rothlauf der Schweine. Deutsche Zeitschr. fur Thierin., t. X,

(5) Pasteur et Thuillier. Sur le rouget ou mal rouge des porcs. C. R. Ac. des sciences, 4 déc. 1882.

11 est probable que Pasteur n’a pas cultivé tout d’abord le bacille du rouget.

BACTÉRIOLOGIE

le Vaucluse; ils isolent et reproduisent, par la méthode des cultures pures, un microbe qui tue le porc, le lapin et le pigeon. L’année suivante (1), ils montrent que le virus peut être transformé en un vaccin, par une méthode d’atténuation différente de celle employée jusqu’alors.

Lœffler (2) publie, en 1885, le résultat de ses recherches expérimentales sur le rouget dans un important travail. Appliquant au microbe du rouget les méthodes de coloration alors nouvelles, il reconnaît la forme bacillaire, qui avait échappée à Thuillier. 11 confirme la distinction cliniquement établie par Eggeling, en montrant qu’il existe une affection différente du rouget, due à un microorganisme spécial [Rolhlaufseuche de Eggeling) ; à celte maladie, il réserve le nom de Schweineseuche.

En cette même année, le rouget fait encore l’objet des travaux de Cornevin en France, de Schuetz, Lydtin et Schottelius, Kilt en Allemagne. Son étude expérimentale est complétée, en même temps que des données précises sont acquises sur ses formes cliniques et sur sa prophylaxie (3).

Les récentes recherches de Bang et de Jensen permettent de rattacher au rouget des accidents jusque-là méconnus; celles de Lorenz font connaître de nouveaux procédés d’immunisation.

Bactériologie. — Le bacille du rouget se présente, dans les tissus, sous la forme d’un fin bâtonnet, de dimensions analogues à celui delà tuberculose. Il se colore bien parles couleurs d’aniline en solutions hydro-alcooliques, par le bleu de Lœffler et le bleu de Ivühne et surtout par les procédés de Gram et de Weigert.

Le microbe est à la foie aérobie et anaérobie, mais il cultive de préférence en l’absence de l’oxygène.

Dans les bouillons , à 37°, la culture montre, en quarante-huit heures, un trouble uniforme. Sur gélatine, en surface, on obtient des colonies floconneuses, qui se réunissent pour former une couche blanchâtre; par piqûre, la culture prend un aspect caractéristique: après quelques jours, on voit de fins rayons, partant du trajet suivi par l’aiguille et donnant à l’ensemble l'aspect d’une fine brosse à bouteilles. La gélatine n’est pas liquéfiée. Sur gélose, le bacille donne de petites colonies d’un blanc grisâtre. Sur pomme

(1) Pasteur et Thuillier. La vaccination du rouget des porcs à l’aide du virus mortel atténué de la maladie. G. H. Ac. des sciences, 2G nov. 1883.

(2) Loefflgr. Experimentelle Untersuchungeh liber Schiveinerothlauf. Arbeiten a. d. Iv. Gesundheitsamte, 1885.

(3) Cornevin. Première étude sur le rouget du porc. Paris, 1885. — Schuetz. Ueher den Rolhlauf der Schweine und elle lmpfung desselben. Arb. a. d. K. Ges. Ainte, t. 1, 1885. — Schottelius. Rothlauf der Schweine. Wiesbaden, 1885. — Kitt. Untersuchungen iiber den Stabchenrothlauf der Schweine und dessen Schulzimpfung. Münchener Jahresb. pro 1885-1880, p. 92.

ROUGET DU PORC

cle terre, la culture n’est obtenue que dans le vide; le développement est pénible et peu abondant.

Le bacille du rouget tue le porc, le lapin, la souris et le pigeon. Le cobaye est absolument réfractaire.

D’après Schuetz, le bacille du rouget serait identique au bacille de la septicémie des souris. L’aspect des microbes, les réactions colorantes, les caractères des cultures et les effets pathogènes sur les petits animaux sont identiques. Cependant H. Preisz a montré que le bacille de la septicémie des souris ne détermine, chez le porc, qu’une inflammation locale au point d’inoculation.

Espèces affectées. — Le porc est à peu près seul exposé à la contagion; cependant, dans certaines épizooties, les pigeons et les lapins sont accidentellement contaminés.

Répartition géographique. — Statistique. — Le rouget est signalé sur tous les points de l’Europe dès le commencement de ce siècle. Les documents connus ne permettent pas de suivre l’extension de la maladie ; ils démontrent seulement l’ancienneté de certains foyers.

En France, le rouget est constaté à l’état épizootique dans la Dordogne en 1828 (Félix), dans l’Aveyron en 1834 (Roche-Lubin , dans le Vaucluse en 1839 (Marrel)... Il estretrouvé en Belgique en 1855 (Lecouturier), en Hollande en 1851. Vers 1850, la maladie est considérée comme fréquente dans l’Erzgebirge et le Voigtland saxon (Haubner), en Bavière, en Suisse, en Bohême (Gleisberg)...

Depuis cette époque, l’extension du rouget est précipitée par la facilité des transactions et, à l’heure actuelle, tous les centres d’élevage du continent sont infectés.

La France est gravement contaminée; la maladie sévit en permanence dans les principaux centres de l’élevage du porc ; la région du Plateau central, la Bretagne, la Vendée et le Poitou à l’ouest, le Dauphiné et la Provence à l’est, sont particulièrement atteints. Le seul département de la Corrèze perd 20 000 porcs chaque année. Les calculs les plus optimistes permettent d’évaluer à 100 000 au moins le nombre des porcs qui succombent annuellement au rouget; les animaux représentent une valeur miuima de cinq millions de francs.

En Belgique , le rouget sévit dans toutes les provinces, mais surtout dans celle de Louvain ; on signale une moyenne annuelle de 2000 cas.

En Suisse , la maladie est envahissante. Les statistiques officielles, établies depuis peu, confondent le rouget et la pneumo-entérite.

Années 1890 1891 1892 1893 1894 1895 1896 1897

Malades... 733 1138 1271 1271 1354 4957 G859 3247

En Allemagne , le rouget est surtout fréquent dans la Prusse orientale

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