‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 58 sur 169 · TOTAL · texte numérisé non relu

TOTAL

PERTE totale p. 100.

PERTE MOYENNE avant la vaccination.

Après

le

l"rvaccin

Après

le

2° vaccin

Pendant le reste rie

l'année.

Coûtons

au 50 iioy.

Totaux..

el moyennes

generales.

Boeufs

ou vaches.

au 50 nov.

Totaux..

et moyennes

générales.

FIÈVRE CHARBONNEUSE

En môme temps qu’elles sont appliquées en France, les vaccinations pasteuriennes se répandent sur tous les points du globe.

Les chiffres suivants, empruntés aux rapports officiels hongrois, montrent l’extension prise par la méthode en certains pays.

Animaux vaccinés en Hongrie.

Années .

Chevaux .

Bovidés..

Moutons.

Cn

Les pertes consécutives à la vaccination sont moindres de 2 p. 1000 pour les chevaux et pour les bovidés, de 1 p. 100 pour les moutons. La mortalité dans l’année qui suit la vaccination est réduite à 1 p. 1000 pour les chevaux et les bovidés, à moins de 1 p. 100 pour les moutons.

En Italie, la Direction de la Santé fournit, en 1895, des vaccins pour 20165 bœufs, 474 chevaux et 12933 moutons (1).

En Allemagne, la résistance opposée aux vaccinations pasteuriennes a dù céder devant l’évidence des résultats. Le laboratoire Pasteur de Stuttgart délivre 4419 doses de vaccin en 1894, 11416 en 1895, 11070 en 1896.

En Russie, dans les Etats-Unis, au Brésil, au Chili, en Australie... la vaccination est couramment pratiquée.

Technique de la vaccination. — Les vaccins sont expédiés, pour la France, par l'Institut Pasleur de Paris, en tubes contenant du liquide pour 100, 200 ou 300 moutons. Les vaccinations doivent être pratiquées de préférence au printemps, afin que l'immunité soit conférée à coup sûr pendant les saisons chaudes, favorables à l'apparition du charbon.

Les inoculations avec les deux vaccins sont faites à douze ou quinze jours d’intervalle ; on emploie pour cette opération une seringue de Pravaz légèrement modifiée quant à sa graduation; la tige du piston ne porte que huit divisions au lieu de vingt.

Chez le mouton, on injecte sous la peau, à la face interne de la cuisse, une division de la seringue, soit un huitième de centimètre cube du premier vaccin, c’est-à-dire de celui qui a subi l’atténuation la plus profonde ; douze jours après, on procède de même avec le deuxième vaccin, qu’on injecte au membre opposé.

Chez les bovidés, les inoculations sont faites de préférence en arrière de l’épaule, en un point où la peau est fine et souple. Chez le cheval, l’injection est pratiquée sur les faces de l’encolure, à égale distance du

(1) A partir (le 1 89G, la Direction est supprimée et la préparation des vaccins est rendue à l’industrie privée.

VACCINATION

bord supérieur et de la gouttière jugulaire. On opère comme pour le mouton, mais l’on injecte deux fois plus de vaccin, deux divisions de la seringue au lieu d’une, soit un quart de centimètre cube au lieu d'un huitième.

Il est essentiel de ne pas injecter le second vaccin à des animaux qui n’auraient pas reçu le premier; on s’exposerait à en voir périr un certain nombre. Il convient aussi d’employer toujours le vaccin peu de temps après la réception ; tout tube ouvert doit être utilisé le jour même, en raison de l’altération rapide du liquide, qui constitue un excellent milieu de culture pour la plupart des germes de l’air.

Suites de la vaccination. — Dans la très grande majorité des cas, la vaccination n’est suivie d’aucun trouble général ou local. En quelques cas seulement, et sous des conditions encore insuffisamment déterminées, des accidents de divers ordres sont observés.

Chez les moutons il survient, après la première ou la deuxième vaccination, des tuméfactions au point d’inoculation, accompagnées d’engorgement ganglionnaire et de boiterie. Ces symptômes disparaissent en quelques jours, sans laisser d’autre trace qu’un petit noyau d’induration au niveau de la piqûre. Chez les bovidés et chez le cheval, on voit aussi parfois des tumeurs locales, accompagnées d’œdème périphérique ; ces accidents rétrocèdent en un temps assez court. Chez quelques animaux, à quelque espèce qu’ils appartiennent, la vaccination détermine un mouvement fébrile passager, accompagné de prostration et d’inappétence ; chez les vaches laitières, la sécrétion diminue pendant une huitaine de jours pour revenir graduellement à la normale dans presque tous les cas (1). La proportion de ces accidents bénins ne saurait être évaluée; tantôt quelques animaux seulement sont affectés dans un troupeau; tantôt tous les sujets sont atteints à des degrés différents.

La vaccination peut provoquer des accidents mortels, qui se montrent à la suite de la première et de la seconde vaccination. La pratique déjà longue de l’opération permet d’apprécier exactement l’importance de ces pertes; leur taux est inférieur à un demi p. 100 pour les moutons et à un quart p. 100 pour les bovidés.

Les accidents consécutifs à la vaccination sont dus à une susceptibilité exceptionnelle de certains animaux, mais les conditions de celle-ci sont à peine soupçonnées. On ne saurait retenir une influence inhérente à l’espèce ou à la race; maintes fois, les troubles ne sont observés que sur quelques animaux seulement, au sein d’une population parfaitement homogène ; maintes fois aussi, on les rencontre sur un troupeau alors que d’autres, vaccinés le même jour, restent complètement indemnes. Quelques observations tendent à faire admettre que les animaux jeunes ou affaiblis sont plus sensibles à l’action du vaccin ; encore cette prédisposition n’esl-elle nullement constante et, pour une même vaccination,

(I) Beresoff. Sur l'influence du deuxieme vaccin sur la sécrétion du lait. Archives des sciences vétér., 1895, p. 67 (en russe).

Nocard et Leclainche. — 2e édit.

FIÈVRE CHARBONNEUSE

les agneaux pourront ne présenter aucun trouble alors que les adultes seront malades. La mauvaise alimentation est considérée comme une cause prédisposante, en raison do la débilité qu’elle occasionne (Biot,... Duclaux). D’autre part, Bigoteau (1) a tenté d’expliquer la genèse des accidents par l'hypothèse d’une infection intestinale latente au moment de l’inoculation. Il recommande de pratiquer en trois fois la vaccination des troupeaux exposés à la contagion dans les champs maudits dans les jours qui précèdent l'opération.

11 arrive fréquemment que l’on attribue à la vaccination une mortalité due en réalité à la contamination naturelle (2). C’est en effet l’une des particularités du charbon qu’après une longue période de sommeil, il frappe tout à coup, en quelques jours, un grand nombre de sujets. On doit être prévenu de ce fait pour apprécier exactement l’origine des accidents imputés, de temps à autre, à la vaccination pasteurienne.

Immunité conférée. — L’immunité n’est assurée que quinze jours environ après la seconde vaccination; elle suffit presque toujours pour mettre les animaux à l’abri de toutes les chances de la contamination accidentelle. La durée delà préservation est extrêmement variable suivant les individus. Dans les troupeaux vaccinés au printemps, la mortalité atteint en moyenne 1 p. 100 de l’effectif. On peut admettre que les moulons sont encore vaccinés, au bout d’un an, dans la proportion de 60 p. 100 (Chamberland). Dans la pratique, il convient de renouveler chaque année la vaccination, dans les localités infectées.

Les agneaux et les veaux nés de mères vaccinées pendant la gestation, sont trouvés parfois réfractaires au charbon (Chauveau, Bossignol). Toutefois, l’immunité ainsi transmise est loin d’être constante (Chamberland) et l’on ne saurait l’escompter pratiquement.

b) Mesures sanitaires. — Les connaissances acquises sur les modes habituels de l’infection permettent d’établir les règles précises d’une prophylaxie efficace.

I. — Chez les herbivores, victimes ordinaires du charbon, la contagion immédiate ne joue qu’un rôle très restreint ; cependant il est indiqué d’isoler les animaux atteints et de procéder à la désinfection des locaux qu’ils ont habités. La transmission indirecte, par les matières excrémentitielles et par les fumiers, est

(1) Bigoteau. Sur la pathogénie de la fièvre charbotineuse. Revue vétérinaire, 1893, p. 57.

(2) Le fait ci-après en est uu remarquable exemple. Au printemps de 1882, l’un de nous faisait, dans l’Aisne, des expériences publiques de vaccination charbonneuse ; le jour de la deuxième vaccination, un fermier des environs réclama vivement pour sa bouverie les bienfaits de la vaccination : en dix jours, il venait de perdre huit bœufs sur quarante! A coup sûr, si ces animaux avaient reçu le premier vaccin, tout le monde eût attribué à l’inoculation cette grosse mortalité. M. Daviaud a cité un fait semblable, concernant un troupeau de moutons.

MESURES SANITAIRES. 227

encore possible ; les litières et les fourrages souillés par les animaux charbonneux devront être détruits par le feu ; dans les points où le cadavre a reposé, le sol sera arrosé à plusieurs reprises avec une solution acide de sublimé (1).

C’est surtoutà prévenir l'infection lointaine par la spore, répandue dans le sol, que doivent tendre tous les efforts. La permanence de la contagion est due, au moins en certaines régions, à l’enfouissement des cadavres charbonneux et il importe d’éviter ces dangereux ensemencements.

Si la destruction complète des cadavres s’impose comme une mesure sanitaire essentielle, il est souvent difficile de la réaliser dans la pratique, h' incinération présente de nombreux inconvénients ; des appareils spéciaux permettent seuls la destruction rapide des cadavres des animaux. La cuisson est moins pratique encore ; elle est peu économique et elle exige des manipulations dangereuses pour les personnes. Un autre moyen, d’une efficacité absolue, qui présente en outre certains avantages économiques, consiste en la solubilisation dans l’acide sulfurique (procédé Aimé Girard); toutefois, diverses considérations, étrangères à la police sanitaire, en ont jusqu’ici empêché la réalisation.

Dans la pratique, et dans toutes les contrées, les cadavres charbonneux sont livrés à l’équarrissage ou enfouis dans le sol ; l’on ne peut guère songer qu’à réglementer ces deux destinations.

Pour que l’équarrissage des animaux charbonneux présentât des garanties réelles, il serait indispensable que le cadavre tout entier fût soumis à l’incinération, à la coction, ou à la macération par un acide. Or ces desiderata sont loin d’être remplis ; très généralement, en dépit des prescriptions administratives, les peaux, les toisons, les crins... des animaux sont livrés au commerce, souvent sans aucune désinfection. L’infection des sols parle sang desséché, les laines, les débris de peaux... utilisés comme engrais, démontre l'insuffisance de certaines manipulations industrielles.

L’enfouissement reste, en bien des cas, le moyen unique de se débarrasser des cadavres; il serait indispensable que l’on atténuât, dans la mesure du possible, les inconvénients qu’il présente. L’inhumation devrait être pratiquée, obligatoirement, dans des endroits déterminés, dans des cimelières d'animaux, entourés par des murs

(1) Giangrieco recommande le lavage du sol et des parois souillés avec une solution bouillante de savon vert à 3 p. 100, suivi d’un arrosage avec la solution acide de sublimé

Giangrieco. Disinfezione delle stalle in fette da carbonchio. Giornale di Science mediche 1897, p. 287.

FIÈVRE CHARBONNEUSE

assez profondément assis pour que les eaux des pluies ne puissent entraîner les germes dans les champs voisins.

Le transport des cadavres exige de grandes précautions ; les liquides qui s’en échappent sont chargés de bactéridies qui, répandues sur les chemins ou dans les champs, peuvent se trouver dans des conditions favorables à la sporulation ; il doit donc être effectué dans des voitures parfaitement étanches, qui seront ensuite désinfectées, autant que possible sous le contrôle des autorités.

En aucun cas, les cadavres ne doivent être dépouillés ; en outre des dangers immédiats de contamination pour les personnes chargées de l’opération et des inconvénients graves qui résultent de la souillure du sol, l’utilisation des toisons et des peaux devient l’occasion d’accidents éloignés.

L’émigration est un moyen de prévention partout employé dans les pays à charbon. Si l’on ne peut autoriser le déplacement des troupeaux d’un pays à un autre, dans la crainte de créer des foyers nouveaux d’infection, il est indiqué tout au moins d’évacuer les pâturages infectés, les animaux étant cantonnés dans le voisinage, sur des terrains indemnes, ou rentrés dans les bergeries.

Les fourrages provenant des localités infectées seront considérés comme suspects ; ils devront être réservés autant que possible à l’alimentation des animaux vaccinés.

L’assainissement des sols est possible dans certaines circonstances ; des observations nombreuses ont montré que le drainage est capable de diminuer la fréquence du charbon ou de le faire complètement disparaître.

IL — La transmission du charbon au porc et aux carnassiers est facilement évitée. C’est toujours par inoculation, et presque exclusivement par l’ingestion de viandes infectées, que la contamination s’opère. La destruction rigoureuse et totale des cadavres d’herbivores suffirait à prévenir ces accidents.

Transmission à, l'homme.

L’homme contracte le charbon, et la résistance qu’il oppose à l’infection, supérieure à celle des herbivores, est beaucoup moindre que celle des carnivores domestiques.

Le charbon de l’homme est fréquent en certains pays ; en Russie, plus de 10000 cas sont observés chaque année (Javorsky, 1895); en Italie, la statistique officielle accuse 598 morts par pustule maligne en 1893 et 645 morts en 1894. En outre du procédé

TRANSMISSION A l’iIOMME.

habituel de l’inoculation au contact d’animaux charbonneux, des modes indirects de l’infection, par la manipulation de matières animales souillées (charbon industriel), interviennent fréquemment à l’heure actuelle.

Le virus pénètre à la fois par effraction à travers les téguments, parles voies respiratoires et par les voies digestives. Le premier de ces modes d’inoculation, très exceptionnel chez les animaux, est ici de beaucoup le plus fréquent; par contre, le charbon intestinal, qui est la règle chez les espèces domestiques, est chez l’homme la forme la plus rare. Les quelques considérations qui suivent, sur le mécanisme de la transmission du charbon des animaux à l’homme, expliquent ces localisations différentes.

I. Charbon externe. — Un premier mode de transmission consiste en l’inoculation de produits virulents frais, provenant de dépouilles d’animaux charbonneux. C’est ainsi que des cas d’infection extrêmement nombreux ont été signalés chez des bergers, des bouviers, des équarrisseurs, des vétérinaires... et en général chez toutes les personnes exposées à des contacts avec les matières virulentes.

L’absorption a lieu par des coupures, des piqûres, ou par la souillure de plaies récentes, et les produits inoculés contiennent des bactéridies sans spores. La fréquence de l'inoculation coïncide exactement avec celle du charbon animal; récemment encore, la « pustule maligne » était commune en Beauce, en Bourgogne, dans Seine-et-Marne..., partout où la fièvre charbonneuse sévit en permanence.

La grande résistance de la spore rend possible des contagions plus médiates; celles-ci s’exercent suivant les modes les plus variés.

Broca a signalé la fréquence de la pustule maligne à la nuque chez les porteurs de la halle aux cuirs; les tanneurs, les mégissiers sont exposés à la maladie; celle-ci est transmise non seulement par les peaux fraîches, mais aussi par celles qui ont subi la dessiccation, la macération et le tannage. Cette insuffisance des manipulations industrielles pour détruire sûrement la spore rend possible la contamination chez les cordonniers, les selliers, les gantiers... D’après W. Koch, la pustule maligne serait plus fréquente dans l’armée russe depuis l’adoption, pour certaines troupes, de revers en peau de mouton (?).

Parmi les autres débris animaux, les laines, les crins et les poils sont surtout dangereux. Souillés par le contage, dans les ateliers d’équarrissage où ils sont ordinairement recueillis, ils conservent

FIÈVRE CHARBONNEUSE

des spores en pleine vitalité pendant plusieurs années. Les cardeurs de laine et les ouvriers travaillant le crin sont inoculés, et 1 on verra plus loin que l une des formes les plus graves du charbon interne reconnaît cette origine. Trousseau signale déjà comme dangereux les crins de Buenos-Ayres importés à Paris ; dans deux fabriques, n’employant que six ou huit personnes, vingt ouvriers meurent du charbon en vingt ans. Leroy des Barres (1) a minutieusement étudié l’étiologie du charbon observé à Saint- Denis chez les criniers et chez les mégissiers ; les crins expédiés de Buenos-Ayres, de Rio-de-Janeiro, de Montevideo, de Chine et les peaux provenant de Russie sont surtout dangereux.

Surmont et Arnould (2) signalent une épidémie de charbon, dans un petit atelier des environs de Lille, chez des ouvriers brossiers travaillant des crins de cheval d’origine chinoise; ils constatent sept cas de charbon de la face, dont six terminés par la mort.

Goldschmidt observe, de 1888 à 1892, trente cas de charbon, dont trois de charbon intestinal, sur les ouvriers employés, à Nuremberg, à la fabrication des pinceaux. Un autre cas est constaté sur une personne qui avait simplement acheté un pinceau.

Straus, Reynier et Gellé signalent plusieurs cas de pustule maligne chez des ouvriers préparant des cornes de bœuf, de provenance asiatique, pour la fabrication des baleines de corsets. Les personnes utilisant les suifs, les savonniers par exemple, sont encore exposés à être contaminés.

Le charbon peut être inoculé indirectement par des corps chargés de parcelles virulentes : les instruments ayant servi à dépecer des cadavres charbonneux sont des agents possibles de contamination. Wagner mentionne un cas d’infection par la literie et le matelas qui avaient servi à un malade affecté de charbon intestinal.

Les mouches transportent la bactéridie et les spores ; l’inoculation à l’homme, bien que très exceptionnelle, est certainement possible; les espèces armées, comme les stomoxes, les simulies, les glossines, sont particulièrement dangereuses.

Certaines larves de coléoptères qui vivent dans les peaux séchées (Dermestes, Anthrènes...) recueillent et ingèrent les spores enfouies dans les couches profondes ; les germes se retrouvent

(1) Leroy des Barres. Le charbon observé à Saint-Denis chez les criniers et les mégissiers. Annales d’hygiène, t. XXIII, 1890, p. 096; et un vol., 1894.

(2) Surmont et Arnould. Une épidémie de charbon chez des ouvriers brossiers. Revue d’hygiène, 1893, p. 193. — Goldschmidt. Ueber Mil zbrander/cranfcungen tinter den Arbeiter... Ref. in Centralbl. f. Bakter., t. XIV, 1893, p. 784.

TRANSMISSION A LIIOMME.

dans la matière pulvérulente formée par les excréments des insectes à la surface des peaux et une inoculation des ouvriers devient dès lors facile (Proust, Ileim).

II. Charbon intestinal (1). — Le charbon est assez facilement transmis à l’homme par les voies digestives, notamment à la suite de l’ingestion de viscères ou de viandes infectées.

Leube et Muller constatent l’évolution d’un charbon intestinal rapidement mortel, chez un homme de cinquante ans, après l’ingestion d’un morceau de foie à moitié cru, provenant d’une chèvre morte du charbon. OEmler cite deux cas de charbon interne ; l’un chez un ouvrier, après ingestion d’un morceau de foie charbonneux mal rôti, l’autre chez un valet, après ingestion d’un hachis cru provenant d’un bœuf charbonneux. Tavel observe un cas analogue, à la suite de l’ingestion d’un jambon de porc salé et fumé ; l’une des deux personnes malades succombe. Sur 90 cas de charbon constatés chez l’homme, en Allemagne, dans l’année 1887, douze sont dus à l’ingestion de viande infectée.

La genèse du charbon intestinal reconnaît d’autres causes, spéciales à certaines professions. Wahl, en 1861, et depuis Virchow, von Recklinghausen, Buhl, Waldeyer observent et décrivent, sous le titre de mycoses de l’estomac ou de l'intestin, des altérations « difficiles à classer » ; les derniers de ces auteurs soupçonnent une infection bactéridienne. Münch, de Moscou, observe, en 1871, quinze cas de mycose intestinale, relevés sur des ouvriers employés à la préparation du crin ; il affirme nettement l’identité des lésions avec celles du charbon. E. Wagner (1874) constate le charbon intestinal chez un teinturier en fourrures et chez des cordiers travaillant des crins de Russie ; dans tous les cas, il assure le diagnostic par la constatation de la bactéridie dans le sang. Albrecht, de Saint-Pétersbourg, publie six observations de charbon intestinal type ; deux de ses malades étaient des ouvriers en crins. Enfin, Ivelsch (1881) rapporte un cas observé à Batna, très analogue aux précédents, sans toutefois que le diagnostic ait été confirmé par l’examen du sang.

Wagner suppose que ses malades se sont inoculés par les aliments, qu’ils déposaient sur du crin en attendant l'heure du repas; mais tout autre mode de pénétration est encore possible, par exemple la déglutition, avec la salive, de poussières contenant les spores charbonneuses.

(1) ScuürTE. Ueber Anthrax inteslÎTialis beim .1 fenschen. Inaug. -Dissert. , Gôttingen,

FIÈVRE CHARBONNEUSE

III. Charbon pulmonaire. — La pénétration dans le poumon de poussières chargées de spores charbonneuses est une cause possible de charbon interne ; on peut réunir sous ce titre deux endémies professionnelles récemment décrites : la « maladie des chiffonniers » ( Hadernkrankheit ) de Vienne et la « maladie des trieurs de laine » (Woolsorter' s disease) de Bradford.

La première de ces formes a été relevée, dès 1875, chez des individus travaillant des chiffons de provenance russe et polonaise. Bien que plusieurs infections aient été confondues sous le même titre, il reste établi que le charbon tenait le premier rang parmi elles (1).

La maladie des trieurs de laine fut beaucoup mieux étudiée. L’affection, qui régnait depuis longtemps dans certains districts où domine l’industrie lainière, sévit surtout à Bradford, en 1879 et en 1880, sur les ouvriers chargés du triage des laines importées d’Asie, principalement des poils de chameau et de chèvre de même provenance.

IV. Prophylaxie. — Utilisation des viandes. — La prophylaxie générale du charbon de l’homme est facile à établir (2). Il est évident que toutes les mesures sanitaires ayant pour effet de diminuer la fréquence des cas de charbon chez les animaux auront aussi celui de restreindre les dangers de la transmission à l'homme. La pustule maligne a été toujours observée dans les pays à sang de rate, et la Beauce est restée longtemps le principal foyer des deux affections. La diminution considérable des cas de charbon animal, due aux vaccinations pasteuriennes, a eu pour effet immédiat d’amener une diminution parallèle dans la fréquence du charbon humain; cette constatation a pu être faite partout où la méthode a été appliquée.

La stricte application des prescriptions sanitaires essentielles suffirait d’autre part à rendre exceptionnelles les chances de contamination. C’est parce que, en violation de la loi, les cadavres sont dépouillés, parfois préparés et mis en vente, que des inoculations accidentelles sont occasionnées.

La destruction complète des cadavres aurait pour effet de prémunir, dans une large mesure, contre une contamination peut-être moins exceptionnelle que les statistiques permettent de le supposer, les ouvriers qui travaillent les produits d’origine animale (tanneurs,

(1) Eppinger. Die Hadernkrankheit. léna, 1894.

(2) Chauveau. Sur les dangers que le charbon fait courir aux ouvriers des différents corps de métiers. Transactions of the seventh intern. Congress of Ilygieue, London, 1891, t. III, p. 203. — Gruber. Ueber Milzbrand in Gewerbebelrieben.. . Oesterr. Sanitatsvesen, 1896, p. GO et 67. — Silberschmidt, Rosshaarspinnerei und Milzbrandinfektion. Zeitschr. fur Hygiene, t. XXI, 1896, p. 455.

Page 1