I. — Symptômes
§ I. — Septicémie chez le cheval.
On connaît en France, depuis la magistrale description de Renault, une forme de la septicémie bien caractérisée par son origine traumatique et par l’apparition initiale de tumeurs crépitantes ( gangrène traumatique) (2). Une autre forme clinique, tout analogue à la précédente dans sa pathogénie, mais différente quant à son expression, consiste en un envahissement du péritoine à la suite de la castration ( péritonite septique). En outre de ces deux modes de l’évolution, d’autres existent sans doute qui sont méconnus ou insuffisamment étudiés à l’heure actuelle (3).
a) Gangrène traumatique (4). — Les accidents débutent au niveau d’une plaie, opératoire ou accidentelle, parle développement
(1) Ainsi qu’on le verra par les lacunes de ce chapitre, l’étude de la septicémie gangreneuse chez les animaux est seulement ébauchée. En dehors des formes connues, d’origine traumatique, d’autres modes de l’infection semblent être constatés. Il est impossible toutefois de retenir les quelques observations publiées, en raison des incertitudes du diagnostic. Nous avons du laisser de côté tout ce qui concerne la septicémie chez le porc et signaler seulement celle du chien. Pour les formes externes, le diagnostic expérimental doit toujours être assuré par l’examen direct et par l’inoculation.
(2) Il est curieux de constater que la gangrène traumatique de Renault est encore méconnue, tà l’heure actuelle, par les auteurs étrangers. Dieckerholf (Lehrbuch der speciellen Pathologie, t. I, p. 308) décrit, sous le nom de septicémie ou de fièvre septique , une infection qui n’a rien de commun avec la septicémie gangreneuse. Jeusen et Sand', qui donnent une bonne étude clinique, ne mentionnent point le travail de Renault dans leurs indications bibliographiques. Home (1805) dit, en parlant du travail de Jensen : « So waren dies die ersten halle von dieser Krankheit, die bei unseren Hausthieren mit Sicherheit constatirt wurden. »
(3) On trouve dans la littérature plusieurs observations de septicémie non traumatique, caractérisée exclusivement par la présence du vibrion septique dans les cadavres 12 ou 24 heures après la mort. Il est évident qu’une telle constatation n’a aucune signification.
(4) Renault. Essai sur les causes des tumeurs dites gangreneuses... Recueil de méd . vétér., 1833, p. I..., 123; Gangrène traumatique , I vol., 1840. — II. Bouley. Art. Gangrène. Dictionnaire de méd. vétér., t. VIII, 18GG, p. 32. — Jensen et Sand. Ueber malignes OEdem beim Vfierde. Deutsche Zeitschr. fur Thiermed., t. XIII, 1887, p. 31.
Nocard et Leclainche. — 2e édit. 16
SEPTICÉMIE GANGRENEUSE.
d’un petit foyer œdémateux chaud qui s’étend dans tous les sens avec une extrême rapidité. En même temps, l’aspect de la plaie est modifié; les tissus prennent une teinte rouge livide, plombée, luisante; la suppuration est remplacée par l’écoulement d'une sérosité de coloration citrine ou rosée. Des symptômes généraux apparaissent ; la température s’élève vers 39°, 5-40° ; le pouls est vite; la respiration est accélérée; les muqueuses sont injectées; l’appétit est diminué.
En vingt-quatre heures, l’engorgement envahit toute une région ; s’il gagne de préférence les parties déclives, il remonte aussi audessus du traumatisme; la tuméfaction, encore chaude et douloureuse à la périphérie, est affaissée, plus froide et moins sensible dans la partie centrale; un liquide brun roussâtre, bulleux, d’odeur putride, s’écoule de la plaie. L’état général s’aggrave; l’appétit a disparu; la face est grippée; l’animal, abattu, « à bout de longe », présente de temps à autre des périodes d’agitation ; certaines régions sont couvertes de sueur; la température reste voisine de 40° ; le pouls est vite, faible et filant, tandis que les battements du cœur deviennent graduellement violents, à ce point « qu’ils ébranlent le thorax et peuvent être entendus à distance ». On observe chez quelques animaux des symptômes d’ordre cérébral, avec agitation violente, contractures, tendance à mordre.
Dans une dernière période, l’engorgement, étendu à une vaste région, est affaissé, froid et indolore; les tissus densifiés donnent à l’exploration une sensation de crépitation indiquant une infiltration gazeuse. Les plaies sont sèches ; le liquide rencontré dans les anfractuosités est sanieux et fétide; la peau, décollée, parcheminée, se détache par lambeaux; les muscles mis à nu sont friables , de teinte brune ou violacée ; les interstices musculaires sont infiltrés par une sérosité citrine, mousseuse.
Le malade reste insensible et inerte; la tète est basse ou appuyée sur les corps environnants ; les paupières demeurent à demi closes ; la marche est pénible et titubante; l’amaigrissement est rapide; le flanc se creuse ; les crins s’arrachent avec facilité. La température s’abaisse graduellement au-dessous de la normale; le pouls est insensible, tandis que les battements du cœur conservent leur violence; la respiration, ralentie, est profonde et tremblante. Parfois des signes de gangrène pulmonaire apparaissent. Le malade se laisse tomber sur le sol; il agite les membres antérieurs et meurt dans une période d’agitation.
SYMPTÔMES. 243
La marche est toujours rapide; la durée moyenne de l'évolution est de trois à cinq jours.
b) Péritonite septique (1). — Les observations rapportées sont toutes consécutives à la castration et il s’agit encore ici d’une infection traumatique (2).
Les signes de l’infection apparaissent quelques jours ou plusieurs semaines (deux et trois mois) après l’opération. L’animal paraît subitement triste, il refuse de manger; on observe des coliques; le malade se couche avec précaution et il reste étendu, en décubitus latéral.
Les symptômes s’aggravent en quelques heures. On constate de la prostration, des tremblements généraux; la face est grippée; les yeux sont tixes, les pupilles -dilatées; la température s’élève vers 40°; le pouls est petit et vite; la respiration est un peu accélérée ; les coliques persistent sous la même forme; l’animal reste étendu sur le côté, sans faire aucun mouvement. Le ventre est ballonné, sensible à la pression. L’examen de la région inguinale ne révèle souvent aucune particularité; les plaies opératoires sont recouvertes de pus ; leur aspect est normal. Parfois seulement, un œdème apparaît au niveau du trajet inguinal; il envahit rapidement le fourreau, le périnée et la paroi abdominale. L’évolution se précipite; la prostration est complète; des sueurs se produisent en diverses régions; la température descend vers 38° et au-dessous; le malade reste étendu sur le sol; le ventre est fortement ballonné: les muqueuses ont une teinte jaunâtre; le pouls est imperceptible. La mort arrive en 12-36 heures en moyenne.
§ 2. — Septicémie chez les bovidés.
Les observations publiées jusqu’ici sont incomplètes; dans la plupart des cas, le diagnostic porté n’est nullement assuré. Une description synthétique est actuellement impossible.
Nous retenons comme suffisamment probantes les seules observations de Cari, de Morne et de Ehrhardt (3).
(1) Laugekon. Sur la péritonite septique,. .. Revue vétérin., 188G, p. 233. — Soula. Contribution à l'étude de lu péritonite .. . Id. , 1888, p. 449. — Cameron. Seplic Peritonitis folloviug castration. The veterin. Journal, t. XLI, 1895, p. 176.
(2) L'expression de péritonite « de castration >. est vicieuse, en ce sens que certaines formes sont dues non au vibrion septique, mais à d’autres agents et au streptocoque notamment. Il est possible, d’autre part, que la péritonite septique reconnaisse une autre origine que la castration.
(3) Carl. Zur Aetiologie des soejen. Geburtsrauschbrandes . Deutsche thierârztl. Wo-
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ci ) L’infeclion est signalée toujours à la suite de la parturition. Elle est précédée ordinairement par des signes de métrite septique. Les premiers troubles consistent en la perte de l’appétit, avec frissons, diarrhée et faible élévation de la température. Des tumeurs apparaissent dans les points les plus divers, au niveau des reins, des épaules, du cou, de la gorge, de la tête, de l’auge.
La tuméfaction est d’abord œdémateuse et chaude; elle s’étend rapidement et elle devient froide, crépitante, emphysémateuse. La fièvre est intense; la respiration est pénible et embarrassée.
La mort survient 1-3 jours après l’apparition des premiers symptômes. b) Dans l’un des cas rapportés par Horne, la tumeur se montre dans la région de la gorge, en l’absence de signes d’infection vaginale ou utérine, et l’on peut supposer une inoculation au niveau du pharynx; toutefois celte observation est encore relevée chez une vache, cinq jours après la parturition.
§ 3. — Septicémie chez le mouton.
La maladie n’a fait l’objet d’aucune description spéciale; il est cependant possible de lui rapporter certains accidents ; telle la gangrène traumatique consécutive à l’inoculation du claveau, bien décrite par Girard (1) et maintes fois observée depuis.
« Les tumeurs apparaissent du douzième au vingtième jour qui suif celui de l’insertion du virus ; on remarque dans le principe un gros bouton dur, qui présente une auréole œdémateuse, va en augmentant, devient rouge et constitue en peu de temps une tumeur bleuâtre, rénitente, très douloureuse, et qui s’étend presque à vue d’œil. L'engorgement ne tarde pas à être énorme ; la surface de la tumeur prend une teinte rouge violacé, sans qu’il y ait une grande augmentation de chaleur. Le membre affecté prend de la raideur; il se développe une fièvre intense; l’œil du malade devient rouge, son flanc agité, sa respiration laborieuse, son pouls fréquent et petit. La bête finit par ne plus pouvoir ni prendre de nourriture, ni se soutenir ; elle reste couchée, répand une odeur infecte, et ne tarde pas à succomber » (Girard).
Peut-être aussi observe-t-on chez le mouton une « septicémie septique » d’origine intestinale, à la suite de certains modes d’alimentation (betteraves fermentées). Les accidents signalés consistent en une péritonite primitive, avec œdèmes étendus et signes d’infection graves. La rate et le sang sont remplis de vibrions septiques. Il est possible cependant que
chenschr., 1895, p. 353.... 371. — Horne. Malignes Œdem beim Rinde , Berlin, thierarztl. Wochenschr., 1895, p. 409 (avec bibliogr.). — Ehrharrt. Malignes Œdem. Schweizer. Archiv fur Thierheilk., 1896, p. 82 (trois observ.).
(1) Girard. Mémoire sur le claveau. Paris, 1818, p. 55.
LÉSIONS. 245
l’envahissement par le vibrion soit secondaire et qu’il ait été simplement facilité par une intoxication préalable (1).
§ 4. — Septicémie chez le chien (2).
L’infection est signalée à la suite de traumatismes étendus intéressant, le tissu conjonctif sous-cutané ou inter-musculaire; on constate une tuméfaction diffuse, avec infiltration gazeuse des tissus ; les malades succombent en quelques jours. Soula rencontre, chez une chienne, un cas de gangrène gazeuse (?) des mamelles, d’origine non traumatique. Dans aucun cas le diagnostic n’a été assuré par l’examen bactériologique ou par l’inoculation et cette question est tout entière à étudier.
Nocard a observé une épidémie de septicémie gangreneuse chez de jeunes beagles nourris à la viande crue. Les accidents ont cessé dès que l’on a donné des aliments cuits. 11 est probable que leur pathogénie est identique à celle de la septicémie d’origine intestinale signalée chez le mouton.
IL — Lésions.
«) Cheval. — I. Gangrène traumatique. — Dans toute la région occupée par la tumeur, les tissus sont réduits en un putrilage répandant une odeur fétide. La peau est décollée, mortifiée, découpée en lambeaux irréguliers. Les muscles compris dans le foyer sont rendus crépitants par une infiltration gazeuse; ils sont friables, cuits, d’une teinte générale ocreuse, pâle, maculée de zones rouge livide ou brunes. Le tissu conjonctif sous-cutané et intermusculaire est infiltré par une sérosité rosée ou citrine qui pénètre très loin au delà des limites de la tumeur.
Les altérations viscérales sont peu étendues. La rate est engorgée et surtout ramollie. Le myocarde est friable, de teinte pâle; on rencontre des ecchymoses au niveau des scissures coronaires; le sang du ventricule droit est incomplètement coagulé, diffluent et de couleur foncée. Le péricarde renferme un transsudât séreux peu abondant.
L’altération du sang est manifeste dans le système veineux de
(1) Yoy. Bigoteaü. Notes sur quelques septicémies d'origine intestinale... Revue vétér., 1894, p. 238.
(2) Renault. Loc. cit., p. 161. — Soula. Septicémie gangreneuse chez une chienne. Revue vétérin., 1887, p. 466.
SEPTICEMIE GANGRENEUSE.
la ré gion envahie; le liquide reste incoagulé, poisseux dans les vaisseaux; il exhale une odeur putride; les parois présentent une teinte rouge, d’autant plus accusée que l’autopsie est pratiquée un plus long temps après la mort.
Les autres viscères n’ont subi aucune altération apparente.
II. Péritonite septique. — Les altérations sont peu marquées et hors de proportion avec la gravité des symptômes observés. La cavité abdominale renferme une petite quantité de sérosité roussâtre; les vaisseaux du péritoine sont injectés et la séreuse prend une teinte rosée uniforme, mais on ne trouve ni fausses membranes, ni traces d’inflammation (1).
La région inguinale est souvent indemne ; le moignon du cordon et les plaies scrotales ont leur aspect habituel ; le tissu conjonctif n’est que légèrement infiltré. En d’autres cas, un œdème blanc, gélatineux, tremblotant, entoure le cordon dans son trajet abdominal ; l’infiltration gagne le tissu conjonctif péri-rénal, tandis qu elle s’étend d’autre part au fourreau et au tissu sous-cutané de la paroi abdominale.
Les viscères abdominaux sont intacts, à l'exception de la rale^ ramollie et un peu tuméfiée. Les plèvres et le péricarde renferment un transsudât séreux ; le myocarde est cuit, ecchymosé ; le sang est noir et diffluent.
Les microbes sont rencontrés dans le sang et dans l’exsudât péritonéal, sous la forme de bacilles et de vibrions mobiles.
b) Bovidés. — On a rencontré dans tous les cas des lésions de métrite septique. La cavité abdominale renferme un transsudât séro-hémorragique; le tissu conjonctif qui entoure l'utérus et le vagin est infiltré par l’œdème ; le péritoine, congestionné dans toute son étendue, prend une teinte rose vif uniforme ; la rate est ramollie et volumineuse.
Les tumeurs sont œdémateuses; la coupe laisse échapper une sérosité rosée; dans les parties centrales, la tumeur est souvent crépitante, infiltrée par des gaz disséminés en de très fines logettes; le tissu conjonctif et les muscles compris dans la tumeur prennent une teinte rouge terne uniforme.
Les bacilles sont rencontrés dans les tumeurs et dans l’épanchement abdominal.
(1) Gourdon signalait, après Hurtrel d’Arboval, l'absence des lésions dans certaines péritonites (?) de castration. « ...11 peut arriver qu’un animal succombe à la péritonite sans qu’il y ait péritonite. En ce cas, à quoi attribuer la mort? »
Gourdon. Traité de la castration des animaux domestiques , p. 209.
DIAGNOSTIC