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CHAPITRE VII

CHARBON SYMPTOMATIQUE

Le charbon symptomatique est une maladie virulente, inoculable, caractérisée cliniquement par le développement de tumeurs emphysémateuses dans les muscles de diverses régions, et due au développement d’une bactérie spécifique ( Bacterium Chauvœi).

En raison de la présence constante des tumeurs et des caractères de celles-ci, la maladie est encore désignée sous les noms de charbon à tumeurs ou de charbon emphysémateux. Une autre expression très précise, mais que l’usage n’a pas consacrée jusqu’ici, est celle de charbon bactérien, qui s’oppose nettement à celle de « charbon bactéridien » appliquée à la fièvre charbonneuse (1).

L’affection présente de nombreuses analogies avec la septicémie gangreneuse de Pasteur. Si l’assimilation, déjà proposée par Kitt (2), ne peut être complètement admise, on ne peut nier l’étroite parenté du Bacterium Chauvœi et du vibrion septique, mise en évidence par les travaux de Roux et de Duenschmann (V. Immunisation). Il est probable que les deux microbes procèdent d’une souche unique et que « les différences observées viennent de ce qu’ils sont habitués à vivre et qu’ils se sont spécialisés sur des espèces animales différentes ».

Historique. — Les premiers documents précis sont apportés par Chabert (3), qui distingue une « fièvre charbonneuse », sans manifestations extérieures, et un « charbon à tumeurs ». Celui-ci comprend luimême deux formes : un charbon essentiel, qui débute d’emblée, sans prodromes, par des tumeurs, et un charbon symptomatique , caractérisé par un mouvement fébrile précédant l’apparition des tumeurs. Ces deux dernières formes s’appliquent à coup sûr au charbon bactérien, mais la con-

(1) Les dénominations étrangères sont également variées. Les Allemands emploient l’expression de Rauschbrancl (charbon crépitant) ; en Angleterre, la maladie est désignée sous les noms de quarter-ill, black-quarter ; aux États-Unis, sous celui de blackleg; en Italie, sous ceux de coscia-nera, quarto-nero , cicetone...

(2) Kitt. Untersuchungen über malignes Œdem and Rauschbrand bei Hausthieren. Münchener Jahresb., 1885, p. 39.

(3) Chabert. Du charbon ou anthrax dans les animaux domestiques. Paris. 1790.

HISTORIQUE

cordance n’est point parfaite; dans le charbon essentiel de Chabert rentrent tous les cas de charbon bactéridien d'origine externe, traduits aussi par le développement d’une tumeur primitive.

Dans l’esprit de Chabert et de ses successeurs, la trinité symptomatique établie s’applique à un même état morbide, toujours identique quant à son essence. Les connaissances acquises plus tard sur la nature de la fièvre charbonneuse n’entament pas le dogme de l’unicité; on étend à priori à toutes les formes la doctrine de la virulence, et l’on attribue le charbon à tumeurs à des localisations accidentelles du virus.

Plus tard seulement, l’étude de la fièvre charbonneuse se poursuivant, on arrive à préciser la forme et la constance de certaines lésions qui ne se retrouvent pas dans le charbon externe ; on remarque encore que le charbon à tumeurs affecte principalement le bœuf et que, s’il coïncide parfois dans une même région avec le charbon interne, l’on connaît nombre de foyers qui lui sont spéciaux.

Dès 1856, Walraff (1) observe, dans les alpages des Grisons, un charbon emphysémateux ; il insiste sur les caractères particuliers des tumeurs symptomatiques. Waltrup signale la maladie en 1865, dans le canton de Beckum, où elle sévit chaque année; Pfisterer la retrouve dans le duché de Bade en 1870 (2).

Perroncito (1873) signale la présence de microbes dans les tumeurs, sans toutefois se prononcer sur leur signification diagnostique. Quelques années plus tard, Bollinger (3), puis Peser (4), entreprennent l’étude delà maladie; ils la différencient de la fièvre charbonneuse et ils signalent la présence constante, dans les muscles affectés, de micro-organismes particuliers. En France, Boulct-Josse (1878) reconnaît aussi, par la seule observation clinique, la dualité des formes charbonneuses ; il insiste sur les caractères différents du sang dans chacune d’elles.

En 1879, Arloing, Cornevin et Thomas (5) publient le résultat de leurs premières recherches sur le charbon symptomatique et ils démontrent nettement, par l’expérimentation, sa non-identité avec la fièvre

(1) Walraff. Emphysemalischei' Milzbrcmd. Repertorium der Thierheilk., 1850, p. 187.

(2) Dans des communications publiées par Bugnion, en 187G, les vétérinaires Schindler et Weber donnent de bonnes descriptions d’une maladie fréquente dans les alpages du canton de Glaris, désignée sous les noms de Geriiusch, Rauschbrand, Windplage, Kroser , ... qu’ils s'efforcent de différencier du charbon. Schindler insiste sur ce fait qu’aucun cas de transmission à l’homme n’a jamais été observé, bien que les chairs soient consommées et les peaux travaillées. — Bugnion assimile malgré tout la maladie au charbon bactéridien.

V°y. Blgmon. i’eber das Vorkommen des sog. Gerüusches beim Rindvieh. Deutsche Zeitsohr. fur Thiermed., t. I, 1876, p. 382.

(3) Bollinüer. Zur Kennlniss des sog. Gerüusches, einer angeblichen Milzbrandform . Deutsche Zeitschr. fur Thierm., t. 1, 1875, p. 297.

(4) Feser. Studien ue ber den sogenannten Rauschbrand des Rindes. Zeitschrift fur prakt. Veterinârwiss., t. IV, 1876, p. 13. Der Milzbrand auf den obcrbayerischen Alpen. Berlin, 1879, et Deutsche Zeitschr. f. Thierm., t. IV, 1880, p. 371.

(5) Arloing, Cornevin et Thomas. Recherches sur la nature du charbon symptomatique Recueil de méd. vétér., 1879.

CHARBON SYMPTOMATIQUE

charbonneuse. En 1880, ils indiquent les caractères delà bactérie spécifique et ils font connaître une première méthode d’immunisation des bovidés. Jusqu’en 1884, Arloing, Cornevin et Thomas poursuivent leurs recherches sur la maladie; après avoir donné une étude biologique complète du microbe, ils indiquent divers modes d’atténuation du virus et ils créent une méthode de vaccination aujourd’hui partout répandue (1).

Bactériologie. — Le charbon symptomatique est dû à la présence dans l’organisme d’une bactérie endosporée ( Clostridium ) qui a reçu le nom de Bacterium Chauvœi.

Elle affecte essentiellement la forme d’un bâtonnet droit, court, épais, mesurant en moyenne 8-10 g de longueur sur 3 g de largeur; cette forme typique est complètement modifiée dans certaines conditions, soit en raison de l’allongement du bacille, soit surtout à la suite du développement de la spore. Dans les séreuses, on rencontre, chez les animaux inoculés, des formes longues, réunies bout à bout, dont l’ensemble rappelle l’aspect du vibrion septique. Dans les muscles, le bacille, déformé par la spore en un point variable de son étendue, revêt des formes en massue, en raquette, en fuseau.

La bactérie se colore très bien par les couleurs d’aniline et par les bleus de Loffler et de Kuhne; elle prend le Gram et le Weigert.

Le Bacterium Chauvœi est surtout anaérobie; il cultive dans le vide ou en présence de gaz inertes (2). Dans le sang et dans les cultures liquides, la bactérie est légèrement mobile.

Les cultures sont obtenues dans les bouillons, le sérum, la gélatine, la gélose, le lait.

Dans les bouillons , simples, gélatinés, glycérinés ou sucrés, on obtient, à l’abri de l’air, un développement rapide; le liquide est trouble et floconneux; des gaz se dégagent à la surface. Dans le sérum liquide, la culture est plus facile encore. Dans la gélatiner ensemencée après liquéfaction, on voit se développer des colonies isolées, au niveau desquelles le milieu est liquéfié et rempli de bulles gazeuses. Dans la gélose , le développement est plus rapide et accompagné d’un dégagement gazeux abondant. Le lail se prête bien à la culture; il n’est pas coagulé.

(1) Arloing, Cornevin et Thomas. Le charbon symptomatique du bœuf, 1 vo'l., 2e éd ,

(2) D’après Kitt, on obtient facilement des cultures aérobies par le procédé suivant : Une goutte de suc musculaire virulent est déposée dans un verre à réactif ; on ajoute du bouillon de viande, puis l’on chauffe le mélange à 80° pendant un quart d’heure et l'on porte ensuite à l’étuve. Après 2 ou 3 jours, on constate une culture pure de la bactérie.

Kitt. Die Züclitung des Rauschbrandbacillus bei Luftzulritt. Centralbl. fur Bakter. , t. XVII, 1895, p. 168.

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