‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 64 sur 169 · VARIATIONS DU TYPE MICROBIEN · texte numérisé non relu

VARIATIONS DU TYPE MICROBIEN

L’inoculation est pathogène pour le bœuf, le mouton, la chèvre, le cobaye. Les autres espèces sont réfractaires ou n’ont qu’une faible réceptivité.

Variations du type microbien. — Les caractères de la bactérie sont loin d’être constants et des formes atypiques ont été plusieurs fois rencontrées.

Kerry(l) trouve, dans le sang d’une vache considérée comme morte du charbon symptomatique, un microbe analogue au Bacterium Chauvcei, capable de tuer le cobaye en sept ou huit heures, avec développement d’une tumeur œdémateuse renfermant des gaz. Le microbe est différencié par ses réactions sur les animaux : il tue à la fois le cobaye, le lapin, le rat et la souris par l’inoculation sous-cutanée.

Klein (2) observe, chez le mouton, une forme particulière du charbon. Cinq animaux meurent, dans une même ferme, après 24-48 heures de maladie. On trouve à l’autopsie une infiltration considérable du tissu conjonctif sous-cutané, au niveau du cou et de l’épaule. Dans la rate, existe une bactérie qui présente la forme et toutes les réactions du B acier ium Chauvcei dans les cultures; l’inoculation des cultures en bouillon au cobaye, sous la peau, à la dose de 1 c.c., provoque seulement une tuméfaction locale qui disparaît en quelques jours. La souris est tuée, dans la moitié des cas, par l’inoculation sous-cutanée ; on trouve les bacilles dans l’exsudât local, dans la rate et dans le sang.

Piana et Galli-Valerio (3) isolent encore un type spécial du suc musculaire et du poumon d’une vache morte avec les symptômes du charbon. Les bactéries sont de faibles dimensions, dépourvues de spores dans les tissus; elles tuent le cobaye et la souris blanche.

Si les rapprochements établis dans les observations précédentes restent contestables, il n’en est plus de même des observations de Marek (4) dans le charbon symptomatique du porc (V. Symptômes et Lésions). Identique au Bacterium Chauvcei par ses caractères essentiels et par les modes de son action pathogène, la bactérie de Marek tue par inoculation le porc et le cobaye en 20 heures environ, le lapin en 48 heures; le mouton n’est tué qu’exceptionnellement ; le pigeon est réfractaire.

L’histoire de la bradsot du mouton fournit un exemple plus probant encore de la variabilité du type bactérien. Ici, la bactérie a acquis une virulence exceptionnelle; elle tue le veau, le porcelet, le cobaye, le lapin, la souris et les oiseaux (V. Bradsot) (5).

(1) Kerry. Ueber einen neueti pathogenen cinaëroben Bacillus. OEsterr. Zeitschr. für Veterinürk., t. V, 1894, p. 228.

(2) Klein. Ueber nicht virulenten Rauschbrand. Centralbl. für Bakter., t. XVI. 1894, p. 9f>0.

(3) Piana et Galli-Valerio. Osservazioni.... sopra una vcrielà di B. Chauvœi. Annali di agricollura, n" 210, 189G, p. 127.

(4) Marek. Rauschbrand beim Schweine, Monatshefte für Thierheilk., t. VII, 189G, p. 489.

(5) Les exemples récemment rapportés de charbon symptomatique du mouton (Hauch, Vogdt) se confondent avec la bradsot.

CHARBON SYMPTOMATIQUE

Espèces affectées. — Les bovidés sont surtout exposés à contracter la maladie. Les buffles jeunes sont atteints en certaines régions (Birô). Le chameau, le mouton, la chèvre et le porc sont rarement affectés.

Le cheval n’est pas complètement à l’abri de l’infection accidentelle, mais celle-ci est extrêmement rare et négligeable dans la pratique. Hess (1884), Semmer (1887), Ilafner (1891) ont signalé des exemples non douteux de la maladie.

Les autres espèces, Y homme y compris, sont à l’abri de la contagion.

Distribution géographique. Épidémiologie. — Le charbon symptomatique est répandu sur presque tous les points du globe. 11 sévit de temps immémorial en certaines localités et, comme pour la fièvre charbonneuse, les foyers ont peu de tendance à s’étendre et à se multiplier. L’affection est entretenue surtout dans les pays de montagne, alors que le charbon bactéridien est plutôt une « maladie de plaine ».

En France, on rencontre le charbon symptomatique sur toute la ligne des Gévennes et sur les rameaux qui s’en détachent. On le signale surtout en Auvergne, dans le Limousin, le Berry, le Bassigny, le Jura. On le retrouve dans les alpages du Dauphiné, dans les Pyrénées, et en quelques régions de la Picardie et de la Normandie (Seine-Inférieure).

Il existe en Belgique, dans la Flandre occidentale et dans la province de Louvain (162 cas en 1892, 192 en 1893, 153 en 1894, 207 en 1895).

En Suisse, le charbon symptomatique sévit gravement dans les cantons de Fribourg, de Berne, d’Unterwalden, d’Uri, de Schwitz... Dans le seul canton de Berne, les pertes atteignaient annuellement, jusqu’en ces derniers temps, le chiffre de 125 000 francs. Dans certaines communes de l’Oberland bernois, la maladie frappait jusqu’au tiers de l’effectif en animaux âgés de plus de six mois (Hess). La mortalité a considérablement diminué sous l’influence de la vaccination (533 morts en 1894 ; 675 en 1895; 912 en 1896; 672 en 1897).

En Allemagne , le charbon est rencontré surtout dans les Alpes bavaroises et dans le Wurtemberg. Dans le duché de Bade, la maladie est cantonnée presque exclusivement dans le canton de Mosbach (334 cas de 1886 à 1890). On signale, pour toute l’Allemagne, 620 cas en 1892, 800 en 1893, 796 en 1894 et 772 en 1895.

En Autriche , le charbon symptomatique est fréquent dans la Basse- Autriche, la Galicie (Szpilmann), le Tyrol, le duché de Salzbourg.

On retrouve l’affection en Italie, dans la Lombardie, la Vénétie, l’Emilie, la Toscane et sur toute la chaîne de l’Apennin. Elle sévit encore dans la Grande-Bretagne, en Écosse notamment, en Danemark, et, peu gravement semble-t-il, en Norvège et en Suède.

En Russie , le charbon symptomatique reste généralement confondu

SYMPTÔMES

avec la fièvre charbonneuse. Romanoff, qui l’observe dans le gouvernement de Perm, estime qu’il correspond à la maladie appelée « Karasan » par les Kirghises.

En Asie, le charbon symptomatique est signalé dans l’Inde anglaise.

En Afrique , il sévit en Algérie et dans les colonies du sud (Cap et Natal). Dans le Transwaal, le charbon atteint en moyenne 10-25 p. 100 et jusqu’à 50 p. 100 des jeunes animaux (Theiler). En 1881, il est introduit dans les possessions allemandes du sud-est par les chameaux destinés aux troupes du protectorat.

Dans Y Amérique du Nord , l’affection est connue dans le Canada et dans le Missouri ; Y Amérique du Sud est envahie au Chili.

C’est à coup sûr par milliers que se comptent les bovidés atteints et c’est par millions que se chiffrent les pertes annuelles ; mais les quelques renseignements statistiques obtenus sont trop incomplets pour permettre une évaluation précise.

11 est à remarquer que le charbon est entretenu dans les régions incultes et que les modifications apportées dans le régime des sols suffisent parfois pour faire disparaître la maladie. En Danemark, la fréquence du charbon symptomatique n’a cessé de diminuer en ces cinquante dernières années, et ce résultat paraît lié à l’extension des cultures, ainsi qu’au dessèchement des prairies submergées (1).

Page 1