‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 66 sur 169 · III. — Diagnostic · texte numérisé non relu

III. — Diagnostic

a) Diagnostic sur l'animal vivant. — I. Charbon chez les bovidés. — Le diagnostic est possible dès les premiers instants, lors du développement primitif de la tumeur en une région explorable. 11 reste incertain alors que celle-ci ne se développe qu’après un certain temps ou qu’elle évolue profondément. A une période avancée, les caractères des tumeurs ne laissent plus de doute sur la nature de l’infection.

La lièvre charbonneuse est différenciée par les caractères des tumeurs, œdémateuses à toutes les périodes, par le timbre des bruits du cœur et par l’altération du sang. — La forme œdémateuse de la septicémie hémorragique est également caractérisée par l’aspect des tumeurs ; la localisation pulmonaire est dénoncée par la constatation des accidents locaux.

L’évolution d’un type suraigu chez les vaches, dans les quelques jours qui suivent la parturition, simule la (lèvre vitulaire. La présence des tumeurs, ou tout au moins des zones emphysémateuses, assurerait le diagnostic différentiel.

IL Charbon chez le porc. — La forme pharyngée simule la fausse angine de la fièvre charbonneuse ; la distinction sera basée sur la présence de l’emphysème, indiquée par la crépitation et par la résonance. Les autres localisations seront reconnues également d’après les caractères de la tuméfaction.

b) Diagnostic sur le cadavre. — 1. Diagnostic clinique. — La constatation des tumeurs spécifiques donne des indications suffisantes sur la nature des lésions observées. La dégénérescence des muscles, cuits, secs, ecchymosés et noirs dans les parties centrales, l’œdème périphérique, la présence des vacuoles creusées par les gaz... sont des signes évidents. Dans les formes à évolution rapide, la tumeur pourra manquer et la rate se montrer un peu grosse, noireet diffluente, mais l’on rencontre des lésions caractéristiques dans certaines régions, ecchymoses sous-cutanées et altérations musculaires diffuses.

Un autre caractère, non constant, mais précieux quand le diagnostic doit être porté d’après l’examen d’une partie du cadavre seulement, consiste en une odeur de beurre rance, dégagée par les muscles dans le voisinage des lésions spécifiques. Signalée et étudiée par Nocard et Moulé (1), cette altération se retrouve

(1) Nocard et Moulé. Les viandes à o leur de beurre rance. Bulletin de la Soc. centr de méd. vétér., 1889, p. G7.

CHARBON SYMPTOMATIQUE

fréquemment dans les cadavres des animaux affectés de charbon symptomatique. Bien qu elle ne soit pas absolument exclusive à cette maladie, elle constitue toujours une forte présomption,’ qui doit être contrôlée par la recherche des lésions ou par le diagnostic expérimental.

II. Diagnostic expérimental. — En quelques cas, le diagnostic ne pourra être porté sûrement par la seule observation clinique. Il en sera ainsi notamment lors de mort rapide, survenant à la suite de lésions intestinales ou épiploïques. D’autre part, il sera nécessaire parfois de déterminer la nature de l’infection d’après l’examen de quelques organes seulement, en l’absence des altérations propres.

Les méthodes du diagnostic expérimental indiquées dans ce cas comprennent l’inoculation et l’examen bactériologique.

L'inocalcition est pratiquée avec le produit de raclage des muscles altérés, du foie, des ganglions... recueilli sur des coupes fraîches, dans la profondeur des organes (1). L’inoculation est pratiquée sur le cobaye, dans la profondeur des muscles de la cuisse. S’il s’agit du charbon symptomatique, l’animal montrera, après quelques heures, une tumeur au point d’inoculation; il mourra en vingt-quatre ou quarante-huit heures, avec des lésions musculaires caractéristiques dans la région inoculée.

L’inoculation permettra de différencier facilement le charbon symptomatique de la fièvre charbonneuse. Dans ce but, on inoculera les matières recueillies au cobaye et au lapin ; alors que le cobaye succombera seul, lors de charbon bactérien, les deux sujets seront tués par la bactéridie et ils présenteront à l’autopsie des lésions significatives.

L 'examen bactériologique est également simple. Un fragment du muscle altéré est frotté sur une lamelle qui est séchée et colorée au bleu de Loffler. On voit, à un grossissement de 500 diamètres, des bactéries sporulées de formes variées (massue, fuseau, raquette...).

(1) Technique de l'inoculation. — Les produits, recueillis avec un bistouri propre, sont broyés dans un mortier, d'abord à sec, puis après addition de quelques gouttes d'eau bouillie. La pulpe obtenue est passée à travers un linge et un demi-centimètre cube est inoculé avec la seringue de Pravaz.

On a soin de faire bouillir, au préalable, pendant cinq minutes environ, le mortier, le linge, le verre destiné à recevoir le liquide filtré et la seringue. Celle-ci est stérilisée immédiatement après l’opération , par une immersion de vingt minutes dans l'eau bouillante.

ÉTIOLOGIE.

Étiologie. — Étude expérimentale.

Matières virulentes. — Localisée pendant les premières périodes de la maladie dans les tumeurs spécifiques, la virulence s’étend peu à peu et la généralisation est complète au moment de la mort.

Toutes les parties de la tumeur charbonneuse, les œdèmes périphériques, les ganglions lymphatiques renferment le virus en abondance. Les épanchements des séreuses, la rate, le foie, les reins, le poumon... se montrent également virulents. La bile, l’urine (Kitt), le lait, l’humeur aqueuse, le sperme (Galtier) renferment le virus. Le contenu de l’intestin est presque toujours virulent.

Le sang n’est envahi par les microbes que dans les dernières périodes de la maladie; le plus souvent, les germes sont en trop petit nombre pour être décelés par un examen direct immédiat. Mais si l’on recueille du sang dans une pipette effilée, et qu’on laisse celle-ci à une température de 37°, pendant vingt-quatre heures, on trouve la colonne sanguine brisée par le développement des gaz dus à la culture des microbes et ceux-ci se rencontrent facilement.

Réceptivité. — La réceptivité à l’égard du Baclerium Chauvœi est limitée à quelques espèces domestiques seulement.

Le bœuf et le mouton contractent la maladie, soit par infection naturelle, soit à la suite de l’inoculation (1)." La chèvre peut aussi être infectée, mais son aptitude est moindre que celle du mouton. Le porc , réfractaire à l'inoculation de la bactérie des bovidés, contracte une forme spéciale de la maladie, et celle-ci est transmise par l’inoculation. Le cheval et Y une adultes sont à peu près complètement réfractaires ; on n’observe, à la suite de l’inoculation dans les muscles, qu’une tuméfaction locale qui disparaît en quelques jours. Le chien et le chat possèdent une immunité absolue.

Parmi les petits animaux, le cobaye presque seul est sensible à l’action du virus ; l’inoculation dans les muscles de la cuisse le tue sûrement en vingt-quatre ou quarante-huit heures. Le rat blanc pourrait aussi être infecté expérimentalement (Rogowitsch). Le lapin, le ral, la poule, le canard , le pigeon... sont réfractaires.

L’Age possède une influence assez nette quant à la réceptivité. Chez les bovidés, la maladie naturelle est rarement observée chez

(1) Le mouton est le plus sensible de tous les animaux à l’action du virus inoculé ; son prix seul empêche de le substituer au cobaye comme réactif ordinaire.

Nocard et Leclainche. — 2e édit.

CHARBON SYMPTOMATIQUE

les animaux âgés de moins de cinq à six mois; ceux-ci résistent à des inoculations virulentes qui tuent les adultes dans la proportion de 90 p. 100. Cependant, dans les pays où les animaux sont sevrés de bonne heure, vers l’âge de six semaines à deux mois, beaucoup meurent du charbon avant le quatrième mois (Guillod et Simon). D’autre part, les observations recueillies par Detroye et Moulé établissent que l’infection est observée chez des veaux âgés de moins de trois mois, avant qu’ils aient été sevrés (1). L’immunité inhérente à l’âge est donc relative, au moins en ce qui concerne les modes de l’infection naturelle (2).

Les bovidés âgés de plus de quatre ans, entretenus dans les régions où règne la maladie, sont presque sûrement à l’abri de la contagion. Dans le Bassigny, Thomas n’a jamais vu le charbon frapper un animal adulte né et élevé dans le pays. 11 est remarquable que l’immunité n’est assurée qu’aux animaux élevés dans les pays à charbon et que les bêtes âgées importées contractent facilement la maladie. Cette constatation, bien établie, démontre que la résistance de l’organisme est due, non à l'influence de l’âge, mais plutôt à une vaccination accidentelle par une infection’ avortée. D’après Arloing, Cornevin et Thomas, il est probable « que la plupart des jeunes animaux qui vivent dans un milieu infecté s’inoculent spontanément avec des doses très diverses de virus ; ceux qui s’inoculent avec une dose forte contractent une maladie mortelle, tandis que ceux qui s’inoculent une dose minime prennent une maladie bénigne, avortée, suffisante toutefois pour leur conférer une immunité d’abord légère, mais susceptible d’être renforcée par des inoculations ultérieures ; si bien que lorsqu’ils sont arrivés à l’âge adulte, ils possèdent une immunité plus ou moins grande, proportionnelle à l’imprégnation virulente qu’ils auront éprouvée ». Cet état d’immunité a été expérimentalement constaté, sur des bovidés âgés de deux ans et demi seulement.

Les constatations de Brémond tendent à montrer que la réceptivité varie suivant la race des animaux. Le bétail algérien présente une résistance relative à l’infection ; il supporte sans inconvénient

(1) Detroye et Moulé. Le charbon symptomatique chez les jeunes veaux. Bull, de la Soc. centr. de méd. vét., 1892, p. 679.

(2) MM. Arloing, Cornevin et Thomas expliquent ainsi la moindre réceptivité des jeunes sujets : « Il est probable que le régime auquel est soumis le veau à la mamelle et pendant le sevrage, lorsqu’il se nourrit aux dépens de sa propre substance, intervient pour une large part dans ces résultats, puisque l’immunité diminue et disparaît à mesure que les jeunes bovidés deviennent iranchement herbivores. »

ÉTIOLOGIE. 275

l’inoculation unique du deuxième vaccin, pratiquée dans la région de l’épaule.

En dehors de ces influences, il est certain, à priori , que de nombreuses conditions individuelles modifient la réceptivité, mais celles-ci sont complètement indéterminées.

Modes de l’infection naturelle. — Le mécanisme de la contamination naturelle est seulement soupçonné.

L’ensemencement des sols par les cadavres et par les déjections s’opère sans doute comme pour la fièvre charbonneuse. Dans les couches superficielles « le virus, qui ne peut se dessécher complètement et rapidement, s’atténue, s’affaiblit assez vite, sous l’influence de l’air et de la lumière, et peut-être aussi attaqué par quelques-uns des microbes qui pullulent dans le sol..., puis il disparaît entièrement » (Arloing, Cornevin et Thomas). Si le virus est déposé plus profondément, par suite de l'enfouissement du cadavre ou de toute autre circonstance, la conservation, à l’abri de l’air et de la lumière, sera beaucoup plus longue.

La résistance considérable de la spore permet de prévoir sa conservation indéfinie dans les terrains, après souillure de ceuxci par les cadavres ou par les déjections virulentes. Golli (1885) a démontré la présence de la bactérie dans un pré faisant partie d’un domaine où le charbon symptomatique n’avait pas été constaté depuis plusieurs années. Pollet (1895) signale la persistance de germes virulents dans des terres souillées, trente-cinq ans auparavant, par l’enfouissement de cadavres charbonneux.

Comme pour la bactéridie, l’hypothèse d’une vie saprophytique du microbe, dans la profondeur de certains sols (vie anaérobie), est admissible. Il est probable que la bactérie se trouve abondamment répandue en divers terrains, en dehors même d’une contamination antérieure par les cadavres. La localisation de l’infection à quelques localités se trouverait naturellement expliquée par la coexistence des conditions de milieu nécessaires pour la conservation et la pullulation des germes. Les observations de Strebel tendent à établir que la théorie du « Grundwasser » est applicable au charbon symptomatique.

C’est par les aliments que les bovidés sont infectés. Comme pour le charbon bactéridien, certains pâturages sont particulièrement dangereux et la contamination s'opère sur des animaux laissés àfétable.

maisnourrisavec des fourrages provenant delocalités contaminées (1).

(1) L'immunité — toute relative — des veaux à l’infection naturelle est suffisamment

CHARBON SYMPTOMATIQUE

Kitt insiste sur le rôle des déjections virulentes; les excréments, rejetés en abondance pendant les dernières périodes de la maladie, renferment des bactéries et l’urine est également virulente. Les souillures, directes ou indirectes, des aliments ou des sols exposent à de nombreuses chances d’infection (1).

L’hypothèse d’une inoculation directe à travers la peau est généralement admise (Feser, Hess,...) ; elle serait déterminée par l’action vulnérante de corps souillés par le virus; telles, les piqûres de l’aiguillon, les morsures des chiens qui ont ingéré des débris virulents, les blessures par les corps durs pendant le décubitus. La souillure de plaies préexistantes, par la terre ou par les poussières chargées de germes, produirait les mêmes effets. Il semble cependant que la localisation des tumeurs est déterminée par une action indirecte d’un traumatisme sur les tissus (V. Pathogénie), plutôt que par une pénétration directe du contage. Ainsi s’expliquerait la fréquence des tumeurs dans les points qui reposent sur le sol pendant le décubitus et dans les régions plus particulièrement exposées à des heurts de toute espèce.

Modes de la pénétration du virus. — L 'inoculation intraculanèe, avec la lancette, donne des résultats peu constants sur le cobaye et le mouton ; tantôt elle n’est suivie d’aucun accident, tantôt une infection générale mortelle se produit, sans que des lésions locales soient observées.

L 'inoculation sons-cutanèe ou intra-mus cula ire détermine des accidents locaux caractéristiques chez le bœuf, le mouton ou le cobaye. Un œdème chaud se développe, rapidement envahissant, de la crépitation apparaît et une tumeur emphysémateuse caractéristique évolue.

L’inoculation virulente pratiquée sous la peau, dans une région où le tissu conjonctif est dense et peu abondant, ne détermine que des accidents sans gravité. On peut inoculer impunément, à l’extrémité de la queue, des doses de virus qui tueraient à coup sûr si elles étaient introduites en d’autres régions. Cette immunité locale n’est pas complète cependant ; avec de grosses doses, on provoque des accidents généraux et une élévation de la température; « au fur et à mesure qu’on monte vers la base de la queue,

expliquée par ce seul fait. Les animaux atteints avant le sevrage ont pu être contaminés à l’étable par la déglutition de quelques brins de fourrages souillés, et au pâturage par l’ingestion, directe ou indirecte, de parcelles de terre.

(1) Kitt. lïeitrüge zur Kenntniss des Rauschbrandes und dessen Schutzimpfungen. Deutsche Zeitschr. fur Thiermed., t. XIII, 1887, p. 267.

PATHOGÉNIE. . 277

les chances d’infection générale et de production de tumeurs symptomatiques augmentent ».

La muqueuse digestive est apte à la pénétration du virus; l’infection expérimentale est obtenue par ce mode, à cette condition de faire ingérer un virus fort. Il est probable que les plaies de la muqueuse et toutes les altérations qui diminuent la résistance locale des tissus favorisent la contamination.

Les voies respiratoires sont peu favorables à l’envahissement de l’organisme. Chez le mouton, l’injection intra-trachéale d’un liquide virulent (pulpe musculaire) ne provoque qu’un état de malaise passager et elle confère l’immunité.

L inoculation intra-veineuse de doses massives de virus (jusqu’à 6 c.c., de suc musculaire) ne provoque qu’une maladie avortée, sans tumeur. « Les inoculés présentent des frissons, de la tristesse, de l’inappétence et de la fièvre; leur température peut monter jusqu’à 1°,9 au-dessus de la température normale; mais ces symptômes généraux ne durent que deux ou trois jours. Après leur disparition, qui arrive plutôt chez le taurillon et le mouton que chez la chèvre, les sujets se montrent réfractaires aux effets d'inoculations ultérieures » (Arloing, Gornevin et Thomas). Quelques sujets, les moutons notamment, succombent cependant à l’injection intra-veineuse de grandes quantités de virus, tantôt à une forme exclusivement septicémique, tantôt avec des altérations musculaires étendues.

Pathogénie. — L’envahissement de l’organisme s’opère d’après des procédés différents, suivant le mode de la pénétration du virus.

Si le microbe est importé directement dans le tissu conjonctif sous-cutané, à la suite d’une effraction à travers le tégument, il pourra cultiver sur place et les tumeurs précéderont l’infection générale ( charbon essentiel de Chabert). Chez les bovidés inoculés sous la peau, les premiers signes de maladie apparaissent de seize heures à cinq jours après l’inoculation, en moyenne après 30- 48 heures. A la suite de la pénétration par la muqueuse digestive ou respiratoire, les microbes sont entraînés plus ou moins directement dans le sang (?).

L’étude des conditions dans lesquelles la sortie des vaisseaux et la culture dans les tissus sont rendues possibles est complexe: les résultats expérimentaux acquis n’éclairent qu’en partie la question. On sait que les bactéries renfermées dans le sang sont

CHARBON SYMPTOMATIQUE

rapidement englobées et détruites par les leucocytes ou par les endothéliums ; c’est seulement si leur nombre est trop considérable, ou encore s’il existe une brèche endothéliale en un point, que des germes libres pénètrent dans les tissus. Si l’on vient à déterminer, après une injection intra-veineuse chez le mouton, une hémorragie intra-musculaire ou sous-cutanée, on voit une tumeur apparaître au niveau du traumatisme (Arloing, Cornevin et Thomas). Il est probable que l’infection accidentelle est provoquée par des causes occasionnelles banales, agissant sur des animaux qui hébergent momentanément les microbes dans leurs vaisseaux. Les traumatismes favoriseront l’ensemencement des tissus, soit en déterminant des déchirures musculaires, soit simplement en provoquant une immigration tumultueuse des leucocytes et des microbes à travers les parois vasculaires.

Les bactéries issues des vaisseaux doivent encore se trouver dans un milieu favorable. Ce terrain d’élection est fourni à peu près exclusivement par le tissu musculaire. Le Bacterium Chauvœi agit localement en provoquant une paralysie des vaisseaux et une désorganisation de leurs parois, suivies d’un exsudât séreux et de l’issue des leucocytes et des globules rouges. Les recherches de Rogowitsch (1), sur l’histogenèse des lésions, montrent nettement les modes de Tact on locale du bacille. Trois heures après l'inoculation intra-musculaire, on constate déjà, au niveau du foyer, un afflux de leucocytes polynucléaires et un œdème périphérique. Le développement des bactéries est rapide; après 20-30 heures, elles sont abondantes dans le tissu cellulaire inter-musculaire et dans le périmysium. Les microbes déterminent non seulement des troubles vasculaires aboutissant à l’exsudation séreuse, mais aussi des hémorragies interstitielles, par rupture des parois vasculaires. Souvent l’œdème est sanguinolent et l'on rencontre les bacilles dans les gaines et dans les parois vasculaires. La phagocytose s’exerce activement au niveau des exsudais; les cellules renferment des amas de bactéries granuleuses, en voie de dégénérescence (Piana et Galli-Valerio).

La culture du Bacterium Chauvœi dans les tissus détermine une fermentation véritable ; anaérobie, le microbe emprunte à la substance des éléments anatomiques l’oxygène qui lui est nécessaire et il réduit les matières albuminoïdes. C’est au résidu gazeux de la fermentation que les tumeurs doivent leur aspect emphyséma-

(1) Rogowitsch. Zur Kenntniss der Wirkung des Rauschbrandbacillus auf die thierischen Organismus. Ziegler’s Beitrage zur path. Anat. und zur allg. Path., t. IV, 1888.

PATIIOGÉNIE.

teux caractéristique. La composition du mélange gazeux est variable; Arloing l’a trouvé formé en quasi-totalité par de l'acide carbonique, associé à une très faible quantité de gaz des marais ; Roux a rencontré de l’acide carbonique et de l’hydrogène en parties égales. D’après Tappeiner, la composition centésimale est la suivante : 13,15 GO1 2 3, 76,51 11 et 10,34 Az. D’autre part, Nencki (1) pense que les accidents locaux sont dus, non seulement au Bacterium Chauvœi, mais encore à d’autres microbes et parmi eux à un véritable ferment, le Micrococcus acidi paralactici. La diversité des résultats fournis par l’analyse serait expliquée par la variabilité de la llore microbienne (2).

Pendant que s'opère la pullulation locale au niveau des tumeurs, les bacilles diffusent dans tout l’organisme, cultivent abondamment en certains milieux et envahissent la grande circulation à la période ultime de l’évolution. Le passage des bactéries de la mère au fœtus est la règle chez la brebis et chez le cobaye. Le fœtus présente des lésions étendues, avec infarctus musculaires et œdèmes; le sang renferme les bacilles.

La culture des bactéries dans les tissus est fonction à la fois de la virulence des microbes et de la résistance du milieu organique. Chez le cobave, réactif très sensible, l’inoculation dans les musclés d’un virus atténué ne provoque que de l’œdème interstitiel et un afflux de cellules migratrices. Chez le lapin, animal résistant, l’immunité naturelle est vaincue par différents procédés.

Certains résultats expérimentaux permettent de préciser les conditions de l’infection. Arloing a montré qu'un virus affaibli, incapable de tuer le cobaye, devient sûrement mortel si l’on additionne la matière virulente d'une petite quantité d’acide lactique (1/2 c.c. d’une solution à 1 p. 5). Nocard et Roux (3) ont établi ensuite que l’on obtient par le même procédé l’infection du lapin, animal normalement réfractaire ; l’acide agit en altérant la vitalité des cellules ou, plus exactement, en modifiant les conditions de la défense locale; l’acide acétique, le lactate de potasse, le sel marin, l’alcool étendu,... possèdent les mêmes propriétés. Le simple traumatisme produit des effets identiques, et cette importante constatation permet

(1) Nencki. Untersuchungen über die Zersetzung des Eiweisses durch anaërobe Spaltpilze. Sitzungb. d. Rais. Akad. d. Wissensch. in Wien., t. XCVI1I, 1889.

(2) Consulter sur l’étude des fermentations dues au Bacterium Chauvœi : Arloing. C. R. Ac. des sciences, t. CI1I, 188G, p. 12G8. — Bovet. Des gaz produits par la fermentation anaérobienne . Annales de micrographie, t. II, 1890, p. 323.

(3) Nocard et Roux. Sur la récupération et l'augmentation de la virulence de la bactérie du charbon symptomatique. Annales de l’Institut Pasteur, t. I, 1887, p. 257.

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d’interpréter, par une moindre résistance des tissus lésés, la localisation habituelle des tumeurs du charbon accidentel dans les régions exposées aux contusions (décubitus) et aux blessures.

L’association de la bactérie spécifique à des microbes non pathogènes, comme le Microbacillus prodigiosus, le Proleus vulgaris suffît à vaincre l’immunité naturelle du lapin (Roger); l’infection est favorisée par l’action sidérante qu’exercent sur les phagocytes les produits de sécrétion du microbe associé. Cette action n’a rien de spécifique ; Duenschmann a vu que le Microbacillus prodigiosus, qui favorise l’infection chez le lapin, l’empêche au contraire chez le cobaye, en excitant chez lui l’action phagocytaire.

Il semble que les associations microbiennes soient fréquentes dans les tumeurs symptomatiques des bovidés. Ivitt déclare que l’on rencontre, dans les tissus envahis, non seulement la bactérie spécifique, mais encore d’autres microbes. Nocard et Moulé ont étudié l’une des symbioses les plus ordinaires.

La bactérie du charbon symptomatique sécrète des matières solubles qui favorisent l’infection par une action générale exercée sur l’organisme. L’inoculation simultanée du lapin, dans la chambre antérieure de l’œil et dans les muscles, est suivie de l'infection. Celle-ci est due aux produits sécrétés dans l’humeur aqueuse, car l’on obtient le même résultat si l’on injecte, dans les veines du lapin inoculé dans les muscles, un à deux centimètres cubes de sérosité virulente filtrée sur porcelaine (Roger).

Cette action toxique et prédisposante exercée par les produits solubles dans le charbon symptomatique est toute passagère ; elle n’est plus appréciable après vingt-quatre heures, et c’est une action antitoxique et immunisante qui est exercée (V. Immunisation).

Résistance du virus. — La résistance du virus du charbon symptomatique a été complètement étudiée parArloing, Cornevin et Thomas (1).

La dessiccation ne modifie en rien la virulence. « Le virus exprimé d’une tumeur charbonneuse, desséché rapidement à la température de 32° à 35°, conserve pendant plus de deux ans une activité considérable et toujours identique à elle-même. Le microbe desséché oppose aux causes de destruction une résistance bien supérieure à celle du virus frais. »

(1) Voir aussi : Sanfelice. Délia influenia degli agenli ftsico-chimici sugli anaërobi patogeni del terreno, Annali d'igiene sperim., et Centralbl. fur üakter., t. XVI, 1894, p. 258.

RÉSISTANCE DU VIRUS

Dans un milieu saturé d’ humidité ou dans l’eau, à la température ambiante, le virus s’atténue, « mais d’une façon extrêmement variable, qui tient peut-être en partie à la composition chimique des eaux. Il arrive que l’on n’obtient rien par des inoculations faites après cent vingt heures de séjour dans l’eau ; d’autres lois, la virulence s’est prolongée trois mois et plus ».

La putréfaction ne détruit que lentement la virulence; on peut obtenir l’infection avec des muscles abandonnés pendant six mois à l’air libre.

L’action de la chaleur a des effets différents suivant qu’elle s’exerce sur du virus frais ou sur du virus desséché. Le virus frais n’est pas altéré sensiblement par des températures inférieures à 65°; à partir de 65°, il se produit un affaiblissement proportionnel à la durée du chauffage. La virulence est complètement détruite si l’on chauffe à 70° pendant deux heures vingt minutes, h 80° pendant deux heures, à 100° pendant vingt minutes. Dans ce cas, il n’y a pas eu atténuation et transformation du virus en vaccin, car les sujets inoculés succombent lorsqu’ils reçoivent le virus fort. La simple projection d’eau bouillante sur le virus ne suffit pas pour le détruire; l’immersion dans l’eau bouillante des tubes qui le contiennent assure la stérilisation en deux minutes.

Le virus desséché résiste mieux encore à l’influence de la chaleur. « Quand on expose dans une étuve le virus desséché, soit après l’avoir légèrement hydraté, soit après l’avoir mélangé à de l’eau, l’expérimentation montre qu’il faut maintenir l’étuve à 85°, pendant six heures, pour obtenir une diminution d'activité sensible... En chauffant pendant le même laps de temps à 90°, 95°, 100° et 105° on obtient des virus de plus en plus affaiblis » (Arloing, Cornevin et Thomas). Le contage n’est sûrement tué qu’après un chauffage à 110°, prolongé pendant six heures. Dans l’eau bouillante, le virus sec n’est détruit qu’après deux heures au moins. Dans un milieu saturé de vapeur d’eau surchauffée à 110°, la stérilisation est obtenue après quinze ou vingt minutes.

L’action du froid est nulle. La congélation du suc musculaire, prolongée pendant deux jours, n’altère en rien la virulence. La même matière, soumise à des températures de — 70 à 76° pen-

dant quatre-vingt-huit heures et de — 120 à — 130° pendant vingt heures, a conservé toutes ses propriétés et tue le cobaye en quinze heures.

L’étude de l’action des antiseptiques sur la spore est des plus

CHARBON SYMPTOMATIQUE

intéressantes. Les diverses substances ont des effets différents suivant qu’elles agissent sur le virus frais ou sur le virus desséché. L’acide oxalique, le permanganate de potasse à 1 p. 20, le chlore, le sulfure de carbone, les vapeurs d’essence de thym et d’eucalyptus, qui tuent le virus frais après quarante-huit heures de contact, restent sans action, dans les mêmes conditions, sur le virus desséché. La même étude montre encore que la plupart des antiseptiques n’ont de valeur qu’à l’égard de tel ou tel virus, et que, parmi les plus répandus, certains restent sans action sur XeBaclerium Chauvœi à l’état frais; ainsi, l’alcool phéniqué à saturation, la chaux vive et l’eau de chaux, l’iodoforme en poudre ou en solution alcoolique saturée, le chlorure de zinc, l’essence de térébenthine, l’acide sulfureux, l'hydrogène sulfuré, laissent persister la virulence après quarante-huit heures de contact. Par contre, d’autres substances se montrent très efficaces, quel que soit l’état du virus; à leur tête se place « le sublimé corrosif dont la solution à 1 p. 5000 est encore anti-virulente; le nitrate d’argent qui, à 1 p. 2000, est sûrement dans le même cas, qui, à 1 p. 5000, a une action sur laquelle on ne peut compter avec sécurité, et qui, à 1 p. 10 000 est impuissant; l’acide salicylique, actif dans ses solutions jusqu’à 1 p. 1000, est impuissant à 1 p. 2000; le thymol et l’eucalyptol, dont les solutions à 1 p. 800 sont très efficaces; puis vient l’acide phéniqué qui, en solution aqueuse à 2 p. 100, est efficace et dont le bas prix doit faire un des désinfectants ordinaires (1) ». (Arloing, Cornevin et Thomas.)

D'après Sanfelice, les antiseptiques de choix sont les sels de potasse et, en second lieu, l’alun et le sulfate de fer.

Di Mattéi (2) a étudié la résistance des spores dans les viandes infectées. Des fragments de tumeur, conservés dans du papier, sans précaution spéciale, sont encore virulents après dix années. Dans la viande sèche, la virulence est détruite à 70° en vingt-quatre heures, à 80° en dix-huit heures, à 905 en six heures, à 100° en une heure, à 110° en cinq à dix minutes. Les spores sont tuées par le sublimé à 2 p. 1000 : dans le bouillon de viande en dix minutes, dans la viande fraîche en trente minutes, dans la viande sèche en une heure.

(1) La solution alcoolique d'acide phéniqué perd, au contraire, tout pouvoir antiseptique, même lorsqu’elle est employée à saturation. « Koch a déjà constaté pour d’autres virus à spores un fait analogue. Par contre, l’acide salicylique et la naphtaline, dissous dans l’alcool, conservent toute leur puissance antiseptique. »

(2) Di Mattéi. Virulenza de Ile spore del carbonchio sintomatico nelle carni infetle . Annali dell’ Istit. d’igiene sper. di Roma, t. IV, 1895, p. 497.

IMMUNISATION.

Modifications expérimentales de la virulence. — L’atténuation de la virulence du charbon symptomatique a été obtenue, par Arloing, Cornevin et Thomas, avec divers procédés expérimentaux. Elle est réalisée par l’action des substances antiseptiques, par les cultures successives, par l’action de la chaleur sur le virus frais, par l’action de la chaleur sur le virus dessèche.

1° Action des antiseptiques. — La plupart des antiseptiques capables de tuer le virus n’exercent leur action que lentement, en affaiblissant progressivement le pouvoir pathogène du microbe. En graduant le temps de contact et le titre « de certaines solutions antiseptiques (acide phénique, acide salicylique, sublimé, nitrate d’argent, galactose...) on arrive à préparer des vaccins, à l’aide desquels on peut pratiquer des inoculations prophylactiques ».

2° Action des cultures successives. — « Le microbe du charbon symptomatique, comme la plupart des microbes anaérobies, perd assez rapidement son activité lorsqu’on le fait passer à travers une série de cultures. » Les cultures successives opérées à 38-40°, dans le sérum sanguin, « et principalement dans les bouillons de veau et de poulet, addi donnés de sulfate de fer et de glycérine, comme milieux, en présence de l'acide carbonique », fournissent des virus atténués qui pourraient donner des vaccins.

3° Action de la chaleur sur le virus frais. — Le chauffage du virus à une température de 65°, prolongé au delà de trente et de soixante minutes, permet d’obtenir un certain degré d’atténuation. D’autre part, le virus frais « enfermé dans un tube de verre de la grosseur d’une plume à écrire, exposé pendant une heure quarante-cinq minutes, à l'intérieur d’une étuve réglée à 70°, prend des propriétés vaccinales ». L’expérience montre toutefois que ce procédé est d’une application assez délicate et le suivant est de beaucoup plus sûr dans ses résultats.

4° Action de la chaleur sur le virus desséché. — « Le virus desséché peut être chauffé à 85, 90°, sans rien perdre de son activité. Mais si on l’humecte avant de le soumettre à l’étuve, on constate qu'une exposition de six heures à la température de 90° lui enlève une partie de son énergie. » L’atténuation est d’autant plus marquée que le temps du chauffage est plus prolongé. D’autre part, le virus supporte des températures plus élevées, et, pour un même temps de chauffage, l’atténuation sera en raison directe de cette élévation thermique. En soumettant les virus à des températures comprises entre 85° et 105°, pendant des temps variables, on obtiendra toute une échelle de virulence, dans laquelle des virus- vaccins pourront être choisis.

C’est par cette dernière méthode que sont préparés les vaccins actuellement employés.

Immunisation. — L’immunisation à légard du charbon symp-

CHARBON SYMPTOMATIQUE

tomatique est obtenue : a) par certains modes de l’inoculation du virus fort; b) par l’inoculation de virus atténués; c) par les produits solubles dus à la vie du microbe; d) par le sérum des animaux rendus réfractaires.

1. Inoculations virulentes. — L’injection intra-veineuse du virus constitue un premier mode d’immunisation. Les bovidés peuvent recevoir sans danger 4-6 centimètres cubes de sérosité virulente extraite d’une tumeur; le mouton supporte bien 1-2 centimètres cubes. « Les inoculations déterminent quelquefois des frissons, toujours de la tristesse, de l’inappétence et de la fièvre; la température s’élève de 1-2° au-dessus de la normale; mais ces troubles généraux ne durent que deux ou trois jours, et, après leur disparition, les sujets se montrent réfractaires à des inoculations ultérieures dans le tissu conjonctif. »

L’inoculation est faite dans la jugulaire, après dissection de la veine (Arloing), ou, plus simplement, par une simple ponction avec un trocart à double canule (Nocard). L'opération présente cependant de réels inconvénients; la souillure accidentelle du tissu conjonctif de la région provoque l’évolution d’une tumeur extrêmement grave en raison de son siège; d’autre part, l’inoculation est suivie, chez quelques animaux, de l’évolution complète du charbon.

L’injection intra-trachéale a les mêmes effets que l’injection intra-veineuse, mais elle présente aussi les mêmes inconvénients et elle reste une opération de laboratoire.

La pénétration dans le tissu conjonctif sous-cutané d’une très faible quantité de virus peut encore conférer l’immunité; toutefois, il est difficile de déterminer et de doser la matière nécessaire pour obtenir ce résultat. Arloing, Cornevin et Thomas ont réalisé la vaccination par ce mode à plusieurs reprises. L’inoculation pratiquée dans une région peu apte à l’évolution du virus diminue les chances d’accidents. Thomas a obtenu des résultats favorables en insérant dans le tissu conjonctif sous-cutané de l’extrémité de la queue, à la façon d’un séton, une mèche imprégnée de virus naturel.

IL Immunisation par les virus atténués. — L’inoculation de virus atténués permet de conférer l'immunité avec beaucoup plus de sécurité. Arloing, Cornevin et Thomas préconisent l’emploi de deux vaccins, obtenus parle chauffage du virus naturel préalablement desséché.

Le virus est tiré directement des muscles envahis par le microbe; on triture un morceau de tumeur dans un mortier, en ajoutant

IMMUNISATION.

quelques gouttes d’eau; on filtre à travers une mousseline fine, puis le liquide est étalé, en couche mince, sur une assiette ou une lame de verre et porté à l’étuve, à 37°. Après dessiccation, on obtient, par le raclage, une poudre brune qui conserve indéfiniment ses propriétés virulentes.

Pour préparer les vaccins, on mélange une partie de poudre à deux parties d’eau et le liquide obtenu, étalé en couche mince, est porté à l’étuve. Le premier vaccin est obtenu par le chauffage à une température de 100 à 104° pendant sept heures; le deuxième vaccin est obtenu par le chauffage à 90-94° pendant le même temps. Le résidu se présente sous la forme d’écailles brunes, formées par de l’albumine cuite qui renferme les spores; ces masses doivent être finement pulvérisées et tamisées avant que de servir aux inoculations vaccinales.

Ivitt (1) confère l’immunité par le même procédé, mais avec un seul virus atténué. Si l’on maintient la poudre virulente, préparée comme dans la méthode d’Arloing, Cornevin et Thomas, dans la vapeur d’eau à 98-100°, pendant cinq heures et demie à six heures, on obtient un virus qui peut être inoculé au mouton et au bœuf, à la dose de 2 centigrammes à 5 décigrammes de poudre, sans déterminer la mort. Le mouton inoculé sous la peau, en arrière de l’épaule, présente le lendemain de l’inoculation un léger œdème qui augmente un peu le deuxième et le troisième jour pour se résorber ensuite. Chez le bœuf inoculé de la même façon, il se produit seulement une tuméfaction œdémateuse persistant pendant quelques jours. Le vaccin ne tue même pas le cobaye; cependant, un certain degré de virulence est conservé, car l’on obtient l’infection du cobaye si l’on ajoute au liquide inoculé quelques gouttes d’acide lactique. L’immunité conférée aux bovidés par une seule inoculation est assez solide pour leur permettre de résister à une inoculation de virus fort.

Dans un travail plus récent, Ivitt (2) émet l'avis qu'il y a intérêt à utiliser pour la préparation des vaccins les cultures pures du Bacterium Chauuœi. Le suc musculaire employé jusqu’ici renferme des germes variés, qui peuvent résister à l’action des hautes températures employées pour l’atténuation, puis provoquer des accidents chez les inoculés ou modifier l’action des virus-vaccins.

(1) Kitt. Ueber Abschwàchung des Rauschbvandvirus durch stromende W'asserdiimpfe. Centralbl. fur Bakter., t. III, 1888, p. 572 et G05.

(2) Kitt. Ueber Rauschbrandschutzimpfung mit Reinculturen. Monatshefte fur Thierheilk . , t. V, 1893, p. 19.

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III. Immunisation par les toxines. — E. Roux(l) a montré que l’immunisation des cobayes à l’égard du charbon symptomatique est obtenue, comme pour la septicémie aiguë, par l’injection de liquides virulents (extrait des muscles et cultures) complètement dépourvus d’organismes vivants.

« Les cultures du charbon symptomatique dans le bouillon de veau sont chauffées, après quinze jours de séjour à l’étuve, dans l’autoclave à 115°. Le liquide ainsi stérilisé est injecté dans la cavité péritonéale des cobayes à la dose de 40 centimètres cubes. Ces injections sont répétées trois fois, à deux jours d’intervalle. Les animaux ainsi préparés résistent, le plus souvent, à l’inoculation, faite dans les muscles de la cuisse, avec un cinquième de centimètre cube de virus du charbon symptomatique, délayé dans l’acide lactique à 1 p. 5, tandis que les animaux témoins, inoculés en même temps, succombent quelquefois en moins de vingt-quatre heures.

«... Il est encore facile de rendre les cobayes réfractaires au charbon bactérien en leur injectant chaque jour, sous la peau, un centimètre cube de sérosité filtrée (2). Au bout de dix à douze injections, l’immunité est acquise.

«... Il serait d’un très grand intérêt de répéter ces essais de vaccination, sur le mouton et sur le bœuf. Le moment de les entreprendre sera venu lorsqu’on saura préparer les matières solubles vaccinales à l’état de pureté. » (E. Roux.)

Kitasato (1889) réalise l’immunisation du cobaye par l'injection de cultures chauffées à 80° pendant une demi-heure, et aussi par la simple inoculation d’une culture âgée de quinze jours et déjà très affaiblie. Il rapporte deux expériences dans lesquelles des cobayes nés de mères immunisées ont résisté aux inoculations virulentes.

Les ressemblances qui existent entre le vibrion septique et le Bacterium Chauvœi ont conduit E. Roux à rechercher si les cobayes qui ont l’immunité pour la septicémie l'ont aussi pour le charbon symptomatique, et inversement. 11 a vu que « les cobayes vaccinés pour la septicémie succombentau charbon symptomatique, tandis que ceux qui ont été rendus réfractaires à cette seconde maladie résistent souvent à l’inoculation du vibrion septique ».

(1) E. Roux. Immunité contre le charbon symptomatique conférée par des substances solubles. Annales de l’Institut Pasteur, t. II, 1888, p. 49.

(2) Cette sérosité est préparée avec les muscles envahis et le tissu cellulaire œdématié. Ces parties sont hachées, macérées dans leur poids d’eau et pressées. Le liquide qui s’écoule est filtré sur porcelaine. On obtient une sérosité rougeâtre, alcaline, albumineuse, qui peut se conserver sans altération.

TRAITEMENT

Duenschmann (1), qui a repris cette étude, a obtenu, en cultivant le microbe dans le vide, sur la viande hachée, un résidu renfermant les toxines et capable de tuer le cobaye à la dose de 2 centimètres cubes. La sérosité provenant des animaux tués * avec ce virus est très riche en toxine ; après filtration, elle tue le cobaye à la dose de 18 centimètres cubes. Les expériences montrent que la toxine ne vaccine pas le cobaye contre le virus vivant; les animaux qui la reçoivent paraissent, au contraire, plus sensibles aux inoculations virulentes. La sérosité filtrée provenant d’animaux qui ont succombé au charbon symptomatique est vaccinante, non parce qu’elle contient de la toxine, mais parce qu’elle renferme une substance préventive, qui existe également dans les humeurs des animaux immunisés (?).

IV. Sérothérapie. — Ivitt (2) obtient l’immunisation du mouton par l’inoculation de 40 c. c. de sérum provenant d’un autre mouton vacciné. Huit jours après, il résiste à une inoculation de suc musculaire virulent, qui tue un mouton témoin. Chez le cobaye, l’immunisation par le même procédé n’est pas réalisée.

Duenschmann produit un sérum immunisant, en renforçant l’immunité naturelle des lapins par des inoculations successives d’un virus renforcé. Les lapins ainsi traités donnent un sérum qui peut détruire la toxine in vitro ou atténuer ses effets dans un organisme. L’injection du sérum de lapin immunisé permet au cobaye de résister à une inoculation de virus ou de toxine qui tue les animaux témoins.

Non seulement, comme E. Roux l’a montré, les cobayes immunisés contre le charbon symptomatique résistent à l’inoculation du vibrion septique, mais le sérum des animaux réfractaires, mélangé au virus septique, neutralise son action.

Traitement.

« L’intervention est le plus souvent sans résultat. On a conseillé les fortes saignées, les scarifications profondes suivies de la compression des tumeurs, les applications froides, les lavages et arrosages avec les acides dilués, le vinaigre, l’alcool et surtout avec les solutions phéniquées fortes, les cautérisations avec le cautère

(1) II. Duenschmann. Élude expérimentale sur le charbon symptomatique et ses relations avec l'œcl'eme malin. Annales de l’Institut Pasteur, t. VIII, 1894, p. 403.

(2) Kitt. Ueber Rauschbrandschutzimpfung mit Reinculturen. .Monatshefte fur Thierheilk., t. V, 1893, p. 19.

CHARBON SYMPTOMATIQUE

chauffé à blanc, les injections intra-musculaires d’acide phénique à 5 p. 100. A l’inté rieur, on a donné sans succès les toniques, les antiseptiques, les acides (acide chlorhydrique, phénique, sulfurique) associés à des décoctions mucilagineuses, la teinture d’iode... L’excision de la tumeur provoque une vive douleur sans aucun avantage. Les incisions et les arrosages avec l’acide phénique à 5 p. 100 doivent être préférés.

« Walraff conseille d’appliquer une forte ligature à la base de la tumeur et de pratiquer ensuite des scarifications » (Hess).

Prophylaxie.

La prophylaxie comprend à la fois l’utilisation des méthodes de vaccination et l'emploi des mesures sanitaires propres à éviter l’infection.

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