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I. — Vaccination

L'injection intra-veineuse constitue un premier mode pratique de vaccination ; dès 1880, elle était employée avec succès, dans le Bassigny, par Arloing, Cornevin et Thomas. Cependant, les difficultés de la technique firent abandonner cette méthode dès que l’atténuation du virus fut obtenue.

En 1883, la vaccination par le virus atténué est tentée, avec un plein succès, en France et en Suisse; à partir de l’année 1884, son emploi s’étend progressivement dans les régions infectées et, à l’heure actuelle, elle est appliquée couramment dans toute l’Europe centrale. « La valeur de la vaccination, dit Kitt, n’est pas seulement une vérité expérimentale, mais ses résultats pratiques sont démontrés parla statistique... La mortalité, chez les animaux non inoculés, est cinq fois et demie plus grande que chez les vaccinés. » Encore cette appréciation est-elle des plus modérées, car la mortalité peut atteindre une proportion de 6 à 10 p. 100 chez les non-vaccinés. (Strebel.)

Plusieurs procédés de vaccination ont été successivement conseillés (1).

I. Procédé Arloing, Cornevin et Thomas. — On inocule à l’extrémité de la queue, deux vaccins d’énergie différente. La technique de l'opération est ainsi fixée :

(1) Voir les rapports de Cornevin, Hess et Strebel au Congrès de Berne, en 1896.

VACCINATION

« La vaccination contre le charbon symptomatique comporte deux inoculations successives, à dix jours d’intervalle. La première se fait avec un virus très atténué — premier vaccin — et la seconde avec un virus moins atténué — deuxième vaccin.

« Ces deux sortes de vaccin sont envoyées à l’opérateur sous forme de poudre, par paquets de dix doses au minimum.

« Manuel opératoire. — M.On dépose le contenu d’un paquetde vaccin au fond d’un mortier (verre ou porcelaine) passé préalablement à l'eau bouillante. On laisse tomber d'abord 2 à 3 gouttes d'eau et, avec le pilon, on triture la poudre vaccinale jusqu’à ce qu'on ait fait une pâte homogène, puis on ajoute peu à peu l’eau nécessaire pour arriver à 10 centimètres cubes ou 10 grammes, tout en continuant à triturer et à délayer le vaccin. On obtient alors un liquide brunâtre qu’on jette sur un filtre en toile (batiste stérilisée à l’eau bouillante), afin d’arrêter les particules grossières échappées à la trituration. Le filtre ayant été mouillé à l’avance, on doit obtenir environ 10 centimètres cubes de liquide vaccinal, quantité nécessaire pour charger deux fois la seringue.

« 11 va de soi qu’avant de remplir cet instrument pour la première fois, on s’est assuré de sa propreté absolue et de son bon fonctionnement.

« B. Quant à l’inoculation proprement dite, on peut la faire d’après plusieurs procédés :

« Inoculation à la queue. — L’opérateur s’approche de l'animal à vacciner, lui saisit la queue de la main gauche, coupe à l’aide de ciseaux, sur une étendue de 7 à 8 centimètres, les crins qui garnissent la face inférieure de la partie terminale de l’organe, dit vulgairement toupillon, et lave avec soin la surface de la peau. Puis, enfonçant sur la ligne médiane la tige de trocart annexée à la seringue, il creuse, de bas en haut, une galerie qu’il élargit à son fond en imprimant à la lige piquante des mouvements de latéralité et de bascule. Il retire l’instrument et infléchit l’extrémité de la queue de manière à placer en haut l'orifice de la galerie sous-cutanée; alors il engage la canule mousse de la seringue dans cet orifice et pousse 1 centimètre cube (ou 20 gouttes) du liquide vaccinal, s’il s'agit d’un animal de dix-huit mois et au-dessus, et seulement 10, 12 ou 13 gouttes, selon le poids des sujets, s’ils sont âgés de six à dix-huit mois. On a eu le soin de régler ces quantités à l’avance à l'aide du curseur dont est munie la tige du piston. On retire ensuite la canule et l'on exerce une légère pression sur l’orifice de la galerie pour prévenir la sortie du liquide introduit.

« L'inoculation du deuxième vaccin se fait huit à dix jours après celle du premier, dans une galerie creusée à côté de la première, et en observant les mêmes règles. »

Les accidents locaux qui suivent l’opération sont presque toujours insignifiants. Les pertes consécutives à la vaccination sont de 4 p. 1000 environ. La préservation est assurée presque à coup sûr. Chez les vaccinés, la mortalité dans l’année qui suit l’opération n'atteint pas 1/2 p. 100.

Nocaud et Leclainche. — 2e édit. 19

CHARBON SYMPTOMATIQUE

La durée de l’immunité conférée est en général de dix-sept à dixhuit mois.

Les quelques inconvénients reprochés à la méthode se rapportent au choix de la région, à l’énergie trop grande du second vaccin et à la nécessité d’une double intervention.

L’inoculation à la queue ne met pas nécessairement à l’abri de tout accident; si les tumeurs ne se développent jamais au point d'inoculation, elles peuvent apparaître en d’autres régions, au niveau de la hanche, de la croupe, de l’épaule... Parfois aussi l’inoculation provoque des accidents locaux de suppuration et de gangrène, suivis de la chute de la queue et, en quelques cas très rares, de tétanos (Slrebel). Enfin, l’épaisseur de la peau, la densité du tissu conjonctif, les mouvements brusques des animaux au moment de l’opération, les hémorragies fréquentes rendent quelquefois l’inoculation pénible et incertaine dans ses résultats.

IL V accination a l’épaule. — Dès 1887, Kitt pratique des essais d’inoculation en arrière de l’épaule, avec un vaccin doué d’une virulence intermédiaire à celle des deux vaccins de Lyon. De 1888 à 1891, Suchanka, Palla et Schwaiger emploient, dans le duché de Salzbourg, la vaccination unique à l’épaule, avec le vaccin de Kitt et avec le deuxième vaccin de Lyon. De 188(3 à 1893, Brémond, d’Oran, vaccine plus de 30 000 bovidés par une seule inoculation à l’épaule avec le deuxième vaccin de Lyon. Slrebel, de 1892 à 1894, emploie avec un plein succès la double vaccination lyonnaise à l’épaule, dans le canton de Fribourg (1). Les résultats obtenus sont excellents; il semble acquis que le lieu de l’inoculation est sans influence sur les suites de l’opération lorsque, en 1895 et en 189G, des accidents sont signalés en divers points. Sur un total de 2618 animaux vaccinés à l’épaule, dans le canton de Fribourg, au printemps de 1896, on compte 45,8 p. 1000 de pertes consécutives à l’opération, alors que 4 634 vaccinés à la queue donnent une mortalité de 0,65 p. 1000 seulement (2).

La technique de l’opération est simple ; « l’inoculation est pratiquée en avant ou en arrière de l’épaule; on soulève un pli de la peau et on introduit rapidement la canule de sorte qu’elle arrive dans le tissu conjonctif souscutané. Il faut éviter d’atteindre la chair ».

III. Vaccination sur le thorax. — La méthode, employée par Zimmermann, puis par Guillod et Simon, ne diffère de la vaccination Arloing, Cornevin et Thomas que par le lieu de l’inoculation. Celle-ci est pratiquée au niveau du tiers postérieur du thorax, immédiatement au-dessous du bord inférieur de l’ilio-spinal.

Jusqu’ici, les résultats obtenus sont des plus avantageux; les insuccès

(1) Strebel. De l'inoculation préservative du charbon symptomatique pratiquée à l'épaule et à la paroi thoracique. Journal de méd. vét., 1893, p. 11. — Brémond. Modifications dons le manuel de la vaccination... ld., id., p. 131.

(2) Strebel. Das unmittelbare schlimme Résultat der Rauschbrandimpfung.. . Schweizer-Archiv fur Thierheilk., 1896, p. 269.

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de la vaccination à l’épaule légitiment cependant une certaine défiance à l’égard de la méthode.

IV. Procédé de Kitt. — On utilise un vaccin unique, obtenu par l’action de la vapeur d’eau. Cette vaccination est moins certaine dans ses elïets préservatifs que les inoculations répétées; à diverses reprises, Kitt a déclaré que la vaccination par le procédé français agit plus sûrement que la sienne.

« Malgré cela, les succès obtenus, le plus de rapidité et de commodité de cette méthode, justifient les essais de vaccination unique. » (Strebel.)

Les indications relatives au choix d’une méthode sont faciles à résumer. L’inoculation d’un seul vaccin risque d’être insuffisante si le vaccin est trop affaibli; elle est dangereuse dès que l’on inocule un virus assez fort pour immuniser sûrement. Si l’inoculation d’emblée du deuxième vaccin de Lyon est permise chez certaines populations en état de moindre réceptivité (bétail algérien...), elle ne saurait être généralisée sans danger.

Les résultats fournis par les diverses méthodes, jusqu’en 1895, sont résumés dans les statistiques suivantes, recueillies par Strebel :

Résultats des vaccinations jusqu en 1896.

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