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ESPÈCES AFFECTÉES

ment aucune bactérie et les cultures restent stériles. « Il est probable que la peste est due, non à un schizomycète, mais à des sporozoaires. »

Les constatations de Semmer (1) précisent les indications précédentes. L’envahissement des tissus par les microbes de l’intestin s'opère pendant l’agonie, grâce à l’épuisement de l’organisme, et l’on s’explique facilement la diversité des formes bactériennes découvertes. Les seuls éléments anormaux consistent en des granulations très fines, incluses au nombre de 1 à 6 dans les noyaux cellulaires hypertrophiés ; ces corpuscules, de dimensions variables, sont colorables par l'hématoxyline, le mélange de Biondi et la solution de thymol bleu de méthylène. La culture n’a pu être obtenue. Il semble que les éléments sont analogues à ceux qui ont été décrits dans la variole, la vaccine, la fièvre aphteuse (sporozoaires, blastomycètes '?). Il est à remarquer que les liquides virulents filtrés sur le Chamberland perdent toute action (2).

Les constatations faites par Ivocli confirment l’impuissance des méthodes actuelles à différencier l’agent de la virulence.

L’étude bactériologique de la peste ne pourra être reprise utilement qu’avec des méthodes nouvelles d’investigation ; sans doute la même découverte nous livrera le secret de la virulence pour la peste et pour les maladies éruptives comme la fièvre aphteuse et la variole.

Espèces affectées. — Les bovidés sont particulièrement aptes à l’évolution de la peste et la maladie acquiert chez eux seuls toute sa gravité. Le buffle peut être aussi affecté, mais la maladie évolue sous une forme atténuée le plus souvent.

La transmission au mouton et à la chèvre est démontrée expérimentalement par Kreutzer en 1857. La peste du mouton, observée et décrite par Maresch (1862), a été maintes fois étudiée depuis (Bleiweiss, Roell,... Viseur) (3).

Le chameau est également infecté; Steel signale la maladie dans

(1) Semmer. Zur Frcige liber die Aetiologie und Bekampfung der Rinderpest. Deutsche Zeitschr. fur Thiermed., I. XX, 1895, p. 32 (avec bibliographie).

(2) Nencki et Mme Sieber ont obtenu des cultures de corpuscules ressemblant à ceux de la pébrine, dans la bile de bœuf additionnée de sel marin (2 p. 100). La virulence disparait rapidement dans les cultures. Dans le sang, les microbes se montrent libres dans le plasma ou inclus dans les hématies et les leucocytes.

Nencki, Sieber et Wyznikiewicz. Ueber die Rinderpest. Berlin, klin. Wochenschr., 1807

(3) Des différences marquées, inhérentes à la race, sont constatées dans la réceptivité du mouton et de la chèvre (V. Réceptivité). En plusieurs épizooties, et récemment dans l’Afrique australe, les moutons et les chèvres sont restés indemnes.

PESTE BOVINE

1 Inde et Vedernikoff dans les steppes kirghises. Les observations recueillies par U. Leblanc en 1865, au Jardin d’Acclimatation de Paris, démontrent la contagion au chameau, à Yauroch, au yack , à la gazelle, au cerf, au chevrotain, à Yanlilope, au pécari. Dans l’Afrique australe, Theiler observe la transmission à de nombreuses espèces d’antilopes (1) et, en dehors des ruminants, au phacochère et à la pintade (?).

Le porc, le cheval, les carnassiers etl 'homme sont complètement à l’abri de l’infection.

Épidémiologie. — Statistique ('2). — La peste bovine sévit en permanence dans tout l’immense bassin de la mer Caspienne; c’est de ce foyer que partent les épizooties qui, à toutes les époques, ont ravagé l'Europe occidentale.

Les hordes conquérantes de l’Orient, toujours attirées vers l’ouest, apportent avec elles la contagion; dès les premiers temps de l’histoire, la maladie est mentionnée comme l'un des plus terribles parmi les fléaux de l’invasion.

Pendant tout le moyen âge et jusqu’à nos jours, la peste bovine est la conséquence habituelle des guerres européennes. Alors que les luttes ont pour théâtre l’Europe orientale, la peste envahit facilement la vallée du Danube et elle irradie à la fois vers l’Allemagne, l’Italie et la France. Si la guerre est limitée aux peuples de l’Occident, les armées slaves ou allemandes vont approvisionner leurs parcs avec le « bétail des steppes », robuste et excellent marcheur; avec lui, elles apportent inévitablement la contagion.

De 1709 à 1711, la maladie passe ainsi des Etats du Volga dans la vallée du Danube, d’où elle gagne à la fois l’Allemagne, la Hollande, l’Italie, la France et l’Angleterre. Cent mille bovidés succombent en Silésie, trois cent mille dans les Pays-Bas, soixante-dix mille dans le royaume de Naples. Elle persiste en Galicie, en Hongrie, en Pologne et les armées austro-hongroises traînent à leur suite un bétail contaminé dans la guerre de la succession d’Autriche. Dans leur retraite sur le Mein et sur le Rhin, les ai;mées françaises rapportent avec elles le typhus; en 1713, il envahit la Bavière, l’Alsace, la Franche-Comté, la Bourgogne et le Dauphiné, pour y demeurer jusqu’en 1747. La contagion s’étend dans toutes les

(1) Damaliscus pygargus, D. albifrons, Cephalophus grimmi, Rephicerus campestris, Cobus ellipsipoymnus, Cervicapra arundinea, Gazella euchore, Voyt gazella, Tragelaphus silvaticus, Strepsiceros kudu.

Paraissent s’être montrés réfractaires : Aepyceros melampus, Comnochaetes taurinus, C. gnou, Bubelis caama.

Theiler. Rinderpcst in Siid-Afrika. Schweizer Archiv für Thierheilk., 1887, p. 49.

(2) Consulter, en outre des traités classiques de IIeusinger et de Paulet : Delakond. Sur la police sanitaire du typhus. Recueil de méd. vét., 1830 et 1837. — Gamgee. The Caltle Plaque, 1 vol., London, 1800. — Dieckerhoff. Geschichte der Rinderpest und ihrer Literatur , 1 vol., Berlin, 1890.

ÉPIDÉMIOLOGIE.

directions; elle passe de l’Allemagne au Danemark (1745-1749) où elle lue deux cent quatre-vingt mille animaux, à la Hollande, qui perd, en deux années, deux cent mille têtes de bétail. De là encore, la peste gagne la Suède et l’Angleterre. Dès 1744, l’Italie est envahie; quarante mille bovidés succombent en quelques mois (Muratori).

La peste séjourne dans l’Europe centrale pendant presque toute la seconde moitié du xvme siècle. De 176G à 1770, elle est importée de Turquie en Hongrie, tandis qu’elle pénètre en Silésie (1) pour gagner la Saxe, la Prusse et la marche de Brandebourg; la Hollande perd, en une seule année, trois cent soixante-quinze mille bovidés. Des Pays-Bas, la peste envahit les Flandres, l’Artois, la Picardie, l’Ile-de-France et la Champagne.

Pendant la longue période des guerres de la Bépublique et de l'Empire (1792-1815), le typhus est disséminé dans toute l’Europe. La France est envahie une première fois lors de la retraite des armées du Bhin et de Sambre-et-Meuse (1796); tous les départements de l’est et du nord sont dévastés (2). En même temps, la maladie est importée en Vénétie et dans la Lombardie par les troupes autrichiennes (1793); elle passe en Piémont, à la suite de la jonction des armées sarde et autrichienne (1794). Buniva rapporte qu’en trois années l’Italie perdit de trois à quatre millions de bovidés.

De 1804 à 1812, le typhus sévit en permanence dans l’Europe centrale, grâce aux mouvements des armées; en 1814, il pénètre de nouveau en France avec les troupes alliées. Presque toutes les provinces sont envahies et les pertes sont considérables.

Pendant la période d’accalmie qui suivit ces longues luttes, la peste bovine reste cantonnée dans l’est de l’Europe. Elle apparaît plusieurs fois en Pologne, mais, grâce à l’énergie du gouvernement prussien, elle ne dépasse pas la frontière; par contre, elle pénètre fréquemment en Autriche, à la fois par la Galicie et par les provinces danubiennes.

Jusqu’à cette époque, la peste est à peu près exclusivement importée dans l’Europe occidentale pendant les guerres. Il n’est guère d’exception que pour une épizootie limitée, qui sévit dans le sud-ouest de la France en 1774; celle-ci semble avoir été déterminée par un envoi de bétail, opéré par les huguenots français réfugiés en Hollande après la révocation de l’Edit de Nantes, à leurs coreligionnaires du midi.

La propagation par les transactions commerciales, tout exceptionnelle jusque vers la seconde moitié du xix® siècle, va devenir de plus en plus menaçante, en raison de l’extension des relations internationales et des progrès réalisés par les industries du transport.

(1) C’est à la suite des fréquentes incursions de la peste en Silésie que Frédéric le Grand créa, en 1775, la première assurance du bétail, basée sur une association obligatoire de tous les propriétaires.

(2) Faust calcule que, de 1713 à 1796, 10 millions de tètes de bétail périrent, en France et en Belgique seulement.

PESTE BOVINE

En 1865, le typhus éclate en Angleterre, apporté par une cargaison de bétail expédié du port de Revel, dans la Baltique. 11 passe de là en Hollande, avec un troupeau de bœufs hollandais, contaminé par un simple passage sur le marché de Londres ; de Hollande, il gagne la Belgique. Grâce à l’intervention de H. Bouley, la France est à peu près complètement préservée; l’on ne constate que quelques cas isolés sur la frontière belge et une curieuse épizootie, limitée au Jardin d’Acclimatation de Paris, et due à l’importation de deux gazelles expédiées de Londres. La peste avait coûté à l’Angleterre cinq cent mille têtes de bétail et plus de cent millions de francs.

L’épizootie anglaise attire l’attention des gouvernements occidentaux sur les dangers de l’importation du typhus ; partout des mesures sanitaires sont édictées qui ont suffi jusqu’ici pour éviter la contagion par la voie commerciale.

Une fois encore, la peste pénètre en France, en 1870-1871, avec les armées allemandes; elle s’étend librement à la moitié des départements français; les statistiques, d’ailleurs très incomplètes, accusent une perte de plus de cent mille tètes, évaluées à vingt-cinq millions de francs.

Jusqu’en ces dernières années, la peste bovine est cantonnée, en Europe, dans le bassin de la Caspienne, dans le voisinage de l’Oural et du Caucase. En dépit de mesures sanitaires énergiquement appliquées, quelques gouvernements de la Russie occidentale et méridionale sont encore envahis de temps à autre et ces incursions constituent une perpétuelle menace pour la Hongrie et pour les Etats des Balkans.

Les pertes causées ne sont connues qu’approximativement. Dans les steppes de la Russie méridionale, oii le bétail est entretenu à l’état demisauvage, les propriétaires ignorent eux-mêmes le nombre exact des morts. Les chiffres suivants, empruntés aux statistiques officielles, s’appliquent exclusivement à la Russie d’Europe :

Années. 1884 1885 1886 1887 1888 1889 1890 1891 1892

Animaux atteints. 919.550 350.000 280.000 70.000 87.000 19.000 10.000 2.270 59.212

A partir de 1893, les statistiques donnent le nombre des morts et celui des animaux abattus comme contaminés :

Années.

Morts

Abattus

Totaux

Le territoire du Kouban est libéré en janvier 1896, la province de Stravropol en avril, le territoire de Terek en octobre. En janvier 1897, la peste n’existe plus au nord du Caucase.

La Russie, qui vient de prouver la valeur de son organisation sanitaire, est probablement débarrassée définitivement de la peste; celle-ci n’est

EPIDEMIOLOGIE.

plus constatée en Europe cju’en Turquie, où elle est entretenue par l’importation d’animaux provenant de l’Asie Mineure.

En Asie, la province de Tobolsk, les territoires de Tourgaï et de l’Oural sont également indemnes. Par contre, le Turkeslan, la Perse, l’Asie Mineure, l’Inde anglaise (1), la Chine... sont infectés en permanence. On retrouve la maladie en Chine, d’où elle est importée au Japon en 1892; elle sévit jusqu’en 1894; les pertes s’élèvent à 9 716 bovidés morts ou abattus. Le Tonkin et lTndo-Chine sont également envahis.

Un très ancien foyer existerait aussi dans les Indes néerlandaises ; à Java, de 1879 à 1883, 223 443 bovidés succombent, représentant une valeur de vingt-huit millions de francs; en 1889, on compte 22 000 animaux atteints et 20 000 morts. Cependant les recherches de Van Eecke portent à croire que l’on a confondu jusqu'ici sous la dénomination de peste bovine des formes épizootiques de la septicémie hémorragique. 11 est probable que les deux affections existent en permanence dans les îles de la Sonde (2).

En Afrique, la peste, qui avait été importée à différentes reprises, était restée toujours localisée dans la basse Égypte. En 1890, la maladie est réimportée par du bétail destiné aux troupes italiennes de Massaouah. De là, la peste gagne le haut Nil et les régions du centre, avec les caravanes arabes; les animaux sauvages, buffles et antilopes, di If usent la contagion avec une extrême rapidité ; l’Afrique centrale est littéralement dépeuplée de tous ses ruminants domestiques et sauvages; en cinq années, la peste traverse l’immense continent du nord au sud et elle apparaît aux frontières du Bechuanaland et de l’Afrique allemande de l’est. En dépit des efforts tentés, les républiques du Transwaal et d’Orange, puis l’Etat du Cap sont envahis. Le Bechuanaland britannique perd à lui seul I 250()00 bovidés. La destruction des bœufs et des buffles, seuls employés au transport, entraîne la cessation des transactions commerciales; les convois sont abandonnés sur les chemins et la famine désole de nombreux districts.

(I) Aucune mesure ne peut être prise contre la peste dans l’Inde, en raison des croyances religieuses qui font de la vache un animal sacré.

(*2) Driessen, qui étudie les affections des bovidés dans les Indes néerlandaises, estime que, dans la plupart des cas, le rôle de la contagion reste douteux ; les bovidés importés du Bengale paraissent avoir l’immunité ; les animaux jeunes ou très âgés sont particulièrement aptes à l'infection. 11 est peu probable que l’affection ainsi caractérisée par Driessen soit la peste bovine.

Driessen. Sur les maladies contagieuses, notamment sur la peste bovine, dans les Indes orientales néerlandaises. Thèse, Venlo-Uttenbroek, 1885 (hollandais).

PESTE BOVINE

Étude clinique

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