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CHAPITRE IX

PESTE BOVINE

La peste bovine, ou typhus contagieux, est une maladie virulente, inoculable, caractérisée par un état typhoïde extrêmement grave et par des accidents spécifiques sur les muqueuses.

Elle frappe principalement les bovidés, sous la forme d’épizooties rapidement envahissantes, détruisant la quasi-totalité du bétail dans les régions atteintes.

Permanente dans l’Europe orientale et dans toute l’Asie, la peste ne s’étend qu’exceptionnellement à l’Europe occidentale.

Historique. — La peste bovine est considérée dans toute l’antiquité et pendant le moyen ûge comme une « fièvre pestilentielle » et sa haute puissance de contagion est partout reconnue.

En 171'2, Ramazzini signale dans la maladie une éruption cutanée; il croit remarquer l’influence de celle-ci quant à la marche de l’infection et il rapproche la peste des fièvres éruptives. Cette opinion est consacrée peu après (1715) parle Collège des médecins de Genève, déclarant que « la peste est la variole du bœuf »; elle est encore acceptée et défendue par Yicq d’Azyr (peste varioleuse).

Dès 1744, Dodson obtient expérimentalement la contagion par l'inoculation des larmes et du jetage nasal; il pense que l'on peut transmettre ainsi une maladie relativement bénigne et mettre les animaux à l’abri de la contagion naturelle. Camper (1770) démontre la virulence de divers produits (peaux fraîches, suif...); il considère la peste comme particulière aux bovidés et liée à la conformation spéciale de l’appareil digestif; il reconnaît que, dans l’ouest de l’Europe tout au moins, elle procède exclusivement de la contagion.

En 1814, Girard père et Dupuy étudient la contagiosité de la peste. Ils transmettent l’affection par l’inoculation de la bave et ils démontrent que les animaux guéris sont réfractaires à une contamination ultérieure.

Un instant défendue par Lorinser (1831), l'hypothèse du développement spontané du typhus ne trouve aucun crédit. Dès 1807, Sick avait démontré que, même en Asie, la maladie procède toujours de la contagion, et cette conception est unanimement confirmée par les nombreux travaux de Jessen, Ravitsch, Unterberger, Schmoulevitch...

PESTE BOVINE

Les idées les plus diverses continuent à être émises quant à la nature de la maladie. La plupart des auteurs allemands considèrent la peste comme analogue au typhus abdominal de l’homme (Spinola, Lorinser,... Bochdalech, F. Millier), tandis que Roell voit dans le « processus diphtéritique » la caractéristique de l’affection et que les Anglais Sanderson et Murchison (1866) reprennent la vieille théorie de la nature varioleuse du typhus.

Gerlach (1867) affirme la nature spécifique de l’infection; la maladie consiste essentiellement en une altération du sang, suivie de lésions particulières des muqueuses, constituées par une abondante néoformation cellulaire, avec dégénérescence graisseuse et ramollissement des éléments. Brauell (1862), Ravitsch (1864), Roloff (1865), Semmer (1875)... étudient l'anatomie pathologique et notamment les lésions dégénératives des muqueuses.

De nombreux travaux ont été consacrés à la peste bovine en ces derniers temps, en Russie notamment. Les faits d’observation recueillis apportent des documents intéressants, concernant les modes de la contagion et les multiples aspects cliniques de la maladie. L’étude expérimentale de la peste est reprise par Semmer, Tarlakovsky, Woronzoff et Ekkert, Nencki et ÎSIme Sieber... Lesétudesde Koch, dans l’Afrique australe, font connaître un procédé empirique d’immunisation en ce moment à l’épreuve.

Nature de la maladie. — Bactériologie (1). — Depuis les premières recherches bactériologiques de Semmer et de Ivlebs, de nombreux auteurs ont signalé tour à tour la présence de formes microbiennes diverses dans les tissus des animaux infectés. Les seules connaissances certaines acquises sur ce point établissent qu’aucun des germes différenciés jusqu’ici n’est l'agent de la virulence.

Dès 1883, Nocard avait constaté que, chez les animaux sacrifiés à la dernière période de la maladie, le sang, la rate et le tissu ganglionnaire, quoique virulents et inoculables, ne renferment aucun microbe apparent et que leur ensemencement dans les milieux usuels, à l’air ou dans le vide, reste stérile (2).

Tartakovsky (3) montre que tous les microbes rencontrés dans les tissus proviennent de l’intestin et qu'ils ont envahi l’organisme après la mort ou pendant les dernières périodes de la maladie. Le bacterium coli est ainsi plusieurs fois isolé. Le sang et les humeurs recueillis purement, éminemment virulents, ne renfer-

(1) Voir, pour l’historique des travaux et pour la bibliographie, le travail de Semmer indiqué ci-après.

(2) Notes prises au cours de pathologie des maladies contagieuses, Alfort, 1883.

(3) Tartakovsky. Contribution à l’étude de la peste bovine. Archives des sciences biol . de Pétersbourg, t. IV, 1895, p. 295.

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