I. — Symptômes
Suivant la division adoptée par Gilbert, on peut distinguer une évolution régulière , caractérisée par une simple évolution pustu-
(1) Hurtrel d’Arboval. Loc. cit., p. 60. Nocard et Leclainche. — 2e édit.
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leuse sur la peau et les muqueuses extérieures et une évolution irrégulière, comprenant les diverses complications.
ci) Clavelée régulière. — L 'invasion de la maladie est annoncée par des symptômes généraux, qui augmentent graduellement d’intensité. La température s’élève brusquement vers 40° et au delà. Le mouton est triste, abattu; il reste isolé, la tète basse, les yeux éteints, les membres rapprochés; la marche est lente et hésitante. L’appétit est faible, capricieux, ou complètement supprimé; par contre, la soif est vive, les muqueuses sont injectées; les battements du cœur deviennent violents; la respiration est courte et accéléi •ée. On constate une sensibilité anormale de toutes les régions, surtout manifeste au niveau du dos, des lombes et de l’abdomen. La durée de cette période est de quatre jours en moyenne.
L 'éruption est annoncée à la fois par une amélioration de l’état général et par des symptômes locaux, sur la peau et sur les muqueuses extérieures. Elle débute, sur la peau, par l’apparition de taches rouge foncé, régulièrement arrondies, du diamètre d’une lentille à celui d’une pièce de cinquante centimes. Ces ecchymoses, isolées ou confluentes, se montrent dans les régions dépourvues de laine, à la face interne des cuisses, à la partie postérieure du ventre, au niveau des mamelles, du fourreau et du scrotum, à la face inférieure de la queue, aux ars, sur la face ; les parties couvertes de laine sont rarement envahies. Un épaississement du derme se produit bientôt au niveau des taches primitives, formant une saillie arrondie, dure, uniformément résistante, de couleur rouge foncé ou violacée. Les boutons les plus petits ont à peine le diamètre d’une lentille; ils paraissent hémisphériques ou coniques; les plus grands ont la largeur d’une pièce de un franc ; ils sont régulièrement aplatis ; leur bord seul est arrondi et c’est à cette particularité que les petits boutons doivent leur aspect. Les pustules sont isolées ou confluentes, quelquefois réunies en plaques irrégulières. Alors que l’éruption est accompagnée d’une congestion intense, il persiste autour du bouton une auréole de couleur rouge. Lors d’éruption confluente, la peau de la région est chaude, douloureuse; le tissu conjonctif est œdématié.
Les accidents inflammatoires sont plus évidents sur les muqueuses. Sur la conjonctive, la pustulation provoque une ophtalmie externe intense ; elle détermine, au niveau de la pituitaire, un jetage muqueux abondant et des épistaxis ; la localisation buccale est accompagnée d’une salivation abondante et d’une difficulté extrême dans la préhension et la mastication des aliments.
S YM PTÔMES.
L’éruption s’effectue, en quelques cas, par poussées sucessives; des régions différentes sont envahies tour à tour, ou bien encore des pustules se montrent successivement dans les mêmes points.
Les symptômes généraux diminuent d’intensité; la température descend, en deux jours, vers 40°; le malade est moins abattu; l’appétit reparaît; les pulsations cardiaques reprennent leur rythme normal. L’évolution de cette seconde période est complète en quatre à cinq jours.
Sécrétion. — Le bouton claveleux complètement développé conserve pendant peu de temps ses caractères. Le liquide sécrété dans les aréoles du derme infiltre peu à peu l’épiderme, qui forme une pellicule blanchâtre, d’abord mince et molle, puis dure et raboteuse lorsqu’elle commence à se dessécher. Alors que l’exsudation s’opère rapidement, le liquide s’accumule sous l’épiderme qu’il soulève (vésico-pustule). En même temps, le bourrelet cutané pâlit; sa coloration, d’abord rosée, passe au gris jaunâtre. Le liquide transsudé, ou claveau, consiste en une sérosité, d’abord rousse et trouble, puis jaune et limpide. Il se concrète en croûtes jaune foncé, au niveau de la pustule dépouillée de son revêtement épidermique.
La sécrétion persiste pendant un à deux jours; la pustule s’affaisse; le liquide, mêlé aux poussières et aux débris épidermiques, se concrète en croûtes irrégulières, de couleur brune, qui débordent la surface du bouton. En même temps que la sécrétion s'opère, on constate parfois un nouvel accès fébrile et le retour des symptômes généraux du début. La durée de cette période est de quatre à cinq jours environ.
Dessiccation. — Dès que la sécrétion cesse, la pustule achève de s’affaisser; elle n’est plus indiquée que par une croûte épaisse et adhérente. Sous cette croûte, le claveau, accumulé dans une cavité unique, est épaissi et blanc jaunâtre. La croûte se détache dans les régions exposées aux traumatismes; elle laisse à nu une petite cavité pseudo-ulcéreuse, qui continue à sécréter du pus pendant quelques jours; puis, une nouvelle croûte se forme et la cicatrisation s’achève. En d’autres cas, la croûte primitive persiste, le claveau accumulé s’échappe latéralement ou se concrète entièrement et la cicatrisation s’opère en quelques jours. La cicatrisation de la vésico-pustule est plus simple encore ; l’épiderme fissuré laisse échapper le contenu; une croûte peu épaisse recouvre la petite plaie et il ne reste bientôt plus trace de sa présence.
Quel que soit le mode dévolution, les croûtes constituées par la dessiccation de l’épiderme ou du claveau se détachent peu à peu,
CLAVELÉE
sous forme de poussières virulentes (desquamation). Alors que les pustules sont isolées et peu nombreuses, cette dernière période est terminée en 4-6 jours.
11 se produit, chez quelques animaux, une éruption secondaire, qui apparaît ordinairement quatre à huit jours après la première. Les pustules développées dans les régions déjà envahies n’arrivent jamais à leur complet développement; elles avortent dès le début de la période de sécrétion, ne laissant d’autre trace qu’une nodosité cutanée qui se résorbe lentement.
L’évolution totale est complète, sous cette forme régulière et bénigne, en 20-30 jours.
b) Clavelée irrégulière. — Sous ce titre sont groupées les localisations, primitives ou secondaires, sur les muqueuses respiratoire ou digestive.
Les formes éruptives graves sont annoncées, dès le début, par l'intensité de la réaction fébrile et des autres symptômes généraux. Le malade tombe, en quelques heures, dans un état de prostration complète; la peau est chaude et très sensible, notamment au niveau des membres, du dos et des lombes. La conjonctive et les autres muqueuses pâlissent; la laine s’arrache facilement. La rumination a cessé complètement; la bouche est sèche et la soif ardente ; les battements du cœur sont précipités et violents; la respiration est courte et accélérée.
Il s'établit, dès les premiers jours, une salivation abondante et un jetage muco-purulent jaunâtre, d’odeur fétide, mêlé de stries sanguines. La pituitaire est épaissie; la respiration est bruyante et dyspnéique ; des accès de toux se produisent. Les yeux sont larmoyants, enfoncés dans l'orbite;, la conjonctive, tuméfiée et saillante, est recouverte par un exsudât visqueux, qui accole les paupières. Des engorgements envahissent les membres, l’extrémité de la tête, les oreilles... : à leur niveau, la peau est épaissie, tuméfiée, extrêmement douloureuse, de couleur rouge livide.
Chez certains animaux, quelques boutons seulement apparaissent en plaques, sur le nez, au niveau des articulations ; chez d’autres, l’éruption manque complètement et la mort arrive, par asphyxie le plus souvent, dès les premiers jours de la maladie.
En d’autres cas, l’éruption évolue sous une forme grave. La peau montre des bosselures, au niveau des paupières, du nez, sur le thorax...; les parties tuméfiées se couvrent de boutons, tantôt larges, aplatis, à peine saillants, tantôt petits, violacés ou noirâtres. L’évolution est assez rapide sur les parties dépourvues de toison ;
au contraire, les pustules cachées sous la laine restent dures, d’un blanc mat ; elles noircissent et se dessèchent sans donner de claveau. Les ganglions sont volumineux et engorgés. Les animaux présentent des symptômes généraux graves; l’appétit est nul; le flanc est rétracté; l’amaigrissement fait des progrès rapides. L urine est colorée par le sang. Les malades se tiennent immobiles, appuyés contre les murs et les crèches; la marche est titubante.
L’extension de l’éruption à la muqueuse des bronches et au poumon est annoncée par la persistance de la fièvre initiale et par un jetage abondant, strié de sang, accompagné d’une toux faible et quinteuse. La respiration est vite, entrecoupée, dyspnéique; l’auscultation dénonce des foyers disséminés de broncho-pneumonie. La peau se couvre de taches rouge foncé et les pustules prennent une teinte noire (clavelée noire). La terminaison par asphyxie est la règle.
Sur les voies digestives, l’éruption se traduit par un état de stupéfaction profonde, accompagné de la sécheresse des muqueuses, de la sensibilité de l’abdomen à la palpation et d’une diarrhée sanguinolente. Les malades succombent en quelques jours.
En quelques cas, des accidents nerveux sont observés au cours de la clavelée; l’animal présente des signes de méningite aiguë, caractérisée par des accès de vertige, suivis de périodes de coma.
Parfois aussi, au cours de l’éruption et pendant la période de sécrétion, les pustules s’affaissent et se dessèchent subitement; si l’on enlève la pellicule ou la croûte qui recouvre le bouton, on met à nu une surface terne, complètement sèche, de couleur brune ou noirâtre. En même temps, l'état général s’aggrave et l’on voit apparaître les signes d’une localisation sur le poumon ou sur l’intestin (métastase).
Des complications sont en outre observées, qui résultent de la confluence de l’éruption en certains points ; elles sont constatées lors d’évolution régulière, et, plus souvent, dans les formes graves et irrégulières.
L’éruption cutanée confluente laisse des plaies qui se cicatrisent difficilement. Au niveau des articulations, on voit des crevasses profondes, suivies de nécrose des tendons et des ligaments, de périarthrites et d’arthrites suppurées. Ces accidents sont particulièrement fréquents à l’extrémité des membres, en raison des infections secondaires inévitables ; il se produit, dans le voisinage des onglons, des ulcères profonds suivis de la nécrose et de la chute
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du doigt. Des accidents de même ordre sont observés au niveau des oreilles, du nez, des lèvres, où des escarres cutanées s’éliminent. Sur les muqueuses, il se produit également des nécroses, plus ou moins étendues, au niveau de la pituitaire, de la langue, du voile du palais. L’éruption de la conjonctive peut gagner la cornée, provoquant des ulcérations de la vitre, suivies de perforation et de la perte complète de l’œil.
Les éruptions laissent des traces persistantes, sous la forme de taches cicatricielles. Sur la face, ces lésions sont très nettes chez certains animaux; elles consistent en de petites fossettes glabres, rosées ou blanchâtres ( picolle ), limitées par un tissu induré. Lors d’éruption confluente, on rencontre chez quelques sujets des dépilations de la face, étendues en traînées irrégulières correspondant à un épaississement fibreux de la peau.
Une complication ordinaire de l’évolution claveleuse est l’avortement, à toutes les périodes de la gestation.
La maladie suit une marche nettement cyclique dans les formes à évolution régulière. La durée des diverses phases est quelque peu modifiée cependant suivant diverses circonstances; elle est plus courte chez les animaux jeunes, vigoureux, que chez les sujets vieux et débilités ; pendant l'été, lorsque les malades sont entretenus dans des milieux à température élevée, l'évolution est également précipitée.
Dans les formes atypiques, la marche varie suivant la prédominance des localisations diverses. Les animaux succombent à la suite de congestions viscérales, d’intoxication ou d'infection purulente. D’autres demeurent cachectiques, pendant un long temps ou définitivement.
La marche de la clavelée dans un troupeau est toute particulière. La maladie atteint un tiers, un quart, un cinquième de l’effectif et elle parcourt ses phases sans que, pendant ce temps, d’autres animaux soient affectés. Alors que l’évolution est terminée, c’est-à-dire après un mois environ, la moitié ou le tiers des individus restés sains sont frappés, souvent sous une forme plus grave que les premiers. Enfin, après un nouveau délai de trente jours, les moutons jusque-là préservés sont contaminés à leur tour, sous un type évolutif analogue à celui du début. Il résulte de ce mode de propagation que la clavelée persiste dans un troupeau pendant trois ou quatre mois, jusqu’à ce que tous les moulons en état de réceptivité soient atteints. Ces attaques répétées étaient
LÉSIONS
désignées autrefois sous le nom de « clavelée de première, deuxième, troisième lunée». Ainsi que le remarque déjà d Arboval, leur succession s’explique facilement par une contagion exercée pendant la dernière période seulement de l’évolution pustuleuse, alors que le claveau desséché est répandu dans les milieux habités.
Grave d’une façon générale, en raison du chiffre souvent élevé des pertes et de la dépréciation subie par les malades, le pronostic ne peut être porté avec quelque précision que pour une même localité et pour une même épizootie.
11 est remarquable que la clavelée est moins grave en certaines régions qu’en d’autres. Sur le littoral de la Méditerranée, dans les pays où elle sévit en permanence, la maladie est relativement bénigne el les pertes ne dépassent guère 2 à 5 p. 100 des effectifs atteints. La gravité augmente dès que l’on remonte vers le nord. En France, les statistiques de Hurtrel d’Arboval et de Delafond donnent une mortalité moyenne de 20 p. 100, chiffre qui est dépassé dans l’Europe centrale. En Angleterre, Simonds évalue le taux des pertes à 50 p. 100.
11 existe aussi des différences marquées suivant les épizooties considérées. Dans les régions où la clavelée est généralement bénigne, comme dans le sud-est de la France et en Algérie, la maladie atteint, à certains moments, une gravité exceptionnelle et elle cause des pertes considérables. La clavelée est plus maligne au début des épizooties; elle évolue vers la fin de celles-ci sous une forme atténuée. On admet que la clavelée est plus grave chez les sujets appartenant à des races améliorées, importées depuis peu, notamment chez les animaux précoces, destinés à la production de la viande. Les complications sonl fréquentes chez les animaux entassés dans des bergeries étroites et mal aérées, ou chez ceux qui sont abandonnés, sans protection, aux hasards des variations atmosphériques. Enfin la maladie est d’autant plus grave, économiquement, qu elle se prolonge pendant plus longtemps dans un troupeau; il peut y avoir avantage à hâter l’évolution, en provoquant artificiellement l'infection des moutons qui ont échappé aux premières atteintes. (V. Clavelisation .)
IL — Lésions.
L’altération essentielle consiste dans le développement de la « pustule claveleuse » sur les téguments. L’évolution est identique à celle de la pustule du horse-pox; comme pour celle-ci,
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on observe une forme régulière, nettement pustuleuse, et une forme modifiée par la rapidité de l’évolution, constituant la vésicopustule.
Les lésions constatées chez les animaux qui ont succombé à la clavelée sont variables.
Sur l’appareil digestif, on trouve la muqueuse des premières voies épaissie et œdématiée, de couleur rouge foncé, parsemée de taches brunes, principalement au niveau de barrière-bouche, du voile du palais et du pharynx. En d’autres cas, il existe une pustulation abondante dans les mêmes régions, ou encore, si la mort est tardive, des lésions d’apparence ulcéreuse, recouvertes d'un exsudât muco-purulent. Le feuillet est rempli par des aliments durcis ; la muqueuse delà caillette est enflammée et hémorragique. L’intestin grêle contient des matières liquides, parfois sanguinolentes, d’odeur fétide; il présente des foyers de congestion et de nombreuses ecchymoses. Les vaisseaux du mésentère sont gorgés de sang; le péritoine, injecté, renferme une sérosité rosée. Les ganglions de la cavité sont volumineux et infiltrés.
Sur l’appareil respiratoire, on constate des lésions étendues. La muqueuse du larynx et de la trachée est enflammée, recouverte d’un mucus épais, mêlé de sang; sa surface est parsemée d’ecchymoses, isolées ou réunies en plaques irrégulières, de boutons ou de plaies d’apparence ulcéreuse. Des accidents analogues sont plus rarement observés sur les bronches. Les poumons, congestionnés, présentent des foyers d’hépatisation lobulaire, de suppuration ou de gangrène. L’organe montre à sa surface une série de petites tumeurs arrondies, blanchâtres, saillantes, fermes au toucher, constituées par des noyaux d’hépatisation récente. La plèvre, congestionnée, parsemée d’ecchymoses, renferme un peu de sérosité.
Les ganglions bronchiques et prépectoraux sont infiltrés et volu-
mmeux.
Le péricarde contient un transsudât de teinte rosée. Le myocarde a une teinte pâle; il est friable, cuit, ccchymosé.
Dans les centres nerveux, on note la réplétion des vaisseaux et la présence d’un épanchement séreux dans les ventricules.