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CHAPITRE XII

CLAVELÉE

La clavelée est une maladie contagieuse, inoculable, spéciale au mouton, caractérisée par une éruption pustuleuse sur la peau et sur diverses muqueuses.

Historique. — La clavelée est décrite, en 1578, par Laurent Jouberl et Rabelais qui l’observent dans les environs de Montpellier, où elle est connue sous le nom de picotte. Ramazzini (1691) signale la maladie dans les environs de Modène; il l’attribue à l’ingestion de fourrages rouillés. En 1798, Gilbert (1) donne une description sommaire de la clavelée ; il distingue pour la première fois « un claveau régulier qui parcourra tous ses temps sans aucun symptôme fâcheux, et un claveau irrégulier , dont le cours sera dérangé par des accidents plus ou moins graves ». Il divise l’évolution « en quatre temps bien distincts : l’invasion, l’éruption, la suppuration, l’exsiccation ». Girard (2) complète sur divers points l’étude clinique de la maladie; il s’attache à démontrer les avantages de la clavelisation des troupeaux exposés à la contagion.

Ilurtrel d’Arboval (3), qui observe la clavelée dans le Pas-de-Calais, publie, en 1822, une monographie très complète, consacrée à la fois à la description clinique de l’affection et à celle de l’inoculation préventive.

Les nombreux travaux publiés jusqu’à ces derniers temps n’ajoutent rien à la description de d’Arboval ; presque fous sont limités d’ailleurs à la pratique de la clavelisation et à la discussion de ses avantages économiques.

L’étude expérimentale de la maladie, commencée par Chauveau en 1868, a fait l’objet d’assez nombreuses recherches ; tout en faisant connaître certaines des propriétés du virus, celles-ci n'ont pu aboutir jusqu’ici à la détermination de l’agent de la virulence.

Nature de la maladie. — Par tous ses caractères cliniques et par les propriétés du virus, la maladie se rapproche étroitement de la variole de l’homme, du horse-pox et du cow-pox. Il est certain.

(1) Gilbert. Instructions sur le claveau des moutons. Brochure, 1708.

(2) Girard père. Mémoire sur le claveau et sur les avantages de son inoculation. Paris

(3) Hurtrel d’Arboval. Traité de la clavelée. Paris, 1822.

CLAVELÉE

à priori, que l’élément de la contagion est analogue à celui de la variole et de la vaccine.

Le virus claveleux diffère essentiellement du virus variolique quant à ses propriétés. L’inoculation de la vaccine au mouton peut donner une éruption locale; jamais elle ne confère la moindre immunité à l’égard de la clavelée; d’autre part, l’inoculation de la clavelée au bœuf et au cheval reste sans effet.

Espèces affectées. — La clavelée est une maladie spéciale au mouton. Toutes les autres espèces sont réfractaires à la contagion naturelle et à l’inoculation expérimentale.

La maladie éruptive décrite sous le nom de clavelée de la chèvre est certainement de nature différente. Les faits d’observation montrent que la contagion au mouton n’est pas observée (1). Nocard a laissé des chèvres de tout âge au contact de moutons claveleux sans qu’aucune ait contracté la maladie ; ses nombreuses tentatives d’inoculation sont restées infructueuses.

Épizooties. — Épidémiologie. — La clavelée sévit de temps immémorial dans le midi de l’Europe; toutefois l'on ne possède que peu de documents sur sa fréquence dans les temps anciens et pendant le moyen âge. Signalée dans le midi de la France au commencement du xvie siècle, elle est observée en 1691 en Italie, où elle décime les troupeaux du duché de Modène (Ramazzini). On la retrouve peu après en Allemagne, dans les environs de Mansfeld (Stegmann).

Pendant le xviii0 siècle, la clavelée est mentionnée à diverses reprises. Elle gagne en 1712 la basse Hongrie (Glusel), le Tyrol et la Suisse; en 1746, elle frappe les troupeaux de la Picardie (Borel). A partir de cette époque, les épizooties de clavelée réapparaissent dans l'Europe centrale à de courts intervalles. Parmi les invasions les plus meurtrières, on peut citer celles de 1754-1756 (Picardie, Champagne, Saxe , de 1762 (Picardie, Palatinat), de 1773-1775 (Ile-de-France, Provence), de 1786 (Beauce et Brie), de 1795 (Beauce, Picardie)... En 1805, la Champagne et le Dauphiné sont atteints; en 1810 une épizootie très grave sévit dans le midi de la France; en 1815, les départements du nord sont envahis.

Depuis, la clavelée fait de fréquentes incursions dans les départements du centre et du nord; les épizooties, moins meurtrières qu’aulrefois, en raison de l’importance décroissante de l’élevage du mouton, causent encore des pertes considérables. L’épizootie de 1886 fut particulièrement grave, à la fois quant à l’extension des foyers et quant à la forme sévère

(l) Galtier. Traité des maladies contagieuses, t. I, 1801 (observations de Jousseaume, Miquet, Brémond). — Fayet. Notes sur la clavelée en Algérie. Revue vétérinaire, 1895,

de la maladie. Les épizooties de clavelée apparaissent irrégulièrement. Comme la fièvre aphteuse, la maladie sommeille pendant plusieurs années, cantonnée en quelques foyers permanents d’infection, pour diffuser brusquement à certains moments.

La clavelée est entretenue sur tout le littoral méditerranéen. L Espagne, le littoral français de la Méditerranée, l’Italie, la presqu’île «les Balkans, les principautés danubiennes y comprises, tout le nord de l’Afrique, de Suez à Tanger, sont infectés en permanence. Dans le midi delà France, l'affection est enzootique dans les Corbières ; elle sévit de temps immémorial dans la Camargue et la Crau, où elle est continuellement renouvelée et renforcée par les moutons algériens importés.

La Hongrie signale 1621.3 cas en 1894, 2 274 en 1895 et 938 en 1896. La Serbie accuse 1 846 cas en 1893, 1 516 en 1894, 914 en 1895. En Roumanie le nombre des malades s’élève à 69481 en 1893, 61719 en 1894, 8 555 en 1895.

Il est remarquable que la clavelée tend peu à persister dans les pays du Nord. La Grande-Bretagne , infectée pour la première fois en 1847, par un troupeau expédié du Danemark, a su se préserver depuis d’une invasion nouvelle. L’ Allemagne est contaminée pendant l’épizootie de 1886 (4792 cas); on signale encore 200 malades en 1888; la maladie n’est pas signalée depuis. En Danemark , en Hollande , en Suède , la clavelée est rarement observée.

La maladie n’est pas signalée dans l’Amérique du Nord ; elle est inconnue en Australie (Loir).

En Asie, l’affection sévit sous une forme grave dans Y Inde anglaise ; la présidence de Madras signale à elle seule 17 119 morts en 1894-1895. Par contre, la clavelée est inconnue au Japon (Janson .

Les pertes causées sont considérables ; dans les grandes poussées épizootiques, les troupeaux sont décimés dans toutes les régions atteintes. La bénignité de la clavelée sur le littoral méditerranéen est loin d'être absolue. Dans les Corbières, la mortalité atteint, en certaines années, 10-15 p. 100 des effectifs; en Algérie même, où la clavelée est ordinairement peu grave, le taux de la mortalité dépasse parfois 10 p. 100 des adultes et 50 p. 100 des agneaux.

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