I. — Mesures sanitaires
La prophylaxie de la clavelée comporte l’application de mesures sanitaires destinées : a) à éviter l’envahissement d’un pays
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indemne; b) à éviter la diffusion dans une région envahie; c) à enrayer la contagion dans un troupeau infecté.
I. — La fermeture des frontières aux animaux provenant de pays infectés ou suspects constitue un premier mode d’intervention, partout employé et théoriquement suffisant.
La prohibition des importations ne protège pas complètement cependant contre un envahissement « par reptation », alors que la maladie sévit dans le voisinage immédiat des frontières, et c’est souvent ainsi que la clavelée est importée. Le séjour des troupeaux dans les pâturages communs des zones neutres, sur les alpages des frontières (Pyrénées...), favorise encore la contagion.
Le refoulement aux frontières des animaux suspects par leur origine n’est d’ailleurs pas possible dans tous les cas. Des raisons économiques d’ordre supérieur obligent à admettre, sous certaines conditions, les moutons de provenance algérienne ou tunisienne, bien que la clavelée sévisse en permanence sur tout le littoral africain de la Méditerranée.
La visite des troupeaux à la frontière constitue une indispensable précaution ; elle permet de saisir ou de refouler des animaux atteints ou contaminés; de plus, elle oblige les importateurs à prendre des précautions quant à la formation et à l’expédition des convois. Cette surveillance nécessaire est insuffisante pour éviter sûrement l’entrée d’animaux dangereux. Alors même que l’examen des troupeaux importés serait assez complet pour que tous les malades fussent certainement reconnus, les contaminés échapperont à toute suspicion; or, les intéressés évitent soigneusement de présenter des malades à la frontière; ils les sacrifient en deçà et le reste du convoi pénètre librement. D'autre part, des animaux clavelisés antérieurement et réfractaires sont néanmoins dangereux s’ils ont cohabité avec des malades; les toisons sont souillées de matières virulentes qui conservent leurs propriétés pendant un temps indéterminé.
La libre admission des animaux qui présentent les stigmates de la clavelisation comporte certains inconvénients. Pcuch (1; remarque avec raison que « les cicatrices consécutives à l'inoculation 11e sont ni spéciales, ni caractéristiques. La cicatrice linéaire, blanchâtre, épaisse, saillante et pour ainsi dire calleuse, que laisse la plaie consécutive à la pustule d’inoculation, n’a rien qui la distingue nettement et sûrement d’une cicatrice résultant d’une plaie
(I) Peuch. Précis de police saniUiire, 1 vol., 1884, p. 243.
CLAVELÉE
cutanée avec perte de substance. Il est donc à craindre que la fraude s’exerce en cette matière, si les moutons porteurs de cicatrices caudales ou auriculaires viennent à acquérir une plus-value, motivée par leur entrée en libre pratique. Les seules cicatrices réellement caractéristiques de la clavelée sont ces petites fossettes glabres, rosées ou blanches, dont la face de certains moutons est comme criblée ou piquetée, d’où le nom de picotle donné parfois à cette maladie. Ces cicatrices cupuliformes, qui apparaissent au premier abord comme autant de petits trous, sont les véritables stigmates de la clavelée, et leur présence permet de conclure avec certitude ».
L’insécurité de l’inspection à la frontière est démontrée par l’importation constante de la clavelée dans les départements du Sud-Est, par les moutons algériens, en dépit d’une surveillance exercée à la fois au départ et ù l’arrivée des convois.
II. — Les mesures propres à éviter la diffusion de la maladie dans une région infectée varient en raison de l’étendue du foyer reconnu, des modes d’entretien et de la densité de la population ovine.
Alors que la maladie est décelée dès son apparition, il est facile d’éviter la transmission par une séquestration rigoureuse des troupeaux atteints. L’abatage des malades et des contaminés, prévu par certaines législations, ne saurait être recommandé que dans les pays habituellement indemnes et peu menacés par la maladie. Partout ailleurs, on exercera une surveillance sanitaire permanente, destinée à éviter les modes de la contagion indirecte.
Dans la plupart des cas, la maladie est signalée alors que toute une région est envahie et l’on ne peut qu’enrayer la marche de la contagion, par la séquestration et l’isolement des malades. L’accès de la zone infectée sera interdit aux troupeaux ; les moutons ne pourront être conduits sur les foires et marchés.
La maladie est évitée par des mesures de précaution assez simples. Pendant la durée de l’épizootie, les moutons seront nourris à l’étable ou conduits dans des pâturages situés à proximité des bergeries ; on évitera les chemins suivis par les autres troupeaux. Les animaux seront cantonnés aussi loin que possible des troupeaux voisins; ils seront conduits à des abreuvoirs spéciaux, alimentés de préférence avec l’eau des puits. L’approche du troupeau sera interdit à toutes les personnes étrangères; les bergers et leurs chiens seront consignés dans la ferme. En aucun cas, des moutons ne seront introduits sans avoir subi une quarantaine de 20-30 jours.
CLAVELISATION.
Ces mesures sanitaires, théoriquement suffisantes, sont difficilement applicables dans la pratique. Les habitudes acquises, et parfois d’inéluctables exigences économiques, rendent la contagion inévitable et la clavelée s’étend, en quelques mois, à toute une province.
III. — Dès que la clavelée est apparue dans un troupeau, on peut prévoir que tous les animaux seront contaminés. Dans le cas seulement où le diagnostic est porté dès le début, avant que des matières virulentes aient été répandues, la contagion peut être enrayée ; les animaux malades ou suspects sont séquestrés dans les locaux infectés ; les sujets sains sont rigoureusement isolés. Après l’évolution complète de la maladie, les malades sont lavés soigneusement dans un bain savonneux antiseptique, autant que possible après avoir été tondus.
En nombre de circonstances, le troupeau est infecté en totalité, en dépit de toutes les précautions prises. La seule intervention utile consiste en l’inoculation de tous les animaux, dans le but d’éviter des infections successives qui prolongeraient pendant plusieurs mois la durée de l’épizootie.
IL — Clavelisation (1).
La clavelisation consiste en une inoculation intra-cutanée du claveau, destinée à conférer rapidement l’immunité aux moutons traités. Les analogies qui existent entre la clavelée et la variole ont donné l’idée d’appliquer à la maladie du mouton le procédé d’inoculation répandu, de temps immémorial, sous le nom de variolisation. Dès le commencement du xvm° siècle, la clavelisation est couramment employée en Saxe, en Italie, en Autriche, en Hongrie et dans le midi de la France. Ilurtrel d’Arboval rapporte de nombreux documents concernant la méthode et il réunit des statistiques qui comprennent 32000 inoculations.
Les études de Beugnot, Lebel, Delafond, Roche-Lubin... , en France, celles de Muller, Mertcn, Pissin, Hertwig..., en Allemagne, fournissent diverses indications quant à la technique de l’opération ; elles en précisent les avantages économiques et prophylactiques.
(I) Le livre de Hurtrel d'Arboval, Traité de la clavelée , renferme les documents les plus précis et les plus complets sur l’opération. Consulter aussi : Giraud père. Mémoire sur le claveau et sur les avantages de son inoculation , 1818. — Delafond. De la clavelisation des troupeaux des bêtes à laine. Recueil de méd. vét., 1847, p. 270, 931, 1848, p. 18, 121 et 322. — Roche-Lubin. Éludes pratiques sur quelques points nosologiques de la cia velée. Id , 1853, p. 178.
CLAVELÉE
En ces dernières années, Pourquier à Montpellier, Brémond et Soulié en Algérie font connaître des procédés spéciaux de clavelisation.
Indications de la clavelisation. — La elavelisation est pratiquée, soit dans un troupeau déjà infecté, dans le but de hâter l’évolution {clavelisation de nécessité ), soit dans des troupeaux sains menacés d’une contamination plus ou moins certaine ( clavelisation de précaution).
Les avantages de la clavelisation de nécessité sont évidents. On confère, par 1 inoculation, une maladie moins grave que celle qui résulte de la contagion naturelle ; de plus, tous les sujets sont infectés en même temps; l’on évite ces poussées successives qui rendent le troupeau dangereux pendant plusieurs mois et qui prolongent indéfiniment l’application de mesures sanitaires toujours onéreuses. D’autre part, la contagion de la clavelée s’exerce avec une telle facilité que tous les animaux seront à peu près sûrement frappés et l’inoculation expérimentale n’augmente pas sensiblement le nombre des malades.
Les indications de la clavelisation de précaution sont moins facilement précisées, car elles sont subordonnées entièrement à l’imminence de la contagion. L’inoculation préventive est indiquée dans les régions où la clavelée sévit en permanence, à moins que les conditions de l’entretien permettent l’isolement des troupeaux. Dans des régions gravement infectées, les troupeaux de fermes isolées ou de domaines entièrement clos sont préservés de la contagion par des précautions assez simples. Au contraire, les animaux envoyés dans des pâturages communs ou soumis à la transhumance sont inévitablement infectés dès que la clavelée apparaît.
La clavelisation est contre-indiquée dans les localités habituellement indemnes, à la fois au point de vue économique et au point de vue sanitaire. L’inoculation provoque un état fébrile et des accidents généraux qui causent aux animaux un retard appréciable dans l’accroissement ou dans l’engraissement ; de plus, des accidents mortels sont observés chez quelques sujets. La clavelisation de précaution constitue, en outre, un danger considérable ; elle crée de nouveaux foyers d’infection ou elle étend les foyers existants. En Autriche, en Allemagne..., la clavelée a été autrefois répandue en nombre de provinces, qu’elle n’eût peut-être jamais envahies par la seule clavelisation.
L’inoculation de précaution ne doit donc être autorisée, en France, que lors d’un danger de contagion reconnu imminent; les animaux qui y sont soumis doivent être surveillés au même titre que les malades. Les conditions sont tout autres en Algérie, où la clavelée sévit en permanence sous une forme peu grave; l’opération n’y présente que des avantages, et c'est avec raison que la clavelisation de précaution est permise et encouragée.
Technique de l’inoculation. — I. Choix et récolte du virus. — Le
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claveau esl recueilli au niveau de pustules provenant de l’éruption naturelle ou dans des pustules d’inoculation.
a) Si les conditions sont telles que le virus doive être recueilli sur des animaux atteints de la maladie naturelle, on puise le claveau sur un mouton antenais, présentant une éruption discrète et bénigne; on choisit des pustules isolées, bien développées (dixième ou douzième jour , renfermant une lymphe ‘abondante. Si le liquide doit être inoculé aussitôt, on applique une pince à anneaux, munie d’une crémaillère d’arrêt, à la base de la pustule choisie; on décoiffe celle-ci avec le bistouri ou la lancette, et l’on puise directement avec l’instrument le liquide qui suinte à la surface; l’incision du tissu induré de la pustule fournit ensuite une matière très virulente.
i La récolte est plus facile encore au niveau des grosses pustules provenant de l’inoculation à la lancette. L’incision donne un claveau abondant ; une seule pustule suffit pour inoculer plus de cinq cents bêtes.
Soulié 1) a fait connaître un procédé d’inoculation permettant d'obtenir une grande quantité de claveau pur. Un antenais vigoureux est rasé sur un côté du tronc; l’inoculation du claveau est opérée avec la seringue de Pravaz; on pratique quatre ou cinq rangées de quatre insertions virulentes sur la surface dénudée; chaque inoculation est laite, dans le derme cutané, avec une goutte du liquide virulent. Les pustules développées ont des dimensions variant entre le diamètre d’une pièce de 50 centimes et celui d’une pièce de 5 francs; chaque pustule fournit en moyenne 3 c. c. de claveau.
En Algérie, ce procédé peut rendre d’utiles services en permettant de se procurer en abondance un claveau aussi pur que possible.
c Brémond, d’Oran, recueille le claveau chez un animal affecté de clavelée généralisée, naturelle ou inoculée. Quand les pustules sont à point (du douzième au quinzième jour après l’éruption), le clavelifère est tué et dépouillé avec précaution. Les pustules sont énucléées par la face interne de la peau et broyées dans un mortier. La pulpe obtenue est additionnée de glycérine et d’eau boriquée dans les proportions suivantes : pulpe 3 parties; eau 6 p. ; glycérine 14 p. Le mélange est filtré après sept jours et réparti en flacons.
11. Conservation du virus. — Tons les procédés employés pour la conservation du vaccin ont été recommandés pour le claveau; on indique ainsi le dépôt entre des lames de verre, la dessiccation, les mélanges glycérines ou glycérolés... La méthode la plus simple et la plus pratique consiste à recueillir purement le claveau dans des tubes de verre qui sont scellés ensuite.
Dans un premier procédé, utilisable alors que l’on veut conserver une grande quantité de virus, on aspire le claveau dans une grosse pustule d’inoculation, à l’aide d’une pipette effilée. Dès que celle-ci esl remplie,
(I) Soulié. La elavelisation des moutons algériens. Médecine moderne, 189G, p. 441 ; Revue vétér., id., p. 421.
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on soude à la lois l’effîlure inférieure et l’étranglement supérieur.
Un second moyen consiste à enfermer le claveau dans des tubes capillaires. L’extrémité du tube étant appliquée sur la pustule, le liquide monte par capillarité; dès que le tube est rempli, on ferme les extrémités, en les plongeant dans la cire fondue, ou bien on les soude à la lampe. Le claveau recueilli est placé à l’abri de la lumière, à la température de la chambre. 11 conserve ses propriétés pendant plus de Irois mois.
Si la clavelisation doit être pratiquée avec un virus conservé depuis longtemps, dont les propriétés paraissent douteuses, il est indiqué d’inoculer au préalable un ou deux animaux qui donnent du virus frais en abondance.
Soulié additionne le claveau recueilli par sa méthode d’eau boriquée à 3 p. 100 ou d’une solution de salicylate de soude à 2 p. 100. Le virus est conservé en dilutions concentrées à 1 p. 2 ou 1 p. 5, dans des flacons stérilisés, à l'abri de la lumière et à la température de 20°-25°. Au moment de son emploi, la conserve de claveau est diluée à nouveau avec irois fois son volume d’eau stérilisée.
III. Procédés de l' inoculation. — L’inoculation est pratiquée à la queue ou, de préférence, à l’extrémité de l’oreille; l’expérience montre que les accidents consécutifs sont moins fréquents qu’après une insertion du virus sur le tronc ; de plus, l’amputation possible de la région inoculée permet d’éviter certains des inconvénients de l’opération.
a) Toutes les méthodes de l’inoculation assurent la pénétration du virus et la plus simple, c’est-à-dire la piqûre sous-épidermique, est ordinairement préférée en France. On se sert indifféremment de l’aiguille cannelée ou de la lancette. La région choisie est tondue et lavée à l eau savonneuse tiède. « Le mode de contention du mouton à claveliser est fort simple. Quand on inocule à la face inférieure de la queue, un aide maintient l’animal debout, tandis que l’opérateur saisit la queue d’une main et la renverse, de manière que la face inférieure soit tournée en haut et la peau bien tendue. Puis, il pique le tégument, en faisant pénétrer la pointe de la lancette un peu obliquement sous l'épiderme et à une profondeur de 2 millimètres environ, de manière à former une sorte de petit godet sous-épidermique, dans lequel le virus est déposé. Si l'on clavelise à la face interne de l’oreille, l’animal peut encore être maintenu debout, en ayant le soin de limiter le plus possible les mouvements de la tête.
« Quelle que soit la région choisie pour claveliser, il est inutile et il serait même dangereux de faire plusieurs piqûres, car, en opérant ainsi, on est plus exposé à voir survenir une éruption générale qu'en se bornant à une seule piqûre. On doit essayer également, au point de vue de la simplicité des suites de la clavelisation, de ne pas atteindre le tissu sous-cutané.
« Lorsque l’on clavelise à la queue, comme cela se fait le plus généralement, il est bon, chez les brebis tout au moins, de pratiquer la
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piqûre près de l’extrémilé terminale de la queue, afin d’éviter autant que possible les souillures et les frottements de la pustule d’inoculation sur la vulve ou sur le périnée, ce qui retarderait beaucoup la cicatrisation de la plaie consécutive à la pustule et, par conséquent, la guérison définitive de l’animal. Mais, chez les brebis dont la queue a été coupée afin de ne pas salir la laine, cette précaution ne peut être observée et il faut elaveliser à la face interne de l’oreille (1). »
b) L inoculation intra-dermique de claveau dilué, à l'aide de la seringue de Pravaz, a donné d’excellents résultats en Algérie Soulié, Emery) ; on n’a guère à craindre de généralisation sur des animaux aussi résistants (pie les moutons algériens et l’inoculation est plus sûrement réalisée - .
Suites de la clavelisation. — Les phénomènes locaux consécutifs à l’inoculation à la lancette n’apparaissent que quatre jours après l’insertion. Ils débutent par une tacbe rouge qui, limitée au niveau de la piqûre, s’étend peu à peu, en même temps que la région se tuméfie. Vers le septième jour, il existe une tumeur aplatie, circulaire ou ovalaire, du diamètre d’une pièce de deux francs. Le huitième jour, la pustule s’entoure d’un bourrelet de couleur pâle, qui la délimite nettement; sa surface, de teinte rosée, est légèrement convexe; elle présente à son centre une dépression très nette ( ombilic). Du neuvième au douzième jour, la pustule arrive à la période de sécrétion; l’épiderme, ramolli, prend uni1 2 coloration blanchâtre ; le liquide suinte à travers les fissures du revêtement, ou bien celui-ci est déchiré par les frottements et les traumatismes. Dès (pic, la sécrétion cesse, l’épiderme se dessèche et se transforme peu à peu quatorzième au dix-huitième jour) en une croûte sèche, de couleur brune, adhérente aux tissus sous-jacents. L’élimination ne s’opère que plus tard, à la suite d’une cicatrisation sous-crustacée ; après la chute de la croûte, on ne trouve plus qu'une petite cicatrice linéaire persistante.
Les symptômes généraux sont peu marqués ; vers le septième ou le huitième jour, on constate un peu de fièvre, avec tristesse, inappétence; chez quelques animaux, une éruption générale, ordinairement discrète, s’opère en même temps.
L'âge a une influence sur les suites de l’inoculation ; on constate parfois des accidents graves chez les agneaux; aussi est-il indiqué de ne pas elaveliser les animaux avant qu’ils aient atteint l’âge de trois ou quatre mois au moins.
Les suites de la clavelisation sont encore variables suivant la réceptivité des diverses populations. En Afrique, la clavelisation est une opération absolument bénigne, sauf pour les très jeunes agneaux et pour les brebis avancées en gestation ; des milliers d’animaux sont inoculés sans aucun accident et la mortalité générale ne dépasse pas 1-5 p. 1000; dans la
(1) Peucii. Précis de police sanitaire, p. 235.
(2) Voir sur la clavelisation en Algérie: travaux delà commission chargée d'examiner les procédés de clavelisation... Broch., Alger, 1897.— Nocard. La clavelisation en Algérie. Bulletin de la Société centr. de méd. vêt., 1898, p. 43.
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Russie méridionale, les pertes consécutives à l’opération atteignent seulement 3-4 p. 1000. Sur le littoral français de la Méditerranée, la clavelisaüon est encore peu grave en général. Dans le centre et dans le nord de la France, les pertes consécutives à l’inoculation s’élèvent à 1-3 p. 100; la mortalité peut s’élever, en quelques cas exceptionnels, jusqu’à 5 et 10 p. 100 de l’effectif.
Effets de la clavelisation. — L’inoculation confère aux animaux une immunité complète; celle-ci s’établit graduellement, pendant tout le temps de l’évolution de la pustule d’inoculation ; elle est complète vers le vingtième jour environ.
La durée de l'immunité conférée est insuffisamment déterminée; on peul prévoir d’ailleurs qu’elle varie suivant les individus; dans tous les cas, elle persiste pendant plus d'une année. L'immunité conférée est transmise de la mère au fœtus ; les agneaux nés de mères clavelisées restent indemnes dans les milieux infectés ; mais l’immunité qu’ils possèdent est beaucoup moins durable que celle qui résulte de l’inoculation.
L’évolution de la grosse pustule consécutive à l'inoculation rend les animaux dangereux au point de vue de la contagion; une grande quantité de claveau est répandue dans les milieux habités et, de plus, les toisons souillées restent virulentes pendant plusieurs semaines au moins. Dans le but de remédier à cet inconvénient, Galtier, puis Pourquier, ont conseillé l’amputation de la région inoculée (oreille ou queue ; la section est pratiquée seulement après le complet développement de la pustule, c’est-à-dire du dixième au quinzième jour; une intervention prématurée provoquerait une généralisation de l’éruption. Ce procédé, tout recommandable qu'il soit, ne supprime point entièrement les dangers de la transmission, ne serait-ce qu’en raison de la présence d’éruptions secondaires chez quelques sujets.
Accidents consécutifs a la clavelisation. — Les accidents consécutifs à l'inoculation consistent en l’apparition d’une éruption généralisée ou en l’évolution d’une infection septique.
La généralisation de l’éruption est annoncée par l’intensité des phénomènes locaux au niveau du point d’inoculation; la pustule est mal délimitée; elle revêt une teinte rouge violacé; toute la région est tuméfiée et i n fi 1 1 rée. L’animal est abattu ; l’appétit a disparu. Une éruption confluente apparaît sur la face, à la face interne des membres, sur le ventre... avec tous les symptômes de la clavelée grave. La mort, après 18-25 jours, est la terminaison ordinaire ; les sujets qui survivent restent amaigris ; la convalescence est des plus pénibles.
Les accidents de septicémie sont consécutifs soit à l’inoculation d’un claveau septique, soit à l’infection de la plaie qui résulte de l’élimination de l’escarre pustuleuse. Ils sont évités par l’utilisation d’un claveau recueilli et conservé purement et par les lavages antiseptiques des plaies consécutives à l’évolution de la pustule. L’infection septique est dé-
LÉGISLATION
noncée, vingt-quatre ou quarante-huit heures après l’inoculation, par un suintement sanieux au niveau de la piqûre, puis par une tuméfaction ronge, douloureuse, accompagnée d'une fièvre intense. La tuméfaction gagne rapidement la base de la queue, tandis que les parties primitivement atteintes deviennent froides et prennent une coloration noirâtre. La terminaison par la mort est à peu près constante. Le traitement consisterait en une amputation de la queue, pratiquée à la base, et | aussitôt que possible.
Transmission à l’homme. — Les nombreuses tentatives d’inoculation de la clavelée à l’homme réalisées par Brugnone, Sacco, Voisin..., ont donné des résultats constamment négatifs (1). Nocard s’est en vain inoculé à diverses reprises et a inoculé nombre de ses élèves avec du claveau pur dont la grande virulence était attestée par des moutons témoins.
En 1884, Villain rapporte quelques exemples de transmission probable, sans démontrer toutefois la nature des éruptions constatées. Bosc et Pourquier (2) observent une éruption papuleuse d’apparence variolique, étendue aux mains, aux poignets et aux avant-bras, chez une femme employée à la préparation de pieds de mouton présentant l’éruption claveleuse. Le liquide exsudé des pustules des mains, inoculé à des agneaux, donne de petites pustules claveleuscs (?).
Législation. — France. — Les sujets alfeclés sont séquestrés et soumis à une surveillance sanitaire.
« Dans les épizooties de clavelée, le Préfet peut, par arrêté pris sur l'avis du Comité consultatif des épizooties, ordonner la clavelisation des troupeaux infectés. La clavelisation ne devra pas être exécutée sans l’autorisation du Préfet. » (Art. 11, Loi de 1881.)
A la frontière, les animaux malades sont abattus sur place; les contaminés sont repoussés et marqués ou abattus pour la boucherie. Les animaux qui présentent les cicatrices caractéristiques de l'inoculation sont admis librement. (Art. 70, §2, Règlement de 1881.)
En Algérie, la clavelisation des troupeaux sains est autorisée par le Maire; dans les épizooties de clavelée, le Préfet ordonne la clavelisation des troupeaux infectés. (Art. 12, Décret de 1887.
Allemagne. — Séquestration des malades et clavelisation des suspects. La clavelisation des troupeaux exposés peut être ordonnée parles autorités. Loi du 23 juin 1880.)
(1) Hurtrel d'Arboval. De la clavelée inoculée à l'homme. In Traité de la clavelée 182-2, p. 270.
(2) Bosc et Pourquier. Un cas de transmission de la clavelée du mouton à l’homme. Congrès de .Moscou, 1897
CLAVELÉE
Autriche. — Séquestration des malades. La clavelisalion ne peut être pratiquée qu’après autorisation. L'abatage des malades pour la boucherie est interdit. Loi tin 29 février 1880.)
Belgique. — Les animaux atteints sont abattus (Arrêté du 20 septembre 1883). 11 est accordé une indemnité du tiers de la valeur, avec un maximum de 10 francs. (Arrêté du 3 juin 1890.)
Danemark. — Séquestration des malades et des contaminés. Le ministre peut ordonner l’abatage, avec indemnité des quatre cinquièmes de la valeur. (Loi du 14 avril 1893.)
Grande-Bretagne. — Séquestration. L’abatage des malades et des suspects peut être ordonné par l’autorité locale. Indemnité delà moitié de la valeur pour les malades (maximum 37 fr. 50) et de la totalité de la valeur pour les suspects {maximum 100 fr.). (Act. de 188G, art. 47.)
Hollande. — Isolement et surveillance. L’abatage peut être ordonné, sur la proposition du vétérinaire de district. La clavelisation est ordonnée pour les animaux exposés à la contagion, mais interdite pour les autres. Loi du 20 mai 1890.)
Roumanie. — Tous les animaux des troupeaux infectés sont clavelisés. La clavelisation de précaution n’est autorisée que par le ministre. Loi du 27 mai 1882.)
Suède. — Séquestration. Clavelisalion facultative. Loi du 23 septembre 1887.)
Suisse. — Isolement et séquestration. La clavelisation ne peut être pratiquée que par des vétérinaires, après une autorisation spéciale. (Loi de 1872 et Règlement de 1886.)