CHAPITRE XVII
La tuberculose est une maladie contagieuse, inoculable, commune à l’homme et à toutes les espèces domestiques, due à la présence du bacille de Koch dans les tissus. |
Il n’est pas de maladie qui frappe un aussi grand nombre d'espèces animales ; il n’en est pas qui présente une pareille gravité économique. En ce qui concerne seulement les bovidés, c’est par millions que se chiffrent actuellement les malades; toutes les régions du globe sont envahies ebr infection suit presque Run une effrayante progression.
Les dangers de la transmission des‘animaux à l’homme rendent plus redoutable encore cette « panzootie ee ».
Historique (1). — La tuberculose du bœuf, seule connue des vétérinaires jusqu'en ces derniers temps, est depuis longtemps mentionnée. La localisation pleurale est signalée en Allemagne depuis ie xv° siècle, sous le nom de « maladie des Français »; on lui attribue une origine syphilitique et cette opinion provoque divers règlements qui prohibent la consommation des viandes provenant d'animaux affectés.
Au commencement du xix° siècle, la tuberculose est confondue encore
(1) Jouxe. Die Geschichte der Tuberkulose..… Deutsche Zeïtschrift für Thiermed., tiX 1883, D.41.
Nocarp et LECLAINÇCHE. — 5° édit. — IT. 4
avec la péripneumonie et avec les hydatides du poumon (Yvart); Dupuy voit dans les altérations parasitaires des diverses espèces animales l’origine des « dépôts tuberculeux ». Les quelques descriptions données s appliquent d’ailleurs, soit aux lésions pleurales, soit aux lésions pulmonaires, et la commune origine des deux localisations n’est pas soupçconnée.
En 1811, Laënnec proclame, au nom de l’anatomie pathologique, l'unité des formes diverses de la phtisie pulmonaire et il trouve sa caractéristique dans l’évolution du tubercule. « Les progrès de l'anatomie pathologique, dit-il, ont démontré jusqu'à l'évidence que la phtisie pulmonaire est due au développement, dans le poumon, d’une espèce particulière de production accidentelle à laquelle on a appliqué spécialement le: nom de tubercule. La matière tuberculeuse peut se développer dans le poumon et dans les autres organes sous deux formes principales : celles de corps isolés et d'infiltrations; chacune de ces formes, ou sortes, présente plusieurs variétés, qui tiennent principalement à leurs divers degrés de développement.
Les tubercules isolés présentent quatre variétés principales, que nous désignerons sous les noms de {ubercules miliaires, tubercules crus, granulations tuberculeuses et tubercules enkystés. L’infiltration tuberculeuse présente également trois variétés, que nous désignerons sous les noms d'infiltration tuberculeuse informe, d'infiltration tuberculeuse grise et d'infiltration tuberculeuse jaune. Quelle que soit la forme sous laquelle se développe la matière tuberculeuse, elle présente, dans l’origine, l’as-. pect'd'une masse grise et demi-transparente qui, peu à peu, devient jaune, opaque et très dense. Elle se ramollit ensuite, acquiert peu à peu une liquidité presque égale à celle du pus, et, expulsée par les bronches, laisse à la place des cavités connues vulgairement sous le nom d’ulcères du poumon, et que nous désignerons sous le nom d’excavations tuberculeuses. »
Laënnec reconnaît la nature spécifique de ces lésions. « On ne peut, sans donner la torture aux résultats de l’observation et faire un étrange abus du raisonnement, regarder les tubercules comme le produit de l’inflammation de quelqu’une des parties constituantes du poumon. Si l'inflammation a quelque influence sur l'apparition ou sur le développement des tubercules, ce n’est qu'en préparant le-terrain et en le-rendant favorable à leur germination. De même la terre fortement labourée après un long repos, ou abandonnée à elle-même après plusieurs années de labourage, fait germer une multitude de graines qu'elle renfermait dans son sein A plusieurs années. »
La diagnose anatomique et la nature spécifique de la tuberculose sont ainsi formulées en des termes d'une précision quasi prophétique. En dépit des violentes attaques de Broussais et de son École, la doctrine de Laënnec impressionne vivement les esprits, et é’est à partir de ce moment que l’on rencontre les premières tentatives de rapprochement
entre la phtisie humaine et la pommelière des bovidés. Gurlt(1) reconnaît la nature tuberculeuse de la phtisie des vaches. Les nodules développés dans le parenchyme sain, dit-il, sont identiques à ceux qui sont décrits par Bayle dans le poumon de l’homme; seuls, ceux qui se développent dans ‘les parties enflammées subissent une fonte régressive qui les rend méconnaissables. |
Vers 1850, les études des histologistes allemands remettent en question l’œuvre de Laënnec, en même temps qu'elles repoussent toute analogie entre la tuberculose humaine et celle du bœuf. Reinhard, Virchow, Niemeyer, reconnaissent une tuberculose vraie, caractérisée par la présence de la « granulation grise », et une pneumonie caséeuse, résultant d'une dégénérescence post-inflammatoire. La phtisie pulmonaire n’est donc, dans la très grande maJorité des cas, qu’une pneumonie chronique, catarrhale ou interstitielle, et la tuberculose vraie est de beaucoup plus rare. On sait ce qu’il est advenu de cette conception et comment la doctrine de l” « unicité de la tuberculose », que les histologistes allemands croyaient avoir à jamais renversée,a triomphé plus tard, grâce aux beaux travaux histologiques de Grancher, de Thaon et de Charcot, et surtout grâce à la découverte du bacille spécifique.
En même temps qu'il repousse la synthèse de Laënnec, Virchow dénie le caractère tuberculeux aux néoformations noduleuses trouvées sur les séreuses (maladie des Français, Perlsucht) ou dans les viscères (poumons, ganglions, foie, utérus) des animaux, et il les rapproche du Tympho-sarcome de l’homme. Cette opinion est acceptée par Gurlt, puis par Roell, tandis que Gerlach, Spinola, Fuchs, Fôrster, soutiennent l'identité. « Il est constant, dit Gerlach (2), qu’en dehors des nodules des séreuses, il se produit toujours des dégénérescences tuberculeuses dans les ganglions, et que l’on rencontre des tubercules et de la caséification dans les poumons et souvent dans un ou plusieurs autres organes; qu’au niveau d’un foyer de tuberculose du poumon il n’est pas rare de rencontrer une éruption des tubercules et des grappes de la Perlsucht; que la Perlsucht se transmet comme la tuberculose du poumon; que la tuberculose du poumon est suivie de la tuberculose de la plèvre et récipro- ‘quement. » |
Leisering (5) soutient une opinion analogue et apporte de nouveaux documents sur certaines formes anatomiques jusque-là peu connues. La tuberculose des séreuses, du poumon, du foie, de l'utérus et de la peau est constituée par un même processus anatomique. Les divers aspects sont dus aux modes de la conglomération des tubercules et à la forme des dégénérescences subies. Les parties centrales des néoformations éprouvent rapidement une fonte graisseuse, suivie de l'infiltration calcaire; un ramollissement total est observé au niveau des muqueuses
(4) Gurzr. Lehrbuch der pathologischen ‘Anatomie, t. I, 1851, p. 285.
(2) GERLACH. Gerichtliche Thierheilkunde, p. 173. (3) LeiseRING. Bericht über das Veterinärwesen im K. Sachsen für 1862.
h TUBERCULOSE.
respiratoire, digestive,utérine, et les lésions prennent un aspect ulcéreux; des altérations identiques sont parfois rencontrées dans le poumon. En général, les conglomérats volumineux subissent la dégénérescence caséeuse et les petits la dégénérescence calcaire. Le processus tuberculeux développé dans les muscles et dans le tissu sous-cutané correspond à la « gourme » de Lafosse et à la « tuberculose cutanée » de Haubner. Après avoir établi l’'unicité des diverses manifestations tuberculeuses, Leisering donne une satisfaction aux idées régnantes; il reconnaît que les néoformations affectent, chez le bœuf, une forme particulière qui les rapproche du sarcome, mais il leur conserve malgré tout le nom de tubercules. |
L'étude de la tuberculose entre d’ailleurs en ce moment dans une phase nouvelle. En 1865-1866, Villemin (1) démontre l’inoculabilité de la tuberculose. L'inoculation, sous la peau du lapin, d’une parcelle de matière tuberculeuse, « prise sur l’homme, sur une vache ou sur un lapin ‘déjà rendu tuberculeux », produit une évolution tuberculeuse. Au bout de quinze, vingt, trente jours, les animaux maigrissent,... puis 1ls succombent dans un état de cachexie extrême. L’autopsie montre une tuberculisation des ganglions lymphatiques voisins du point de l’inoculation'et une éruption tuberculeuse sur la plupart des viscères et sur les séreuses. L'année suivante, Villemin (2) s'efforce de différencier la tuberculose vraie des pseudo-tuberculoses observées chez diverses espèces domestiques ; il conclut de ses recherches bibliographiques et de ses observations, que : «en dehors de l’homme, qui a malheureusement une aptitude spéciale pour la phtisie, il n’y a guère que le singe, la vache, et peut-être le lapin et quelques rongeurs analogues, qui soient réellement reconnus susceplibles de devenir tuberculeux. Pour tout le reste, il n’y a qu’incertitude, confusion, allégations controversables. »
La découverte de Villemin soulève aussitôt d’ardentes discussions. En outre d’objections négligeables inspirées par des considérations purement dogmatiques, des réserves plus graves sont formulées au nom de l'expérimentation même. Alors que certains reproduisent à coup sûr les résultats annoncés par Villemin, d’autres échouent dans leurs tentatives de transmission, d’autres enfin croient obtenir la tuberculisation des sujets d'expérience avec des matières non tuberculeuses. Des centaines de travaux sont consacrés à la recherche de la virulence tuberculeuse: tous les modes de l’inoculation et tous les réactifs animaux sont utilisés. Parmi les faits publiés, quelques-uns ont une influence décisive. H. Martin (5) montre que le tubercule vrai est seul inoculable en série et
(1) ViLLEMIN. Causes et nature de la tuberculose. Bulletin de l'Acad. de méd., L. XXXIT, 1866, p. 152, Études sur la tuberculose, 1 vol., 1868. C
(2) VILLEMIN. De la phtisie et des maladies qui la Simulent dans la série zoologique. Recueil de médecine vétérinaire, 1867, p. 5 et 74.
() H. MarTIX. Recherches anatomo-pathologiques et expérimentales sur le tubercule. Thèse, 1879.
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qu'on peut le différencier sûrement des fausses granulations; Baumgarten (1) élablit l’action spécifique du virus tuberculeux inoculé dans ia chambre antérieure de l’œil chez le lapin; H. Martin (2) et Laulanié (5) démontrent l'édification de tubercules dans différents tissus sous l’action d’une irritation locale et, par suite, l'insuffisance de la diagnose anatomique dans la différenciation du tubercule.
Des résultats expérimentaux d’un autre ordre avaient puissamment contribué à la démonstration de la virulence tuberculeuse et au triomphe de la doctrine de Villemin. En 1868, Chauveau (4) obtient l'infection de trois génisses par l’ingestion de matière tuberculeuse provenant d’une vache phtisique. Les conclusions formulées sont les suivantes : « Ces expériences mettent hors de doute la virulence et la propriété contagieuse de la tuberculose et montrent que les travaux de M. Villemin n'ont pas été récompensés comme ils le méritent. Le tube digestif constitue, chez l’homme, comme dans l'espèce bovine, une voie de contagion qui est des mieux disposées pour la propagation de la tuberculose, et qui peut être bien plus souvent en jeu que la voie pulmonaire. Si la tuberculose bovine appartient à la même espèce que la tuberculose humaine, il y a, dans l’alimentation avec la viande de boucherie provenant des animaux phtisiques, un danger permanent pour la santé publique... »
En 1869, Gerlach (5) publie les premiers résultats d'expériences analogues entreprises dès 1866 à l'École de Hanovre; il obtient la transmission à diverses espèces, à la suite de l'ingestion de loHerotte des séreuses et du lait provenant des vaches affectées.
Les recherches de Chauveau, Gunther et Harms, Gerlach, Parrot, Viseur,… apportent de nouveaux documents sur la question; elles montrent que le bœuf, le porc, le lapin, le cobaye, le chat... sont infectés par la voie intestinale et que des lésions semblables sont observées, chez une espèce donnée, quelle que soit l’origine de la matière tuberculeuse ingérée.
L'identité de la tuberculose de l’homme et des mammifères domestiques semblait démontrée par ces résultats expérimentaux. Inoculées à à un même réactif, les matières tuberculeuses de provenance humaine
(1) BAUMGARTEN. Ueber das Verhältniss von Perlsucht und Tuberculose. Berl. klinische Wochenschr., 1880, p. 698.
(2) H. MARTIN. Tuberculose des séreuses et du poumon.Archives de physiologie, 1880,
PRE i (5) LAULANIÉ. Sur quelques affections parasitaires des poumons et leur rapport avec la tuberculose. Id., 1884, p. 487.
(4) CHauveau. Application de la connaissance des conditions de l'infection à l'étude de la contagion de la phtisie pulmonaire. Bulletin de lAcad. de méd., t. XXXIIT, 1868, p. 1007, et Recueil de méd. vétérin., 1869, p. 202.
(5) GERLACH. Jahresb. der Thierarzneischule zu Hannover, t. I, 1869, p. 6.
C’est à tort que Johne réclame pour Gerlach la priorité de la démonstration de l'infection tuberculeuse par ingestion.
ou animale prodnisent des lésions toujours analogues et souvent identiques. Alors qu’en France l’unicité des diverses formes tuberculeuses est très généralement admise, Virchow (1) soutient encore les vieilles distinctions et il oppose la Perlsucht du bœuf, type des tuberculoses animales, à la tuberculose caséeuse de l’homme. En 1880, il insiste longuement sur les différences anatomo-pathologiques essentielles qui séparent les tubercules perlés des ruminants de ceux de la phtisie humaine: les premiers ne subissent jamais la transformation caséeuse, : ni le ramollissement, ni l’ulcération; ils s'étendent de proche en proche et s’infiltrent de sels calcaires. Anatomiquement, ils correspondent au lympho-sarcome. Les lésions caséeuses et molles du poumon du bœuf n’appartiennent pas à la tuberculose. Virchow estime que les résultats expérimentaux signalés ne sont pas probants et que l'existence d’un virus de la Perlsucht n’est pas démontrée.
Sur ce même terrain de l'histologie pathologique, la conception uniciste trouve cependant des défenseurs. Schüppel démontre l'identité de la Perlsucht et de la tuberculose humaine par l’analyse des lésions; Baumgarten (2) complète la démonstration par l’inoculation des virus dans l’œil du lapin; il reconnaît de plus que la caséification, déjà observée par Bollinger, existe en réalité dans la Perlsucht, mais qu’elle est masquée très vite par la calcification. Lwow (3) donne peu après une bonne étude anatomo-pathologique des lésions des séreuses chez le bœuf: il conclut que « les masses perlées sont constituées par un agglomérat de tubercules, individuellement identiques à ceux de la tuberculose miliaire ».
À ce moment encore, les querelles des histologistes sont interrompues par un événement décisif. En 1882, Robert Koch (4) annonce qu'il a isolé et cultivé le bacille de la tuberculose; le microbe est rencontré au niveau de toutes les lésions spécifiques; il se retrouve, avec des caractères identiques, chez l'homme, chez la vache, chez le coq. Avec les cultures sur sérum gélatinisé, on obtient, par l’inoculation, des résultats constamment positifs chez diverses espèces. La même année, Ehrlich fait connaître un procédé de coloration qui, spécial au bacille ni à Koch, pennet de le déceler et de le différencier sûrement.
En 1884, Koch (5) étudie l’étiologie de la tuberculose dans-un MÉTOIEe
(1) Vircaow. Ueber die Perlsucht der Hausthiere… Berliner klin. Wochenschr., 1880, n° 14.
(2) BAUMGARTEN. Ueber das Verhältniss von Perlsucht und Tuberculose. Berliner klin. Wochensch., 1880, p.174.
(5) Lwow. Ueber den Bau der: Neubildüngen bei der Perlsucht des Hornviehes. Deutsche Zeitschr, für Thierm., t. VII, 1882, p. 374 (avec bibliogr.).
(4) R. Kocx. Die Aeliologie der Tuberculose. Bélier klin. Wochenschr., 10 avril 18892, p. 221.
(o) R: Kocu. Die Actiologie der Tuberculose. Mittheilungen aus dem kaiserl. Geésundheitsamte, t. II, 1884, p. 1-88.
d’une importance capitale. Après un court préambule, dans lequel il rappelle la démonstration de la virulence tuberculeuse, « due au génie de Villemin », l’auteur indique les caractères biologiques du bacille isolé. Le microbe agit sur les tissus en provoquant d’abord un afflux des cellules Iymphatiques, puis, secondairement et sans doute par l’intermédiaire de substances chimiques élaborées, leur transformation en cellules épithélioïdes et géantes et enfin des dégénérescences (nécrose de coagurlation et caséification).
Le bacille est toujours rencontré, chez l’homme, au niveau de toutes les lésions tuberculeuses (19 cas de tuberculose miliaire aiguë, 29 cas de tuberculose pulmonaire); il existe seul ou associé à divers autres microbes. L'infection s'opère surtout par le poumon, à la suite de l’inhalation de poussières virulentes; la généralisation est due à l’ouverture d’un foyer dans les voies sanguines ou lymphatiques. Les bacilles sont décelés constamment dans les crachats, lors de tuberculose pulmonaire, et dars les déjections lors de tuberculose intestinale. On les trouve au niveau des foyers de tuberculose locale (langue, rein, vessie, 0S...); ils sont présents encore, mais difficiles à découvrir, dans la scrofule et le lupus.
Koch étudie en même temps les tuberculoses animales; dans dix-sept cas de tuberculose du bœuf, dont treize de tuberculose des séreuses, les bacilles sont toujours trouvés, mais en nombre parfois très faible. Ils existent en abondance dans quatre cas de tuberculose du cheval, dont un de tuberculose miliaire généralisée. Les mêmes constatations sont faites dans la tuberculose du porc, du mouton et de la chèvre. Chez les poules (4 cas), les bacilles abondent dans les tumeurs de l'intestin, du foie et dans le contenu de l'intestin. Chez le singe (8 cas), les tubercules renferment une matière purulente liquide, peu riche en bacilles. La tuberculose spontanée est observée encore chez le lapin et chez le cobaye, à la suite d’une cohabitation avec des animaux infectés par l’inoculation.
Après avoir indiqué les modes d'isolement et de culture du bacille, Koch mentionne les résultats des inoculations. 179 cobayes, 55 lapins et 4 chats sont inoculés avec des matières tuberculeuses provenant de l’homme, du bœuf, du porc, du lapin et du singe; on obtient dans tous les cas une tuberculose bacillaire typique; les inoculations pratiquées avec des cultures de diverses générations (5° à 24), chez 217 animaux (cobayes, lapins, chats, chiens, rats, poules...), par les modes les plus variés (peau, œil, péritoine, veines, inhalations), donnent toujours la tuberculose. Les animaux moins prédisposés, comme le chien, le rat et la souris blanche, ne résistent pas aux inoculations de fortes doses de cultures pures. Koch conclut à bon droit à la spécificité du bacille « qui est la cause unique de la tuberculose, comme la bactéridie est la cause unique du charbon ».
Relativement à l’étiologie de la maladie, le mémoire: renferme encore
des données du plus haut intérêt. Le bacille tuberculeux est un parasite vrai, incapable de se -multiplier en dehors des organismes, et non plus, comme la bactéridie, un parasite facultatif, accomplissant toutes les phases de son existence à l’état libre. La source unique des bacilles tuberculeux réside donc dans les organismes humains ou animaux infectés, et une prophylaxie rationnelle peut être établie. À cet égard, l’homme est surtout dangereux, en raison des crachats virulents qu'il répand ; les animaux sont moins à craindre parce qu’ils ne répandent aucun crachat (1) et l'infection par le lait provenant d’une mamelle tuberculeuse est presque seule à redoutér. L'infection n’a d’ailleurs rien de fatal; alors que la pénétration des bacilles par inhalation est fréquente, la tuberculisation est exceptionnelle et subordonnée à certaines conditions de moment, de lieu et de qualité du virus.
La découverte de Koch marque le début d’une phase nouvelle dans l’histoire de la tuberculose. En 1885, Nocard (2) montre que la culture du bacille est de beaucoup plus facile si l’on additionne le sérum de petites quantités de peptone, de sucre et de sel; il obtient ainsi, pour la première fois, des cultures avec des lésions tuberculeuses d'origime aviaire. En 1887, Nocard et Roux (3) indiquent une nouvelle méthode de culture rapide dans les divers milieux; l'addition d’une faible quanlité de glycérine au sérum gélatinisé de Koch, à la gélose nutritive et aux bouillons de viande rend les milieux très favorables à la culture | du bacille. |
L'étude expérimentale de la maladie fait l'objet de nombreux travaux. Les divers modes de la contagion, les procédés de la diffusion et de la répartition du virus dans les organismes, sont à peu près complètement connus, L’anatomie pathologique des diverses lésions est étudiée à nouveau; des formes jusque-là méconnues sont définitivement classées.
La clinique bénéficie largement de la découverte du bacille; des méthodes pratiques permettent de reconnaître sûrement et parfois de déceler à leur début certaines localisations. |
L'année 1890 est encore une date mémorable dans l’histoire de la tuberculose. Koch (4) croit obtenir, avec les produits solubles résultant de la culture du bacille dans les bouillons glycérinés, suivant la méthode de Nocard et Roux, une action immunisante analogue à celle qui avait été signalée déjà par Roux et Chamberland pour la septicémie expérimentale, pour la fièvre charbonneuse et pour le charbon symptomatique. Le 15 novembre, Koch annonce qu'il est possible de rendre les animaux
(1) 1 y a dans cette affirmation une erreur qu'il est à peine besoin de signaler.
(2) NocarD. Recherches expérimentales. sur la tuberculose .des oiseaux; culture du bacille. Société de biologie, 17 octobre 1885.
(3) Nocarp et Roux. Sur la culture du bacille de la tuberculose. Annales de l'Institut Pasteur, t. I, 1887, p. 19.
(@ Kocn. Nouvelle communication sur le traitement de la tuberculose. Semaine médicale, 1890, p: 417.