BACTÉRIOLOGIE
réfractaires à l’inoculation du bacille et d'arrêter l’évolution de la maladie chez les inoculés. Aussitôt appliquée au traitement de la tuberculose de l'homme, la méthode ne donne malheureusement pas les succès que des disciplés enthousiastes avaient bruyamment escomptés. La découverte dela tuberculine n’en constitue pas moins un fait scientifique d'une importance considérable, et on peut lui appliquer le jugement que Koch lui-même formulait, si injustement, sur les vaccinations pasteuriennes : « La méthode ne saurait être considérée comme utilisable dans la pralique, à cause de l’immunité insuffisante qu’elle confère et des dangers qu'elle fait naître. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’ait aucun avenir devant elle. Des méthodes perfectionnées feront peut-être plus tard ce que l’on avait attendu prématurément de procédés imparfaits. »
Insuffisante et presque unanimement condamnée dans la thérapeutique de la tuberculose humaine, la tuberculine allait rendre des services inappréciables dans le diagnostic et dans la prophylaxie de la tuberculose animale. En 1891, Guttmann, de Dorpat, montre que, chez les bovidés comme chez l’homme, la tuberculine provoque une réaction révélatrice chez les malades. Les observations publiées depuis par milliers établissent la haute valeur diagnostique de la tuberculine dans toutes les formes de la tuberculose. La maladie décelée dès son début peut être combattue par des mesures sanitaires d’une efficacité certaine.
Une dernière page, la plus glorieuse peut-être, reste à écrire dans l'histoire de la tuberculose; une place reste libre aux côtés de Villemin et de Koch. Mais on ne peut douter que la plus rédoutable d’entre les contagions soit un Jour vaincue par des méthodes sûres d’immunisation et de traitement.
Bactériologie. — Le bacille de Koch se présente, dans les tissus ou dans les cultures, sous la forme d’un fin bâtonnet mesurant en moyenne 2 à 4 v de longueur sur 0,3 à 0,5 de largeur. Les bacilles sont droits ou légèrement incurvés; développés dans certains milieux, ils prennent, après coloration, l'aspect d’une série de grains arrondis ou ovoïdes (1).
(1) Des formes actinomycosiques du bacille sont plusieurs fois signalées dans les cultures (Nocard et Roux, Fischel, Coppen Jones... Schultze). Babes et Levatidi retrouvent les massues dans des granulations tuberculeuses des méninges provoquées, chez le lapin, par l’inoculation locale avec une culture de tuberculose humaine peu virulente. Friedrich (1898) rencontre des formes rayonnées dans les tissus de lapins inoculés dans la carotide; Morel et Dalous (1901) les constatent chez les animaux inoculés dans les veines ou dans la trachée. Le développement des formes actinomycosiques dans les tissus est obtenu avec certaines cultures seulement, au niveau des points directement ensemencés par les amas bacillaires introduits et lors d'évolution assez lente.
Voy. DaLous. Des formes actinomycosiques du bacille de la tuberculose à type aviaire. Thèse de Toulouse, 1901. |
La coloration est obtenue avec toutes les couleurs d’aniline; les bacilles prennent le Gram et diverses colorations spéciales (Ehrlich, Kühne, Ziehl...).
Le microbe est aérobie: il cultive de préférence entre 57° et 40°. Les cultures, assez difficiles à obtenir quand la semence est empruntée aux lésions tuberculeuses, deviennent faciles quand le bacille s’est accoutumé aux milieux artificiels par des passages successifs. |
L'aspect des cultures et les suites de l'inoculation aux réactifs animaux sont variables suivant que le bacille provient des mammifères ou des oiseaux.
I. TUBERCULOSE DES MAMMIFÈRES. — Dans les bouillons de viande, additionnés de peptone et de glycérine, on peut obtenir des cultures, soit à la surface, soit dans la profondeur du liquide. A la surface, il se forme très vite un voile mince qui remonte un peu le long des parois du vase; plus tard, la pellicule s’épaissit, se plisse, devient sèche et verruqueuse; la moindre agitation la fait tomber au fond du vase. Le développement est plus lent après immersion; de petites masses blanches, müriformes se déposent au fond du ballon; le bouillon reste clair. Sur gélose glycérinée, on obtient une couche épaisse, sèche, écailleuse, blanc jaunâtre. Sur le sérum gélatinisé, additionné de glycose, la culture donne des grains arrondis, grisâtres, secs, ternes, écailleux, puis, par leur réunion, une couche sèche, parsemée de saillies vérruqueuses. La pomme de terre glycérinée constitue le milieu de choix pour la culture initiale; 1l se produit une couche sèche, écailleuse, épaisse, de couleur blanche.
Le bacille provenant des mammifères tue facilement le cobaye, moins aisément le lapin, et, plus ou moins volontiers suivant son origine, toutes les espèces de mammifères: la transmission expérimentale aux oiseaux est difficile.
Il. TusercuLOSE DES oiseaux. — Le développement est rapide dans le bouillon peptonisé, glycériné et glycosé; au fond du vase, des flocons ténus se désagrègent si l'on agite le liquide; un voile épais, blanc sale. plissé et verruqueux, couvre la surface. On oblient sur gélose glycérinée une couche uniforme, blanc jaunâtre, semi-transparente, grasse et humide à la surface, puis plissée après un certain temps. La culture sur sérum forme, après quelques jours seulement, une couche épaisse, saillante, mamelonnée, d’un blanc mat, grasse et molle. Elle présente des caractères analogues sur pomme de lerre glycérinée.
Le bacille d’origine aviaire tue les oiseaux et le lapin; plus difficilement, le cobaye. Le chien est réfractaire.
Origine spécifique des tuberculoses : unicité ou pluralité des types. — L'identité des tuberculoses observées chez les diverses espèces de mammifères paraissait démontrée par l’expérimentation bien avant la découverte du bacille.
Villemin et de nombreux expérimentateurs constatent une infection de même type et des lésions identiques chez les animaux inoculés avec des produits tuberculeux provenant de l’homme ou du bœuf. La transmission est réalisée de l’homme au bœuf (Chauveau, Klebs, Bollinger, Kitt, Crookshank...), au cheval (Pütz, Chauveau), au bouc (Bollinger), au poré (Gerlach), au chien (Gerlach...). La maladie du bœuf est transmise, par inoculation ou par ingestion, au cheval, au porc, au mouton, à la chèvre... L'observation démontre la transmission fréquente entre les diverses espèces animales et la possibilité d’une infection réciproque entre l’homme et les animaux. La découverte du bacille de Koch, sa présence constante dans les lésions spécifiques, chez toutes les espèces, consacrent la doctrine de l'unicité de la tuberculose et triomphent des dernières résistances des analomopathologistes (1).
L'identité de la tuberculose des oiseaux avec celle des mammifères est admise par tous; elle semble démontrée directement par des résultats expérimentaux (Gerlach, Koch, Nocard..….) et par de nombreux faits d'observation. En 1889 cependant, Rivolta annonce qu'il existe des différences marquées entre la tuberculose humaine et celle des gallinacés, quant aux effets de leurs virus respectifs sur le cobaye, le lapin et les oiseaux. Maffucci (1890), qui reprend ces expériences, est plus affirmatif encore et Koch reconnaît qu'une assimilation complète n’est plus possible entre toutes les tuberculoses. Straus et Gamaleiïa insistent sur les caractères différents des cultures; le bacille aviaire ne peut être acclimaté chez le cobaye; le bacille humain, chez la poule, et le bacille aviaire, chez le lapin, conservent leurs caractères respectifs; enfin le chien est réfractaire aux inoculations du bacille aviaire. « Les différences qui séparent les deux tuberculoses sont non seulement considérables et profondes, mais encore permanentes... Tant que la transformation de l’un de ces bacilles dans l’autre n'aura pas été réalisée et qu’elle ne sera pas établie par des faits indiscutables, on sera obligé de regarder les deux bacilles comme étant des espèces différentes. »
Les études ultérieures prouvent qu’en réalité ces différences sont compensées par d’étroites analogies. Cadiot, Gilbert et Roger, Courmont
(1) CHauveau. /dentité de la tuberculose de l'homme et de la tuberculose des bovidés, des gallinacés et autres animaux.®% Congrès de la tuberculose, 1891. Comptes rendus, p. 51. — Nocarp. Sur l'identité des tuberculoses de l’homme, du cheval et du porc. 2 Congrès de la tuberculose, 1891; Comptes rendus, p. 137. .
et Dor, Nocard montrent que l’inoculation de la tuberculose des mammifères aux poules réussit parfois à les tuberculiser et que cette tuberculose peut être inoculable en série. D° autre part, s'il est vrai que les lésions consécutives, chez le cobaye, à x l’inoculation de la tuberculose aviaire, sont différentes de celles qu’on observe après l’inoculation de la tuberculose humaine, il suffit parfois d'un petit nombre de passages successifs, de cobaye à cobaye, pour que ces lésions reproduisent exactement le type décrit par Villemin. Si certains mammifères, comme le singe (Ch. Richet), sont très résistants à la tuberculose aviaire, d’autres, comme le lapin et le cheval, ont une réceptivité à peu près égale pour les deux tuberculoses et le perroquet est infecté par le bacille humain (Cadiot, Gilbert et Roger, Straus).
On arrive à cette ÉREUN que les bacilles d’origine humaine et aviaire représentent des variétés d’une même espèce et que les divers types sont modifiables.
Une question corrélative se pose aussitôt : Dans quelles limites les formes différenciées par leur culture en série chez une espèce déterminée sont-elles susceptibles de passer à une autre espèce ? La réponse n'est pas douteuse en ce qui concerne les mammifères domestiques : le bœuf, le porc, le cheval, le mouton, la chèvre, le chien, le chat. . cultivent des formes voisines et EN de bles. |
La possibilité d’un passage de l’homme aux mammifères ou des mammifères à l’homme, admise par tous jusqu’en ces derniers temps, est établie à la fois par l'observation et par des résultats expérimentaux. L’aptitude des diverses espèces à cultiver le bacille d’origine humaine n’est point égale pour toutes et les conditions de la transmission doivent être étudiées pour chacune d’entre elles.
L'infection du bœuf par le bacille humain, plusieurs fois réalisée depuis Chauveau, n’est cependant pas constante. Tandis que Klebs, Kitt, Bollinger, Crookshank, tuberculisent le veau par l’inoculation de crachats et de jus virulents, Pütz (1882) n'obtient pas la transmission au veau par l’ingestion ou l’inoculation, sous la peau et dans le péritoine, de produits d’origine humaine; dans uné seconde série d'expériences (1883), deux veaux résistent, bien que l’un d’eux ait reçu une injection de culture dans le poumon. L'auteur conclut à l'extrême rareté de la transmission de l'homme au bœuf et il révoque en doute l'identité des virus.
Sidney Martin (1) fait ingérer à six veaux une grande quantité de crachats tuberculeux humains; quatre présentent des nodules tuberculeux de l'intestin et, chez un, IE ganglions du mésentère sont affectés; les deux autres restent dette Quatre veaux ayant ingéré des matières
(1) SipNEY Martin. Report of the Royal Commission on Tuberculosis, . 1895» Appendix, p. 18.
tuberculeuses d’origine bovine montrent des lésions étendues de l’intestin, des ganglions, du poumon et de la plèvre.
Frothingham (1) inocule quatre veaux (deux dans le péritoine et deux dans la trachée) avec une culture provenant du foie d’un enfant. Les deux premiers offrent des lésions étendues de l'abdomen; l’un des veaux inoculés dans la trachée montre de petits tubercules dans les poumons etles ganglions du cou; l’autre reste indemne. Chez deux veaux inoculés dans la trachée, de petites masses caséeuses occupent le point de pénétration; un autre, inoculé sous la peau, résiste tout à fait. L'auteur estime que « le veau ne paraît pas très susceptible au bacille tuberculeux humain ».
Smith (2) relève des différences marquées dans la DR T et dans la virulence de deux bacilles tuberculeux provenant l’un du bœuf, l'autre d’un coati (Nasua narica) infecté par son maître. Ces constatations l’amènent à comparer les bacilles de l’homme et du bœuf. Des bovidés sont inoculés avec deux séries de cultures provenant du bœuf et de l’homme. Cinq sujets traités avec le bacille du bœuf présentent des lésions généralisées ou localisées aux organes abdominaux; chez six autres, inoculés avec le bacille humain, les altérations ou insignifiantes et limitées au point d'inoculation. IA auteur estime que la transmission de l’homme au bœuf est peu à craindre; par contre, l'observation démontre que « la transmission à l’homme et surtout à l'enfant est possible quand l'organisme est accablé par un grand nombre de bacilles, comme en fournit la mamelle tuberculeuse, ou quand certaines conditions favorables inconnues sont réalisées ».
Dinwiddie (3) se propose de déterminer le degré de receptivité de diverses espèces animales à l'égard des virus d’origine humaine et bovine. Deux veaux et deux bouvillons ingérent, en trois mois, 526 c. c. de crachats humains tuberculeux, sans être infectés. Quatre veaux recoivent dans le péritoine des crachats virulents (1/2 à 7 c. c.) dilués ; trois sont sacrifiés après 3 à 4 mois; deux présentent des lésions très minimes, limitées à la cavité abdominale; le troisième est indemne. De quatre veaux ayant reçu dans le péritoine des dilutions de matières virulentes des bovidés, deux présentent des lésions analogues à celles des veaux inoculés avec les crachats humains, mais plus étendues; chez un troisième, tout le péritoine est envahi; le dernier est'indemne. La culture d’origine humaine ne provoque pas d'accidents par ingestion (quatre ingestions en un mois d’une parcelle de culture en milieu solide), par inoculation dans la trachée et dans le poumon; le dépôt dans le péri-
(1) FrorxiNGramM. Report of Massachusetts cattle Commissioners, 1897, p. 50.
(2) Smiru. Two varieties of the tubercle bacillus from mammals. 12" and 13 annual Reports of the Bureau of animal industry, 1897, p. 149. Journal of experim. Medicine, 1898, p. 451.
(3) Dixwipnie. The relative virulence for the domestic animals of human and bovine tubercle. The Veterinarian, t LXXIT, 1899, p. 771 et 808.
Loine provoque une infection limitée. L'ingestion d’une culture d’origine bovine entraîne une tuberculose étendue de l’abdomen; l’imoculation dans la trachée produit des abcès tuberculeux au point d'inoculation ; l'injection dans le péritoine tue en six semaines, avec des lésions aiguës généralisées ; l’inoculation dans le poumon est suivie d’une invasion du poumon, de la plèvre et des ganglions.
L'auteur remarque que, si le virus d’origine bovine est plus virulent pour le bœuf que le virus humain, on ne saurait en conclure qu'il est plus dangereux pour l'homme. Au contraire, la différence constatée impliquerait plutôt la difficulté d’une infection réciproque de l'homme à l'animal ou de l'animal à l’homme. On ne saurait formuler d'opinion définitive sur ce grave sujet; mais on peut penser, avec Smith, que le: danger d’une infection réciproque de l’homme et du bétail a été exagéré en général. ;
Koch et Schuetz (1) entreprennent une série de recherches sur les effets de l’inoculation au bœuf, au porc et au mouton des virus provenant de l'homme et du bœuf. Quatre veaux restent sains après avoir ingéré chaque jour, pendant 210 à 229 jours, 10 grammes de crachats tuberculeux. Deux veaux ingèrent, pendant 198 et 210 jours, 20 centigrammes d’une culture du bacille humain; tous deux sont indemnes. — Deux veaux sont inoculés, sous la peau de l'épaule, avec 10 et 5 €. c. du broyage de 1 gramme de culture pure dans 100 parties d’eau ; un troisième est inoculé avec 10 c. c. de crachats. On les sacrifie après 205, 207 et 243 jours. La région inoculée est le siège d’abcès multiples renfermant de nombreux bacilles ; chez un veau, les deux amygdales renferment un foyer caséeux, sans bacilles. Trois autres veaux, inoculés sous la peau du cou avec une dilution de culture d’origine bovine, présentent après 49, 77 et 100 jours des lésions tuberculeuses généralisées. — L'injection intra-péritonéale de la dilution précédente (5 c. c.) à deux veaux et de crachats à un veau (5 c. c.) produit seulement des foyers tuberculeux au point d’inoculation chez un sujet. Un veau injecté avec une culture du bacille du bœuf présente, après 100 jours, des lésions généralisées. — Trois veaux sont inoculés dans les veines avec une culture humaine ; on trouve des foyers purulents caséeux au point d'inoculation (!); tous les organes sont normaux. De deux veaux inoculés de la même façon avec une culture bovine, l’un meurt en 26 jours de tuberculose miliaire aiguë ; l’autre, tué après 100 jours, offre des lésions généralisées. — Quatre veaux sont soumis à l’inhalation de bacilles provenant de l’homme; trois restent indemnes; le quatrième porte un petit foyer tuberculeux encapsulé dans le poumon.
Les auteurs concluent que « le bœuf n’est pas réceptif pour le bacille de la tuberculose de l’homme, tandis que le bacille d’origine bovine
(1) Kocu et ScHuErz. Menschliche Tuberculose und Rindertuberculose. Congrès de Londres, 1901, et Deutsche thierärztl. ‘Wochenschrift, 1901, p. 456.
présente pour le bœuf une très grande virulence. On: peut reconnaître par l’inoculation d’un produit tuberculeux sous la peau d’un veau s’il provient de l'homme ou du bœuf. »
Thomassen (1) obtient chez un veau de 4 semaines, inoculé dans l'œil avec un bacille provenant d'une arthrite de l’homme, une tuberculose étendue aux ganglions du cou et de la poitrine, ainsi qu’aux poumons. Une seconde tentative pratiquée avec un autre bacille, sur une génisse âgée de 2? ans, donne une tuberculose de l'œil et un foyer douteux dans un ganglion bronchique. L'inoculation de la culture dans le péritoine d’un veau reste stérile. Une génisse inoculée à la fois dans le thorax et dans l’abdomen résiste également. |
Ravenel (2) inocule quatre veaux dans le péritoine avec 10 c. c. de crachats baciifères, d’origine différente pour chacun d'eux. Trois des sujets sont infectés, et chez deux les lésions sont très étendues. Deux veaux restent sains après avoir ingéré pendant 11 jours de 50 à 60 c. c. de crachats virulents. Les expériences comparatives d’inoculation au cheval, au mouton, au chien et au chat montrent que le bacille du bœuf est beaucoup plus virulent pour ces espèces que le bacille humain ; le porc est également sensible à l’un et à l’autre. :
Karlinski (5) rapporte une série d'expériences. Les épreuves sont pratiquées avec des cultures du bacille humain sur sérum de mouton ou avec des organes de cobayes infectés avec des produits humains. Sur un total de 22 inoculations au bœuf, on a 10 résultats positifs; l’infection est réalisée 4 fois par l’inoculation dans le péritoine, 2 fois dans la plèvre, 1 fois dans la trachée, 1 fois sous la peau, 1 fois dans la mamelle, 1 fois dans le testicule. Les 12 insuccès se répartissent ainsi : inoculations dans le péritoine, 5; sous la peau, 3; dans la trachée, 5; ingestions, 3. Les expériences montrent que « l’inoculation au bœuf avec des bacilles virulents provenant de l’homme produit seulement des accidents locaux, limités au point de pénétration et aux ganglions voisins. Une infection généralisée, semblable à la maladie naturelle, n’est jamais observée. »
Delépine (4) réalise quatre expériences avec des crachats tuberculeux. Deux des veaux succombent à une infection accidentelle. Le troisième ingère 50 c.c. de crachats; il meurt après 26 jours; l’inoculation au cobaye décèle la présence des bacilles dans les ganglions œsophagiens. Un veau, inoculé dans le péritoine avec 5 c.c. de crachats, présente
(1) THomaAssEN. La tuberculose de l’homme est transmissible aux bovidés. Congrès de Londres, juillet 1901, et Recueil de médecine vétérin., 1901, p. 529.
{2) RAVENEL. The comparative’ virulence of the tubercle bacillus…. Congrès de Londres, 1901, et The Journal of comparat. Medicine, 1902, p. 81 et 138.
(3) Karzinski. Zur Frage der Uebertragbarkeit der menschlichen Tuberculose. auf Rinder. OEsterr. Monatsschr. für Thierheiïlk., 1901, p. 481.
(4) DecéPrine. The communicability of human tuberculose to cattle. The veterinary Journal, t. IV, 1901, p. 515 et 549.
après 60 jours une tuberculose récente étendue du péritoine, de la plèvre, du péricarde et des ganglions abdominaux.
Klebs et Rievel (1) font inhaler à un veau une culture en milieu glycériné associée à de la poudre de charbon de bois. La culture, d’origine humaine, est entretenue depuis plusieurs années dans le laboratoire (17 culture). L'animal succombe en 18 jours avec une tuberculose généralisée. |
De Jong (2) éprouve des cultures du bacille humain provenant de cinq sources différentes. Sept bovidés, âgés de 6 mois à 2 ans, inoculés dans les veines, présentent des lésions tuberculeuses. « L’anatomie, l’histologie et la bactériologie sont d'accord pour démontrer que les bacilles de l'homme et du bœuf, malgré leur provenance différente, peuvent créer la tuberculose chez les ann : mais l'affection due au bacille du bœuf a un caractère grave et une évolution aiguë, tandis que celle que détermine le bacille humain a une forme généralement plus bénigne et plus chronique. Les bacilles du bœuf sont donc plus virulents pour le bœuf que les bacilles de l’homme. »
Prettner (3) rapporte trois expériences ; des veaux sont inoculés dans le péritoine ou, à la fois, dans le péritoine et dans les veines avec une 2 culture âgée de six semaines ; tous sont porteurs de lésions massives étendues à l’abdomen et à la poitrine. 17 j
L'ensemble de ces résultats autorise une double conclusion : le bacille humain est beaucoup moins virulent pour le bœuf que le bacille d’origine bovine; la transmission de l’homme au bœuf est réalisable (4).
Le passage du bœuf à l’homme est également possible. De nombreux faits d'observation établissent la réalité d’une infection par le lait provenant des vaches tuberculeuses; certains ont la précision et la valeur probante d'une expérience. D’autres démontrent qu'une inoculation par effraction cutanée est capable de provoquer une évolution locale, suivie ou non de généralisation. (V. Transmission à l’homme). Sans doute ces exemples sont rares, si on les compare à la fréquence des contaminations possibles, et l’on peut prévoir que l’homme oppose au bacille du bœuf une, notable résistance. Baumgarten (5) rapporte que des expériences directes d'inoculation à l’homme du bacille du bœuf
(1) Kzeps et RIEvEL. st Perlsucht und ‘menschliche Tuberculose identisch oder nicht? Deutsche thierärztl. Wochenschr., 1902, p. 436.
(2) DE JonG. Expériences comparatives sur l'action pathogène. des bacilles tubercu- . leux. Semaine médicale, 1902, p. 17.
(3) PRETTNER. Beitrag zur Uebertragungsfähigkeit der Menschentuberculose auf Thiere. Zeitschrift für Thiermedicin, 1902, p. 108. |
(4) Le simple classement des résultats de Koch et Schuetz suffit à faire ressortir leur caractère de relativité. Il s’en faut que les conclusions absolues des auteurs soient justifiées par leurs propres recherches et elles nautorisent une conclusion qu'en ce qui concerne le ou les virus employés.
(5) BAUMGARTEN. Ueber das Verhältniss von: Perlsucht und Tuberkulose. Berliner klinische Wochenschrift, 1901, p. 894,
ORIGINE SPÉCIFIQUE DES TUBERCULOSES. Hi
ont été pratiquées en Allemagne, dans le but de vérifier la théorie de Rokitansky sur l’antagonisme du cancer et de la tuberculose. « Plus d'une demi-douzaine » de cancéreux reçoivent sous la peau « une quantité considérable » de bacilles virulents, provenant du bœuf; de petits abcès se forment au point d'inoculation; puis la cicatrisation sopère. La plupart des patients survivent pendant plusieurs mois et quelques-uns pendant plus d’un an. On ne trouve pas trace de tuberculose à l’autopsie ; les petits nodules cicatriciels ne renferment pas de bacilles ; les ganglions et les viscères sont indemnes.
Le passage du bœuf à l’homme, comme celui de l’homme au bœuf, est fonction de circonstances diverses, el les multiples conditions nécessaires à la transmission d’une espèce à une autre doivent être réalisées.
Les résultats expérimentaux montrent que le bacille humain est loin d’être spécialisé et qu'il cultive chez diverses espèces. L'infection est obtenue chez le porc (1), le cheval, l'âne, la chèvre..., et même chez les oiseaux. Les résultats d’Arloing prouvent que des animaux très résistants comme l'âne et la chèvre, sont infectés par l’inoculation intra-veineuse de certains bacilles humains. Dans les mêmes conditions, de Jong contamine en tous les cas le mouton et la chèvre. Enfin. l'observation démontre la transmission accidentelle de la tuberculose de l’homme à ses commensaux, comme le chien et les oiseaux d'appartement.
Il est établi que le bacille aviaire lui-même joue un rôle dans l’étiogénie de la tuberculose des mammifères (2). En 1895, Kruse décèle le bacille aviaire chez l’homme et chez le bœuf ; l’année suivante, Pansini. le retrouve dans un cas de tuberculose humaine et chez un bœuf affecté de tuberculose des séreuses; il conclut de ses recherches que « les tuberculoses des mammifères et des oiseaux ne constituent pas des espèces
(1) Koch et Schuetz étendent au porc et au mouton les conclusions formulées pour le bœuf, en dépit de leurs propres résultats :
De six porcs soumis à l’ingestion de crachats, un présente des tubercules calcifiés dans les ganglions du mésentère et des tubercules miliaires dans les poumons; un autre, des nodules caséeux et calcaires dans les ganglions rétro-pharyngiens; un troisième, de la tuberculose des ganglions de l’auge. L’inoculation souscutanée du bacille humain produit chez deux porcs des foyers caséeux locaux, etc., chez l’un, de la tuberculose des ganglions de la vulve.
L’injection intra-veineuse détermine, chez un porc sur deux, une tuberculose miliaire du poumon et de leurs ganglions. Seule, une inoculation dans le péritoine reste stérile. On voit combien est peu justifiée la conclusion suivante : « Die verschiedenen Versuche haben gezeigt, dass auch das Schwein für die Bacillen den . menschlichen Tuberculose nicht empfänglich ist, dass sich dagegen die Bacillen der Rindertuberculose innerhalb kurzer Zeit über den ganzen Kôrper verbreiten und zi allgemeiner Tuberculose führen. »
Ravenel réalise en tous les cas la tuberculisation du porc par l’inoculation ou l’ingestion du bacille humain.
. Kocu et ScHuETz. Loc. cit. — RAVENEL. Loc. cil.
(2) LECLAINCHE. Tuberculose des mammifères et tuberculose aviaire (Revue avec
bibliogr.). Revue de la tuberculose, 1896, p. 329.
NocarpD et LECLAINCHE. -— 5° édit, — II. 9
distinctes el qu'il existe entre elles des formes de passage ». Johne et Frothingham (1895) signalent le bacille aviaire dans une « infiltration tuberculeuse » de l'intestin chez la vache. Nocard isole de crachats tuberculeux d'origine humaine un bacille identique au bacille aviaire quant à son aspect dans les cultures; le microbe, très virulent pour le lapin, l'est peu pour le cobaye et la poule. En 1896, Nocard (1) montre que la forme abdominale de la tuberculose du cheval est due à un bacille qui se rapproche beaucoup plus de la forme aviaire que de la forme humaine. On ne saurait conclure de la difficulté ou de l'impossibilité d'une transmission expérimentale à l'absence certaine d’une contagion accidentelle. Des procédés insoupçonnés sont réalisés dans la nature et la réceptivité des individus est soumise, dans une espèce quelconque, à des variations indéfinies. Il est évident que la contagion est plus facile entre individus de la même espèce; le bacille subit, sous l'influence d’une longue culture dans un organisme, une adaptation plus ou moins complète. Le microbe : conserve cependant un pouvoir pathogène étendu et tous les types isolés sont virulents pour plusieurs espèces, sous des conditions plus ou moins expresses. L'expérimentation est souvent inhabile à reproduire ces circonstances favorisantes el des espèces réfractaires aux procédés les plus sévères de l’inoculation cèdent à certains modes de la contagion : accidentelle, Une autre considération domine toute l'étude des rapports étiogéniques des tuberculoses. Le bacille ne possède point des caractères et des propriétés toujours identiques dans une même espèce; la variation est telle que l’on retrouve, chez certaines espèces, les formes les plus éloignées de la série. Le cheval, par exemple, cultive à la fois, lors de contagion accidentelle, des types humain et aviaire. Chez le bœuf, chez les oiseaux et chez l’homme les mêmes constatations ont été relevées. Les variations dans le pouvoir pathogène sont. plus habituelles encore. Arloing (2) a montré à plusieurs reprises que les caractères et les propriétés du bacillé sont sujets à des variations étendues. « La virulence se modifie fréquemment, même dans l'organisme d’une espèce animale et elle s'adapte à tel ou tel milieu vivant bar une série de transmissions successives. Conséquemment, il faut s'attendre à trouver entre les bacilles de Koch établis sur des espèces animales diverses, des diffé: rences et des modalités particulières dans leur virulence. Mais ces variations n'atteignent pas la propriété fondamentale des bacilles qui peut toujours reparaître d’un moment à l’autre avec une intensité typique. » Vogedes (5) a mis en évidence la diversité d’action des bacilles humains
(1) Nocarp. Le type abdominal de la tuberculose du cheval est d'origine aviaire. Bulletin de la Soc. centr. de médecine vétérin., 1896, p. 248.
(2) ARLOING. Examen crilique des idées de M. Robert Koch. Revue dé la tuber: culose, 1901, p. 337. . .
(5) VoGEDEs., Experimentelle Prüfung der Virulens von Tuberkelbacillen. Anal. in Gentralblatt für Bakteriol., &. XXIV, 1898, p. {627.
de diverses origines. Tangl et Troje (1) modifient les bacilles de l'homme et du bœuf, de telle sorte que le premier reproduit chez le lapin les nodules de la Perlsucht, tandis que le second donne une évolution miliaire, I est probable même que les bacilles recueillis chez un même malade, à diverses périodes de l’évolution ou dans des lésions différentes, ne sont pas identiques.
Les épreuves de transmission d’une espèce à une autre doivent donc être entreprises avec des types aussi nombreux que possible, recueillis chez des individus différents. La plupart des expérimentateurs ont compris cette nécessité et la diversité de leurs résultats ne peut être imputée seulement aux variations dans la réceptivité des inoculés. Au contraire, l'utilisation d’un type unique a la valeur probante res: treinte d’une tentative isolée, quel que soit le nombre des animaux éprouvés. Cette critique s'applique aux expériences de Koch et Schuetz: elle permet d'interpréter leurs résultats et d'en préciser la signification.
La variabilité des types bacillaires se réduit, en somme, à une adaptation plus ou moins complète au milieu vivant qui les héberge. « N’at-on pas le droit de penser, dit Baumgarten, que le bacille qui a cultivé pendant une série indéfinie de générations, d’un côté chez l’homme, de l’autre chez le bœuf a acquis peu à peu des propriétés qui l'éloignent, soit de l’homme, soit du bœuf, de telle sorte que, transporté d'un organisme à l’autre, il ne peut plus cultiver, ou ne cultive qu'avec difficulté dans son nouvel hôte, enfin que ces propriétés spéciales du bacille ne sont pas permanentes, et que ce qui est acquis par l’adaptation peut être perdu par ladaptation? » Nous exprimions cette même idée, dès 1898, dans des conclusions auxquelles nous n’avons rien à modifier :
« Les types extrêmes et différenciés considérés jusqu'ici comme spéclaux aux mammifères et aux oiseaux sont reliés entre eux par une série de formes de passage. Les caractères du bacille, moins modifiables à coup sûr que ceux de beaucoup d’espèces microbiennes, subissent néanmoins l'influence du milieu vivant de culture et Ie nombre est illimité des variétés qui pourront être observées ou créées. Autrement dit : la question de l’unicité et de la dualité des formes bacillaires doit faire place à la notion de ia multiplicité et de la variabilité des types. |
« L’autonomie de la tuberculose n’est point menacée par ces constatations. Le bacille tuberculeux reste l’une des formes microbiennes les plus fixes et les mieux différenciées: les connaissances récemment acquises n'ont fait que confirmer la conclusion que nous avons formulée déjà : le bacille de Koch se présente, chez toutes les espèces, avec des caractères essentiels communs; l'infection esl transmissible,
(1) Cités par BAGUMGARTEN. Loc. cit.
d’une espèce à toutes les autres, sous des conditions plus ou moins expresses pour chacune d'elles. »
Bacilles saprophytes. Les pseudo-tuberculeux. — L'identité des bacilles pathogènes des mammifères et des oiseaux était à peine acquise qu'une nouvelle tentative de différenciation était esquissée. En 1897, Bataillon, Dubard et Terre (1) signalent chez la carpe une tuberculose accidentelle due à un bacille Re les mêmes réactions colorantes que le bacille de Koch, mais cultivable à basse température et doué de propriétés spéciales. Ils croient à « une troisième incarnation de la tuberculose », différente à la fois des types humain et aviaire,
Peu après, Ferran (2 ) affirme l'existence de formes saprophytes du bacille de Koch. Le microbe, cultivé sur des milieux de plus en plus pauvres en glycérine et en glycose, donne des éléments isolés, sa forme se modifie et il arrive à perdre sa résistance à la décoloration par les acides. « Les déjections très fraîches de divers mammifères (vaches, chevaux, hommes) renferment un colibacille doué des mêmes réactions colorantes que le bacille de la tuberculose. »
Ce n’est plus seulement la question de la variabilité du bacille qui est posée, mais plutôt celle de sa caractéristique bactériologique et biologique. Les formes signalées constituent-elles en réalité des « bacilles : de Koch »? Les ressemblances invoquées sont-elles suffisantes pour permettre l'assimilation ?
On sait déjà que la résistance à la décoloration par les acides n'est point spéciale au bacille tuberculeux. La bacille de la lèpre, de Hansen, Je bacille du smegma préputial, de Tavel et Alvarez, se comportent de la même façon. D'autre part, les recherches de Klein, de Marmorek et de Borrel montrent que les réactions colorantes du bacille de Koch ne constituent point une propriété essentielle.
Il résulte de multiples observations que diverses formes saprophytes possèdent la « résistance aux acides » et qu'il existe une série indéfinie de pseudo-tuberculeux (3).
Petri (4) signale la présence fréquente dans le beurre d’un bacille pouvant être confondu avec celui de la tuberculose et présentant les mêmes réactions colorantes. Le bacille est trouvé dans 60 pour 100 des échanüllons examinés : il est pathogène pour le cobaye s’il est injecté dans le péritoine en grande quantité ou s’il est associé au beurre. Lydia Rabi-
(1) BATAILLON, DuBaRD et TERRE. Un nouveau type de tuberculose. Comptes rendus de la Société de biologie, 1897, p. 446.
(2) FERRAN. Note relative aux aplitudes saprophytes du bacille de la tuberculose. Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. CXXV, 1897, p. 515.
(3) Les nombreux documents relatifs à cette question sont réunis et très bien analysés dans la thèse de PoTET. Étude sur les bactéries dites « acidophiles ». Le
(4) PETRI Zum Nachweiss der Tuberkelbacillen in Butter und Milch. Arbre aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, t. XIV, 1898, p. 1.