I. Bouron FARGINEUX. — Le bouton débute par une tuméfaction
inflammatoire mal délimitée, du volume d’une noisette à celui d’un :
œuf, intéressant les couches profondes du derme ou le tissu conjonctif sous-cutané. Les tumeurs sont œdémateuses, chaudes, douloureuses, isolées ou confluentes; elles se montrent de préférence dans les endroits où la peau est fine et le tissu conjonctif abondant, à la face interne des cuisses, sur les faces latérales de l’encolure, aux flancs... En quelques jours, les caractères de la tumeur se
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modifient; la région est moins douloureuse, l’œdème se résorbe en partie et la zone centrale, densifiée, forme un nodule régulièrement arrondi,à peu près indolore. Après un temps variable suivant l'épaisseur du derme et la situation initiale du foyer, on perçoit au centre un point de fluctuation qui s’étend peu à peu. La peau s’amincit de plus en plus, les poils tombent et la membrane nécrosée se fend ou s’élimine en lambeaux irréguliers. Les foyers sont ouverts prématurément en divers points par l’action des traumatismes de tout ordre. |
Le contenu du bouton farcineux est un liquide visqueux, oléiforme, jaune, parfois strié de sang (huile de farcin); très pauvre en éléments figurés, il renferme quelques globules de pus, des gouttelettes graisseuses et de nombreuses granulations.
La plaie qui résulte de l'ouverture est rebelle à la cicatrisation et ulcéreuse. Ses bords, taillés à pic, sont formés par un amas de bourgeons charnus, rouge foncé ou jaunâtres; le fond est tapissé par un tissu granuleux, livide ou violacé. Le chancre farcineux s'étend ordinairement en profondeur et en surface, conservant toujours les mêmes caractères; au voisinage, la peau est épaissie et indurée ; un pus huileux continue à s’écouler de la plaie et se concrète en croùûtes grisâtres ou dorées, adhérentes aux poils.
Lors d’éruption confluente, les ulcérations se réunissent pour constituer des surfaces irrégulières, sillonnées d’élevures fongueuses représentant les parois des chancres primitifs et limitées par une bordure de bourgeons charnus de teinte lavée.
Tous les modes d'apparition et de répartition des boutons farcineux sont observés. L'éruption est confluente ou discrète, localisée ou généralisée; tantôt elle se produit en une seule fois, tantôt elle procède par poussées successives. Souvent il n'existe pendant longtemps que quelques plaies, ou même une seule, situées de préférence sur les membres postérieurs, en des points variables. Chez les animaux en bon état, bien nourris, et dans certaines formes à marche lente, les plaies se cicatrisent peu à peu; d’autre part, dans les régions où la peau est peu vivante, à l'extrémité des membres, des plaies simples persistent indéfiniment et il est souvent impossible de les différencier d’un ulcère farcineux.
II. LYMPHANGITE FARGINEUSE. — L'évolution des boutons et des chancres farcineux s'accompagne d’un engorgement des vaisseaux lymphatiques voisins. En rapport, d’une façon générale, avec l’étendue de l’éruption, la Iymphangite farcineuse est d'autant plus marquée que les lymphatiques de la région sont plus abondants et
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plus superficiels. Très nette, par exemple, au niveau des lymphatiques satellites de la saphène, de la veine de l’éperon ou de la radiale, elle sera à peine perceptible si les Iymphatiques sont profonds.
Le processus évolutif de la corde correspond de tous points à celui du bouton. Elle débute par un engorgement chaud, douloureux, œdémateux, situé sur le trajet du vaisseau lymphatique compris entre le siège de l’éruption et le ganglion voisin. Les caractères inflammatoires s’atténuent en quelques jours, et l’on perçoit, au centre de la masse œdématiée, un cordon volumineux constitué par les parois épaissies du lymphatique. Plus tard encore, l'œdème a disparu et il reste une tumeur cylindrique peu douloureuse.
La corde peut conserver indéfiniment ces caractères, mais souvent des renflements apparaissent en différents points de son trajet: ils sont arrondis où ovalaires, de la grosseur d’une noisette environ, inégalement distants les uns des autres (chapelet). Chacune de ces tumeurs évolue comme un bouton farcineux; la partie centrale se ramollit ; la peau amincie se déchire et laisse échapper un liquide lie de vin ou huileux, identique à celui qui s'écoule du bouton primitif. Les mêmes modifications se produisent en divers points sur le trajet de la corde; celle-ci présente une série d'ulcérations, qui communiquent entre elles par le canal enflammé et fournissent une abondante sécrétion. Les ulcères progressent dans tous les sens; les plus voisins se réunissent pour constituer des tranchées ulcéreuses, suivant le trajet du lymphatique, tapissées d’une couche irrégulière de bourgeons charnus livides et friables.
III. ADÉNITE FARCINEUSE. — Les ganglions qui collectent la lymphe des régions envahies subissent des modifications analogues à celles qu'éprouvent les vaisseaux. En même temps que la corde se dessine, un engorgement œdémateux, chaud, douloureux, apparait à leur niveau. Après quelques jours, l’œdème disparaît et le paquet ganglionnaire densifié forme une masse unique, indolore, dure et bosselée. Ces caractères persistent indéfiniment; le ramollissement des foyers est rare et il n’aboutit presque jamais à l’abcédation. |
En outre de ces signes essentiels, on signale au cours de la maladie des accidents cutanés connus sous le nom de kystes farcineux. Ils débutent soudainement sur les parois costales, les faces latérales de l’encolure, les fesses, par des tumeurs dures, sans caracltres inflammatoires, qui se ramollissent en quelques
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heures pour constituer une collection liquide. Le volume des kystes farcineux varie entre celui d'un œuf et celui du poing; ils sont froids, insensibles, également fluctuants dans toute leur étendue; la peau n’est pas allérée. Les tumeurs restent ordinairement sta lionnaires ; elles n’ont aucune tendance à l’ulcération. L'ouverture du kyste donne un liquide huileux, filant, de couleur jaune; les bords de la plaie s’agglutinent, se soudent, et la collection se produit à nouveau; en d'autres cas, l'ouverture reste béante, la sécrétion continue et l’'occlusion ne s'opère que lentement, par l’accollement des parois.
b) Morve nasale. — L'évolution des altérations spécifiques sur la pituitaire aboutit à la formation d'ulcérations ou chancres, en même temps qu'elle provoque une sécrétion pathologique, le jetage, et la tuméfaction des ganglions sous-glossiens ou la glande. Cette « trinité symptomatique » constitue le syndrome complet de la morve nasale.
1. Crancre. — Le chancre débute, sur la pituitaire, soit par une vésicule, soit par un bouton. La vésicule évolue rapidement; au centre d’une ecchymose de la muqueuse apparaît une élevure grise ou jaunâtre, due au soulèvement de l’épithélium par une gouttelette liquide; la membrane se rompt et il reste une petite plaie superficielle, entourée d’une zone congestive. Cette plaie se creuse, s'étend et prend les caractères de l’ulcère. L'évolution du bouton est analogue à celle du bouton farcineux:; l’éruption, localisée de préférence sur le repli de l'aile interne du nez, est précédée d’une ecchymose et d’œdème sous-muqueux; puis un épaississement se produit, qui constitue bientôt une nodosité arrondie, dure, grise ou jaunâtre, de la grosseur d’une tête d'épingle à celle d’une lentille. Un peu plus tard, la partie centrale se ramollit, la membrane de revêtement, amincie et soulevée par l’exsudat, laisse échapper le contenu. Il reste un bourrelet saïllant, limitant une dépression centrale qui devient ulcéreuse. La plaie formée est arrondie, creusée dans la muqueuse; ses bords, indurés, taillés à pic et un peu saillants, donnent au doigt la sensation d’un tissu cartilagineux ; le fond, gris ou jaunâtre, semé d’un fin piqueté rouge, est recouvert d'un enduit muco-purulent.
La destruction continuant au niveau des ulcères, les chancres s'élargissent peu à peu; les plus voisins se réunissent pour former des plaques à contours découpés; parfois, les parties profondes de la muqueuse et les tissus sous-jacents sont détruits à leur tour. Chez certains animaux, au contraire, l’organisme se défend effica-
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cement: la plaie superficielle qui suit l'éruption vésiculeuse conserve ses caractères ; son fond est rose, finement granuleux et la cicatrisation s'opère lentement. Chez d’autres, la réparation s’effectue après l’évolution complète des chancres; les plaques cicatricielles, d'apparence fibreuse, affectent une disposition rayonnée. Ces cicatrices siègent presque toujours dans les régions profondes des cavités nasales; elles constituent rarement un symptôme de la maladie.
II. Jerace. — L'aspect et la quantité du Jjetage varient à la fois suivant l'intensité et l'étendue des lésions. Les caractères qui lui sont assignés ne sauraient donc être considérés que comme des indications générales, comportant de nombreuses exceptions.
L'écoulement est le plus souvent unilatéral; il est continu, mais plus abondant pendant le travail; la matière rejetée est visqueuse, poisseuse: elle adhère au pourtour des naseaux et s’y dessèche en croûtes gris-foncé. Le Jetage est muqueux pendant la période d’éruption des chancres; 1l devient ensuite muco-purulent, jaunâtre, parfois mêlé de grumeaux d'aspect caséeux, comme dans la collection des poches gutturales. Le jetage est strié de sang à certains moments; 1l se produit, au début surtout, de véritables épistaxis. | |
I. GLANDE. — L’ulcération de la pituitaire est accompagnée d'une tuméfaction ganglionnaire de forme particulière, unilatérale ou bilatérale suivant l’extension des lésions, désignée sous le nom de « glande ». Les ganglions sous-glossiens, augmentés de volume, forment une masse unique, arrondie, indolore, uniformément dure en tous les points, mamelonnée, rarement adhérente à la peau, fixée profondément dans l’auge et comme attachée à la base de la langue. Ces caractères classiques de la « glande de morve » ne sont rencontrés qu'à une période avancée et lors de lésions étendues. Au début et dans le cas d’altérations limitées, les quelques lobules glandulaires atteints constituent de petites masses dures, arrondies, nettement distinctes des parties voisines, restées normales ou légèrement infiltrées.
La suppuration est très rare; en ce cas, le pus, liquide, sanieux, filant, rappelle l'huile de farcin. La plaie résultant de l’abcédation ou de la ponction se cicatrise lentement et une fistule persiste.
c) Morve laryngo-trachéale (Morve d’Abadie). — La localisation exclusive des chancres morveux sur la muqueuse du larynx ou de
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la trachée constitue une forme clinique particulière, étudiée pour la première fois par Abadie.
il existe une vive sensibilité du larynx et de la trachée; la plus légère compression exercée à leur niveau provoque la toux et l’expectoration de mucosités purulentes, fortement striées de sang. Si l'animal est laissé libre, les mucosités, ramenées dans la bouche, sont dégluties après quelques mouvements de mâchonnement; pour apprécier leurs caractères, on doit maintenir la langue au dehors et provoquer en même temps un accès de toux qui les projette au dehors.
d) Morve pulmonaire (Morve UOTE — Les lésions morveuses du poumon ne sont décelées par aucun signe spécial et les symptômes indiqués expriment des complications qui peuvent ne se produire qu'après un long temps ou manquer tout à fait.
La toux sèche, profonde, avortée, l’essoufflement, le soubresaut du flanc... appartiennent à la bronchite chronique et à l’emphysème consécutif. La sensibilité des côtes est la conséquence de pleurésies locales, dues à l’évolution dans le poumon de foyers superficiels.
e) Symptômes contingents. — En outre des signes essentiels et constants, propres à chacune des localisations de la morve chronique, d’autres accidents, à la fois accessoires et contingents, peuvent être rencontrés dans toutes les formes. Les principaux sont : les collections des sinus et des poches gutturales, la lymphangite réticulaire, les inflammations testiculaires et les arthrites ou synovites. Enfin, quelques symptômes généraux accompagnent l’évolution de la maladie.
I. CoLecrion pes sinus. — La collection purulente des sinus, souvent observée, est due, en général, à une éruption ulcéreuse sur la muqueuse. Les caractères cliniques n’ont rien de particulier.
II. COLLECTION DES POCHES GUTTURALES. — Signalée par les anciens auteurs, la collection morveuse des poches est très rare aujourd’hui. Elle semble n'apparaître que chez les animaux porteurs de lésions anciennes. Les symptômes sont ceux de la collection d’origine non spécifique.
III. LYMPHANGITE RÉTIGULAIRE. — Elle constitue parfois le premier symptôme du farcin, ou bien elle apparaît au cours de la morve et à toutes les périodes. En quelques heures, sans cause appréciable, un engorgement diffus, chaud et douloureux envahit un membre postérieur, ou, plus rarement, un membre antérieur, la partie inférieure de la poitrine et de l'abdomen. Lors de localisation sur les membres, la clau-
dication est intense; la tuméfaction est étendue d'emblée à toutes les régions, ou bien elle débute par une articulation et n’envahit que plus tard les parties voisines. |
Les signes inflammatoires s’atténuent en quelques jours; l’engorgement est plus dense, froid, peu douloureux; il conserve ses dimensions primitives. La lymphangite persiste avec ses caractères d’inflammation obscure; le membre atteint est déformé; son volume diminue un peu sous l'influence de l'exercice modéré pour augmenter après le repos. L
Souvent, des boutons apparaissent dans la région; si l’éruption est confluente, les ulcérations s'étendent très vite dans le tissu peu vivant de l’induration; elles se réunissent et délimitent de vastes escarres cutanées. Parfois, il se produit dans la masse indurée des foyers de ramollissement qui renferment un pus huileux caractéristique. Le foyer ouvert ne tend pas à l’ulcération comme le bouton; il se comble peu à peu ou une nouvelle collection se produit, après soudure rapide des parois.
IV. INFLAMMATIONS TESTICULAIRES. — Chez les chevaux entiers, la morve débute souvent par une tuméfaction inflammatoire soudaine de la région testiculaire. L’engorgement est chaud, douloureux ; les enveloppes et le fourreau sont œdématiés ; la marche est rendue pénible par les froissements exercés. En quelques jours, l'œdème se résorbe en parte ; le testicule est volumineux, dur et chaud dans toute sa masse ou seulement au niveau de l’épididyme et du cordon. La douleur est considérable lors d'inflammation étendue, en raison de la compression exercée par la tunique albuginée; elle se traduit par de la fièvre, de l'inappétence et par l'expression angoissée du malade. Les altérations s'atténuent ensuite et passent à l’état chronique.
V. ARTHRITES. SyNOvires. — Les accidents surviennent brusquement au cours de la morve. Les localisations, fixes ou ambulatoires, sont analogues dans leur évolution aux inflammations d’origine rhumatismale. Chez quelques malades, des claudications subites, continues ou intermittentes, apparaissent en l'absence de toute lésion appréciable ; elles paraissent dues à des lésions musculaires ou osseuses. |
VI. KéraTiITE Morveuse. — Richter (1) rapporte une curieuse observation de localisation oculaire. Au point de jonction de la sclérotique et de la cornée, on trouve une plaque de kératite mesurant 12 millimètres sur 5 à 7 millimètres; la surface est granuleuse, grise ou violacée, légèrement en saillie sur les parties voisines. De petits nodules gris où gris jaune, de la grosseur d'un grain de semoule ou d’une tête d'épingle, s’éliminent en un ou deux jours et laissent de petites érosions. Douze heures après l'injection de malléine, le tissu des granulations est
(1) RICHTER. Ein Fall von Augenrolz beim Pferde. Zeitschr. für Veterinärkunde, t. VIII, 1896, p. 62.
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turgescent et rouge vif; toute la moitié interne de l’œil se couvre d’une éruption granuleuse; trente-six heures après, l’œil a repris son aspect antérieur. Le diagnostic bactériologique est assuré par le professeur
Schuetz.
VII. Symprômes GÉNÉRAUX. — Les signes généraux expriment l'affaiblissement de l'organisme; leur gravité dépend de l'étendue des lésions et de l'hygiène des malades. Les muqueuses sont pâles; la pituitaire est infiltrée; ses follicules distendus forment un piqueté à la surface. Le poil est terne et piqué; les malades maigrissent; l'appétit devient capricieux; des œdèmes passifs se montrent aux membres et sous le
tronc.
La température subit des oscillations étendues; à certains moments, une hyperthermie de 1°,5— 2° apparaît à des intervalles irréguliers et persiste pendant deux à huit jours.
MARCHE DE LA MALADIE. — La morve chronique affecte les types” évolutifs les plus divers. Alors que certaines formes restent mueltes pendant plusieurs années, d'autres sont exprimées par des lésions étendues et par des poussées subaiguës plus ou moins fréquentes.
Rien ne peut faire prévoir la rapidité de l’envahissement. En thèse générale, les animaux adultes, vigoureux et bien nourris, résistent mieux que les sujets vieux et débilités; mais il est à cette règle de nombreuses exceptions.
Une guérison complète est certainement possible au début de l'infection. La destruction des bacilles et la cicatrisation des lésions s’opèrent chez certains animaux en l’absence de toute intervention; elles sont facilitées par diverses médications et notamment par les inoculations de malléine (V. Pathogénie).
1 = EESIONS:
ÿ 1. — Morve aiguë
Les altérations, étendues à tous les tissus, portent de préférence sur la peau, les voies lymphatiques périphériques, la muqueuse respiratoire et le poumon.
Les engorgements œdémateux du début sont constitués par une infiltration du derme ét du tissu conjonctif sous-cutané, dont les aréoles sont distendues par une lymphe abondante, rosée. Les parois des lymphatiques sont épaissies; toute la région est le siège d'une congestion intense. À une période plus avancée, des densifications conjonctives s’opèrent dans le derme et dans les tissus sous-jacents (boutons), ainsi qu’au niveau des Iymphatiques (cordes).
Les accidents ne diffèrent de l’évolution chronique que par l'extrême rapidité du processus.
Dès le début, la a muqueuse respiratoire est le siège d'une congestion surtout intense au niveau de la cloison et des cornets. La membrane est rouge foncé; les vaisseaux dessinent, une riche arborisation brune. L’éruption vésiculeuse s'opère ensuite, ordinairement étendue à toute la muqueuse, avec confluence marquée sur certains points. Les ulcérations consécutives provoquent l’élimination de plaques sphacélées. La muqueuse qui tapisse les sinus et l’intérieur des cornets est infiltrée et enflammée; on ne constate pas d’ulcérations; les cavités sont remplies d’un pus huileux safrané.
L’ulcération est précédée d’une congestion intense des vaisseaux superficiels, avec thromboses fibrino-leucocytaires. Le derme et le tissu conjonctif sous-muqueux renferment des amas de leucocytes qui subissent une désintégration rapide. Les bacilles apparaissent, innombrables, entre les noyaux cellulaires fragmentés ; quelques-uns sont encore renfermés dans des cellules rondes peu altérées.
Dans le poumon, une congestion intense s'étend à la totalité des deux lobes. On rencontre sous la plèvre des masses densifiées, limitées sous forme de granulations de dimensions variables ou étendues en vastes surfaces irrégulières. Les petits foyers sont constitués par un tissu compact, hépatisé, blanchâtre; les nodules isolés ont une forme pyramidale à base périphérique (infarctus). Les lésions confluentes représentent des blocs de pneumonie lobulaire ou lobaire plus ou moins étendus. Le tissu hépatisé contient de petites masses caséeuses que l’on fait sourdre sur la coupe par une faible pression. La plèvre épaissie est couverte d’ecchymoses, isolées ou réunies en plaques à contours irréguliers. Les bronches renferment un exsudat abondant, muco- -purulent, coloré
par le sang épanché; la muqueuse, enflammée, épaissie, revêt une teinte rouge brun.
L'analyse histologique des lésions pulmonaires montre qu’elles
sont constituées, au début, par des thromboses artérielles, suivies d'hémorragies interstitielles et d’une abondante leucocytose. Dans les foyers hépatisés, les alvéoles sont remplis de globules blancs: ceux-ci infiltrent également les parois alvéolaires, amincies et exsangues; partout on rencontre en même temps des bacilles en quantité considérable. Les cloisons interlobaires sont épaissies œædématiées, infiltrées par des cellules lymphatiques et des bacilles ;