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SYMPTÔMES. 189 La Russie d'Asie fournit la statistique suivante :
Années. . .. . . .« 4890 4891 1892 1893 1894 14895 1896 1897 1898 Cas de morve . . . 265 74 11620959 389 1372 685 712 669
La maladie sévit dans l'Inde anglaise, dans le Bengale notamment; elle existe également en Chine(1) et elle est connue de temps immémorial au Japon (Janson).
En Afrique, la maladie sévit sur tout le littoral méditerranéen; elle est très répandue en Algérie. Dans l'Afrique australe, la maladie n’est connue que depuis peu; on l'appelle la «maladie nouvelle » (new disease ; nieuwe Ziekte) (2). La colonie du Cap est gravement atteinte (605 cas en 1894); jusqu'ici, les possessions allemandes paraissent indemnes (Sander). |
L'Amérique ne fournit pas de documents sanitaires précis. On sait, au moins, que les États-Unis comptent de nombreux animaux morveux ; le Minnesota dénonce 186 cas en 1897; le Massachusetts signale 384 cas en 1896, 485 en 1897 et 849 en 1900. Les indications fournies par les journaux vétérinaires démontrent la fréquence de la maladie en la plupart des États. À Cuba, la morve, importée des États-Unis lors de l'insurrection de 1868, sévit depuis à l’état épizootique. |
La morve est totalement inconnue en Australie (Loir). Par contre, les Indes néerlandaises sont infectées depuis longtemps; dès 1854, la maladie est considérée comme très fréquente à Java (Van der Veijde).
Étude clinique.
La morve se présente chez les solipèdes sous des expressions cliniques dissemblables et l’on conçoit la répugnance des anciens observateurs à admettre l'identité étiogénique des diverses manifestations. L'analyse des altérations essentielles et l'observation des transformations possibles des types évolutifs avaient cependant permis d’affirmer la parenté de toutes les formes, puis de les grouper sous la dénomination de diathèse morvo-farcineuse. L’expérimentation montra qu'il s’agit d'une seule affection, due à un même élément virulent.
Si les vieilles distinctions ont disparu de la nomenclature, il est néanmoins indispensable d'adopter une division qui permette d'étudier chacune des modalités de la maladie.
(1) Rassau constate la morve sur un lot de 8 chevaux mandchous reçus le 15 octsbre 1898 par la batterie allemande de Kiao-Tcheou.
-— (2) D'après Fritsch (Drei Jahre in Suüdafrika. p. T7). la morve n’est observée que depuis 1864.
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Un premier groupement, universellement adopté, permet de reconnaître, d'après la rapidité de l'évolution, un type aigu et un type chronique. Les multiples aspects de ce dernier sont différenciés par les localisations des lésions.
4 1. — Morve aiguë.
Le début est marqué par un état fébrile intense, précédant toute manifestation locale. En quelques heures, la température atteint 41° et 42°; le malade tombe dans un état de prostration extrême; 1l est insensible aux excitations; la locomotion est pénible; les poils sont hérissés : on constate des frissons; des tremblements secouent les masses musculaires de la cuisse et de l'épaule. Les muqueuses, injectées, prennent une teinte rouge foncé, un peu ictérique. Le pouls est faible, filant, à peine perceptible, alors que les battements du cœur sont violents et tumultueux; on compte 60 à 80 pulsations par minute; la respiration est accélérée et entrecoupée. L’appétit a disparu; les barbotages et les liquides froids sont seuls acceptés.
Ces signes augmentent graduellement d'intensité, puis, après
un à trois jours, des accidents spécifiques apparaissent.
Les altérations de la morve aiguë portent, comme dans la forme chronique, sur les muqueuses et sur la peau; mais la coexistence des deux ordres de lésions est ici la règle.
La pituitaire est congestionnée, rouge vif, et bientôt ponctuée de taches plus foncées. Au niveau de celles-ci se montrent des vésico-pustules arrondies, du diamètre d’une lentille à celui d’un pois, remplies d’un liquide séro-purulent, limitées par une mince pellicule épithéliale dont la coloration jaunâtre tranche sur la teinte foncée des parties voisines. Les vésicules, plus ou moins confluentes, s'ouvrent après quelques heures, laissant à découvert une surface ulcéreuse, tapissée de fines granulations rouge vif; ces surfaces prennent très vite l'aspect d’un chancre cupuliforme, limité par un bourrelet infiltré, plus pâle. Dès le début des altérations de la muqueuse, il s'établit un jetage, ordinairement bilaté-
ral, d'abord séreux et citrin, puis muco-purulent, safrané et mêlé
de stries sanguines; les matières rejetées adhèrent au pourtour des naseaux et souillent la lèvre supérieure. Les ulcérations primitives progressent en tous sens avec une
extrême rapidité; elles dessinent, par leur confluence, des surfaces
irrégulières, recouvertes de muco-pus, limitées, comme le chancre
isolé, par un bourrelet infiltré, pàle, bordé lui-même par une zone congestive. On rencontre parfois des plaques œdémateuses, au niveau desquelles la destruction des éléments anatomiques semble s’opérer sans réaction immédiate; les couches superficielles sont transformées en une matière pulpeuse dont l'élimination laisse à nu une plaie ulcéreuse d'emblée. En d’autres points, l’oblitération des vaisseaux détermine l’escarrification du territoire irrigué; la muqueuse s’élimine en lambeaux noirs et ramollis, entraînés par le jetage. L'écoulement nasal est abondant; les matières rejetées renferment des coagula fibrineux et des débris de tissus mortifiés ; le jetage est safrané, souvent strié de sang, visqueux:; il adhère aux ailes du nez et rétrécit les orifices.
D’autres manifestations sont observées le plus souvent. Des engorgements volumineux, œdémateux, chauds, douloureux, apparaissent simultanément en divers points, aux membres, aux flancs, aux épaules, à l'extrémité inférieure de la tête... En 12 à 24 heures, l’'œdème se résorbe en partie; il persiste des boutons qui se ramollissent et s’ulcèrent, laissant une plaie profonde, rouge sombre, dont les bords sont infiltrés et taillés à pic. Ces chancres, ordinairement confluents se réunissent et forment des plaies irrégulières, envahissantes, qui donnent un pus abondant, sanieux, lie de vin ou safrané.
Les lymphatiques de la région, d’abord noyés dans un œdème chaud diffus, se dessinent, en même temps que l’engorgement diminue, en un relief dur qui se prolonge jusqu'aux ganglions voisins. Des nodosités se montrent sur le trajet; elles se ramollissent et s’ulcèrent comme les boutons; les plaies voisines se réunissent par extension périphérique et la corde est transformée en une tranchée ulcéreuse qui fournit une abondante suppuration. Les ganglions explorables (sous-glossiens, inguinaux...) sont hypertrophiés, douloureux, entourés d’un œdème persistant; si la suppuration s'établit, l'ouverture de l’abcès donne un pus mal lié, visqueux, lie de vin ou safrané.
Des symptômes généraux graves accompagnent l’évolution des accidents spécifiques. La température atteint 42°; l'abattement est extrême et l'inappétence complète; les boissons froides sont seules acceptées; les muqueuses ont une teinte rouge-brique ou violacée ; le pouls est faible et vite; la respiration est courte et précipitée; on perçoit un bruit de cornage ou de sifflement, dû à l’obstruction partielle des voies supérieures ou des naseaux (croûtes, œdème...) Le malade maigrit avec une rapidité surprenante; il
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fond à vue d'œil, perdant par jour jusqu à 40 kilos de son poids.
La morve aiguë se termine presque toujours par la mort en 8 à 50 jours; le retour à l’état chronique est observé lors de simples poussées subaiguës, développées au cours de la morve chronique. Des signes de congestion pulmonaire ou de pneumonie lobulaire à foyers multiples apparaissent dans les dernières périodes et la mort survient, par asphyxie ou par intoxication.
D’autres accidents compliquent en certains cas l’évolution. On observe des synoviles où des arthrites, d'apparence rhumatismale, et des inflammalions testiculaires, limitées à la séreuse ou étendues en même temps au parenchyme du testicule. Ces manifestations sont identiques à celles qui surviennent parfois au cours de la morve chronique (V. Morve chronique).
ÿ 2. — Morve chronique.
La morve chronique revêt les deux formes classiques de morve cutanée ou farcin et de morve proprement dite, étendue aux muqueuses et aux parenchymes. Cette dernière est localisée à peu près exclusivement sur l'appareil respiratoire et l’on reconnaît diverses variétés cliniques, suivant la localisation des lésions dans les cavités nasales, sur le larynx oula trachée et dans le poumon.
On étudiera ici les symptômes essentiels de la morve cutanée ou farcin, de la morve nasale, de la morve laryngo-trachéale et de la morve pulmonaire. Les signes contingents communs aux différentes localisations seront indiqués dans un autre paragraphe.
a) Morve cutanée ou farcin. — Les symptômes du farcin chronique évoluent seuls ou en même temps que ceux de la morve chronique. Ils consistent en l'apparition de tumeurs cutanées (bouton) aboutissant à l’ulcération et suivies de l’engorgement des vaisseaux lymphatiques (corde) et des ganglions (glande). Des symptômes accessoires, généraux ou locaux, accompagnent ces manifestations essentielles. |