‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 60 sur 107 · OR RE PO M TR A ENS 202 AVORTEMENT ÉPIZOOTIQUE · texte numérisé non relu

OR RE PO M TR A ENS 202 AVORTEMENT ÉPIZOOTIQUE

vaches avortées. Galtier, de Poncins et Ory (1) étudient, chez la vache, une forme spéciale d'avortement, liée à une infection des mères par la bactérie des septicémies hémorragiques. Dans une enzootie d’avortement chez des juments, Kilborne et Smith (2) trouvent dans le vagin des avortées un bacille analogue à celui du hog cholera; l'injection intra-vaginale des cultures, chez la jument et chez la vache, produit un catarrhe purulent qui persiste pendant quelques jours seulement.

Bang (3) publie, en 1897, un excellent travail sur le même sujet; il confirme les observations de Nocard et conclut à la pénétration dans l'utérus gravide d’un bacille pathogène spécifique, qu'il réussit à isoler; le dépôt de la culture dans le vagin de vaches pleines provoque l’avortement. se |

La même année, Lignières (4) fait connaître le résultat de ses recherches : il paraît avoir observé une forme spéciale d'avortement dû à une infection primitive de la mère, suivie d’un envahissement secondaire des tissus du fœtus par des microbes multiples, non spécifiques, qu'on rencontre toujours, en quantité variable, dans l'utérus des vaches multipares. l

Nature de la maladie. Classification des formes. — Un premier point est établi : l'infection joue un rôle considérable dans l’étiogénie de l’avortement, épizootique ou sporadique.

Parmi les avortements infectieux, certains relèvent d’affections générales classées et l'expulsion des fœtus est une complication plus ou

moins imminente de l’évolution virulente; la clavelée fournit un exemple

typique à cet égard. C'est une forme analogue que Galtier désigne à tort sous le nom « d’avortement épizootique »; les avortons présentent souvent « des lésions bien évidentes de broncho-pneumonie, de splénite, voire d'hépatite et d’entérite..….. Les vaches qui avortent... ne sont pas malades ou ne le paraissent pas; cependant beaucoup, parmi celles qui avortent, toussent ou ont toussé jadis, et il y en a qui ont eu la diarrhée. D'ailleurs, on peut voir, sur les poumons d'animaux vendus à la boucherie, des lésions anciennes de pneumonie ». La bactérie isolée, inoculée sous la peau ou dans les veines, détermine, chez le mouton et chez la chèvre, les lésions des septicémies hémorragiques. Qu'il s'agisse ou non de la « pasteurellose », il est certain que l'avortement n'apparaît

ici que comme une conséquence d’une infection générale et l’on ne saurait:

(1) GALTIER, DE Poncins et Ony. Avortement épizootique. Journal de médecine vétérin., 1890, p. 521 et 577.

(2) KiLBORNE. An outbreak of abortion in mares. U. S. Departm. of agriculture, Bureau of animal industry, Bulletin n° 5, Washington, 1895, p. 49. — Suit. On a pathogenic bacillus from the vagina of a mare after abortion. Id., p. 55.

(3) Banc. Die Aetiologie des seuchenhaften (« infectiüsen ») Verwerfens. Zeitschrift für Thiermed., t. I, 1897, p. 241.

(4) LiGNIÈRES. Étude de l'avortement épisootique. Bulletin de la Soc. des agriculteurs de France, 1897, fasc. 3, p. 440.

ÉPIDÉMIOLOGIE. k03

retenir celle-ci comme la forme type de l'avortement épizootique (1).

Il convient encore de classer à part les avortements, sporadiques ou enzootiques, dus à la pénétration de formes saprophytes vulgaires dans les voies génitales. Nocard a montré ainsi que le Bacterium coli des fumiers peut envahir les voies génitales, atteindre le fœtus et provoquer son expulsion (V. INFECTIONS GOLIBACILLAIRES).

Restent les formes étudiées par Nocard et Bang d’une part, par Liguières, d'autre part. Il est possible et même probable qu'il existe des formes multiples d’avortement spécifique. Les études de Nocard et de Bang paraissent s'appliquer à la forme habituelle de l'avortement; lsurs constatations correspondent aux descriptions données par la presque totalité des observateurs. Des recherches ultérieures préciseront d’ailleurs le rôle respectif des infections différenciées et permettront d'établir leur classement définitif.

En résumé : il existe des formes diverses d’avortement infectieux; jusqu'ici, les formes étudiées par Nocard et Bang et par Lignières possèdent seules un caractère spécifique.

Espèces affectées. — L'’avortement infectieux est surtout observé chez la vache; la brebis est moins exposée et l'accident est rare chez la chèvre. L'infection est assez fréquente chez la jument, bien que les conditions habituelles de l'entretien soient peu favorables à la contagion. Elle est exceptionnelle chez la fruie. Il est douteux que des avortements d’origine infectieuse soient observés chez la chienne et chez la chatte.

Epidémiologie. — Des enzooties d’avortement sont signalées à toutes les époques et dans tous les pays. Les documents rassemblés par Flandrin prouvent qu’à la fin du siècle dernier l’avortement épizootique des vaches sévit en France dans la Beauce, la Champagne, l’Ile-de- France, la Picardie...; 1l est constaté à la même époque en Angleterre (Essex), en Bohême (par Tügl) et en Saxe. L'avortement se montre chez les juments en Normandie et en Danemark, chez les brebis dans le Suffolk et le Norfolk, chez les truies dans le Hanovre.

Pendant le xix° siècle, l'avortement épizootique cause des pertes sensibles sur tous les points. Vers 1837, 1l sévit gravement en Angleterre, à la fois sur les vaches, les juments et les brebis; en 1851,

Barlow dénonce l'extension de la maladie et son caractère nettement .

épizootique; en 1860, le Hereford est infecté (Musgrove); en Écosse, l'avortement sévit en permanence sur toutes les espèces. En Allemagne, en Danemark, en Hollande, en Belgique, en Italie, en France.…., les

pertes causées sont considérables (2). A l'heure actuelle, l'avortement

(1) Il est à peine besoin de faire remarquer que jamais on ne retrouve, dans l'avortement proprement dit, les lésions signalées par Galtier chez les mères el chez

les avortons.

(2) En 1869, Heuzé évalue de 30 à 50000 francs les pertes causées chaque année

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L0k& AVORTEMENT ÉPIZOOTIQUE.

des vaches sévit en France dans presque tous les centres d'élevage. Chez

la brebis, la maladieest signalée dans la plaine d'Arles, la Camargue (Delorme), l'Aude (Labat)....…

En Belgique, la maladie existe dans toutes les provinces. La Suisse éprouve des dommages sérieux; en 1878-1879, la proportion des avortements varie, dans le canton de Fribourg, entre 20 et 60 pour 100 du nombre total des vaches en gestation. En Jtalie, l'infection est très répandue dans la Lombardie et la Lomelline. L'Allemagne, le Danemark. subissent des pertes élevées. Dans Ja Grande-Bretagne, Penberthy évalue

5 pour 100 au moins le nombre des avortements chez la vache; en

certaines années (1893-1894), les accidents affectent un caractère épizoo-

tique.

Aux États-Unis, l'avortement des juments est considéré comme l’une des maladies les plus redoutables; nombre de fermes d’élevage perdent chaque année 70 à 80 pour 400 de leurs voulains. En 1890, l'affection sévit gravement dans le Kentucky et dans les États du Sud.

L'Australie est aussi éprouvée; en 1899, la maladie sévit avec intensité chez les juments et chez les vaches.

Etude clinique.

Les accidents sont analogues chez toutes les espèces; ils sont surtout étudiés chez la vache. |

a) Vache. — L'avortement se produit rarement avant le quatrième mois de la gestation; mais, à compter de cette époque, il survient à toutes les périodes. La-vache qui doit avorter conserve toutes les apparences de la santé; la lactation n’est pas modifiée. Quelques signes précurseurs indiquent cependant l'expulsion prochaine du fœtus ; la vulve est un peu tuméfiée, œdémateuse; les ischions sont plus saillants, la bête « se décroche » ; s’il s'agit d’une primipare, le pis se forme comme dans la période prémonitoire de l'accouchement à terme.

Le fœtus est expulsé sans difficulté; on ne constate ni coliques, ni efforts expulsifs violents; la vache ne cesse pas de manger ni de ruminer. Si le fœtus est très Jeune, 1l entraîne. avec lui les enveloppes fœtales; plus tard, les membranes sont retenues et il est rare qu’elles soient rejetées normalement. La délivrance artificielle est laborieuse; chaque

cotylédon doit être énucléé isolément et le délivre n’est obtenu que par

lambeaux; en l'absence d’une intervention, la putréfaction s'opère, et, pendant plusieurs semaines, des matières putrides s’écoulent par la vulve. ue

L'avorton est mort le plus souvent au moment de la naissance: le fœtus expulsé après le sixième mois peut venir vivant, mais il ne survit

dans le seul département de la Nièvre. Des enzooties sont observées dans l Eure- et- Loir (Darreau), la Normandie (Roudaud), la Haute-Saône (Trélut)…..

à MP ÉTIOLOGIEE: 405

que quelques heures. Parfois, le veau avorté vers la fin de la gestation est bien conformé et vigoureux en apparence; mais, 1l cesse de téter après 1 à 3 Jours, est pris de diarrhée, pousse des beuglements continus, plaintfs, jusqu'au moment de la mort; les rares avortons qui survivent restent faibles, débiles; leur croissance est notablement retardée.

La vache qui a avorté devient parfois taurelière; si elle est fécondée, elle avorte de nouveau le plus souvent.

b) Jument (1). — L’avortement se produit en général du quatrième au sixième mois de la gestation. Il est annoncé par la tuméfaction des mamelles et par un écoulement vaginal muqueux, blanc, parfois purulent. Trois ou quatre jours après, il se produit de légères coliques et le fœtus mort est expulsé. Le catarrhe vaginal disparaît après quelques Jours. Les mères ne présentent aucun signe de maladie,

Les poulains nés viables, au cours du onzième mois de la gestation perdent bientôt leur vigueur et meurent quelques jours après l’accouchement.

Quelques observateurs signalent des allérations des enveloppes fœtales ; il existe des plaques de coloration grise et une infiltration muco-purulente du chorion (Turner).

c) Brebis. — Les accidents se produisent vers le quatrième mois. La brebis paraît inquiète, s’étire; mais elle continue à manger et à suivre le troupeau. Souvent le placenta accompagne le fœtus ou est expulsé presque aussitôt; parfois aussi, il est retenu et rejeté par lambeaux.

Le placenta montre des hémorragies en nappe et des plaques étendues d’un exsudat blanchâtre, muco-purulent.

d) Truie (2). — L’avortement survient le plus souvent entre la dixième et la douzième semaine de la gestation. Une fécondation nouvelle est difficilement obtenue. Les avortées présentent une inflammation chronique de la vulve et du vagin; la muqueuse utérine est infiltrée, épaissie, recouverte d’un exsudat gélatineux ou purulent.

Etiologie. — Etude expérimentale.

Modes de l'infection.(3). — L’avortement épizootique procède à peu près uniquement de la contagion; il sévit en permanence en certaines régions et dans certaines étables, alors que d’autres, voisines, restent indemnes. Des femelles provenant de milieux sains avortent si elles sont introduites dans des milieux infectés; d'autre part, la maladie est

(1) GuizcerEey. De l'avortement épisootique des juments. Thèse de Berne, 1901 (avec bibliogr.). — GizruTH. /nfectious abortion of mares. The Veterinarian, 1900, p. 445. (2) BERGER. Seuchenhaftes Veriwerfen bei Schweinen. Deutsche thierärztl. Wochenschr., 1895, p. 117. — GaAssner. 1d., id., p. 118. (3) Voy. San. Ueber das infectiüse Verwerfen. Deutsche Zeitschr. für Thiermed., t. XXI, 1895, p. 195 (avec bibliogr.). — Bassr. Studi e ricerche intorno all aborto epizootico.….. I1 moderno Zooiatro, 1896, p. 287.

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importée dans des étables indemnes par des bêtes provenant d’étables envahies. Fe

Les modes de la contagion sont établis en ce qui concerne la forme la plus répandue de l'avortement. Le virus est présent dans les voies génitales avant l’avortement; les produits de la sécrétion catarrhale qui précède le rejet du fœtus, introduits dans le vagin de vaches saines, provoquent souvent l’avortement; les enveloppes du fœtus sont aussi virulentes et les habitations sont abondamment souillées avant et pendant l’accouchement.

Les microbes pathogènes répandus sur les litières et dans les sols arrivent au contact de la muqueuse vulvo-vaginale. Ils cultivent sur place, pour atteindre le col utérin et envahir les enveloppes. La pullulation est lente et l'avortement ne survient qu'après cinq à dix semaines lors d'infection expérimentale.

Des faits précis d'observation (Vinsnes, Herter-Burschen) prouvent que le taureau transmet l'infection dans certaines formes d’avortement,. On peut prévoir que les agents pathogènes, recueillis dans le vagin,

souillent la muqueuse du pénis; ils conservent leur virulence pour

infecter les vaches saillies ensuite.

Etude expérimentale. — Les procédés de l'infection et la pathogénie des accidents diffèrent pour chacune des formes différenciées. Nous donnons ci-après une analyse sommaire des résultats expérimentaux acquis.

RecnercHes DE Nocarp (1886). — II existe chez les vaches avortées, même chez les primipares, une invasion des membranes fœtales et des cryptes cotylédonaires par des microbes divers. Au niveau des cotylédons, les villosités placentaires sont épaisses, blanc sale et comme infiltrées de pus ou macérées; une quantité de grumeaux jaunâtres de matière puriforme couvrent la base et le pourtour des pédicules. Le

cotylédon, dépouillé de sa coiffe placentaire, est ferme et rose; la M

pression fait sourdre des gouttelettes d'apparence purulente. Les grumeaux puriformes, le suc cotylédonaire et le produit de raclage de la muqueuse utérine renferment un bacille court, assez épais, et des microcoques, isolés ou associés en courtes chaînettes. L'intestin des fœtus est

rempli de microbes variés. Dans le bulbe de la plupart des avortons, on

retrouve un microcoque semblable à celui qui est rencontré dans les placentas altérés.

L'avortement paraît dû à une maladie microbienne du fœtus et de ses enveloppes, maladie à laquelle la mère reste étrangère. L'’infection s'opère par les voies génilales externes.

RECHERCHES DE BANG. — Bang retrouve les altérations utérines et placentaires signalées par Nocard. Il existe à la surface de la muqueuse utérine un exsudat abondant, jaune sale, formé de mucus et de petits grumeaux gris blanchâtre. L'examen histologique montre des cellules

épithéliales, des globules de pus et des résidus cellulaires. Le tissu.

Sous

ÉTUDE EXPÉRIMENTALE. 207 conjonctf sous-chorial est le siège d’une infiltration œdémateuse très accentuée.

? pes . . .

L’exsudat utérin renferme en abondance une fine bactérie, qui existe 4 sr : , < r = Le:

à l’état de culture pure si l'examen est pratiqué chez une primipare, prématurément et avant la mort du fœtus. Les observations recueillies et les résultats de l’expérimentation prouvent que ce microbe doit être considéré comme l’agent essentiel de l'avortement.

Le microbe de l'avortement apparaît, à un fort grossissement, sous la

ke forme d’un bacille de dimensions variables; certains ont la longueur

du bacille de la tuberculose; d’autres, plus courts, sont formés de deux ou trois granulations, rondes ou allongées; d’autres enfin représentent des microcoques ovoïdes; ce sont sans doute ces formes que Nocard a prises pour des microcoques en courtes chaînettes. Le microbe est immobile. Il se colore bien par les couleurs d’aniline, mais non par la

méthode de Gram. La culture est obtenue sur sérum-gélatine-agar; elle donne des colonies arrondies, atteignant à peine le diamètre d’une tête d’épngle. Dans le bouillon glycériné (5 pour 100) et dans le sérum pur.

la culture est lente et pauvre; au contraire, elle est facile et abondante dans un mélange de sérum (1 part.) et de bouillon glycériné (2 part.) (1).

L'inoculation des cultures dans le vagin de femelles saines produit l’avortement chez la vache (3 expér.), la brebis (1 expér.) et la jument (1 expér.). Chez la brebis, l'inoculation intra-veineuse de la culture entraîne l'avortement et l’on retrouve les bacilles dans l'utérus (2 expériences).

Le bacille pénètre par les voies externes pour arriver à l'utérus; il

provoque un catarrhe utérin qui a pour conséquence l'avortement, ou, en quelques cas, la mort et la rétention du fœtus. Des observations

précises établissent que les germes conservent leur vitalité pendant plusieurs mois dans l'utérus; la persistance de l’infection est assurée d’une gestation à une autre; une vache qui a avorté est exposée à avorter de

nouveau. Il se produit cependant une certaine accoutumance de l’orgamnisme, accusée d’abord par un retard dans l'époque de l'avortement pour chaque gestation nouvelle; certaines vaches acquièrent même une

immunité, absolue ou relative, après deux ou trois avortements. Nocard

avait observé les mêmes faits dans les étables de la Nièvre, infectées

depuis plusieurs années.

La conclusion formulée par Bang est analogue à celle de Nocard :

« L’avortement épizootique doit être considéré comme le résultat d’un catarrhe utérin, provoqué par une bactérie spécifique. »

(1) Les recherches de Stribolt et Bang montrent que le bacille se développe de

préférence soit dans une atmosphère pauvre en oxygène, soit, au contraire, dans un milieu renfermant presque exclusivement de l'oxygène. Entre ces deux opti-

mums, la végétation est retardée et misérable. Pour cette raison, la culture à Pair

Jibre ne s'opère, dans les milieux solides, qu'à une certaine profondeur, correspondant à une oxygénation convenable du milieu.

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k08 AVORTEMENT ÉPIZOOTIQUE.

RecuercHES DE LIiGnNiÈRES (1). — D’après la conception de Lignières, l'avortement procéderait d'une infection de la mère par un microbe particulier, trouvé constamment dans le tube digestif et, par exception, dans les viscères de la mère ou du fœtus. Le microbe est présent chez la vache, la jument et la brebis.

Le microbe de l’avortement ne serait autre que celui de la tuberculose zoogléique (Communication orale). Les caractères bien tranchés de ses cultures, les résultats constants de son inoculation aux divers animaux d'expériences permettent de le retrouver aisément, non seulement dans les ganglions mésentériques de la vache avortée, mais encore dans l'épaisseur des plaques de Peyer ou des follicules clos et jusque dans les'excréments.

L’ingestion des cultures produit l'avortement chez les femelles pleines de cobaye et de lapin; les microbes sont présents dans les placentas et dans les tissus des avortons. Ce mode d'infection réussit chez les vaches pleines; mais il faut administrer de grandes quantités de culture et opérer sur des vaches peu avancées en gestation. L'expérience réussit moins bien sur les primipares, peut-être en raison de la stérilité de la cavité utérine (Nocard). |

Le microbe agirait par l'intermédiaire de ses toxines, « qui, par une véritable action inhibitoire, paralyseraient les moyens défensifs de l’organisme et faciliteraient ainsi la pénétration, dans les organes et le sang des animaux qui l’hébergent, d'un grand nombre des microbes qui habitent normalement l'intestin ou les autres cavités muqueuses.

L'apparition de l’avortement épizootique peut être due à l’introduction d’une bête pleine en puissance du bacille abortif. Dans ce cas, les excréments projetés sur les litières ne tardent pas à souiller les aliments des vaches saines, qui sont contaminées à leur tour. Si la vache nouvellement achetée a été contaminée peu de temps avant son terme, elle mettra bas très normalement chez l'acheteur et ne consti- ‘tuera pas moins, par ses matières fécales, une cause d'infection.

Il n’est pas non plus que les femelles pleines qui puissent apporter le germe de la maladie, mais toutes celles dont le tube digestif cultive le bacille abortif. Le taureau lui-même peut remplir le même rôle. On a vu l'avortement passer de la vache au mouton et vice versa. Les personnes préposées à donner des soins aux animaux malades peuvent aussi transporter la maladie dans les étables saines, à l’aide de leurs vêtements et surtout de leurs chaussures, souillés d’excréments infectés. Les fumiers sont également dangereux. Il est des cas enfin où l’avortement épizootique éclate dans une ferme ou dans une région sans qu’on puisse incriminer l'introduction d’un animal infecté. L'auteur croit pou- -voir encore en donner l'explication exacte. Le bacille de l'avortement

(1) Le travail de Lignières n’a pas été publié. Il n’est connu que par un r'APROEE analytique de Leblanc à la Société des agriculteurs de France.

épizootique se rencontre dans la nature, très exceptionnellement il est vrai; 1l est notamment rencontré dans le foin et l’avoine. Rien n’est plus simple dé comprendre alors comment l’ingestion de pareils aliments

peut provoquer l'avortement, en dehors de tout contact avec les animaux malades. »

Prophylaxie.

La prophylaxie doit tendre : 1° à éviter l'introduction de la maladie dans une étable saine; 2° à empêcher la transmission dans un milieu infecté. |

Dans les régions où l’avortement sévit en permanence, il est prudent de ne pas introduire dans l’étable des vaches pleines nouvellement achetées. Les animaux sont isolés et admis seulement après une parturition à terme et régulière. Si l'isolement est impossible, les bêtes sont surveillées et mises à part dès qu'un signe fait craindre l'avortement; en même temps, les fumiers et toutes les parties souillées par les déjectons de l’animal suspect sont désinfectés. Si l'avortement se produit dans l’étable, la bête est aussitôt mise à part et séquestrée; l’avorton et le délivre sont détruits (brûlés ou bouillis) ; on désinfecte les objets et Les surfaces souillés; de plus, les vaches qui ont cohabité avec la malade sont soumises, pendant huit jours au moins, aux lavages antiseptiques indiqués plus loin. La désinfection des sols et des parois poreuses ou anfractueuses est renouvelée à deux ou trois reprises.

Dans une étable infectée depuis quelque temps, la prophylaxie comporte une intervention plus complète :

a) Chaque matin, on lave soigneusement la queue, l’anus, la vulve, le périnée de chaque vache, avec une éponge imprégnée de l’un des liquides antiseptiques ci-après :

Ré DIU te rt nn ALI UNSS.

DrÉORe: OU CrÉSR INT NE 9 SO AUTrE:

Ou bien :

PAR PPDlUIeS ÉPN lUue S 44,304 TAONHETSE

Acide chlorhydrique du commerce. . 1 décilitre.

Bichlorure de mercure. . . . . . . . 10 grammes.

b) Une fois par semaine, on injecte dans le vagin un litre environ de l’une ou l’autre des solutions ci-dessus, préalablement tiédie.

c) Chaque semaine, le soi de l’étable est gratté, nettoyé à fond et copieusement arrosé avec la solution de crésyl ou avec une solution de sulfate de cuivre (40 grammes par litre d’eau de pluie).

Dans le cas où une bête avorte, le fœtus et les enveloppes sont détruits et l’on irrigue largement l'utérus avec 8 à 10 litres de la solution antiseptique employée tiède et étendue d’un volume égal d'eau bouillie.

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