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III. — Dracnosric

La présence d'un élat général grave, avec anénue progressive et œdèmes, coïncidant avec la conservation de l'appétit est assez significative.

La recherche du trypanosome assure un diagnostic immédiat. L'inoculation du sang au chien permettrait de déceler la maladie

chez les animaux qui hébergent de rares parasites, comme le mouton et la chèvre (Theiler).

Etiologie. — Etude expérimentale.

Réceptivité. — Le cheval, l'âne, le mulet et le zèbre paraissent surtout sensibles à la maladie naturelle et ils sont infectés à coup sûr par l’inoculation. Le bœuf d'Afrique est plus résistant; il succombe le plus souvent, mais l'évolution est ralentie. Les races françaises semblent encore moins sensibles. Trois vaches inoculées par Nocard ont résisté; leur sang a montré de rares parasites, tout au début de l'infection et seulement pendant quelques jours; pourtant l’inoculation du sang à la souris a donné la maladie pendant plusieurs mois; elle est restée ensuite sans effet; les animaux étaient guéris définitivement. Le buffle paraît être sur la limite deda réceptivité. Le mouton et la chèvre sont aussi peu aptes à l'infection; ils succombent tardivement à des invasions parasitaires ou microbiennes surajoutées. Laveran a vu guérir une chèvre dont le sang était resté infectant pendant cinq mois.

Le chien et le chat sont très sensibles à l’inoculation. Le porc succombe après 5 mois environ. Le singe [macaque) est tué en quelques semaines.

. Parmi les petits animaux, la souris et le rat sont les meilleurs réactifs ; le lapin et surtout le cobaye sont moins aptes à l’évolution.

L'influence de la race semble démontrée pour certaines espèces. Koch inocule sans résultat les trypanosomes à deux ânes de Massaï et à trois produits de cès ânes avec ceux de Mascate. Les animaux sont observés pendant trois mois et demi et l’on ne trouve à aucun moment les parasites dans le sang. La résistance de ces races est connue à Mombassa. Un autre exemple paraît être fourni par le porc, que Schilling. trouve réfractaire au Togo, tandis que celui d'Europe est infecté à coup sûr.

606 . MALADIES A TRYPANOSOMES.

Modes de l'infection. — L'observation démontre que le nagana est consécutif à la piqûre de la mouche dite «tsétsé » (Glossina morsitans). Ces insectes pullulent en certaines régions de l'Afrique. « A l'entrée dans la contrée de la mouche, dit Bruce, on n’est pas longtemps à ignorer la présence de la tsétsé; on voit les indigènes frapper leurs jambes nues, les chiens mordre en rond et les chevaux ruer. En quelques minutes, dans les espaces couverts de broussailles, on peut être attaqué par 50 ou 40 mouches.

Les mouches des deux sexes sucent le sang; elles piquent dans la journée et le soir, très rarement la nuit, lorsque le clair de lune est très beau. La mouche se pose avec tant de délicatesse sur la peau qu’on ne la sent pas; la pénétration de l’aiguillon est indolore; en 20 ou 30 secondes, la mouche se gorge de sang, l’abdomen prend une teinte rose, puis rouge. Le vol de la mouche gorgée de sang est alourdi; l'insecte repu regagne la broussaille où il se cache pour digérer en paix » (Laveran et Mesnil).

Les recherches de Bruce démontrent le rôle de véhicule du virus rempli par la tsétsé. La mouche qui a piqué un animal nagané inocule une trace de sang virulent à celui qu’elle attaque ensuite et lui transmet l'infection. Les mouches capturées dans un pays infecté, transportées dans une région saine, apportent avec elles la contagion. Les insectes restent virulents pendant 24% et même 48 heures; toutefois le danger diminue graduellement et des piqûres multiples sont nécessaires pour assurer la transmission.

Il semble que la tsétsé soit le seul agent d'inoculation; Bruce n’a pas trouvé le virus chez les autres espèces de diptères armés et les observations recueillies établissent que l’aire géographique du nagana et celle de la tsétsé se superposent exactement.

D'autre part, l’inoculation est le seul procédé de la contagion; les aliments et les eaux, parfois incriminés, ne jouent aucun rôle. Le nagana atteint des animaux qui traversent, sans boire ni manger, les zones réputées dangereuses.

Enfin, la maladie n'est pas Rte par la cohabitation; des «

animaux naganés, ramenés dans des localités indemnes, vivent sans inconvénient au milieu d'animaux sains, à moins qu’une inoculation accidentelle soit réalisée par quelque intermédiaire, En tous cas, on ne risque point de créer un nouveau foyer.

Les indigènes ont remarqué que la tsétsé suit le gros gibier (buffle, antilopes, hyène...); en tous les points où celui-ci a été refoulé ou détruit, la mouche a disparu et le nagana avec elle. Des constatations de Bruce établissent que le sang des animaux sau-

Œie, à À

NAGANA. 607

vages est parfois virulent, bien qu'on n'y rencontre pas de trypanosomes. « Il faut bien admettre qu’un certain nombre de ces animaux sont infectés à l’état permanent; il n’est pas douteux, en effet, que c'est dans leur sang que la tsétsé puise les germes de la | maladie, germes toujours présents dans beaucoup de régions de l'Afrique centrale et qui, cependant, ne peuvent pas se conserver, chez la mouche, plus de 48 heures. Il est bien probable que, chez la plupart des animaux en question, il n’y a pas immunité, mais tolérance très grande pour les parasites, qui arrivent à vivre dans le sang en pelit nombre, sans occasionner de troubles graves »

(Laveran et Mesnil).

Modes de la pénétration du virus. — L'infection est assu-

Brécipar l’inoculation intra- ou sous-cutancée. La marche de la maladie

expérimentale varie, pour chaque espèce, suivant l’origine et la dose du virus.

Après inoculation sous-cutanée, le cheval montre un œdème local; vers le quatrième jour, la température s'élève, vers 40-41°, en même temps que les trypanosomes apparaissent dans le sang: puis, après 9 à 4 Jours, une chute brusque de la température s'opère, tandis que les parasites deviennent très rares dans le sang. Il se produit ensuile des oscillations thermiques entre 59 et 40 ou 41°, les poussées coïncidant avec une pullulation parasitaire. L’appétit est conservé; on note des œdèmes au fourreau, à la partie inférieure du tronc et de l’anémie progressive. La mort survient après 350 jours en moyenne. — Les accidents sont analogues chez l'âne; toutefois, les intermittences de la fièvre sont plus nettes et plus régulières que chez le cheval; les accès se répètent tous les 6 ou 7 jours environ. Vers la fin de l'évolution, l'animal est stupéfié; il succombe 60 jours environ après l'inoculation.

Le bœuf présente une évolution chronique, tantôt muette, tantôt accusée par des crises d’hyperthermie, des œædèmes dans les parties déclives et de l’anémie progressive.

Le mouton et la chèvre résistent aussi pendant longtemps. La marche de l'infection est analogue à ce que l’on observe chez le cheval et chez l’âne.

Le chien est très sensible ; les trypanosomes apparaissent dans le sang après ? Où 9 jours, en même temps que la température monte vers 41°. « Les symptômes sont réduits à un œdème des organes génitaux, avec hypertrophie considérable des ganglions de l’aine, et encore ces manifestations peuvent faire défaut. Il y a quelquefois

aussi œdème de la tête et parésie légère et fugace du train postérieur. La température se maintient au voisinage de 40° jusqu’à la mort. » (Laveran et Mesnil.) Le chien est tué en 6 à 12 jours. — La maladie suit une marche analogue chez le chat; mais celui-ci meurt après 20 à 25 Jours seulement.

Chez le singe (macaque), la fièvre apparaît vers le quatrième jour (41°) et le sang renferme une quantité énorme de trypanosomes. L'animal est triste et sans vigueur; 1l refuse de manger; des œdèmes envahissent les paupières et les bourses; la mort arrive vers le quinzième Jour.

L'évolution est très variable chez le lapin. Chez les animaux faibles et cachectiques, le sang est envahi après 2 à 5 jours et la mort survient après 5 à 12 jours. Les sujets vigoureux résistent pendant 20 à 40 jours et plus; les trypanosomes sont toujours rares dans le sang; après 12 à 20 jours, il survient de la conjonctivite et du coryza, puis des œdèmes à la tête, à l’anus et aux parties génitales; on observe aussi de la congestion des testicules ou de l’'orchite. Les accidents s’aggravent; des ulcérations, recouvertes de croûtes, se forment autour du nez et des narines: la cornée est opaque et ulcérée; la température: oscille, sans régularité, entre 40 et 41°. — Le cobaye succombe en 15 à 50 jours le plus souvent; les périodes extrêmes sont de à à 6 jours et de Üü mois. Les troubles reproduisent, avec quelque atténuation, ce que l’on observe chez le lapin.

Le rat et la souris meurent après 5 jours 1/2 à 5 jours 1/2; la maladie suit une marche régulière. L'animal mange bien et paraît en excellente santé. Une heure ou une demi-heure avant la mort. la souris est somnolente, son poil se hérisse et elle succombe avec un peu de dyspnée. La terminaison est souvent identique chez le rat; cependant la plupart des inoculés se montrent subitement inquiets ; ils s’agitent, poussent des cris, sont pris de convulsions et meurent pendant une crise. Les parasites sont trouvés dans le sang 2 ou 5 Jours après l’inoculation; leur nombre augmente sans cesse ét 1ls sont aussi nombreux que les hématies dans les dernières 24 heures.

Les muqueuses intactes (conjonctive) ne se prêtent pas à la pénétration et l'infection par le coït est improbable (Kanthack, Durham et Blandford).

L’inoculation dans le péritoine tue le rat et la souris en 2 jours 1/2 à 5 Jours ; il s’opère une multiplication rapide des parasites dans la cavité et le sang est envahi en moins de 24 heures.

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NAGANA. 609

,. « . . Li « Là L'injeclion dans les veines est au moins aussi sévère que les précédentes.

Pathogénie. — Les parasites, introduits en quelque région que ce soit, gagnent la grande circulation, sans doute après avoir cultivé dans les milieux Iymphatiques. À la suite de l’inoculation naturelle par la tsétsé, les trypanosomes arrivent dans le sang des équidés du neuvième au douzième jour; les piqûres multiples hâtent l'apparition des symptômes.

La pathogénie des accidents est indéterminée. Les tentatives faites pour mettre une toxine en évidence (Kanthack, Durham et Blandiford, Laveran et Mesnil) n'ont pas donné de résultat. D'autre part, l'invasion du sang par des quantités énormes de parasites est parfaitement tolérée dans certaines infections et les accidents d'ordre mécanique (embolies) paraissent exceptionnels.

Les hématozoaires ne traversent pas le placenta, au moins chez le rat. (Laveran et Mesnil.)

Résistance du virus (1). — Le sang parasité garde sa virulence pendant 1 à 6 jours, suivant les conditions de la conservation. La dessiccation détruit le virus en 24 heures environ. Les trypanosomes se conservent mieux dans le sang additionné de sérum que dans le sang pur; le sérum des réfractaires (homme, oiseaux) n’est pas moins favorable à la conservation que celui des animaux sensibles.

Les hématozoaires sont tués assez vite à 44-45°; ils résistent pendant plusieurs heures à 40-419. Le froid modéré(—5 à —7°) ne modifie point la durée de la conservation dans le sang; mais les parasites résistent très bien aux basses températures : du sang placé à — 18° pendant 50 minutes, à — 50° peudant 8 minutes et à — 55° pendant 5 minutes possède toute sa virulence.

Immunisation. — a) L'observation n'apporte pas la preuve qu'une première infection assure l'immunité; les animaux qui survivent paraissent simplement tolérer les parasites qu'ils hébergent ensuite pendant un temps indéfini. Quelques résultats expéri-

mentaux, d'ailleurs insuffisamment probants, tendent à montrer

cependant que la guérison d’une première atteinte rend certains animaux réfractaires.

Koch (2) infecte le rat par l'injection du sang parasité d’un bœuf; la

(1) Laveran et MESNIL. Loc. cit pui (2) Kocu. Versuch zur Immunisierung von Rindern gegen Tselsekrankheit (Surra).

Supplément au Deutschen Kolonialblatt du 15 décembre 1901(cité d’après Schilling).

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{ 610 MALADIES A TRYPANOSOMES.

maladie est transmise ensuite du rat au chien et le sang de celui-ci sert à inoculer deux bœufs. Du dixième au treizième jour, le sang de ces derniers renferme des parasites qui disparaissent ensuite. Un des sujets meurt; l’autre est inoculé plusieurs fois avec des produits virulents sans être infecté. |

Schilling (1) rapporte les faits suivants : Un jeune taureau vigoureux,

paraissant tout à fait guéri d’une atteinte de nagana accidentel, reçoit sous la peau 10 c. c. de sang défibriné, provenant d'un cheval et contenant une grande quantité de trypanosomes. Le sang du taureau, libre de parasites le septième jour,renferme quelques rares parasites le neuvième jour; ceux-ci ont disparu le douzième jour et on ne les constate plus, malgré des examens réitérés. Un mois après (5 juillet 1901), le taureau reçoit, dans le péritoine, 19 c.c. de sang de cheval fortement parasité. Il donne, le 6 août, un sérum agglutinant qui tue les hématozoaires en 90 minutes. Le 25 septembre, le sérum tue encore en 21 minutes. Le taureau succombe à une entérite hémorragique, en février 1902. Ni le sang, n1 la moelle des os ne contiennent de trypanosomes. Le sérum a donc conservé pendant plus de trois mois ses propriétés et l'on peut admettre que l'animal possédait une immunité active.

Trois veaux reçoivent sous la peau un exsudat péritonéal, provenant d'un troisième passage de chien à chien; les parasites ne sont pas trouvés dans le sang après 12, 15 et 21 jours; après 95 jours, le sérum est indifférent à l'égard des parasites. Les veaux sont cependant immunisés à l'égard de la contagion naturelle; l’un d’eux meurt par accident, mais les deux autres sont conservés en parfaite santé au poste de douane de Topli, où le bœuf n’a jamais pu être entretenu (2).

b) « L’immunité n’est pas conférée par les injections répétées de sang ou de sérum parasité, débarrassé des hématozoaires vivants par la filtration, le chauffage ou le simple vieillissement. Le rat, le lapin ou le chien traités sont aussi sensibles que les témoins. Les extraits stérilisés d'organes ne sont pas plus efficaces.

« Les inoculations répétées de bile provenant des malades ne sont ni préventives, ni curatives; toutefois, la bile détruit très vite les parasites in vitro. Le sang infectant mélangé de bile perd ses propriétés, mais il n’est pas immunisant.

« Les jeunes nés de mères affectées ne présentent pas de résistance spéciale. » (Kanthack, Durham et Blandford.)

(4) ScxizzixG. 27 Bericht…. Centralblatt für Bakteriol., t. XXXI (orig.), 1892, p. 457.

(2) Kanthack, Durham et Blandford ont montré que l’inoculation du trypanosome du rat n’est pas immunisante à l’égard du nagana. Les rats immunisés à l'égard de T. Lewisi contractent le nagana et meurent comme les témoins.

Le sérum des animaux immunisés ne possède pas de propriétés préventives ou curatives. (Koch, Schilling.) Au contraire, le sérum humain exerce une action préventive, et surtout curative, démontrée par Laveran(1). Le sérum n’est préventif qu'à un faible degré; injecté à une souris 24 heures avant le sang virulent, il retarde seulement l'apparition des parasites; l’inoculation simultanée en des points différents ou celle du mélange sérum et sang virulent n'est pas infectante, mais elle ne donne pas l’immunité. À la suite d'une injection sous-cutanée du sérum à la souris ou au rat infectés, les trypanosomes disparaissent du sang après 24 à 56 heures; la dose nécessaire, variable suivant la provenance du sérum, ne s'abaisse guère au-dessous de 1/2 c. c. pour un rat de 200 grammes. L'action exercée est cependant incomplète; les hématozoaires reparaissent après 4 à 8 jours; on peut réussir à plusieurs reprises à les faire disparaître par de nouvelles injections, mais 1l arrive un moment où celles-ci sont inactives. L’examen du sang montre que le sérum agit sur les parasites eux-mêmes : « au bout de # à 5 heures, un certain nombre de trypanosomes sont déformés; 1ls prennent la forme de têtards ou se mettent en boules; en même temps, leurs mouvements se ralentissent ; à partir de la quatrième ou de la cinquième heure, le nombre des parasites diminue dans le sang... [1 n’y a pas de leucocytose marquée et les leucocytes paraissent n’englober que des débris de trypanosomes.

« Aucun autre sérum n’exerce pareille action sur les trypanosomes du nagana; les sérums de cheval, de chèvre, de porc, de mouton, de singe, d'oiseau (oie, poule), employés aux mêmes doses que le sérum humain, se montrent tout à fait inactifs. » (Laveran.)

Traitement.

Les résultats obtenus avec les composés arsenicaux dans le traitement du surra laissaient prévoir leur efficacité dans le nagana. Laveran constate que l’arsénite de soude exerce une action comparable à celle du sérum humain et permet d'obtenir la disparition momentanée des parasites.

Schilling emploie sans résultat la quinine et les injections intraveineuses de sublimé corrosif.

(1) Laveran. De l’action du sérum humain sur le trypanosome du nagana. C. R. de: l'Académie des sciences, t. CXXXIV, 1° avril 1902, p. 755.

GEAR MALADIES A TRYPANOSOMES.

Prophylaxie.

L'indication la plus générale consiste à éviter la piqûre de la mouche; toutefois les indications théoriques sont sans intérêt en raison des difficultés de l’application (1).

Une circonstance heureuse rend d’ailleurs le nagana moins redoutable que les récits terrifiants des voyageurs” le laissaient supposer. Les indigènes et les colons du sud-Afrique savent depuis longtemps que la tsétsé suit les buffles et le gros gibier; dès que ceux-ci sont refoulés ou détruits, la mouche, ou tout au moins la maladie, disparait avec eux. C'est ainsi que le Natal s’est trouvé libéré à la suite des battues organisées. « Les vieux Boers, dit Theiler, se souviennent qu'il y a trente ans, la « mouche » ébait encore présente derrière le Magaliesberg, au nord de Prétoria, dans les régions où l’on chassait le buffle et le gros gibier (wilde beesten). Une vieille carte du Transvaal porte une ligne délimitant les districts infectés par la tsétsé et les districts indemnes. Aujour-

d’hui, tout le pays est libéré et les convois pénètrent sans danger

jusqu’au Zambèse. La maladie perd de jour en jour de son importance pour l'Afrique du Sud. » |

On peut ajouter que la peste bovine, en dépeuplant de leurs ruminants sauvages les immenses espaces de l'Afrique centrale, a diminué les dangers de la contagion et réduit sans doute pour bien des années « le domaine de la mouche ».

Le nagana constitue cependant un danger considérable en d’autres régions. Il ne recule que lentement devant la civilisation, après une organisation capable d’assurer la disparition du « gros gibier ». Les colonies récentes qui couvrent presque toute l’Afrique à l’heure actuelle ont à compter avec la contagion. Enfin, la maladie apporte un obstacle insurmontable à l’organisation des convois et à la pénétration dans certaines régions.

$S 3. — DOURINE

La dourine est une maladi> contazieuse, spéciale aux équidée, transmissible par le coït et due à un trypanosome parasite.

(1) Les procédés préconisés sont identiques à ceux qui sont indiqués pour le surra (V. SURRA; Prophylaxie). Storly donne le modèle d’un « pajama » (vêtement de toile légère enveloppant complètement l’an1ima!) destiné au cheval.

DOURINE. 613

Historique (1). — On admet en général, d’après Hertwig, que la dourine a été constatée pour la première fois en Europe, en 1816, au haras de Trakehnen. Il n’est pas certain cependant que la maladie décrite par Ammon soit la dourine et les premières descriptions exactes sont données, en 1821 seulement, par les vétérinaires hanovriens Havemann, Hausmann et Pfannenschmidt qui observent l'affection, de 1816 à 1820, dans le haras de Celle.

De 1821 à 1858, la dourine est signalée en Bohème, en Hongrie et en Styrie. Partout on constate sa transmission par le coït, en même temps que ses analogies avec la syphilis, et elle reçoit le nom de « maladie vénérienne du cheval ». Cependant Hausmann remarque déjà que la dourine est tout autre que la syphilis humaine et Knauert (1857) insiste sur les différences symptomatiques essentielles qui existent entre les deux mäladies. Dès ce moment, l'étude clinique de l'affection est. complète. Ammon (1855), en raison des phénomènes paralytiques ultimes, propose le nom de « maladie nerveuse insidieuse du cheval » (schleichende Nervenkrankheit) et von Haxthausen distingue dans l’évolution les trois périodes restées classiques : 1° accidents inflammatoires locaux: 90 troubles lymphatiques et nerveux: 5° phénomènes paralytiques. En 1847, Hertwig (2) différencie nettement la dourine de la « maladie bénigne du coït », caractérisée par des vésicules sur la muqueuse génitale de l’étalon et de la jument: désormais, la première est désignée sous le nom de « maladie du coîït » (Beschälkrankheit) et la seconde sous celui d’ « exanthème coïtal » (Blüschenausschlag) (3).

. À partir de 1850, la dourine est étudiée à diverses reprises en Algérie par les vétérinaires militaires français. Signol, Viardot, Merche, Laquerrière,.…. lui consacrent d'intéressantes recherches (4). On tend à rapprocher la maladie de la syphilis humaine, transmise directement, et certains admettent l'identité des deux affections.

Trélut et Lafosse (5) rapportent des documents recueillis au haras de Tarbes; Saint-Cyr (6) et Trasbot (7) publient les observations faites à Lyon et à Alfort sur des chevaux dourinés expédiés d'Algérie; von

(1) HerTwic. Ueber die Beschäülkrankheit der Pferdz. Magazin für Thierheilk., 1842, p- 269 ; Trad. in Recueil de médecine vétérin., 1852, p. 897.— Dieckernorr. Lehrbuch der speciellen Pathologie, t. T, p. 593.

(2) HerrwiG. Zur Beschälkrankheit. Magazin für Thierheilk,, 1847, p. 57

(3) L'expression d’ eæanthème coïtal, imposée par les traducteurs Fi cat est à la fois inexacte et impropre, l’éruption se montrant en dehors du coiït.

(4) Voir en particulier le curieux mémoire de Vrarpor : Considérations générales... sur Paffection désignée par les Arabes sous le nom de el dourin.. . Journal de médecine vétérin. militaire, t. IV, 1865-1866, p. 587, 641 et 705.

(5) Larosse. Maladies vénériennes des solipèdes. Journal des vétérin. di Midi, 1860, p. 606.

(6) Samr-Cvr. La dourine. Journal de médecine vétérin., 1878, p. 15... 451.

(1) Trassor. Mémoire sur la dourine. Archives vétérin., 1878, D12977278ÛRe

6l4 MALADIES A TRYPANOSOMES.

Thanhoffer (1) tente l'analyse histologique des lésions médullaires Blaise (2) recueille d’intéressantes observations sur les formes «aiguës de la maladie et sur les résultats de l’inoculation du sang au cheval et à

diverses espèces.

Les résultats expérimentaux de Nocard (5) démontrent la réceptivité

du chien pour la dourine et la virulence des foyers ramollis de la moelle

chez les chevaux affectés.

Rouget (4) rencontre des trypanosomes dans le sang d’un cheval algérien suspect de dourine et il fait l'étude expérimentale des parasites; toutefois, la perte malencontreuse des lapins inoculés rend impossible l'inoculation au cheval et l’auteur ne peut rechercher, comme il dési-

rait, « s’il existe entre le trypanosome et la maladie du coït quelque relation de cause à effet » (5).

(1) L. vox THANHOFFER. Ueber Zuchtlühme. Broch. Buda-Pesth, 1882, et Revue vétér., 1883, p..92

(2) Le travail de Blaise n’est connu que par un rapport; il serait: à désirer que .es parties résumées dans le texte suivant fussent publiées in extenso :

« En outre, des injections sous-cutanées, pratiquées avec du sang provenant 4 chevaux dourinés, lui auraient donné des résultats positifs sur trois juments.

« M. Blaise a inoculé également du sang, de la lymphe, de l'urine, de la salive, de la moelle et d’autres produits à différents animaux : chiens, chats, cobayes et lapins. Toutes ces expériences me paraissent être restées absolument négatives au point de vue de la transmission réelle (?) du mal ».

Voy. LAQUERRIÈRE. Rapport sur les maladies vénériennes du cheval. DURE de la Société centr. de médecine vétérin., 1889, p. 572.

(3) Nocarp. /noculation de la Riders C. R. de l’Académie des sciences, 25 janvier 1892.

(4) RouGET. Contribution à l’élude du trypanosome des mammifères. Annales de l’Institut Pasteur, 1896, p. 717. À

(») Rouget tend à admettre cette relation : « Le cheval qui nous a fourni le parasite, dit-il, avait été reconnu atteint de dourine par le vétérinaire du dépôt de remonte de Constantine, qui opère en Algérie depuis plusieurs années. De plus, ik est indéniable que les lapins et les chiens infectés par le trypanosome présentent. plusieurs.-symptômes analogues à ceux de la maladie du coït.…. Quoi qu’il en soit, en admettant même que le trypanosome n’ait aucun rapport avec la dourine, nous restons convaincus que bon nombre de chevaux, regardés comme atteints de cette maladie, succombent en réalité à l’infection par l’hématozoaire. »

Il est cependant de bonnes raisons pour penser que Rouget n’a pas eu affaire:

à la dourine, mais bien à un cas erratique de surra ou de nagana. Il ne semble

pas,.en effet, que le rat et la souris, si facilement tués par Rouget, soient sensibles. au parasite de la dourine.

C’est aussi, sans doute, un cas analogue que Chauvrat observait, dès 1892, e démontrant la présence de trypanosomes qu’il assimile très justement à ceux du surra.

Il est intéressant encore de rapprocher de ces documents une observation très. sommaire de Legrain, de Bougie, relative à un trypanosome rencontré « dans des dilatations variqueuses développées sur la surface externe du péricarde », chez une vache sacrifiée à l’abattoir.

CHAUVRAT. Anémie pernicieuse du cheval en Algérie, causée par un trypanosome. Recueil de médecine vétérin., 1896, p. 344. — RÉGULATO. Trypanosome des bovidés. Progrès vétérinaire, 1896, p. 177.

DOURINE. | 615

Schneider et Buffard (1) signalent, en 1899, un parasite spécial dans le sang d’un étalon douriné et de plusieurs chiens infectés; ils démontrent peu après la spécificité du trypanosome isolé dans une série de remarquables travaux.

Un mémoire de Marek (2) renferme de curieuses recherches sur l’exci-

tabilité électrique des nerfs et des muscles et une bonne analyse histologique des lésions nerveuses.

Parasitologie. — Le trypanosome de la dourine ressemble

beaucoup à celui du surra; il a sensiblement les mêmes dimen-

sions ; l'extrémité postérieure, moins effilée que chez Trypanosoma Lewisi, est le plus souvent émoussée, arrondie et parfois tronquée obliquement ; il n’a pas non plus les nombreux grains chromatiques de Trypanosoma Brucei. Il se multiplie, comme les précédents, par segmentation longitudinale; mais, au moment de Ja division, 1l s'élargit plutôt qu'il ne s’allonge.

La méthode de Laveran colore d’une façon intense un centrosome assez volumineux et de forme allongée, dans lequel se termine le flagelle.

Epidémiologie. — La dourine est signalée en Europe, à l'état d’enzooties limitées, dès le commencement du xix° siècle. Elle sévit de 1816 à 1820 dans les haras allemands de Celle et de Trakehnen; à partur de 1821, on la découvre en Silésie, dans la province de Posen (C. Rodloff) et dans les haras de Hongrie, de Styrie et de Bohême (Pillwax et Maresch). En 1838, Bonora la rencontre en Lombardie.

La maladie paraît être localisée à l’Europe centrale; elle rétrocède à partir de 1850 et ne persiste plus guère qu'en Hongrie. Jusqu à cette époque, la France est restée tout à fait indemne.

En 1851, la dourine est importée au haras de Tarbes par l’étalon syrien Méhédy; elle est étudiée par Yvart et Lafosse et par une commission départementale. Le foyer de la contagion, très circonscerit, est éteint dès 1854; 197 juments, sont infectées ; 92 succombent. En 1861, la dourine est apportée de nouveau à Tarbes par un étalon arabe, Chibin, acheté en Syrie l’année précédente. Cette fois encore, la maladie reste localisée et disparaît peu apres.

De temps à autre, la dourine est introduite dans les Basses-Pyrénées, par des juments qui ont passé l'été dans les pâturages de la frontière,

(1) ScHNEIDER et Burrarp. Note sur un parasite trouvé dans le sang d'animaux atteints de dourine. Académie de médecine, 25 juillet 1899. — Contribution à l'étude de la dourine. Id., 19 septembre 1899. — La dourine et son parasite. Recueil de médecine vétérin., 1900, p. 81, 157 et 220.

(2) Marek. Die Zuchtlähme der Pferde. Zeitschrift für Thiermediein, t. IV, 1900, p. 401.

616 MALADIES A TRYPANOSOMES.

communs à la France et à l'Espagne, où elles sont saillies par des étalons espagnols infectés. La maladie n’atteint qu’un petit nombre de sujets, en raison des conditions d'élevage parliculières à la région; la saison de la monte est passée au moment où les juments infectées descendent de la montagne et elles restent séquestrées pendant tout l’hiver; au printemps suivant, les survivantes sont trop malades pour qu’on songe à les faire saillir; elles meurent et la maladie s'éteint sur place. Une petite enzoolie est observée en 1875. En 1886, la dourine réapparait dans le canton d’Accous; 4 étalons et 34 juments sont atteints. En 1890, quelques cas sont rencontrés dans la vallée d’Aspe. Enfin, en

1898, un étalon du haras de Pau, Kars, infecte 57 jJuments sur les 49

qui lui sont présentées.

La dourine sévit à coup sûr en Espagne; sa présence y est démontrée par les incursions périodiques qu’elle fait en France.

La Hongrie signale quelques cas chaque année :

Années tre 1890 1891 1892 41894 1896 1897 1898 1899 1900 Malades 4. 6 9 7 4 12 (1) 70 0 2

Les haras de la Russie éprouvent quelques pertes, notamment dans les gouvernements du sud.

Tous les autres pays d'Europe sont indemnes, à l'exception sans doute de la Turque, qui importe de nombreux chevaux provenant de pays infectés. |

En Afrique, la dourine sévit sur presque tout le littoral méditerranéen. La maladie est connue de temps immémorial en Algérie; elle est

reconnue dès les premiers temps de l'occupation française. En 1847,

Signol (2) observe un foyer considérable dans la province de Constantine; 600 chevaux ou juments, appartenant à la tribu des Rigas, succombent à la dourine. Chassée peu à peu des régions soumises à la juridiction française, la maladie est entretenue dans les tribus indépendantes de l’extrême Sud, d’où elle est rapportée de temps à autre. Elle est signalée chaque année dans la province de Constantine.

En Asie, la maladie est enzootique en Syrie et sans doute en Perse et dans toute l’Asie Mineure. |

En Amérique, la dourine (?) est constatée, en 1886, aux États-Unis, dans l'Illinois. Contre toute justice, l'infection est attribuée par les autorités locales à l’importation d'un étalon français. Au Chili, l'affection, restée méconnue jusqu’en ces dernières années, sévit en certaines provinces (Monfallet).

(1) Quelques cas au haras de Debreczin.

(2) SiGNoL. Note sur une paraplégie épizootique. Recueil de médecine vétérin., 1854, p. 127.

DOURINE. 617

Etude clinique.

LE. — SyYMPTÔMES (1).

La marche ordinairement lente de la maladie et la succession à peu près régulière des symptômes permettent de reconnaître trois périodes. La première est caractérisée par des altérations limitées aux organes génitaux; la seconde, par la coexistence d'accidents cutanés et ganglionnaires ; la troisième, par des lésions du système nerveux central.

a) Première période. — Les signes qui marquent le début de l'infection doivent être étudiés chez l’étalon et chez la jument.

l. Mare. — Les premiers troubles apparaissent onze à vingt Jours après le coït infectant; ils consistent en un engorgement œdémateux, tantôt localisé à la partie déclive du fourreau, tantôt étendu aux testicules et à la paroi abdominale inférieure. Souvent, l’œdème est passif, froid, indolore; parfois, au contraire, il est inflammatoire, chaud et douloureux. Les œdèmes, permanents ou intermittents, s’effacent ou persistent en différents points.

L'examen du pénis montre un certain degré d'infiltration, appréciable notamment vers l'extrémité libre. Pendant l'érection, le champignon ‘paraît plus volumineux. La muqueuse urétrale est enflammée vers l’orifice du tube; le tissu sous-muqueux est infiltré: parfois, la muqueuse, renversée à l'extérieur, forme une saillie polypeuse. La surface du pénis présente en quelques cas des taches rouges, des érosions ou des éruptions diverses; mais ces lésions ne sont ni constantes ni essentielles et leurs caractères sont très variables (2). Les testicules et le cordon sont engorgés et dou-

* (4) Larosse. Maladies vénériennes des solipèdes. Journal des vétérin. du midi, 1860, p. 606. — LaQuErRRIÈRE. De la syphilis équine. Presse vétérinaire, 1885, p. 652, et 1884, p. 102 et 3576. — VIARDOT, SAINT-CYR, TRASBOT, BLAISE. Loc. cit. — SCHNEIDER et Burrarp. La dourine et son parasite. Recueil de médecine vétérin., 1900, p. 85.

(2) La non-spécificité des éruptions est démontrée à la fois par leur inconstance et par la variabilité de leurs caractères.

Jusqu'en 1847, la dourine reste confondue avec l’exanthème coïtal et des éruptions sont attribuées à la dourine qui n’ont rien de commun avec la maladie. Depuis, les auteurs qui ont observé la dourine insistent, pour la plupart, sur le peu de valeur diagnostique des altérations locales, chez l’étalon et chez la jument. Rodloff voit seulement des taches rouges sur le pénis, rarement des vésicules et des ulcérations supérficielles; les vésicules sont rares sur le vagin, et jamais il n'y a d’ulcérations. Maresch, en Bohème, rencontre plusieurs fois. des ulcérations sur la muqueuse du vagin et von Thanhoffer signale la présence, en de nombreux cas,

loureux à la pression. Les ganglions inguinaux sont un peu infiltrés.

Les symptômes se modifient après trois ou quatre semaines; les engorgements densifiés deviennent indolores; un bourrelet circulaire volumineux, dur, tendu, persiste à l'endroit où le fourreau se continue avec la muqueuse. La miction est douloureuse; l’animal se campe, trépigne et rejette une faible quantité d’urine. L’ardeur génésique persiste; mais le coït est rendu difficile par le volume anormal du champignon et par la douleur que l'animal ressent au moment de la pénétration dans le vagin.

Les symptômes généraux n’ont pas de signification précise. La température oscille entre 58° et 58°,5. L’appétit est conservé et l’on constate cependant un amaigrissement progressif et de l’'émaciation des muscles, portant principalement sur le train postérieur; la croupe devient anguleuse; la corde du flanc se dessine, ainsi que la « raie de misère ». En même temps, la colonne vertébrale est voussée (dos de mulet). Les reins sont sensibles; l'animal s’affaisse brusquement sous la pression ou le pincement, ou bien il réagit et « fait le gros dos, comme un chat en colère » (Trélut). Le cheval est essoufflé après un court temps de trot.

IT. FEMELLE. — Les premiers accidents se montrent cinq ou six jours après le coït; les lèvres de la vulve, — ou, plus souvent, l’une d’entre elles seulement, — sont luméfiées, œdémateuses; la muqueuse est rouge vif. L’œdème gagne le périnée et les parties déclives. Un mucus clair, qui devient, après quelques jours, très abondant, filant, gluant et jaunâtre, s'écoule par la commissure inférieure de la vulve (1); la muqueuse, couverte de taches rouges, est épaissie en certains points; elle peut être le siège d’éruptions diverses qui, non plus que chez le mâle, ne présentent rien de caractéristique. Ces lésions sont accompagnées d'une sensation de prurit intense; la jument prend les allures des bêtes nymphomanes; elle agite la queue, se campe et rejette quelques gouttes

d’ulcérations ou de plaques colorées sur la même muqueuse. Trasbot trouve, sur le pénis, des papules hémisphériques, suivies d’ulcérations confluentes. Laquerrière décrit, sur la muqueuse vaginale, des ulcérations à bords taillés à pic, « ne paraissant intéresser que l’épiderme ».

Par contre, Yvart et Lafosse signalent l’absence fréquente de toute lésion dans la dourine: ils insistent :sur la banalité des éruptions chez les reproducteurs à l’époque de la monte. Signol et Blaise n’ont jamais rencontré d’altérations locales.

(4) Ce symptôme, généralement signalé par les auteurs, n’est pas constant. Maresch n’a rencontré le catarrhe de la muqueuse que 17 fois, sur 197 juments observées... :. |

DOURINE. 619

d'urine, tandis que des contractions répétées font saillir le clitoris.

Après quelque temps, l'aspect des lésions se modifie. L'œdème envahit parfois les mamelles et la face interne des cuisses: il est. froid et indolore. Au niveau des taches rouges primitives de la muqueuse, une exfoliation épidermique laisse à nu des plaques

cicatricielles blanchâtres, peu étendues, à contours irréguliers

(taches de crapaud). Comme chez le mâle, il: existe de l’amaigrissement et les reins sont voussés.

b) Deuxième période. — Cette phase est marquée par une aggravation des symptômes généraux et par quelques accidents particuliers. |

L'animal est affaibli; on note divers troubles de l’innervation : des paralysies, momentanées ou persistantes, des muscles de l'oreille, des lèvres, de l’œil.., une sensibilité anormale de la région lombaire, des frémissements cutanés... Un signe assez constant consiste en un affaissement spasmodique du train postérieur, avec flexion subite de l'articulation du boulet: l’accident, observé d’abord à l’allure du trot (faux pas), se produit plus tard au pas et pendant le repos.

Un autre symptôme, d’une haute valeur diagnostique, consiste en des plaques cutanées saillantes, arrondies, du diamètre d’une pièce de deux francs à celui de la paume de la main. La peau n’a contracté aucune adhérence profonde à leur niveau; elle n’est ni chaude, ni douloureuse; la seule modification subie consiste en un épaississement, avec hérissement des poils. Les plaques peuvent se montrer sur tout le tronc; mais elles évoluent le plus souvent en arrière des épaules, sur les côtes, la croupe, les flancs... Leur mode d'apparition est irrégulier; tantôt elles procèdent par poussées, à des intervalles variant d'un à plusieurs Jours; tantôt elles apparaissent en même temps sur tous les points. L'évolution est rapide : développées le matin, elles peuvent disparaître dans la nuit suivante, ou persister pendant cinq à huit jours avec les mêmes caractères, pour S'effacer en quelques heures. Aucune altération ne subsiste; cependant la peau reste

sèche à leur niveau si l’on provoque la sudation. Quelquefois,

au lieu de plaques circulaires, on aperçoit seulement de petits soulèvements des poils; en d’autres cas, les plaques sont œdémateuses et elles s’affaissent en laissant transsuder un peu de sérosité qui agglutine les poils. Les plaques cutanées constituent le seul symptôme pathognomonique de la dourine.

Les plaques sont souvent précédées, la veille ou l’avant-veille,

620 MALADIES A TRYPANOSOMES.

par une éruption de boutons semblables à ceux de l'échauboulure ; ces boutons disparaissent en un jour, sans laisser de traces, ou laissent suinter un liquide séreux qui agglutine les poils en pin- CEaUX. |

Les ganglions lymphatiques sont engorgés dans toutes les régions; 1ls sont volumineux, indolores, ramollis, infiltrés; ces caractères persistent sans aboutir à l’induration.

Des signes accessoires sont observés chez quelques malades. On signale du catarrhe bronchique, permanent ou intermittent, ou encore une toux sèche, quinteuse, due sans doute à une compression des pneumo-gastriques par les ganglions tuméfiés; elle persiste pendant dix à trente jours, pour réapparaître parfois. Il existe assez souvent chez les étalons du prurit cutané, généralisé ou limité à quelques régions (1). Certains malades présentent des engorgements inflammatoires des synoviales articulaires ou tendineuses ; chez d’autres, des boiteries paraissent dues à des douleurs musculaires.

La faiblesse et l’amaigrissement progressent; les muscles de l’arrière-train sont émaciés; les animaux restent longtemps couchés ; ils se relèvent avec peine. La démarche est mal assurée; la croupe oscille sous une légère pression; les membres rasent le sol pendant la marche. Exercé au trot, l’animal butte à chaque instant; de temps à autre, un membre fléchit brusquement au -moment de l'appui. Le cabrer est difficilement obtenu. Chez l’étalon, les érections sont lentes, courtes et incomplètes ; le coït est souvent impossible. Les juments avortent la plupart du temps. La- température monte souvent le soir à 59°, pour descendre à 58°,5 le matin.

c) Troisième période. — Les troubles paralytiques prédominent. La marche est hésitante; les membres traînent sur le sol; le cabrer est impossible. L'appétit est presque nul; les muqueuses ont une teinte rose pâle; des œdèmes envahissent les parties déclives. L’urine est épaisse; la quantité d’urée, qui oscille normalement entre 12 et 15 grammes par litre, atteint jusqu à 94-59 grammes; la proportion des sels de chaux est aussi augmentée; dans quelques cas, le liquide renferme une forte proporüon d'albumine (Saint-Cyr). Il se produit des abcès superficiels, de l’œdème et des ulcérations de la cornée.

(1) Le vétérinaire autrichien Strauss proposait pour la dourine la dénomination de « maladie du prurit » (Juckkrankheit). D’après Rüthe, le prurit se produit aussi chez les juments et il est localisé de préférence en arrière des épaules.

DOURINE. 62k

La parésie musculaire devient telle que le malade ne peut se relever sans aide; des paralysies locales persistent en quelques. régions. Enfin la paraplégie s'établit et l'animal tombe pour ne plus se relever. Il peut rester étendu pendant une quinzaine de jours; la sensibilité et la contractilité musculaire persistent encore, mais très affaiblies. La mort arrive vingt à trente jours en moyenne après le début de la paralysie.

La durée de l’évolution varie entre huit mois et une ou deux

années; cerlaines formes se terminent par la mort en deux à

trois mois, à la suite d'accès de vertige ou de paralysie aiguë (Blaise). Des complications, dues au décubitus prolongé, ou des fractures des membres hâtent le dénouement. La guérison est très rare; chez quelques animaux, l'évolution paraît enrayée pendant un certain temps; puis, après un à trois ans, les malades. présentent des accidents médullaires et succombent en quelques semaines.

Les observations de Blaise tendent à démontrer que, contrairement à l'opinion accréditée, la marche est plus rapide chez la jument que chez l’étalon.

Chez l'ANXE, les symptômes sont discrets et passent souvent. Inaperçus.

« Le seul signe qui ne fasse jamais défaut consiste dans un ædème de l'extrémité du pénis, qui entraîne la disparition des plis. muqueux de la terminaison de l'urètre. Le bord urétral est aussi renversé au dehors. Ce symptôme est surtout net quand la verge est en demi-érection. L’œdème du fourreau se montre assez tard; les plaques sont très rares sur le baudet ou l’ânesse.

« Sur les baudets qui ne résistent pas à la maladie, ce qui est très rare, la maladie évolue comme chez le cheval. L'amaigrissement est très accentué, le fourreau et les bourses s'engorgent; enfin la paralysie s'établit. » (Schneider et Buffard.)

ITA NE ÉSIONES

En outre des accidents spécifiques portant sur les organes génitaux et le système nerveux central, il existe des altérations bruyantes, secondaires où accessoires.

I. — Certaines lésions accessoires sont dues à des complications pendant les dernières périodes; on rencontre ainsi les signes de l’asphyxie, de la pneumonie ou de l'infection purulente.

La peau est adhérente en toutes les régions. Un simple épaississement indique les points où se sont développées les plaques cutanées; à ce niveau, le tissu conjonctif est infiltré de cellules rondes qui obstruent les acini des glandes sudoripares. Sous la peau, des exsudats gélatiniformes, peu étendus en surface, pénètrent dans les interstices des muscles et autour des vaisseaux et des nerfs. Les muscles sont pâles et émaciés; ces modifications s'accusent davantage au niveau des masses de l’arrièremain et lors d'évolution lente. La graisse a totalement disparu. Les os sont fragiles; leur substance spongieuse est friable, foncée en certains points, imprégnée dans d’autres par une matière gélatineuse: la moelle osseuse est diffluente et rouge brun. Les séreuses articulaires, injectées, renferment une synovie trouble, rosée. Les cartilages articulaires sont ramollis et couverts d’érosions.

Les viscères ne présentent aucune altération spécifique. Il existe de la stase fécale dans le rectum et le côlon flottant. La rate est souvent volumineuse; les reins sont le siège d'une congestion passive; le bassinet renferme un mucus épais. On rencontre un transsudat séreux dans les plèvres et dans le péricarde. Le myocarde est pâle, ramolli et friable.

IT. — Les ganglions lymphatiques, volumineux, infiltrés, ramollis, laissent échapper, sur la coupe, un liquide citrin. Limitées d’abord aux groupes ganglionnaires de la cavité abdominale et du train postérieur, les altérations gagnent peu à peu en avant; tout le système lymphatique est envahi dans les formes lentes. L'examen d’une coupe montre des foyers gris foncé, dus à des reliquats d'hémorragies capillaires (von Thanhoffer).

III. — Les organes génitaux présentent quelques modifications persistantes. Chez le mâle, la gaine vaginale renferme une petite quantité d’un liquide albumineux, tenant en suspension quelques coagula de fibrine. Des néomembranes inflammatoires réunissent les feuillets au niveau de l’épididyme (Martinet). Le testicule est petit, mou; sa substance propre est remplacée par du tissu conjonctif infiltré. La muqueuse du pénis ne montre aucune trace de lésion ancienne. Chez la jument, la muqueuse du vagin est parfois épaissie en quelques points et marbrée de taches décolorées.

IV. — Les altérations du système nerveux portent de préférence sur la moelle. Il existe, en quelques cas, de l’épaississement de la dure-mère cranienne, une congestion de la pie-mère encéphalique et, plus rarement encore, de l’hydropisie ventriculaire. Les mé-

DOURINE. 623

ninges rachidiennes contiennent un liquide albumineux roussâtre, surtout abondant au niveau des renflements brachial et lombaire; le liquide céphalo-rachidien, abondant, a conservé son aspect normal.

Les lésions médullaires sont localisées en foyers dans les régions

Jombaire et sacrée. Si la paralysie a persisté longtemps, la moelle

est transformée, sur une longueur variable (jusqu’à 6-8 centimètres), en une bouillie rougeâtre, diffluente. Le ramollissement fait défaut si la mort est survenue rapidement.

L'examen histologique(1) ne dénote aucune altération dans le cerveau. La moelle présente, au contraire, une dégénérescence des fibres nerveuses dans les cordons Dose LE n ee Rene la portion intra-médullaire des racines nerveuses postérieures et à leur point d'émergence. Les lésions sont mises en évidence après traitement des tissus et des coupes par la méthode de Marchi; elles sont surtout accusées au niveau des renflements lombaire et cervical. La substance grise, les faisceaux nerveux des cordons antérieurs et latéraux, les fibres nerveuses de la portion intra-médullaire des racines antérieures ne présentent pas trace de dégénérescence. Les cellules nerveuses des ganglions spinaux montrent divers degrés de chromatolyse ou de sclérose, avec refoulement périphérique ou destruction du noyau. Il existe aussi, çà et là, des amas de cellules rondes dans les ganglions spinaux des régions lombaire et sacrée.

Quelques fibres nerveuses sont dégénérées dans les racines des nerfs rachidiens; les troubles sont plus intenses dans les racines sensitives que dans les racines motrices; celles-ci sont indemnes,

en général, dans les portions dorsale et lombaire, tandis que les

premières sont très altérées dans la région sacrée.

Dans les nerfs des membres postérieurs les fibres nerveuses sont dégénérées en divers points; elles ont disparu en d’autres, isolément ou en blocs: des amas de cellules rondes infiltrent les interstices. Les nerfs des membres antérieurs sont moins altérés. Les lésions des nerfs craniens sont très discrètes et limitées à quelques cordons.

Les muscles offrent de la dégénérescence graisseuse et de l’atrophie des faisceaux. Les lésions sont inégalement réparties dans les diverses régions; dans quelques muscles, plus de la moitié des

(1) L'étude histologique de von Thanhoffer, réalisée avec une technique impar- . faite, est d’une insuffisance manifeste. Nous résumons ici les indications fournies récemment par Marek.

Marek. Loc. cit., p. 416.

624 MALADIES A TRYPANOSOMES.

faisceaux sont dégénérés, tandis qu’en d’autres on trouve çà et là une fibre altérée. |

En résumé : le système nerveux central est intact, à l'exception des cordons postérieurs de la moelle, et les lésions essentielles de la dourine consistent en une polynévrite; on pourrait la désigner avec précision sous le nom de polynévrite infectieuse du cheval. (Marek.)

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