CHAPITRE XIII
Rachitisme
Sommaire : Pour le rachitisme plus encore peut-être que pour la tuberculose, le grand guérisseur, c'est l'Océan.
Mais le traitement marin n'est pas tout. Il ne dispense pas du repos — d'un régime alimentaire bien surveillé (lait et œufs presque exclusivement) — et de faire de l'antisepsie du tube digestif.
Nous n'avons presque jamais à faire de redressement, ni d'ostéotomie, pour corriger les déviations des rachiliques ; le séjour à la mer les corrige sans le secours du chirurgien. Si bien que l'on a pu dire que le traitement marin a supprimé le traitement chirurgical du rachitisme.
Il importe de distinguer la coxa\ara, lésion rachitique, de la luxation congénitale de la hanche : la mer guérit la première. C'estle chirurgien seul quiguérira ladeuxième.
Scoliose des rachitiques.
Après la tuberculose, c'est le rachitisme qui fournil le plus fort contingent à nos hôpitaux de Berck.
Ce contingent serait encore plus grand si un article des règlements (contre lequel je me suis
élevé au 1er Congrès de Thalassothérapie etquisera supprimé je l'espère) n'interdisait l'envoi dans nos hôpitaux des enfants ayant moins de 2 ans.
Car c'est principalement chez les tout petits enfants de 1 à 2 ans que le rachitisme apparaît et on sait avec quelle excessive fréquence, dans nos grandes villes surtout.
A une époque où la natalité baisse, il est douloureux de voir les ravages incalculables que fait une maladie qu'on pourrait enrayer bien plus facilement que la tuberculose.
Car, le rachitisme est une maladie de misère.
C'est au rachitisme qu'aboutissent l'allaitement, artificiel au biberon avec toutes les fautes d'hygiène qu'il entraîne, surtout dans des mains mercenaires, et l'alimentation grossière et solide donnée prématurément aux petits enfants et, comme facteurs secondaires, le séjour dans un climat malsain et humide, et surtout dans une habitation obscure, étroite, mal aérée.
Chez les sauvages de l'Afrique, où les mères ont le désir et la possibilité de nourrir elles-mêmes leurs enfants, le rachitisme est inconnu.
Si du moins tous les enfants qu'il frappe pouvaient être envoyés à la mer!... caria mer guérit merveilleusement le rachitisme.
Combien n'avons-nous pas vu, à l'hôpital Rothschild en particulier, de ces petits avortons paraissant voués à la mort ou tout au moins à une impo-
tence fonctionnelle de lotis les membres pour la la vie entière — qui, après quelques mois de séjour setaient redressés, avaient recouvré la vigueur des muscles, s'étaient mis à marcher d'eux-mêmes. Si bien qu'à cette famille qui nous avait donné un infirme, on rendait après 4 ou 2 ans un bel enfant vigoureux et valide.
C'est que le rachitique trouve à la mer tout ce qui lui faisait défaut chez lui ; une alimentation bien comprise, un logement où il a l'air pur et la lumière, et sur la plage une atmosphère qui vivifie et transforme ce pauvre petit organisme par son action sur la nutrition intime de tous les tissus....
Cette action est presque spécifique.
Il est permis de soutenir que la mer peut davantage à elle seule contre le rachitisme que contre la tuberculose, car la mer a besoin pour guérir la tuberculose du secours d'un chirurgien familier avec les acquisitions de la science moderne, et pour le rachitisme pas.
Si bien que l'on peut dire que les rachitiques guérissaient aussi nombreux autrefois qu'aujourd'hui à Berck, tandis que Ton ne saurait le dire de la tuberculose qui guérit aujourd'hui infiniment plus souvent qu'autrefois, parce que, l'action delà mer restant la même, celle du chirurgien est bien plus efficace qu'autrefois (il suffit de lire l'introduction de ce livre pour s'en convaincre)...
C'est donc pour le rachitisme bien plus encore que pour la tuberculose qu'on peut dire que le grand guérisseur c'est l'Océan.
L'exposition continue du rachitique à l'air vivifiant de la plage, les bains de mer chauds pour les tout petits, les bains froids très courts 1/2 minute pour les autres, les bains de sable pour tous, voilà en quoi consiste le traitement marin .
Mais le traitement marin n'est pas tout, il ne dispense pas du repos qui est d'ailleurs facileà garder pour ces enfants dont beaucoup sont dans l'impossibilité de marcher. Or le repos empêche les déviations de progresser. D'autre part, l'on pense bien qu'on doit changer le régime de ces enfants dont l'alimentation grossière engendre la déchéance.
Dès les premiers jours, ces enfants seront mis au lait et aux œufs ; on peut, en outre, leur donner quelques antiseptiques à l'intérieur comme du benzo-naphtol avec du salicylate de bismuth ou de la magnésie, suivant que l'enfant a de la tendance à la diarrhée ou à la constipation. C'est lorsque le ventre est affaissé et que la fétidité des garderobes a disparu que le rachitisme est guéri.
Parfois nous ordonnons, pour alterner avec ces antiseptiques intestinaux de l'huile de foie de morue phosphorée, mais nous la supprimons bien vite s1 l'enfant ne la tolère pas.
Car nous ne croyons pas à l'action prétendue spécifique du phosphore tant vanté contre le rachitisme.
Et nos malades guérissent cependant très bien, ce qui veut dire que non seulement leur nutrition générale s'est modifiée complètement, mais encore que leurs déviations osseuses se redressent sans interveniion chirurgicale.
On peut dire que le traitement marin a supprimé le traitement chirurgical du rachitisme.
En 1876, nous disait Verneuil, au 1er congrès de Thalassothérapie, en 1876, Perrochaud et Cazin nous apportèrent à la Société de Chirurgie des .moulages de jambes rachitiques avant et après le séjour à Berck.
Les premiers étaient des tire-bouchons.
Les deuxièmes des règles droites !...
Et cette transformation merveilleuse s'était laite sans intervention chirurgicale, sans appareils orthopédiques, par la seule action de la mer, le repos et une bonne alimentation.
L'on n'arrivera pas dans les grandes villes à une perfection pareille par les ostéotomies les plus précises.
J'ai entendu des chirurgiens d'hôpitaux d'enfants de Paris se vanter d'avoir fait des centaines de ces ostéotomies pour des déviations osseuses de nature rachitique. Ici où le nombre des enfants rachitiques est si grand, l'ostéotomie n'est jamais nécessaire ou presque jamais. Nous en avons fait cinq ou six peut-être en dix ans. C'est seulement dans legenu valgum que nous faisons quelquefois,
et bien rarement aussi, l'ostéotomie de Mac- Evven.
Car presque toujours le genu valgum guérit spontanément et d'une manière complète.
Lorsque le redressement laisse encore à désirer on peut essayer de le compléter en faisant quelques manœuvres très douces de redressements suivies de l'application de petits appareils plâtrés.
C'est seulement dans les cas très rares ou les petits moyens ont échoué que l'on se décidera pour l'ostéotomie supracondylienne du fémur, opération très bénigne et très bienfaisante. •
Ai-je besoin de répéter ce que j'ai dit au congrès de Thalassothérapie, que ces ostéotomies ne doivent être proposées et faites que lorsque le traitement marin a épuisé toute son action, lorsque le redressement ne fait plus de progrès depuis déjà plusieurs mois et que la déviation qui persiste paraît devoir être définitive si on n'agit pas...
Coxa- Vara
Je veux dire un mot de la déviation rachitique de l'extrémité supérieure du fémur appelée coxa-vara.
La démarche des petits enfants qui en sont atteints rappelle à s'y méprendre celle de la luxation congénitale de la hanche.
En outre, ces enfants ont marché lard ; et si l'on fait l'examen de la hanche on constate que le
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bord supérieur du grand troclianler dépasse de 1 à 4 centimètres la ligne de Nélaton ; encore deux signes qui appartiennent à la luxation congénitale.
L'on conçoit que Terreur de diagnostic soit fréquente et cependant le diagnostic est très important ; car s'il s'agit de coxa-vara on peut promettre à la famille que l'on arrivera à la guérir sans intervention. Si l'enfant présente d'autres signes de rachitisme il faut penser à la coxa-vara.
Mais les rayons X viendront dissiper heureusement tous les doutes en montrant que dans la coxa-vara les têtes fémorales sont dans les cavités cotyloïdes tandis que dans la luxation congénitale elles en sont plus ou moins éloignées.
Le traitement de la coxa-vara on le devine : repos absolu pendant un an.
Le régime alimentaire indiqué plus haut.
Les bains d'cwr marin, d'eau de mer, les bains de sable.
Les déviations du sternum et de la cage thoracique se corrigent spontanément ou avec le secours de petits corsets plâtrés exerçant des pressions localisées aux points les plus saillants, corsets renouvelés tous les deux mois à peu près.
Déviations vertébrales de nature rachitique.
Les scolioses rachitiques des petits enfants se guérissent souvent au bord de la mer pourvu qu'on
mette l'enfant au repos complet et qu'il soit soumis au traitement général et au régime ordinaire des rachitiques.
Lorsque la scoliose ne se corrige pas ainsi, on applique à l'enfant un corset plâtré après avoir corrigé sa déviation. Cette correction se fait généralement à travers l'appareil appliqué, avant que celui-ci ne soit sec.
Si l'enfant est âgé de moins de trois ans, on construira cet appareil de la manière ordinaire, puis on l'enlèvera en le coupant en avant et on le transformera en gouttière plâtrée sur laquelle on maintiendra l'enfant par un tûur de bande de flanelle.
On peut recouvrir les deux faces de la gouttière d'une couche de celluloïde pour la rendre imperméable.
Les enfants, moins bridés dans la gouttière que dans l'appareil fermé, peuvent être enlevés aussi souvent que le réclament, à un âge si tendre, les soins de leur toilette, mais on ne les enlèvera que lorsque c'est indispensable.
Après un an ou un an et demi de repos leur déviation est effacée et ils peuvent marcher avec un petit corset amovible en celluloïde.