‹ Les maladies qu'on soigne à BerckChapitre 49 sur 60 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Mal de Pott

Sommaire. — A l’encontre de la plupart des chirurgiens je n admets ici, comme pour toutes les manifestations de la tuberculose externe, d’autre intervention active que celle qui a pour but la correction de la difformité.

S’attaquer directement, comme on l'a fait, par une intervention sanglante au foyer tuberculeux du mal de Pott, ou à la paralysie, ou à l’abcès par congestion, c’est transformer le mal de Pott fermé en un mal de Pott ouvert.

Or, si le premier a plus de 95 chances pour cent de se terminer par la guérison, le deuxième a plus de 95 chances sur 100 de se terminer par la mort.

Je ne puis assez m’étonner que les chirurgiens qui ont tout ose en fait d’opérations sanglantes pour attaquer la paralysie et le foyer ou l’abcès du mal de Pott pour lesquels l’abstention est infiniment préférable, n’aient jamais songé à lutter contre la gibbosité pour laquelle cependant leur intervention eut été incomparablement plus inoffensive et plus indiquée.

Plus inoffensive, si tout ce qu’on fait contre elle se passe en dehors du foyer tuberculeux qui restera fermé.

Plus indiquée, puisque les autres manifestations de la ma-

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ladie guérissent bien mieux si l’on s’abstient de tout traitemeut chirurgical, tandis que la gibbos.té, si l’on ne s’y oppose, s’installe et s’accroît fatalement.

Or la gibbosité est ici la manifestation symptomatique particulièrement grave.

Supprimez la gibbosité avec ses conséquences immédiates ou éloignées, et le mal de Pott n'est plus la maladie redoutable que chacun sait. Ne rien faire, cela veut dire s’en tenir aux traitements anciens, car ni les gouttières ni les corsets ne peuvent en effet empêcher la gibbosité de se produire et de s’aggaver : tous les chirurgiens le savent et l’on en trouve même l’aveu chez les auteurs qui ont écrit sur la question.

Ces moyens ne peuvent suffire que dans les cas extrêmement bénins et par conséquent exceptionnels.

Pour l’immense majorité des cas, il faut donc un traitement plus sévère, plus précis, plus parfait.

Premier cas.

Le malade arrive sans gibbosité, sans paralysie, sans abcès (ce mal de Pott répond à la coxalgie venue sans déviation).

Notre objectif c’est de faire un traitement qui empêche sûrement la gibbosité de se produire.

Le repos dans la position couchée ne suffit pas, même sur la planche ou dans la gouttière de Bonnet ou la gouttière plâtrée.

Le seul moyen qui nous permette d’atteindre le but, c’est de mettre l’enfant dans un grand appareil plâtré qui maintienne exactement la totalité du tronc, comme le grand appareil de la coxalgie est le seul moyen assuré d’empêcher une déviation de la hanche.

Mais ici le grand appareil plâtré est encore plus difficile à faire. Il faut qu’il maintienne la totalité du tronc, la base du crâne et le bassin, sans cependant gêner le fonctionnement des organes thoraciques ni abdominaux et sans blesser l’enfant.

La difficulté de sa construction, voilà l’écueil. S’il est mal fait, il ne remplira pas le but, il peut même être malfaisant ; mais il en est de même pour tous les appareils à des degrés différents. L’orthopédie demande une grande habileté et une grande expérience.

Un appareil bien fait maintient le dos mathématiquement et sauvegarde l’état général de l’enfant.

On le construit dans la suspension et dans une légère lordose, ce qui nous permet de remplir ces deux indications du traitement des tuberculoses ostéo-articulaires, à savoir la décompression des surfaces malades dans l’immobilisation absolue du rachis et le repos dans le décubitus horizontal.

Cet appareil sera changé le plus rarement possible pour éviter tout traumatisme à l’enfant.

2e cas. — Mal de Pott avec a cès.

Tout se réduit à ceci : n’ouvrir jamais les abcès, les empêcher de s’ouvrir. Donc les traiter par les ponctions et les injections modificatrices lorsqu’ils menacent la peau.

3t cas. — Mal de Pott avec paralysie.

Les opérations sanglantes proposées autrefois pour combattre la paralysie doivent être proscrites : parce qu’elles ont une gravité éloignée redoutable puisqu’elles ont ouvert le foyer tuberculeux et que la fistule qu’elles laissent ne se guérira plus, et enfin parce qu’elles n’ont que très peu d’action durable sur la paralysie.

Au contraire, le redressement par la simple suspension suivi de l’application immédiate d’un grand appareil plâtré, n’a pas de gravité immédiate ni éloignée, et guérit toutes les paralysies (plus de 95 fois sur cent). Si la simple suspenpension n’a pas suffi, on fait à une séance ultérieure une égère traction et une pression directe sur la gibbosité pour dégager la moelle et cela réussit.

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4e cas. — Mal de Pott avec gibbosité.

Si la gibbosité est récente et petite, la suspension avec ou sans chloroforme, avec ou'sans légère pression sur la gibbosité, la corrige; ce redressement dure une minute et est dune bénignité absolue.

Appliquer immédiatement un grand appareil plâtré en légère lordose et laisser le malade environ un an dans la position couchée en ne changeant l’appareil que tous les six ou sept mois, si c’est possible.

Si la gibbosité est un peu plus ancienne et plus marquée, faire dans la suspension une pression directe plus énergique, une traction un peu plus forte, mais sans traumatisme inutile. La correction dure encore ici une ou deux minutes, et le traumatisme est, entre des mains exercées, généralement moindre que celui du redressement du genou et de la hanche.

L’appareil plâtré ne doit pas blesser l’enfant, sinon le but n’est pas complètement atteint; parce que, dès lors, l’immobilisation n’est plus absolue. Nous dirons les moyens d’empêcher ces petites blessures.

L’opération sanglante consistant dans l’ablation des extrémités saillantes des apophyses épineuses et l’avivement du périoste des lames, est une intervention qui dure cinq minutes et est d’une bénignité éprouvée.

Elle a de grands avantages :

1° De faciliter le redressement;

2° D’empêcher que l’appareil ne blesse l’enfant;

3° De favoriser la consolidation par les néoformations scléreuses et osseuses qu’elle amène.

Si la gibbosité est ancienne et volumineuse, si elle est soudée, c’est-à-dire ne bougeant plus, il ne faut pas y toucher.

Si elle n’est pas soudée, si elle augmente encore, il faut la traiter pour arrêter sa progression; et le meilleur moyen d’y arriver, c’est de la redresser un peu.

Les enfants doivent rester couchés^ si ce n’est lorsque leur état général commande de les faire marcher.

La guérison locale est beaucoup mieux sauvegardée par le décubitus horizontal.

Généralement, les enfants garderont ce repos environ un an.

Puis ils se lèvent avec un grand appareil plâtré emboîtant le crâne (n° 1), ou bien avec un grand appareil s’arrêtant par « un col officier » à l’union du crâne et de la nuque (n°2), plus tard avec un petit corset sans col, mais avec « épaulières » (n° 3), qu’on leur laissera longtemps; on le remplacera par un corset amovible en celluloïde.

En faisant ainsi on n’aura pas toujours des résultats parfaits, mais on aura des résultats infiniment supérieurs à ceux des anciens traitements parce qu’on aura lutté avec infiniment plus de vigueur et de persévérance contre la gibbosité tenace et rebelle.

Ce qu’il faut dire surtout, c’est que pour les enfants venus à nous pas trop tard, nous avons un moyen sûr d’empêcher la gibbosité d’apparaître, ou, si elle existe, le moyen sûr de la corriger souvent . 272

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