‹ Les maladies qu'on soigne à BerckChapitre 7 sur 60 · LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE · texte numérisé non relu

LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE

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INTRODUCTION

Sommaire : La tuberculose externe guérit toujours avec un bon traitement général et le repos de l’organe malade.

Cela est vrai pour la tuberculose des organes profonds (os ou articulations) comme pour celle des tissus superficiels (glandes lymphatiques ou tissus mous).

Mais cela n’est vrai que tant qu’il s’agit d’un foyer tuberculeux fermé; dès qu’on ouvre ou qu’on laisse s’ouvrir le foyer bacillaire, la gravité de la maladie est centuplée parce que des infections secondaires viennent s’associer à l’infection bacillaire primitive et que cette association est cent fois plus difficile à guérir, l’expérience l’a démontré.

Les ostéites et tumeurs blanches suppurées, coxalgies et maux de Pott suppurés se terminaient autrefois par la mort — même à Berck, malgré les ressources du traitement marin, malgré l’antisepsie qu’on y pouvait faire.

Si à l’heure actuelle ces mêmes maladies guérissent toujours, c’est parce que, à Berck, autrefois on ouvrait le foyer tuberculeux et que maintenant on ne l’ouvre jamais. L’adage latin : Ubi pus, ibi évacua , est menteur ici. Autant il est salutaire d’ouvrir un abcès chaud, autant il est désastreux d’ouvrir un abcès froid — ce que presque tous lés médecins font cependant tous les jours.

Cette faute, que presque tous commettent d’un cœur si léger, entraîne trop souvent la mort du malade lorsqu’il s’agit d’une tuberculose profonde —

INTRODUCTION

mais la mort ne survient généralement qu’une ou plusieurs années après — ce qui explique que la relation de cause à effet, entre l’intervention et la terminaison fatale, échappe au médecin.

Cette relation est certaine néanmoins.

Si ce livre parvient à l’établir aux yeux de tous les médecins, il aura atteint son but et sauvé bien des vies humaines.

Ce qui nous étonne le plus, m’ont dit cent fois les religieuses infirmières (qui sont à Berck depuis qu’on envoie des malades sur cette plage), c’est que tous nos malades atteints de coxalgies suppurées mouraient autrefois — et que, à l’heure actuelle, et depuis quelques années déjà, nous n’en perdons plus un seul.

Elles citent la coxalgie parce que de toutes les maladies soignées à Berck, c’est la plus commune. . . .

Mais cette remarque s’applique dans leur esprit à toutes les tuberculoses avec abcès, le mal de Pott, les ostéites ou les tumeurs blanches — et l’on peut, étendant leur formule, dire sans trahir leur pensée : nos tuberculoses suppurées ne guérissaient jamais autrefois, elles guérissent toutes aujourd’hui.

Yoilà un fait indéniable, évident, qui frappe l’esprit, je ne dis pas de tout médecin (il n’est pas nécessaire d’être médecin pour cela), mais de toute personne simplement capable de réfléchir, vivant à Berck autrefois et aujourd’hui^

INTRODUCTION 13

A nous d’en rechercher la raison.

Cette révolution qui s’est produite à Berck ne date que de quelques années — les conditions de la vie étaient cependant les mêmes il y a 10 ans qu’aujourd’hui, soit dans les hôpitaux, soit au dehors.

Les tuberculoses suppurées n’étaient pas d’essence plus maligne alors qu’aujourd’hui !

Le chirurgien de cette époque n’était certes pas moins habile que les médecins actuels de Berck.

Mais, direz-vous, il n’avait peut-être pas l’antisepsie qui a révolutionné de fond en comble la chirurgie.

Pardon, il avait l’antisepsie en même temps que son habileté opératoire bien connue — et fort de l’une et de l’autre, il allait (suivant les préceptes de la chirurgie moderne qui s’attaque à la tuberculose « comme à la pustule maligne et au cancer »), il allait bravement ouvrir cette coxalgie suppurée pour débarrasser l’organisme de tous les tissus malades ou même simplement suspects ; il ouvrait le ventre pour s’en aller cureter les abcès par congestion du mal ; de Pott ; il ouvrait les jointures et les foyers osseux pour en extirper toute molécule souillée par le bacille. . . . il faisait pour chaque malade la chirurgie la plus active, la plus habile, la plus propre à

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débarrasser vigoureusement et promptement l’organisme de ce foyer tuberculeux qui menaçait de le dévorer.

Et cependant, les enfants atteints de coxalgies suppurées, ou d’autres tuberculoses avec abcès, en dépit de ce traitement héroïque, mouraient, ou plutôt finissaient par mourir ; car ils succombaient généralement 1, 2, 3 ans après l’opération.

x4 l’heure actuelle, ces mêmes coxalgies suppurées guérissent toujours ; c’est un fait que tout le monde peut constater.

Pourquoi ?

Est-ce parce que nous les opérons mieux, plus vite, ou plus antiseptiquement ? Pas du tout. C’est tout simplement parce que nous ne les opérons jamais !

Ne pas les opérer, c’est ne pas ouvrir le foyer tuberculeux, ne pas ouvrir la porte de ce foyer aux micro-organismes du dehors.

Or, nous avons reconnu que si les tuberculoses externes guérissent toujours en bon air, à Berck par exemple, pourvu que leur foyer reste fermé. ... ou si l’on veut, pourvu que le bacille reste isolé ; au contraire, lorsque ce foyer a été ouvert, lorsque, par cette porte, les micro-organismes du dehors ont pu venir, un peu plus tôt, un peu plus tard, s’associer au bacille, les tuberculoses ne guérissaient plus.

INTRODUCTION

C’est que dès le jour où cette association de microbes avec le bacille s’est produite, la gravité de la maladie a, du fait de cette association même, non pas doublé, mais centuplé peut être — et que tous les efforts, toute l’habileté des chirurgiens ne pourront jamais, à partir de ce jour,, compenser l’infériorité trop grande dans laquelle ils ont mis eux-mêmes leur malade. . . .

Ainsi donc une coxalgie ou un mal de Pott fermés guérissent toujours , une coxalgie ou un mal de Pott ouverts ne guérissent jamais. Tel est en deux lignes le résumé de ce livre, le résumé de notre expérience de dix ans et la signification de nos résultats.

Et si, autrefois, à Berck, les tuberculoses sans abcès guérissaient, et les autres pas, ce n’est point à cause de la différence de gravité bien minime, si elle existe, — nous le démontrerons dans le chapitre III, — entre les unes et les autres, mais c’est bien parce qu’on n’opérait pas les premières et que l’on opérait les autres, c’est-à-dire qu’on ouvrait le foyer tuberculeux dans ces dernières.

On n’opérait pas les premières parce que l’on n’avait pas la tentation d’y toucher, tandis que les deuxièmes, qui arrivaient avec des abcès souvent très volumineux, paraissaient être faites pour le bistouri du chirurgien ....

INTRODUCTION

celui-ci mis en présence d’un abcès — qu’il soit froid ou chaud — ne se croyant pas avoir le droit de ne pas ouvrir. . . puisqu’un vieux proverbe l’a dit (et 1’ a même dit en latin): Ubi pus, ibi évacua...

Or c’est cette croyance qui est absolument fausse et désastreuse, c’est cet adage qui est menteur ici !...

L’abcès froid n’est pas un abcès comme un autre, c’est un tuberculome qui, solide la veille, est devenu liquide le lendemain.

Si l’ouverture d’un abcès chaud est chose excellente, puisqu’elle donne issue aux microbes qui l’ont produit, l’ouverture d’un abcès froid est désastreuse, parce qu’elle donne entrée au contraire à des microbes, qui, venant du dehors se mêler au bacille tuberculeux (jamais complètement éliminé malgré cette ouverture) de la paroi de l’abcès froid, vont centupler la virulence de ce bacille.

Pour un abcès chaud, l’ouverture laisse donc s’écouler le poison au dehors. Pour un abcès froid elle l’introduit dans l’organisme.

Inconsciemment, le jour où le chirurgien a réséqué une coxalgie suppurée, c’est-à-dire a ouvert le foyer, il a inoculé à son malade ou laissé s’inoculer spontanément, ce qui est tout un, le poison qui fera son travail petit à petit, mettra un an, deux ans peut-être à tuer je malade, mais finira par le tuer sûrement.

INTRODUCTION

Le médecin qui n’ouvrira jamais les foyers tuberculeux et qui mettra tous ses soins à les empêcher de s’ouvrir, lorsque l’ouverture spontanée est menaçante (nous étudierons par quels moyens on y réussit), ce médecin guérira toutes ses tuberculoses.

Le médecin qui les ouvrira ou les laissera s'ouvrir, verra succomber ses malades, un peu plus tôt, un peu plus tard, dans quelques mois ou dans quelques années.

Ce coxalgique ou ce pottique qui, la veille, avait toutes les chances de guérir, a, dès l’ouverture, toutes les chances contre lui ; ni le chirurgien, [ni l’antisepsie n’y feront rien. Si l’antisepsie est rigoureuse, il y aura peut-être quelques malades (: rarissimi riantes ) qui pourront échapper à la mort ou plutôt qui survivront un 'peu plus longtemps , mais c’est tout.

Gela paraît bien simple et il n’y aura, semble-t-il, pas la moindre difficulté a faire accepter des vérités aussi absolues. . .

Illusion !... si quelques chirurgiens d’enfants qui sont édifiés sur ce point, comme moi, par une très vaste pratique, partagent l’opinion que j’émets ici, s’il y en a quelquesuns qui iront même peut-être jusqu’à me dire que j’enfonce une porte ouverte, combien sont-ils à côté de ceux qui pensent autrement

INTRODUCTION

ou qui se conduisent tout au moins comme s’ils pensaient autrement !...

J’ai dit que c’était une faute grave, souvent irréparable d’ouvrir un abcès froid.

Sur les 14 mille médecins de France, en est-il 20, 1 ou 2 par mille, qui mis demain en présence d’un abcès froid, ne vont pas l’ouvrir immédiatement ou le laisser s’ouvrir ?...

J’ai dit que réséquer une coxalgie suppurée ou cureter un abcès froid de mal de Pott, c’est tuer son malade 99 fois sur cent (un peu plus tôt un peu plus tard).

Sur les 500 chirurgiens qui sont en France y en a-t-il 10 (2 pour cent), qui le savent, ou tout au moins qui se conduisent comme s’ils le savaient?

Non, certainement !... (1)

Tous les jours, nous recevons à Berck des tuberculoses externes ouvertes, non d’elles-* mêmes, spontanément, ce qu’on pourrait concevoir chez des parents négligents, mais ouvertes par le médecin ou le chirurgien qui a cru bien faire !...

Comment s’en étonner autrement lorsqu’un grand chirurgien d’enfants de Paris, c’est-àdire un des hommes qui sont chargés d’ap-

(1) Et je puis ajouter que s’il n’existe pas 10 chirurgiens en France qui n’ouvrent pas les foyers tuberculeux suppurés, on les trouverait encore bien moins en Allemagne ou en Angleterre.

INTRODUCTION

prendre la chirurgie infantile aux jeunes générations, disait tout récemment devant une société savante : Dans les coxalgies, dès qu’un abcès froid apparaît, tout le monde est d’accord pour l’ouvrir et le cureter?... Vous lisez bien: tout le monde serait d’accord avec lui pour suivre une pratique que nous avons reconnue être absolument fatale !...

En veut-on encore une preuve ? j’ai 3 internes qui se renouvellent chaque année. Ils viennent de la Faculté de Paris ou des Facultés de province. Je n’en ai pas encore eu un qui, à son arrivée, mis en présence d’un abcès de coxalgie ou de mal de Pott, ne m’ait dit : Vous allez l’ouvrir pour cureter et extirper la paroi, n’est-ce pas ?

Puisque les jeunes médecins ne le savent pas, comment les vieux le sauraient-ils, ceux de la génération de Gazin !...

J’ai été comme eux pendant des années ; j’ai ouvert les tuberculoses avec abcès, j’ai réséqué toutes les coxalgies suppurées, et aujourd’hui je vois que j’ai soutenu des théories désastreuses ! Je ne résèque plus les coxalgies, je n’ouvre plus jamais les tuberculoses suppurées.

Mais cela me permet d’expliquer sans peine cet aveuglement des médecins qui persistent encore à ouvrir et à cureter les foyers suppurés de la tuberculose.

INTRODUCTION

1° Ils ne se doutent pas qu’on peut guérir ces coxalgies avec abcès sans les opérer — parce qu’ils les ont toujours opérées — (en vertu de l’adage latin, menteur ici).

2° Ils ne se douteront jamais que leur intervention a été désastreuse (en permettant aux microbes du dehors de s’introduire tôt ou tard dans cette plaie) parce que leurs malades ne meurent pas tout de suite; parce que la mort n’est amenée par ces microbes que 1, 2, 3 ans, 5 ans après l’ouverture du foyer tuberculeux.... trop tardivement par conséquent pour que le médecin songe à établir une relation de cause à effet entre son intervention et la mort du malade, qui généralement a passé une ou plusieurs fois depuis l’opération en d’autres mains médicales.

Lorsque le chirurgien ouvre le ventre pour enlever un kyste de l’ovaire, si la malade meurt, c’est dans les huit jours, et le chirurgien sait très bien qu’il est l’agent involontaire de cette mort par une faute d’antisepsie....

C’est clair, c’est net, il ne le nie pas.

Mais lorsque le chirurgien a réséqué une coxalgie suppurée, le malade ne meurt pas immédiatement. Une suppuration s’établit et l’opération paraît même tout d’abord avoir réussi.... Cependant le malade ne se rétablit

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pas aussi rapidement qu’on l’espérait ; après six mois il a plutôt baissé ; après un an, la suppuration continuant toujours, ;il a de la néphrite ou de la fièvre; un peu plus tard surviennent les dégénérescences viscérales, irrémédiables, et le malade qui n’a plus qu’une fîstulette insignifiante à la hanche est finalement emporté par les progrès de la cachexie et de la généralisation de la tuberculose, 3, 4, 3 ans après l’opération.

Gomment veut-on qu’en pareil cas, le chirurgien qui a réséqué le malade fasse son mea culpa et se dise : Cette mort, qui survient à la 5e année, de dégénérescences du foie ou des reins, lorsque le malade a passé en d’autres mains depuis longtemps, — cette mort m’est imputable!....

Sa responsabilité est si peu établie, si peu nette, si on la compare à celle de l’ovariotomiste ! Il faut vivre à Berck pour voir cette relation et encore Cazin y a-t-il vécu dix ans et est-il mort sans la voir !

Et puis, comment veut-on qu’un chirurgien renonce à opérer et que la chirurgie opératoire recule ici (acceptant que reculer c’est vaincre !) lorsque partout ailleurs ses audaces, sa marche invariable en avant l’ont toujours conduite à la victoire contre des maladies réputées autrefois incurables !

INTRODUCTION

Comment veut-on qu'un chirurgien placé en présence d’une coxalgie suppurée se résigne à dire : « Il n’y a rien à faire qu’à empêcher l’ouverture du foyer tuberculeux !... »

Mais il est de très bonne foi lorsqu’il s’écrie qu’avec les ressources de l’antisepsie, un chirurgien sachant opérer ira guérir du coup cette coxalgie suppurée que vous, médecin qui n’opérez pas, mettrez 1, 2 ans à guérir.

De très bonne foi, il vous appellera même retardataire.... il aura des sourires de mépris pour ce praticien qui ne sait que temporiser, tandis que le vrai chirurgien va bravement détruire l’ennemi.

11 ne pourra jamais comprendre qu’il soit ici impuissant à enlever d’un coup tout le mai lorsqu’il y réussit pour toutes les autres maladies; et de cette impuissance, il ne voudra convenir jamais, non seulement pas publiquement, mais même dans son for intérieur.

Quelle déchéance, quelle humiliation ce serait à ses yeux que de mettre un an, deux ans, trois ans pour guérir ici, lorsque partout ailleurs, il sait guérir en une demi-heure et sort de la séance opératoire couvert de gloire.

Beaucoup vous diront : Ce que vous nous proposez là, ce n’est plus oeuvre chirurgicale, c’est tout au plus bon pour un infirmier !

INTRODUCTION

J’accepte ces reproches théoriques. J’aime mieux être le chirurgien qui conserve que le chirurgien qui enlève ; car je sais que celui qui a juré d'enlever d’un coup tout le mal, n’arrivera qu’à ce résultat : non pas d’enlever le mal, mais tout simplement d’enlever le malade !...

Et puisque je suis sur ce chapitre, je dirai une fois pour toutes que les audaces de la chirurgie moderne ont fait ici le plus grand mal; et de tous les opérateurs, le plus brillant, le plus audacieux, le plus hardi sera ici le plus nuisible !...

Est-ce qu’il ne reste donc pas une place assez honorable, une place assez belle et assez glorieuse pour le chirurgien qui, mis en présence d’une coxalgie suppurée, saura la guérir sans l’opérer !...

Mais je vais même plus loin, pour rabaisser l’orgueil de ceux qui m’ont dit parfois, non sans quelque mépris : « Un chirurgien exercé et habile ne reculera jamais devant une résection de la hanche ». A ceux-là je rappellerai que, des résections de la hanche, j’en ai fait 80 et que, si je n’en fais plus, c’est parce que cette opération ne guérit pas, et non certes parce que sa difficulté m'effraie ; car j’estime, dirai-je à ceux-là, qu'il faut infiniment plus d'habileté et de savoir pour guérir cette coxal -

INTRODUCTION

gie sans opération , comme je le fais aujour d’hui, que pour la réséquer largement comme je faisais autrefois.

Mais le rôle du chirurgien ne se borne pas, nous le verrons, à éviter l’ouverture du foyer tuberculeux, tâche déjà très délicate. Il saura sans ouvrir ce foyer, agir sur lui ; nous dirons comment on peut, par des injections de liquides modificateurs faites dans ces os ou ces jointures malades à l'aide d'aiguilles capillaires, agir merveilleusement sur ces foyers et les guérir.

Mais, en outre du nombre très grand des traitements que le chirurgien peut faire sans ouvrir le foyer pour le guérir, il lui reste toute une série d’opérations orthopédiques, très délicates, très difficiles, indispensables cependant pour assurer aux malades qui lui sont confiés des guérisons véritables ; car, non seulement il saura à l’avenir conserver la vie à ses malades les plus atteints, mais il faut qu’il sache les guérir dans de bonnes conditions, sans infirmité ; parce qu’il n’est plus permis au chirurgien attentif et habile de guérir un coxalgique avec une jambe déviée ou un mal de Pott avec une bosse, pourvu toutefois que le pottique ou le coxalgique ne lui soient pas venus à une période par trop avancée, avec des tares irrémédiables. . . . JC

INTRODUCTION

Il cherchera toujours à guérir et y réussira souvent : les coxalgies sans boiterie ; les tumeurs blanches sans ankylosé ; les maux de Pott sans gibbosité ; les adénites sans cicatrices au cou ; et son rôle sera ainsi assez beau, ce me semble, et même assez difficile. Car les opérations que nécessitent ces corrections orthopédiques (toujours sans ouverture du foyer pour observer le primo non nocere) sont délicates et difficiles, on le devine.

Et plus les années marcheront, plus le progrès sera grand et plus aussi s’élèvera la proportion de ces guérisons intégrales !

Mais je ne veux pas insister actuellement sur ce point du rôle orthopédique du chirurgien que j’ai fait simplement entrevoir; sa première fonction c’est de guérir, c’est de cela seulement que je veux parler ici ; c’est pour cette raison que je tiens à répéter à dessein et à satiété : « Les tuberculoses externes guérissent toujours ci Berck pourvu qu'on ne les ouvre pas et qu'on ne les laisse pas s'ouvrir. » Les ouvrir, c’est les aggraver d’une façon souvent irrémédiable.

Que le médecin mis en présence :

d’un abcès froid, d’une tumeur blanche, d’un mal de Pott,

INTRODUCTION

d’une coxalgie, d’une ostéite,

sache bien à l’avenir qu’ouvrir le foyer tuberculeux est la. pratique la plus funeste et qui trop souvent conduira son malade à la mort.

Que la mort sera donc la conséquence (plus ou moins éloignée) de cette intervention qu’il aura faite d’un cœur si léger!...

Je dirai donc au médecin qui ne sait pas traiter ses tuberculoses sans les ouvrir : N’y touchez pas, n’y touchez jamais !. . . . Vous verrez ainsi guérir infiniment plus de malades que le chirurgien qui les opère toujours !

Mais si, ne les ouvrant jamais, le chirurgien sait au contraire faire ce qu’il faut pour empêcher l’ouverture, alors ce sera parfait!. .

Il guérira ses tuberculoses, peut-être pas aussi constamment qu’à Berck, à cause des con* ditions climatériques tout autres, mais il en guérira infiniment plus que le chirurgien de la plage la plus salubre qui voudrait les ouvrir à tous coups.

Si j’arrivais à inculquer ces idées à tous les médecins de France — • et cependant ce sont là des choses évidentes pour nous à Berck à l’heure actuelle — je serais sûr d’avoir sauvé chaque année plusieurs milliers d’existences humaines qu’on laisse se perdre !....

Si mon petit livre servait à cela, je me croirais trop récompensé du travail qu’il m’a coûté.

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