‹ Les maladies qu'on soigne à BerckChapitre 8 sur 60 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Valeur prophylactique du séjour à Berck.

Sommaire : Mieux vaut prévenir que guérir, j’ajouterai que c’est aussi plus facile.

Tous les petits candidats à la tuberculose seraient préservés par un long séjour à Berck.

Nous ii’avons jamais vu éclater une manifestation tuberculeuse chez ces milliers d’enfants pourtant menacés et qui n’étaient envoyés à Berck que parce qu’ils étaient menacés .

Le séjour devrait être prolongé pour assurer réellement l’avenir.

Pourquoi le danger de contagion est nul à Berck, malgré le très grand nombre d’enfants lymphatiques qui s’y trouvent réunis.

Quelque confiance que nous ayons dans la chirurgie qui sait infiniment mieux guérir qu’autrefois, nous devons bien le dire, elle n’est pas encore et ne sera jamais infaillible.

Quelles que soient nos ressources actuelles pour arrêter ou même réparer les désordres qu’amènent la coxalgie ou le mal de Pot t, le plus sûr encore est de s’en préserver.

Or, jusqu’à ce que le vaccin antiphymique ait été trouvé, le séjour au bord de la mer est le meilleur préservatif de la tuberculose.

Si l’on songe que sa valeur prophylactique est également puissante contre la tuberculose pulmonaire qui nous trouve à peu près désarmés, l’on comprend que les hygiénistes modernes prêchent la croisade de l’émigration des grandes villes vers la campagne et surtout vers la mer.

Mais, tout en applaudissant à leurs efforts, je suis loin de partager leurs illusions, je l’avoue, dans le succès de leur croisade.

La révolution qui amènera cet exode des grandes villes malsaines et trop peuplées vers les bords de la mer n’est pas près de s’accomplir.

Les conditions de l’existence dans la société moderne ont fait de ce séjour des grandes villes une nécessité. C’est là que l’ouvrier trouve plus aisément le travail rémunérateur qui le fera vivre lui et les siens. — C’est là que le riche est rivé par ses affaires et par les obligations que lui crée l’instruction de ses enfants — puisque, par une erreur fâcheuse, mais à peu près irréparable, c’est là qu’on a entassé les écoles et les pensions.

Demander actuellement l’évacuation des grandes villes, c’est prêcher dans le désert.

Ne vaudrait-il pas mieux limiter son effort et s’adresser aux seuls enfants manifestement menacés?

Je m’explique : il est des enfants marqués pour être la proie de la tuberculose.

Les uns marqués par l’hérédité soit directe : les enfants de tuberculeux; soit indirecte : les enfants d’alcooliques ou de syphilitiques, de dégénérés et de surmenés.

D’autres marqués par l’élevage artificiel ou par l’influence d’une mauvaise nourrice, ce qui leur a laissé un tube digestif malade et une nutrition défectueuse.

D’autres, marqués par la misère physiologique et la mauvaise alimentation : les enfants d’ouvriers il nourriture insuffisante ou mauvaise ; d’autres encore marqués parce qu’ils vivent près de tuberculeux avérés ; ceux-ci, on le sait, dans la maison où ils habitent, contaminent perpétuellement l’air que ces enfants respirent.

D’autres, marqués par une maladie infectieuse qui a diminué leur résistance : une rougeole, une coqueluche, une influenza, une diphtérie. . ., d’autres enfin marqués par les manifestations du lymphatisme (otite, grosse lèvre, gourme, blepharoconjonctivite, kératite).

Tous ces enfants, qui sont littéralement guettés par le bacille dont ils vont devenir la proie, devraient être enlevés au milieu malsain des grandes villes et dirigés vers la mer où l’air est pur au lieu d’être infecté comme dans les villes, où

l’appétit devient meilleur, où les forces de l’or-

ganisme s’accroissent, où par conséquent la résistance de l’individu grandit tandis que l’ennemi disparaît ou à peu près.

Et il ne s’agit pas là de vues purement théoriques, mais de faits bien constatés.

J’ai vu depuis 10 ans des milliers d’enfants ainsi menacés, des candidats à la tuberculose, envoyés pour se retremper sur cette plage — soit dans les installations particulières (les riches), soit dans les hôpitaux ou sanatoria — les pauvres, les ouvriers.

Parmi tous ces enfants, j’ai beau fouiller dans mes souvenirs, je n’en retrouve pas un seul qui ait été frappé par une manifestation quelconque de la tuberculose, et Cazin, pendant les 15 années qu’il avait passées àBerck, avait déjà fait une constatation analogue. Les faits sont trop nombreux pour que personne s’avise aujourd’hui de les nier.

La valeur prophylactique de l’air marin pour préserver tous ces enfants débilités, n’est plus à démontrer. r

Mais je veux ici dégager de ce fait une autre indication, c’est que le danger de contagion pour ces enfants encore indemnes est nul à Berck, malgré la présence d'enfants déjà malades.

Cela se conçoit aisément pour qui veut bien réfléchir à ce fait, que l’on ne reçoit ici que les personnes atteintes de tuberculoses externes dont

beaucoup sont fermées, c’est-à-dire nullement contagieuses et dont celles qui sont ouvertes, d’ailleurs très peu contagieuses, sont cachées par des pansements imperméables et antiseptiques, rigoureusement détruits après avoir servi .

Il n’y a donc pas ici de danger de contagion comme cela existe dans les plages méditerranéennes, par exemple, où les tuberculeux pulmonaires infectent l’atmosphère par leurs crachats...

En Italie, l’on a si bien compris cette action préservatrice de l’air marin qu’on a construit tout le long du littoral peut-être 10 fois plus de sanatoria qu’en France.

Les enfants passent quelques mois à la mertous les ans ; ainsi font, j’en conviens, bon nombre de familles françaises.

Mais il faut savoir que les 2 mois de vacances passés à la mer ne suffisent généralement pas pour les enfants très débiles ou particulièrement menacés ; ces 2 mois, chez des enfants souvent tarés par leur hérédité morbide, ne peuvent pas annihiler la fâcheuse influence des 10 autres mois passés dans le milieu malsain des grandes villes.

Il s’agit souvent de modifier toute une hérédité, de refaire du tout au tout quelquefois un tempérament. On comprendra alors que ce n’est pas 2 mois, mais 1, 2, 3 ans qu’il faudrait retenir ces enfants à la mer.

J’en pourrais citer ainsi un certain nombre qui,

après une année, conservaient encore une apparence très débile, et ce n’est qu’après 2, 3, 4 ans vécus au bord de la mer, que ces enfants misérables s’étaient transformés en gros enfants vigoureux réellement méconnaissables.

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