CHAPITRE II
Traitement général des Enfants déjà malades.
Sommaire : Le traitement général, sans constituer la seule thérapeutique des tuberculoses externes, comme le voulaient nos pères, présente une importance capitale.
Le traitement général suffit parfois ici comme dans la tuberculose interne, à amener la disparition du foyer bacillaire, mais associé à un bon traitement local, il assure 1a, guérison dans tous les cas de tuberculose externe.
Il peut être concilié avec le traitement local le plus sévère, même avec le repos au lit et l’immobilisation absolue, quoi qu’en aient dit les Américains et les Allemands. Cela est vrai tout au moins pour les enfants de Berck tenus dans la position couchée, qui sont voiturés toute la journée à ta plage.
Le traitement général des tuberculoses externes comprend :
1° L’emploi de quelques médicaments : huile de foie de morue, etc. ;
2° Une alimentation saine, abondante ;
3° L’observance d’une bonne hygiène;
4° Le choix d’un climat et d’une localité.
Valeur du séjour de Berck pour les tuberculoses externes.
Tout le monde s’accorde à reconnaître l’importance capitale du traitement général dans la thérapeutique de la tuberculose externe.
La guérison de la tuberculose interne, qui est bien loin d’être une rareté, reconnaît-elle une autre cause que l’amélioration de l’état général du malade? Si la tuberculose externe guérit parfois dans nos campagnes sans le secours du chirurgien et de l'orthopédiste, où se trouve l’explication de cette guérison, sinon dans l’excellence de l’état général? Elle guérit d’une façon relativement fréquente entre les mains des chirurgiens américains ou allemands, qui font à leurs petits malades un minimum de traitement local, si je puis ainsi dire; la raison s’en trouve encore dans leur préoccupation constante de l’hygiène, de la conservation de la santé générale . de leur malade. L’enfant atteint d’une tuberculose externe guérira sans doute presque fatalement dans ce cas avec une déviation ou même une véritable infirmité, mais il guérira.
Si le traitement général peut revendiquer pour lui seul le mérite de certaines cures, si un traitement local bien dirigé, même dans les plus fâcheuses conditions d’hygiène et de milieu, comme par exemple dans les hôpitaux d’enfants de Paris, peut en revendiquer un plus grand nombre encore, n’avons-nous pas le droit d’espérer qu’en additionnant ces deux forces utiles, nous les aurons en réalité multipliées et nous sauverons presque tous, sinon tous nos enfants atteints de tuberculoses externes.
Et cela, nous le pouvons ; disons-le dès main-
tenant pour répondre aux chirurgiens américains et allemands, nous pouvons concilier les intérêts de la santé générale avec les obligations d’un traitement local très sévère.
Pour l’enfant du riche, la chose est évidente : il pourra, tout en gardant l’immobilité, vivre dans le même milieu, respirer le même air que s’il avait le libre usage de i es jambes. Mais pour les pauvres petits de nos hôpitaux parisiens, condamnés à la réclusion dans les salles mal aérées et malsaines, cela n’est plu > vrai, hélas! et aux tuberculeux pauvres il fau irait des hôpitaux k la campagne ou plutôt au bord delamei% avec une organisation qui permît de les placer pendant la plus grande partie de la journée en plein air, ou mieux encore sur la plage même.
Après ce que nous avons dit de la prophylaxie de la tuberculose externe, on devine quelles se^ront les grandes lignes du traitement général. Il est aisé de concevoir, en premier lieu, qu’en faisant respirer à cet enfant un air d’une pureté parfaite, on évite l’entrée de nouveaux germes dans cet organisme où déjà quelques bacilles ont pris position.
Ne va-t-on pas en second lieu, par une bonne et abondante alimentation, par l’usage de certains médicaments, par une bonne hygiène, et le choix d’un bon climat multiplier les forces de résistance de l’enfant et lui permettre de triompher de l’ennemi ?
Dans de pareilles conditions, le foyer tuberculeux, au lieu de progresser, va s’éteindre aussi naturellement qu’il va s’étendre dans des conditions inverses.
Le traitement général comprendra donc:
1° L’emploi des médicaments capables d’atténuer la virulence de la tuberculose ou d augmenter la vigueur de l’organisme;
2° Lé choix des aliments et la surveillance des fonctions digestives du petit malade ;
3° L’observance d’une bonne hygiène ;
4° Le choix d'un bon climat.
1° l’emploi des médicaments.
La liste serait longue des médications internes dites héroïques qu’on a proposées contre les diverses manifestations tuberculeuses.
Mais ces médications si pompeusement annoncées ne défilent guère devant nous, suivant l’expression de Verrieuil, que pour sombrer après quelques mois seulement d'une renommée surfaite.
Si leur valeur n’est pas spécifique, leurs avantages sont-ils du moins incontestables ? Hélas ! pour presque toutes, il n’est d’incontestable que leurs inconvénients. Ces médicaments diminuent ou troublent l’appétit déjà médiocre ou capricieux de ces enfants couchés, ils fatiguent l’estomac, peuvent même provoquer des embarras gastri-
ques. El, malgré ces inconvénients constatés dans les cas particuliers, bon nombre de médecins continuent à les prescrire, et cela, nous le répétons, pour des avantages problématiques.
Pour nous, soucieux par dessus tout d'assurer l’intégrité et le bon fonctionnement des voies digestives, nous les avons tous supprimés a l’exception de deux ou trois : l’huile de foie de morue pendant l’hiver, la liqueur de Fowler ou la teinture d’iode à la dose de quelques gouttes pour la saison d’été.
De tous les médicaments connus à l’heure, actuelle, l’huile de foie de morue est le seul qui puisse rendre ici des services certains. Qu’on la donne donc à la dose maxima que l’enfant peut supporter; c’est-à-dire qu’on force la dose jusqu a ce que survienne un peu de dévoiement. Alors on diminue légèrement la quantité jusqu’à ce que. les troubles digestifs disparaissent, et l’on s’en tiendra pour l’avenir à la dose tolérable, ainsi déterminée.
Pour certains enfants, la tolérance est plus grande lorsqu’on donne l’huile de foie de morue en bloc, pour d’autres, lorsqu’on la donne par doses fractionnées ou suivant qu’on la fait prendre avant ou pendant les repas. Pour les enfants qui s’endorment très vite, il est préférable, suivant le conseil de Grancher, de la donner quelques minutes avant l'heure habituelle du sommeil.
Ceci est affaire de tâtonnements et les mères intelligentes et attentives découvrent généralement bien avant le médecin le mode qui convient le mieux pour leur enfant.
Mais si l’huile de foie de morue diminue l’appétit ou amène des vomissements, qu’on ne s’entête pas à la faire prendre quand même, qu’on la supprime tout au moins pour quelque temps. J’estime que ses inconvénients sont dans ce cas supérieurs à ses avantages. J’aime mieux que l’enfant se prive d’huile et boive un demi litre de lait de plus. Il m’est arrivé parfois de remplacer, . suivant la coutume anglaise, l’huile de foie de morue non tolérée par des tartines beurrées, et cela avec le plus grand profit.
J’ai renoncé depuis longtemps à la créosote et à l’iodoforme à l’intérieur qui provoquaient des troubles digestifs chez mes petits malades.
Mais pendant l’été, â la place de l’huile de foie de morue mal supportée en cette saison, on peut donner avec avantage quelques gouttes de liqueur de Fowlerou de teinture d’iode, ou encore, pour stimuler l’appétit, quelques gouttes de teinture de Baumé,