HISTORIQUE
L'étude clinique de la fièvre typhoïde du nourrisson ne repose que depuis peu de temps sur des bases incontestables. En 1840 Charcellay publie 7 cas de fièvre typhoïde congénitale suivis de mort au 8° et 158 jour : ils semblent représenter la 4e publication concernant la fièvre typhoïde du nourrisson, RS ;
Rilliet et Rarthez dans leur traité (1853) citent plusieurs observations qui vraisemblablement doivent être rattachées à la dothiénentérie mais n’osent se prononcer pour l’affirmative.
En 1877 Gerhard réunit 17 observations parmi lesquelles le cas de Schadler concernant un enfant de 7 ans dont la mère atteinte de typhoïde allaita l'enfant jusqu’au 16e jour de la maladie et mourut au 26°. L'enfant présenta pendant 10 jours des phé: nomènes fébriles et mourut, l’autopsie montrant des follicules clos et des plaques de Payer tuméliées avec une rate volumineuse.
En 1881, Vibert rapporte 3 cas de mortsubite que l'enquête médico-légale rattache à la typhoïde.
En 1882 Cadet de Gassicourt doune à la fièvre typhoïde du'nourrisson dans son Traité clinique des maladies de l'enfance la place qui lui revient.
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La découverte du bacille d'Eberth en 1884 vient apporter un peu de lumière bien que, suivant la remarque du professeur Marfan la non-identification du bacille d'Eberth d’avec le colibacille enlève quelque valeur aux observations de Janisiewski (présence de bacilles d’'Eberth dans les organes d’un enfant né prématurément).
En 1897 la découverte de la séro-agglutination par Widal fait faire un grand pas à la question et va permettre d’affirmer avec certitude la diagnostic de typhoïde chez le nourrisson.
M. Marfan qui en 1895 avait publié 2 observations incontestables ayant trait à des nourrissons de 9 et 18 mois en trace 2 ans plus tard un tableau complet au cours de son article du Traité des maladies de l’enfance (publié sous la direction de Grancher, Comby, Marfan, 1896). pin Lemercier en 1895 étudie la fièvre typhoïde chez sa propre fille âgée de 14 mois.
En 1896 Kissel publie l’évolution d’une fièvre typhoïde chez un enfant de 20 mois laquelle se termine par la mort. |
Les observations se multiplient, citons : celles de Mme Rivoire en 1898 relatant dans sa thèse l’histoire de plusieurs nourrissons atteints de fièvre typhoïde pendant l'épidémie qui sévit à Marseille en-1897 ; celles de Sbrana en 1899 dans son ouvrage sur la dothiénentérie chez lesenfants de Tunis, celles de Nobécourt et Berterand en 1900, de Netter et Clerc la même année, de Crespin en 1900.
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Nobécourt et Voisin outre un cas chez un enfant de 18 mois publié dans. la Aevue mensuelle des maladies de l'enfance donnentune statistiqueintéres-
sante de la mortalité dans cette catégorie de petits malades. N
La même année Forget donne une des premières revues générales sur la question.
En 1906 Brelet dans sa thèse traite de la mort subite chez l'enfant et spécialement comme terminaison de la dothiénentérie.
En 1908 Trouilleur étudie la transmission de la maladie par l'allaitement.
[’année suivante Hutinel et Darré publient leur Traité sur les maladies des enfants’ et donnent les traits principaux de la fièvre typhoïde chez le nourrisson.
En 1911 Achard et Flandin puis Brelet passent en revue les différentes formes cliniques de l'affection etle moyen d’en faire le diagnostic.
Croger Griffith (de Philadelphie) attire denouveau l'attention sur ce sujet en 1912 et fait paraître un important travail basé sur 75 observations étudiant en particulier la fréquence et la mortalité.
Comby analysant ces faits conclut à la rareté de l’affection en France.
En 1913 paraît la thèse de Maignon qui fait unè revue générale de la question et contient quelques observations nouvelles de typhoïde et paratyphoïde chez le nourrisson.
Lagane la même année publie un cas de ménin-
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gite cérébro-spinale à bacilled’Eberth chez une petite malade de 23 mois, soignée dans lé service du professeur Martan.
Grenet, dans lé Monde médical, classe les symptômes de lafièvre typhoïde infantile en 3 catégories suivant qu’ils appartiennent à la forme fébrile,méningée ou gastro-intestinale.
En octobre 1913, E: Weil expose les résultats qu’il a obtenus dans le traitement de la maladie par l’autolysat de Vincent ; la même année, Ardin Delteil, Nègre et Raynaud avaient exposé les proportions de succès obtenus par la vaccination de Besredka, Mery consécutivement publie plusieurs observations de collapsus cardiaque chez des malades traités par la vaccinothérapie et de la discussion à la Société de Pédiatrie qui s’ensuivit, on conclut à la nocivité de la vaccinothérapie PR chez l'enfant et chez le nourrisson.
En 1914 lagane publie un cas de PRES A chez un nourrisson de 8 mois et Péhu celui d’une fièvre typhoïde à évolütion rigoureusement régulièré chez un enfant de 7 mois, Garnier et Mme Hovelacque, une méninbite cérébro-spinalée à bacille d’Eberth chez un nouveau-né de 3 semaines,
Mile Saracino consacre sa thèse (Alger 1915) à l’étude complète de la typhoïdé du nourrisson résumant les travaux antérieurs et faisant connaitre 15 nouvelles observations de typhoïde et parathy- ‘ phoïde chez des enfants de moins de 3 ans.
Mlle Athias ajoute dans sa thèse 2 ans plus tard
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un plus grand: nombre encore d'observations de dothiénentérie chez de jeunes arabes.
En 1918 P. Stolking et A. Lorey, von Holveede et Marshausen s’attachent à l'étude des paratyphoïdes chez les nourrissons.
Henry Heimann (New-York 1919) dt démontrer dans un cas la transmission par le lait maternel en y décélant le bäcille d’Eberth.
La même année Crespin et Mlle Saracino publient 42 cas de fièvre typhoïde chez le nourrisson dont 36 typhoïdes ét 6 para concluant à la grande 1 quence de l'affection dans le 1er âge.
Quelques mois après Crespin et Mlle Athias publient le cas d’une fièvre typhoïde méconnue chez un noutrisson de 3 mois avec mort subite par hémorragie surrénale.
En 1921, le professeur Nobécourt dans un articlé sur les particularités de la typhoïde de l'enfant donne un lumineux et bref aperçu cliniqué de l’affection chez le nourrisson de même que dans son Précis de Médecine dés Enfants.
En 1922, Blechmann publie dans {e Nourrisson 2 observations de paratyphoïde B et dans la même publication Salès ét P, Valléry-Radot réunissent 4 observations de typhoïdes observées dans un court
éspace de temps.
ÉTIOLOGIE
Agent microbien. — La dothienentérie du nourisson relève de l'infection par l’un des germes du syndrome typhique : bacille d’'Eberth, paratyphique À, B, C. Le plus fréquent paraît être le bacille Ü’Eberth, puis le bacille paratyphique B, le paratyphique A constitue une rareté, le rôle possible du paratyphique C est encore inconnu. |
On pourrait séparer les infections éberthiennes des paratyphoïdes mais cliniquement le diagnostic bactériologique étant le seul moyen de contrôle absolu nous ne ferons pas de distinction entre elles, leur évolution, leur aspect clinique étant en tous points comparables.
Contamination. — Elle peut se faire différemment et on peut distinguer schématiquement la fièvre typhoïde congénitale transmise de la mère au fœtus et la fièvre typhoïde acquise due à une contagion extérieure.
Typhoide congénitale. — Elle est très rare Ja typhoïde amène le plus habituellement la mort du fœtus {nr utero avant sa période de viabilité ; l’avortement survient généralement du 3° au 5° mois de
la grossesse, l'accouchement prématuré relative-
AN ment rare ne S’accompagne qu'exceptionnellement de la survie du nourrisson.
Typhoïde acquise. — Un reconnaît à la typhoïde du nourrisson 2 originés bien différentes : avant tout, transmission par l’eau potable l’enfant étant allaité artificiellement, accessoirement contagion par le lait maternel.
L'eau. — Mode de transmission le plus habituel comme chez l’adulte, il se fait chez un enfant au biberon par différentes voies : coupage du lait par le laitier avec uné eau souillée.
(Forget dans sa thèse cite le cas d’un laitier qui avait eu 2 de ses parents atteints de fièvre typhoïde : il avait infecté le puits avec l’eau duquel il lavait ses pots et ses bouteilles : chez ses clients il eut 50 cas de fièvre typhoïde.)
Citons comme autre voie de contamination : le coupage au moment de la préparation du biberon avec de l’eau non bouillie ; le lavage des récipients avec de l’eau polluée, l’eau employée pour la toilette de l’enfant, les bains.
Parfois l'enfant appartient à une famille où la maladie a sévi: ces cas de typhoïdes familiales s’observent chez des nourrissons mal surveillés, le défaut de surveillance permettant une contamination directe.
Le lait, — I] constitue un mode tout à fait exceptionnel de transmission de l'infection au nourrisson bien que Heimann ait réussi à isoler du lait d’une nourrice dont l'enfant était contaminé le bacille
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d'Eberth. Gerhardt, Roger, Pehu et d’autres auteurs par contre, ont observé de nombreux nourrissons allaités par des typhiques et n'ayant pas contracté . la maladie, ils avaient le bénéfice de précautions hygiéniques d’ailleurs. Mais peut-être étaient-ils en quelque sorte immunisés car on a pu, chez certains d’entre eux, trouver une séroagglutination positive.
Les porteurs de germes. — Non seulement le nourrisson peut être infecté par un malade, mais il l’est encore quelquefois par un porteur de germe sain, agent qui constitue pour lui le danger le plus grand, car il est souvent méconnu. Ordinairement, c'est un familier de la maison, un autre enfant, la mère elle-même, le laitier trayeur trouvé à l'origine de certaines épidémies. Les mouches que l’on retrouve dans l'étiologie d’une foule d'infections peuvent conserver 24 heures le bacille typhique trouvé sur des déjections virulentes et infecter le lait.
Causes prédisposantes. — Ce sont toutes celles qui mettent le tube digestif du nourrisson en état de moindre résistance.
L’allaitement artificiel par lui-même en est une des plus importantes,les troubles gastro-intestinaux, l’athrepsie offrent un terrain tout préparé à l’infection et la rendent plus sévère. Û
L'âge à une influence importante : la fièvre typhoïde est d'autant plus rare que l'enfant est plus jeune.
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L'influence saisonnière est moins Inette. Certains auteurs ont observé cependant une plus grande fréquence pendant la période estivo-automnale.
Fréquence. — Elle est encore assez difficile à préciser : niée à l'origine, puis considérée comme rare La typhoïde du ler âge, bien définie par un sérodiagnostic à taux élevé se révèle aujourd'hui fréquente. $
« Beaucoup de médecins, disait Codet de Gassicourt ne savent pas encore assez que la fièvre typhoïde est une maladie de tous les âges et qu'elle peut
attaquer même les plus jeunes enfants, ou plutôt
s'ils le savent théoriquement ils l’oublient dans la pratique et ils hésitent devant leur propre pensée uniquement parce qu’ils sont devant un enfant au berceau. Bien des fois j'ai été appelé en consultation par des confrères fort instruits pour cet unique motif et lorsque je leur faisais remarquer que tous les signes de la maladie étaient évidents : Sans doute me répondaient-ils, mais l'enfant est si jeune, je n’osais pas y croire. » | Il est donc nécessaire pour s'orienter non sur un. diagnostic d'impression comme chez l'adulte, mais
sur l’analyse très serrée des symptômes qui seule,
conduira au diagnostic.