‹ Les malheurs d'un amant heureux, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 13 sur 47 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les Précédents, M. DE TORIGNI ,

HORTENSE

BONNEVAL

Eh ! le voilà, ce cher ami...

TORIGNI.

Mon cher Bonneval... vous ne nous en voulez pas de venir ainsi chez vous en passant , sans façon et en ménage... car je vous présente ma femme... vous ne saviez peut-être pas que j'étais marié?... (Edouard s'approche de madame et de M. de Torigni, qu'il salue. )

BONNEVAL

Non , vraiment...

•Edouard. Bonneval, Thémine, Henriette.

MALH. D UN IMU'T HRUREVX.

rouir, m '.

Depuis deux ans, et une jolie femme, je m'en vante... Que voulez vous? vieux soldat de Bonaparte, j'ai fait mon chemin, j'ai eu dn> grades, des dotations... j'ai été fait baron... comme tout le monde.

AIR : Voulant par ses œuvres complètes.

Aussi, je me disais sans cesse,

i)e mon nom soutenant l'éclat,

A quelqu'un il faut (jueje laisse

Mes ecus et mon majorai!

Et dans une telle alliance

.Te ne me suis pas, Dieu merci !

Décidé comme un étourdi ,

Car voilà trente ans que j'y pense !

Et comme j'en avais soixante-deux, il était temps...

BONNEVAL

Et, comme on dit, vous n'avez pas perdu pour attendre...

TORIGNI, montrant sa femme.

Non, certes... un peu jeune... un peu vive... un peu étourdie... quelquefois même inconséquente...

HORTENSE

Je vous remercie, monsieur...

TORIGNI.

Du reste, un cœur excellent... et une tête... c'est elle qui mène toute la maison , à comment cer par moi... et cependant, vous le savez, je ne suis pas tendre...

HORTENSE

Ah! vous êtes bien modeste... vous pourriez dire colère... jaloux.

TORIGNI.

Et même brutal , j'en conviens... Au moindre soupçon, je brise tout, et il y a des moments où je la tuerais... mais, cela passé... je redeviens... le meilleur enfant du monde... et le mari le plus galant...

HORTENSE

Oui, la galanterie.de l'empire...

TORIGNI, s'avancant.

Que vois-je?... Monsieur de Thémine... en ces lieux... (Thémine salue madame de Torigni , quiluirend froidement son salut.) Surcroit de plaisir... (A Bonneval.) Mon cher ami, voilà le plus aimable homme qui existe**...

HENRIETTE

Vraiment!

TORIGNI.

C'est à son crédit que je dois le commandement de ce de'partement; et quand tant d'autres se vantent de ce qu'ils ne font pas... lui ne m'a jamais rien dit d'un pareil service...

THÉMINE.

Ne parlons pas de cela, général.

* Edouard, Bonneval , Torigni, Hortense, Henriette, Thémine.

** Edouard, Bonneval, Torigni. Hortense, Thémine. Henriette.

TORIGNI.

CVast au ministère seulement que je l'ai appris...

HENRIETTE

Ali ! <pie c'est bien à lui !...

TORIGNI, à Hortense.

Et lu ne le remercies pas comme moi ?...

Je n'en vois pas la nécessité... si c'est au crédit de monsieur que je dois un exil dans les départements... moi qui n'aime que Paris...

les bals... les spectacles...

TORIGNI.

Nous irons chaque hiver passer deux mois dans la capitale... je l'ai obtenu...

HORTENSE

A la bonne heure... vous, au moins, vous êtes aimable... mais il n'y a pas de la faute de monsieur, et je lui demanderai toujours de quel droit il se mêle de protéger les gens qui ne réclament pas sa protection...

THÉMINE.

Je suis désolé, madame, d'avoir mérité votre ressentiment...

TORIGNI.

Elle vous pardonnera...

THÉMINE.

Je l'espère du moins...

HORTENSE

Et je l'espère, dans votre bouche, veut dire : J'en suis sûr... Eh bien, c'est ce qui vous trompe... car il y a en vous, monsieur, une intrépidité de bonne opinion que je ne puis souffrir... (A Torigni qui fait un geste.) Oh! n'ayez pas peur... il le sait bien... je ne lui apprends rien de nouveau... toutes les femmes le craignent ou le flattent... moi, je lui dis toujours la vérité... aussi nous sommes ennemis déclarés, ce qui n'empêche pas de se voir : et, puisque nous retournons à Paris, quand viendrezvous me demander à dîner?...

TORIGNI.

Oui, pour faire la paix...

HORTENSE

Un mardi ou un samedi... mon jour de loge aux Italiens... le général les déteste, vous m'y mènerez... mais rancune tenante!...

THÉMINE.

Je l'entends bien ainsi... la guerre m'offre tant d'avantages !...

HORTENSE

Et comment cela?...

THÉMINE.

Être votre ennemi... c'est un moyen de me distinguer... je suis sûr d'être le seul... tandis qu'autrement!...

HORTENSE

Ah! que c'est fade!...

BONNEVAL, bas à Edouard.

En voilà une du moins qui ne l'aime pas!. .

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