‹ Les malheurs d'un amant heureuxChapitre 7 sur 25 · J.E8 MALHEURS · texte numérisé non relu

J.E8 MALHEURS

sance, avec cette férocité qui se platt à voir couler le sang d'un frère, ou d'un ami, dont le seul crime est de ne se pas . . ranger du parti des assassins. En vérité il y a de quoi dégoûter d f une vertu qui peut se trouver au milieu de fent dt vices, et il me -semble qu'on ne lui doit pas plus de respect qu'à une honnête femme qu'on rencontrerait dans un mauvais lieu. **

— Soit; mais c'est encore une bonne fortune assez rare, pour qu'on en profite sans ingratitude.

— Vous verrez que sa présence chassera tout, le monde d'ici. "

— J'en serais fâchée, car je ne la sacrifierais è celle de personne (1).

— Et pourtant elle Vous est bien désagréable.

— J'en conviens ; mais l'idée de l'avoir parfois détourné d'une méchante action, et l'espérance de le ramener à de meilleurs principes, me font supporter assez patiemment sa conversation. D'abord j'ai l'air de convenir avec lui que l'excès du patriotisme légitime tout : ce premier point accordé, j'essaie de lui prouver que rien ne ressemble moins au vrai patriotisme que cette rage d'égalié qui fauchait toutes les têtes que la naissance ouïe mérite élevaient au-dessus des autres» Je lui ai déjà fait avouer, dans notre dernier entretien, qu'on avait été un peu trop loin, et je suis convaincue que si l'on pouvait lui garantir la possession de sa place, il parlerait déjà de ses remords.

Gustave, plus touché du motif qui portait sa mère à bien accueillir le citoyen Robertin , que de l'espoir de sa conversion prochaine, promit de ne voir en lui que le conservateur de ce qu'il possédait de plus cher au monde, et de le dé fendre à ce titre contretoûs ceux qui l'attaqueraient.

(1) U faut dire, à la gloire des ci-dovant nobles de cette époque, que les preuves d'une semblable leconnaissance étaient alors fort communes. I^s amis du feu duc de L"" savaient tous qu'en acceptant son dîner, ifs s'exposaient à rencontrer un certain cordonnier, ex-jacobin, qui avait tous les jours son couvert mis à la table du duc de IT*% et cela dans un temps ofr l'on pouvait déjà être aussi impunément ingrat que dAns celui-ci.

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Gastave avait prédit juste. Dès qu'on fut informa dans le voisinage de l'arrivée de ce bienfaiteur terroriste, personne n'approcha du château. Le curé seul, ayant appris les obligations de la famille et des amis de madame de Révanne envers cet homme, voulait à toute force venir le remercier ; mais la marquise, ne croyant pas ranimai assez apprivoisé pour livrer à sa discrétion une si bonne proie, fit conju* rer M. Deschamps dé se renfermer chez lui jusqu'au moment où le citoyen Robertjn retournerait à Paris.

Nous étions à la veille de ce jour très-généralement désiré, lorsqu'à sept heures du soir, eu revenant de conduire mademoiselle Louise chez une de ses amies, je fus accosté par un paysan dont l'accueil et le geste auraient pu m'effrayer, si, malgré l'obscurité, je ne Pavais vu trembler lui-même de tous ses membres, en me demandant s'il n'y aurait pas moyen de parlersans témoin à la citoyenne de Révanne. Ce titre de citoyenne dont la mode commençait à se passer, et l'effort qu'avait paru se faire cet homme, en le prononçant, me fit soupçonner quelque mystère. Je suis curieux, même un peu romanesque, et prévoyant déjà quelque aventure, je rendis grâce au hasard qui avait conduit ce paysan vers moi plutôt que vers tout autre. La manière dont je lui répondis lui inspira le même sentiment : car, me voyant disposé à le servir de mon mieux dans ce qu'il désirait, il bénit le ciel de l'avoir adressé à un si bon garçon. 11 n'était pas facile de le faire entrer dans le château sans être vu de personne. C'est pourtant ce qu'il voulait avant tout, et ce qui m'obligea à le faire passer par une grille duparc et à l'amener par cent détours jusqu'à l'appartement de mon maître, où il me conjura de l'enfermer sous clef, afin que qui que ce soit ne vînt l'y surprendre. On présume bien que pour lui avoir donné une semblable retraite, il fallait que j'eusse deviné à plusieurs indices que ce paysan, couvert d'une méchante veste et crotté jusqu'à la ceinture, méritait les égards dus à un homme comme il faut. Il m'avait chargé d'engager, sous un prétexte quelconque, madame de Révanne à sortir du salon, avant de lui dire qu'une personne fort connue d'elle l'attendait chez son fils* Je remplis la commission avec tout le succès pos«

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