MADAME DE FLEUR VILLE
Comment! vous ne vous battiez pas? Toi tu te nais le bras de Sophie, et Madeleine tenait Paul par la jambe.
CAMILLE
C'était pour les empêcher de.... de jouer
trop fort.
MADAME DE FLEURviLLE, avec uïi demi-sourire . Jouer ! tu appelles cela jouer !
MADAME DE RÉ AN
Je vois que c'est Sophie et Paul qui se seront disputés comme à l'ordinaire ; Camille et Madeleine aur:;it voulu les empêcher de se battre. J'ai deviné, n'est-ce pas, ma petite Camille? CAMILLE, bien bas et rougissant.
Oui, madame.
MADAME d'aUBERT.
N'êtes-vous pas honteux, monsieur Paul, de vous co duire ainsi? A propos de rien vous vous fâchez, vc is v^tes prêt à vous battre....
PAUL
Ce n'est pas à propos de rien, maman; Sophie a voulu nous faire boire un thé tellement détestable que nous avons eu mal au cœur en le goûtant, et, quand nous nous sommes plaints, elle nous a dit que nous étions trop difficiles. »
Mme de Réan prit le pot à la crème, le sentit, y
goûta du bout de la langue, fit une grimace de dégoût et dit à Sophie :
« Où avez-vous pris cette horreur de prétendue crème, mademoiselle?
SOPHIE, la tête baissée et très honteuse.
Je l'ai faite, maman.
MADAME DE RÉ AN
Vous l'avez faite! et avec quoi?... Répondez.
SOPHIE, de même. Avec le blanc à argenterie et l'eau du chien.
MADAME DE RÉAN
Et votre thé, qu'est-ce que c'était?
SOPHIE, de même.
Des feuilles de trèfle et de l'eau du chien. MADAME DE RÉAN, examinant le sticrier.
Voilà un joli régal pour vos amies ! De l'eau sale, de la craie! Vous commencez bien vos quatre ans, mademoiselle : en désobéissant quand je vous avais défendu de faire du thé^ en voulant faire avaler à vos amies un soi-disant xhé dégoûtant, et en vous battant avec votre cousin. Je reprends votre ménage, pour vous empêcher de recommencer, et je vous aurais envoyée dîner dans votre chambre, si je ne craignais de gâter le plaisir de vos petites amies, qui sont si bonnes qu'elles souffriraient de votre punition. »
Les mamans s'en allèrent en riant malgré ellc^s du ridicule régal inventé par Sophie. Les enfants restèrent seuls; Paul et Sophie, honteux de leur bataille, n'osaient pas se regarder. Camille et Ma-
deleine les embrassèrent, les consolèrent et tâchèrent de les réconcilier. Sophie embrassa Paul, leur demanda pardon à tous, et tout fut oublié. On courut au jardin, où on attrapa huit superbes papillons, que Paul mit dans une boîte qui avait un couvercle de verre. Le reste de l'après-midi se passa à arranger la boite, pour que les papillons fussent bien logés; on leur mit de Fherbe, des fleurs, des gouttes d'eau sucrée, des fraises, des cerises. Quand le soir vint, et que chacun put partir, Paul emporta la boîte aux papillons, à la prière de Sophie, de Camille et de Madeleine, qui voyaient qu'il en avait envie.