Famille CASTORIDJE, Castors
Formule dentaire. — /'. ^^ m. ^^— ^
Les animaux de cette famille se distinguent par une forte taille, un corps lourd et vigoureux ; leurs membres antérieurs sont munis de cinq doigts adaptés pour creuser le sol et pour saisir fortement les objets ; les doigts pos-^ térieurs, également au nombre de cinq, sont unis entre eux par une peau membraneuse ; la queue est très forte, très aplatie en forme de rame et écailleuse ; les oreilles sont courtes ; la clavicule est persistante ; les incisives sont saillantes et très fortes, pouvant servir à ronger le bois le plus dur ; elles repoussent fortement à mesure -qu'elles s'usent ; les molaires sont à couronnes plates.
Les Castors sont pourvus de deux sacs glanduleux qui sécrètent une matière grasse, à odeur forte, peu agréable, au goût acre et de couleur rougeâtre ; elle est connue sous le nom de castorcum^ -et on l'emploie en médecine.
Les organes génitaux dans les deux sexes aboutissent au rectum, de sorte qu'il n'y a qu'une seule ouverture commune à l'extérieur.
Cette famille est peu nombreuse en espèces, et son parcours géographique ne s'étend qu'à l'Améque septentrionale et au nord de l'ancien continent.
Genre CASTOR, Linné.
• Mêmes caractères que ceux de la famille.
Castor canadensis, Kuhl.
I<e Castor du Canada.
Corps épais, massif, plus gros en arrière qu'en avant; pieds courts, surtout ceux de devant. Pelage épais, d'un brun roux, plus foncé en dessus. Longueur, 30 ; queue, 19.
Le Castor était autrefois très commun et se rencontrait dans toute l'Amérique du Nord, depuis le Mexique jusqu'aux extrêmes limites du bois au nord ; mais la chasse à outrance qu'on lui a faite de tout temps pour sa fourrure, en a énormément diminué le nombre, et l'a même fait disparaître totale, ment de plusieurs localités du Canada, comme de la république voisine. Une autre cause qui contribue aussi, pour une large part, à son extinction graduelle ainsi qu'à celle de tous nos animaux des bois, est la disparition petit à petit de nos forêts. Toutefois cet animal est encore assez commun dans certaines parties boisées de la province.
Les Castors sont des animaux nocturnes et sociables ; ils vivent en famille dans des cabanes qu'ils construisent au bord des cours d'eau. Ils érigent aussi des écluses qui, de tout temps, ont fait l'admiration des personnes qui les ont vues.
Lorsqu'une colonie de Castors a choisi un cours d'eau sur le bord duquel elle peut ériger ime cabane et trouver en même temps des matériaux pour la construction d'une écluse, afin de donner
Fig. 10. — Les Castors chez eux.
à l'eau une plus grande profondeur et un niveau plus égal, chacun se met à l'œu''Te. Des arbres variant de cinq à huit pouces de diamètre et quelquefois beaucoup plus, sont rongés à la base et lorsqu'ils sont tombés, en quelques coups de dents ils détachent les branches du tronc. Puis ce dernier est divisé en bûchettes de quatre à six pieds de longueur, transportées ensuite à l'eau oîi elles sont implantées Tune à côté de l'autre, dans des trous creusés à cet effet dans le lit de la rivière. Les Castors y transportent ensuite des branches d'arbres, de la boue, des feuilles, de la mousse, qu'ils accumulent et durcissent avec leurs pattes et leur queue, de telle sorte que la digue atteint souvent à la base une épaisseur de douze pieds. Elle s'épaissit encore par l'accumulation de la terre et des matières végétales que l'eau y transporte, ainsi que par les branches qui y prennent souvent racine et poussent des rameaux. Si un accident survient à la digue, celle-ci est réparée la nuit suivante, car les Castors ne travaillent que la nuit.
Il arrive quelquefois que les Castors se contentent de jeter un ou quelques arbres à travers le courant lorsque les deux rives sont assez rapprochées, puis ils comblent les vides au moyen de branches, de boue, etc. Lorsqu'une colonie se fixe sur les bords d'un lac, elle ne construit pas de digue, puisque la nappe d'eau lui offre un niveau et une profondeur suffisants. Il en est de même pour ceux qui vivent isolément.
Quand le travail de la digue est terminé, chaque famille s'occupe de la construction d'une cabane assez spacieuse pour la contenir, c'est sur une des rives en amont de l'écluse qu'elle sera érigée ; elle est souvent située si près de l'eau qu'une partie de sa base se trouve submergée. Cette cabane est construite avec des morceaux de bois, des branches, de la mousse et de la boue, et offre ordinairement l'apparence d'un four ; elle est assez résistante pour braver la pluie et les vents les plus impétueux.
Sous cette hutte, une ou plusieurs galeries obliques sont creusées et s'ouvrent sous l'eau, de sorte que ces animaux sont en communication constante avec l'élément qui est en quelque sorte toute leur vie. Cette cabane peut atteindre une hauteur de quatre à huit pieds et un diamètre de neuf à douze pieds. Elle est assez spacieuse pour contenir un couple avec quelques petits ; il est rare qu'on en trouve un plus grand nombre réunis dans la même retraite.
Chaque Castor occupe un lit sur lequel il vient se reposer et dormir ; il est fait d'herbes sèches ou plus souvent de l'écorce fibreuse d'arbres rendue très molle par le froissement. Ces lits sont placés les uns à côté des autres et disposés en cercle près des parois intérieures de la cabane, le centre étant laissé libre.
Quelques auteurs prétendent que les cabanes de Castors sont souvent construites au-dessus de l'eau. Elles sont alors bâties sur une espèce de pilotis, et
sont divisées en deux compartiments : l'un, entièrement sous Peau, contient les amas de provisions pour l'hiver, et l'autre, situé au-dessus du niveau de l'eau, communique au dehors par un trou, et à l'eau par un autre orifice percé au centre de la cabane.
Il ne faut pas croire que les cabanes de Castors, pas plus que leurs digues, sont construites avec symétrie, d'après un plan uniforme ; au contraire, tous les matériaux qui entrent dans leurs constructions sont entassés pêle-mêle, sans ordre, et n'offrent de régularité que juste ce qu'il faut pour que le but soit atteint. C'est là tout ce qu'ils demandent et tout ce qu'ils sont capables de faire.
Les Castors sont des animaux très propres et très actifs en même tem.ps. Ils vont souvent visiter leurs digues afin de s'assurer que tout est dans l'ordre, ou pour réparer les accidents qu'elles peuvent avoir éprouvés. Cependant il arrive qu'il se rencontre des individus qui ne veulent point travailler ; ils sont alors chassés, dit-on, sans merci du domicile commun. Voici ce que nous dit Audubon à ce sujet :
« C'est un fait singulier, dit notre trappeur, que parmi les Castors il y en a qui sont paresseux et ne veulent pas travailler du tout, soit pour aider à construire des cabanes, des digues, ou pour abattre des arbres pour la provision d'hiver. Ceux qui sont laborieux battent ces paresseux et les forcent à s'éloigner, leur rongeant parfois une portion de la queue ou les blessant sur une partie quelconque du corps.
« Ces Castors paresseux sont plus faciles à prendre au piège que les autres, et les trappeurs les manquent rarement. Ils ne creusent qu'un seul trou, qui origine sous l'eau, pour se diriger obliquement vers la surface du sol, ayant ainsi une longueur de vingt-cinq à trente pieds. Lorsqu'ils ont faim, ils sortent de ce trou pour chercher de la nourriture et y retournent avec le bois qu'ils se sont procuré, pour en manger l'écorce.
« Ils ne font jamais de digues ; ils habitent quelquefois cinq ou sept ensemble, et ce sont tous des mâles. Il n'est pas du tout improbable que ces infortunés animaux ont, comme dans le cas des mâles de bien d'autres espèces d'animaux, été entraînés à se battre avec d'autres de leur sexe, et qu'après avoir été vaincus et chassés de leur demeure commune, ils sont devenus oisifs par nécessité. Les Castors laborieux, au contraire, vivent ensemble, mâles, femelles et jeunes. » (i)
Le Castor est un animal très farouche en mêiye temps que très prudent ; lorsqu'il nage, il ne laisse hors de l'eau que la partie supérieure de la tête et le museau, le corps étant complètement submergé. Les pattes de derrière seules lui servent pour nager, il utilise celles de devant pour le transport de ses matériaux. Lorsqu'il est surpris, il frappe l'eau de sa queue, dont le bruit peut être entendu à une distance considérable, puis il disparaît sous l'eau, et
(i) Audubon, Ouairupeds qf N.'^A., Vol i., p. 352. (5)
avec lui tous ceux qui se trouvent dans les alentours. Cet animal n'a pas beaucoup d'ennemis à redouter, à part l'homme, car ses dents sont des armes terribles qu'il sait utiliser au besoin.
Le Castor se nourrit de l'écorce de divers arbres et arbustes, entr'autres du bouleau, du peuplier et du saule ; il affectionne aussi les racines de certaines plantes aquatiques, comme celles des nénuphars qui croisent dans nos lacs. Il s'amasse pour l'hiver des provisions de branches grosses et petites, des espèces d'arbres ci-haut mentionnées, qu'il accumule sous l'eau, à proximité ou dans sa cabane, et dont il ronge l'écorce à loisir durant l'hiver.
i ( La femelle met bas en avril ou mai de trois ou quatre petits. Le Castor prend quelques années avant d'atteindre son entier accroissement.
On le capture au moyen de pièges tendus sous l'eau avec des branches de peuplier ou de bouleau comme appâts, et dans cette circonstance il se noie ; mais si on lui tend des pièges sur le sol, et s'il s'y prend par une patte, presque toujours il la coupe avec ses dents pour recouvrer sa liberté, |^
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Formule dentaire. — ï ^-^ ; ;«. ^Z-^
La molaire antérieure de la mâchoire supérieure disparaît souvent ; le tibia et le péroné sont toujours distincts; les membres antérieurs sont terminés par quatre doigts, plus un pouce rudimentaire ; les postérieurs par cinq doigts; le front est large et aplati ; les yeux sont saillants et vifs ; la queue est assez longue, toujours velue et souvent touffue.
A Texception des Polatouches, tous sont diurnes ; leur nourriture consiste principalement en fruits durs, tels que noix, faînes, noisettes, céréales ; quelques-uns cependant vivent d'herbes ; la plupart sont armés d'ongles forts et acérés ; ceux-là grimpent avec prestesse et passent leur vie sur les arbres, ne descendant à terre que rarement ; d'autres demeurent constamment sur le sol et habitent des terriers.
Les espèces arboricoles sont, sans contredit, les plus gaies et les plus agiles de tous les Mammifères.