‹ Les mammifères de la province de QuébecChapitre 49 sur 97 · Famille BALiENID^. Baleines · texte numérisé non relu

Famille BALiENID^. Baleines

Tête très grosse ; évents séparés ; bouche largement fendue ; mâchoires dépourvues de dents ; la supérieure est munie de chaque côté d'une rangée de nomljreux fanons, implantés verticalement et disposés à peu de distance entre eux, se terminant en franges ; yeux très petits placés tout près de l'angle de la bouche.

Quoique ces animaux soient, pour la plupart, d'une taille énorme, ils ne se nourrissent cependant que de petites espèces marines, telles que petits

(ij Brehm. Les Mammifères, Vol. 2, pp, 849-850.

poissons, méduses, mollusques, crustacés, etc., leur œsophage, très étroit, ne leur permettant pas l'entrée de plus grandes espèces.

Lorsque la Baleine veut assouvir sa faim, elle s'avance, la bouche ouverte, au milieu des bandes de petits poissons ou d'invertébrés ; puis lorsqu'elle a fait une provision suffisante de ces animaux, elle referme la bouche et avale sa proie, après avoir chassé l'eau à travers les espaces qui séparent les fanons. Elle recommence ainsi le même manège jusqu'à ce qu'elle soit rassasiée.

La pêche des grands cétacés de cette famille ainsi que de celle du cachalot, fait l'objet d'un commerce important, et bon nombre de personnes sont intéressées chaque année dans cette industrie si dangereuse et qui pourtant n'est pas toujours productive, car il arrive parfois que cette pêche manque complètement, et les pêcheurs malheureux en sont alors pour la perte de leur temps et de leur argent.

Ce sont surtout les grandes espèces que l'on chasse d'ordinaire, soit pour l'huile qui est plus abondante, soit pour les fanons qui ont une plus grande valeur. On les préfère encore aux petites espèces parce que celles-ci, grâce à leur faible taille, et douées d'une grande souplesse et d'une grande rapidité de mouvements, sont d'une capture encore plus difficile et plus dangereuse.

Une courte description d'une expédition de chasse à la Baleine, qui est la même que pour le cachalot,

ne se lira pas sans intérêt. Je l'emprunte de Brelim : « Quand les navires sont arrivés dans les parages que fréquentent les baleines, ils croisent ou se mettent à l'ancre, explorant continuellement l'horizon tout autour d'eux. Le cri de la vigie " un souffleur ! " émeut tout l'équipage. On met à la mer des canots parfaitement équipés, montés par six ou huit vigoureux rameurs, un pilote et un harponneur, et tous se dirigent rapidement et silencieusement vers la baleine. Le harpon est un fer acéré, très pointu^ muni d'un crochet et attaché à une corde très longue et très flexible ; celle-ci est enroulée à une bobine placée à l'avant du canot. En approchant de l'animal, on redouble de prudence, et lorsqu'on est arrivé tout auprès, le harponneur lance son harpon sur le colosse. Au même instant, les rameurs se penchent sur leurs avirons, pour éloigner le plus rapidement possible le canot du voisinage de l'animal blessé.

(( Ordinairement la baleine plonge au fond de l'eau, en dévidant la corde avec une telle rapidité qu'on est obligé de la mouiller pour qu'elle ne prenne point feu. ]Mais bientôt sa fuite est moins rapide, elle nage plus lentement, et les pêcheurs peuvent la suivre. Souvent aussi ils sont entraînés loin de leur navire par une baleine harponnée, à plusieurs heures, à une demi-journée même. Cependant le colosse, après la prem.ière attaque, n'est jamais plus d'un quart d'heure à reparaître à la surface de l'eau pour respirer. Abordée de nouveau, elle reçoit un

second harpon. On ne pourrait, dit un témoin oculaire, imaginer un spectacle plus horrible. La baleine effrayée se roule dans les vagues ; dans son agonie, elle bondit hors de Peau, la mer est couverte de sang et d'écume. L'animal disparaît, un tourbillon indique la place où il a plongé ; il revient à la surface, mais c'est pour recevoir une nouvelle blessure mortelle ; de quelque côté qu'il se dirige, un nouveau fer s'enfonce dans son corps. En vain redouble-t-il d'énergie, en vain fait-il bouillonner l'eau autour de lui ; un tremblement a saisi son corps monstrueux ; on dirait Vulcain ébranlant les montagnes. Il a perdu tout son sang, il se couche sur le flanc, ballotté par les vagues. » (i)

Lorsque la Baleine est morte, des chaloupes la remorquent jusqu'au navire ; là on enlève le lard par lanières que l'on fait immédiatement fondre pour en extraire l'huile qui est mise en quarts ; on détache les fanons, et, si c'est un cachalot, on recueille le spermaceti de sa tête, puis on abandonne la carcasse aux oiseaux de mer, aux ours blancs ou autres animaux marins.

Il peut arriver quelquefois que le canot soit submergé, si la corde ne se déroule pas assez vite, de même si le colosse se trouve trop près de l'embarcation, il peut, d'un coup de sa formidable queue, faire sauter hommes et barque à plusieurs pieds audessus des flots ou bien les submerger.

(i) Brehin, Les Mammifères. Vol. 2, p. 860.

Comme on le voit, cette pêche offre toujours de graves dangers, mais l'appât du gain fait fermer les yeux aux baleiniers et leur fait oublier les périls auxquels ils s'exposent.

C'est ordinairement au printemps, en mai, juin et même en juillet que se font les expéditions de pêche à la Baleine franche dans les régions du nord. L'endroit le plus propice pour harponner la Baleine est en arrière de la nageoire pectorale, d'abord parce que la peau y est plus mince et ensuite parce qu'on a plus de chance de pénétrer jusque dans les poumons, le foie ou le cœur. A cause des grands dangers qui accompagnent généralement le harponnage à la main, on a cherché à le remplacer par des balles explosives ou par le harpon lancé par un mousquet. Mais ces diverses tentatives ont eu si peu de succès qu'on en est revenu au harponnage à la main qui donne plus de satisfaction.

Page 1