Vulpes pennsylvanicus, (Boddaert
Le Renard roux.
Pelage de couleur fauve ou d'un brun roux vif et lustré, un peu plus foncé sur le dos et blanchissant sous le ventre, la gorge et l'extrémité de la queue ; le devant de la poitrine est gris ; le dessus des oreilles et la partie antérieure des pattes sont noirs, Longueur, 30 ; queue, 15.
On distingue deux variétés chez le Renard roux : l'une que l'on appelle Renard croisé, var. deciissatus^ (Desm.), porte une large bande de couleur foncée ou d'un brun noirâtre sur le cou et le dos, dans le sens de la longueur, et une autre de même teinte.
qui la traverse à l'endroit des épaules ; les parties inférieures ainsi que les pattes, sont noires. La seconde, le Renard argenté ou noir, var. argentatus^ (Shaw), est de couleur noire avec le bout de la queue blanc. On voit souvent chez eux des individus dont la robe est plus ou moins parsemée de poils d'un gris argenté.
Fiof. 31. — I,e Renard roux.
On rencontre parfois des pelages intermédiaires entre ces deux variétés et celui du Renard roux.
Le Renard roux habite l'Amérique septentrionale, depuis le nord jusqu'au Texas.
Notre Renard offre une ressemblance frappante avec le renard vulgaire de Tancien continent, et il n'est peut-être pas illogique, comme le pensent certains auteurs, de supposer que cet animal, ainsi que le loup, le castor et quelques autres habitants du nord des deux continents, aient eu primitivement une origine commune et que dans la suite, en se répandant vers le sud, leur taille comme leur pelage, se soient quelque peu modifiés sous les influences climatériques.
Depuis très longtemps le Renard jouit d'une réputation de finesse qui a été redite sur tous les tons, et de fait, il n'y a peut-être pas un animal plus défiant, plus rusé et plus fécond en ressources. « Il est fameux, dit Buffon, par ses ruses et mérite sa réputation ; ce que le loup fait par la force, il le fait par adresse, et réussit plus souvent ; il emploie plus d'esprit que de mouvement, ses ressources semblent être en lui-même, ce sont comme l'on sait, celles qui manquent le moins. Fin autant que circonspect, ingénieux et prudent, même jusqu'à la patience, il varie sa conduite, il a des moyens de réserve qu'il sait n'employer qu'à propos. » (i)
Le Renard a des habitudes nocturnes, il faut que la faim le presse beaucoup pour le décider à chasser durant le jour ; il préfère plutôt se reposer de ses courses de nuit, dans d'épais fourrés à proximité de sa retraite, ou dormir dans son terrier ; il arrive
(i) Bufïon. Œuvres compl. Bruxelles, 1856, Vol. 7, p. 27.
•quelquefois qu'on le surprend couché dans des endroits découverts, se chauffant au soleil.
C'est ordinairement à la tombée de la nuit que ce maraudeur se met en quête de proies ; il parcourt sans bruit les buissons, les haies, les petites touffes de bois, rôde dans les champs ou dans la forêt avec l'espoir de surprendre quelques petits rongeurs nocturnes ou une perdrix sur ses oeufs, ou bien encore de petits oiseaux qui dorment sur les branches inférieures des arbres ; dès qu'il a aperçu ou flairé une proie, il s'en approche avec prudence et s'en empare avant même que celle-ci ait pu soupçonner la présence de son ravisseur.
Sa nourriture habituelle consiste en souris, mulots, lièvres et autres petits mammifères dont il sait très bien découvrir la retraite, guidé en cela par les sens excessivement développés chez lui de la vue, de l'odorat et de l'ouïe, qui le servent aussi bien dans la recherche de sa nourriture que pour éviter un danger. Il mange aussi des grenouilles, des insectes et autres invertébrés, mais il ne touche que très rarement aux animaux morts ; il en est de même d'un appât qu'on lui tend : il n'y touchera qu'après l'avoir flairé plusieurs fois, et s'il soupçonne quelque chose d'anormal, il le laissera plutôt pour courir à une autre proie.
I i C'est particulièrement près des habitations, lorsqu'elles sont à proximité de sa demeure, qu'il aime à rôder, cherchant là des proies plus sûres et plus faciles à capturer, car il évite toujours de se mesurer
avec un animal de sa taille et capable de lui résister ; toutefois, s'il arrive qu'il soit obligé de se défendre contre des^ animaux plus forts que lui, il le fait avec beaucoup de courage et d'acharnement. C'est un grand destructeur de volailles ou autres petits animaux de basse-cour et si, dans ses courses nocturnes, le chant matinal d'un coq vient frapper son oreille, il se dirige de suite et avec précaution vers l'endroit d'où lui viennent ces sons, puis il fait le tour du poulailler ou de la grange, cherchant un passage pour pénétrer à l'intérieur, et s'il y a un trou, on peut être certain qu'il le trouvera, dût-il passer le reste de la nuit à le chercher. Si le passage est trop étroit, il l'agrandira ou se fera petit pour se glisser à l'intérieur, et une fois qu'il y est entré, il égorgera toute la gent emplumée, puis il transportera une à une ses victim.es et les cachera à différents endroits dans la forêt, près de son gîte, pour se repaître de leur chair lorsqu'il aura faim.
Le Renard ne tue pas, à l'exemple des belettes, pour le seul plaisir de tuer, mais seulement par prévoyance et dans l'unique but de s'assurer une nourriture qu'il utilisera plus tard. Souvent aussi il se contente d'une seule proie qu'il saisit au passage pour la dévorer à loisir en lieu sûr, sauf à revenir au même endroit le lendemain ou quelques jours plus tard, se mettre à l'affût pour s'emparer d'une autre victime, car si rien ne le dérange il détruira ainsi petit à petit tous les oiseaux d'une basse-cour. Rien n'égale sa patience, il peut attendre
pendant des heures, tapi dans sa cachette, suivant des yeux tous les mouvements de sa victime, attendant l'occasion de s'en emparer ; ou bien il se traîne le long d'une haie, se glisse derrière un buisson, un tronc d'arbre, puis, parvenu à proximité, il s'élance sur sa proie et l'emporte dans le bois pour la dévorer à loisir.
Audubon parlant de la manière de chasser du renard gris, dit que le Renard roux emploie les mêmes moyens.
«Par une journée pluvieuse et froide, dit-il, lorsque nous voyagions dans les Carolines, ayant vu dans un champ de genêt, un renard gris courant contre le vent et chassant comme un chien d'arrêt, nous nous arrêtâmes pour observer ses mouvements ; soudain l'animal s'assit sur son train de derrière, puis aussitôt il continua de nouveau à marcher, mais plus doucement et avec précaution, de temps en temps élevant le nez et sentant de côté et d'autre. Enfin, il sembla sûr de sa proie, avança en ligne droite et très doucement, se traînant parfois à terre ; de temps à autre il se trouvait caché par les herbes, de sorte que nous ne pouvions pas le voir bien distinctement. Cependant nous le vîmes s'arrêter enfin complètement ; il ne faisait aucun mouvement horizontal de la queue comme le fait le chat domestique lorsqu'il se prépare à s'élancer sur sa proie, mais sa queue semblait toucher la terre tandis que ses oreilles étaient couchées en arrière et sa tête élevée de quelques pouces de terre ; il demeura dans
cette attitude presque une demi-minute, puis d'un bond il s'élança sur sa proie. A l'instant même nous entendîmes des battements d'ailes d'une couvée d'oiseaux effrayés, comme s'ils s'envolaient avec beaucoup de précipitation ; deux ou trois cris perçants se firent entendre, et l'heureux maraudeur s'enfuit immédiatement à travers le champ avec une infortunée perdrix dans la gueule, dans l'intention évidente de chercher un endroit plus solitaire pour faire son friand repas. » Puis le même auteur, continuant, fait la réflexion suivante : •« Nous avions un fusil et le renard passa à portée ; mais pourquoi le blesser ou le tuer ? Il nous a mis à même, pour la première fois, de constater qu'il n'est pas seulement un chien, mais aussi un bon chien d'arrêt ; il a obéi à une impulsion de la nature, et il s'est procuré un repas suivant le moyen dont le Créateur l'a doué pour pourvoir à sa subsistance. Il a saisi une seule perdrix ; tandis que l'homme qui se vengerait sur ce voleur de gibier, n'est satisfait qu'après avoir tué la moitié de la couvée avec son fusil meurtrier, ou avoir capturé toute la couvée dans une trappe, puis lui avoir tordu le cou en signe de triomphe. Ne condamnez pas trop vite le Renard : il a une dent carnassière beaucoup plus prononcée que vousmêmes, faisant voir par là le genre de nourriture qu'il est obligé de chercher ; il ne détruit pas les oiseaux pour le plaisir de tuer et n'exhibe pas à ses compagnons les trophées de son adresse ; mais il se contente d'un repas, tandis que vous n'êtes peut-
^tre pas satisfaits, lors même que votre gibecière est remplie d'oiseaux. » (i)
Le Renard vit dans un terrier profond, à plusieurs issues, qu'il creuse le plus souvent à la lisière du bois, dans les taillis, et dont l'entrée principale se trouve presque toujours située sous des troncs d'arbres ou à travers des tas de roches ; mais toujours sur un sol en pente afin d'éviter les inondations et l'humidité.
Le Renard se chasse de différentes manières : en le tuant au fusil à l'affût, en l'appâtant avec de la chair empoisonnée, ou encore au piège. Mais cet animal est si fin et son flair est si subtil, qu'il faut toute la tactique d'un habile chasseur pour s'en emparer. L'hiver est le meilleur temps pour lui faire la chasse, parce qu'alors la nourriture est beaucoup plus rare qu'en été, et il donne plus facilement dans les pièges qu'on lui tend.
La femelle met bas dans son terrier de quatre à six petits, de bonne heure au printemps. Les jeunes ont un poil laineux d'un gris roux pâle. Pris jeune, le Renard s'apprivoise facilement, il joue même avec son maître si celui-ci s'occupe beaucoup de lui.