Vulpes lagopus, Linné
I/e Renard arctique.
Le Renard arctique a les oreilles courtes et arrondies ; la queue très touffue ; le pelage, qui varie, est ordinairement brun ou gris de plomb en été, et entièrement blanc
(i) Audubon. Quadrttpeds of N. A. Vol. i. p. 16=
en hiver, pour la plupart. Sa taille est plus petite que celle du précédent.
Cet animal habite les régions arctiques des deux continents, et, en Amérique, il émigré au sud jusqu'au 53e degré de latitude ; on l'a même vu en hiver en grand nombre jusque sur la côte du Labrador.
Le Renard arctique que l'on nomme aussi Renard bleu et Renard blanc^ diffère de l'espèce précédente par sa forme, ainsi que par ses habitudes ; ses pattes sont courtes ; son museau est obtus, et son pelage est plus fourni.
Ses oreilles courtes et rondes le feraient prendre, à première vue, pour un petit chien plutôt que pour un renard.
Ses habitudes, dont il est l'esclave, sont aussi différentes. Tandis que le renard roux est farouche, difficile à capturer, fin, sachant profiter de son expérience pour éviter un danger ou pour se procurer une proie, le Renard arctique, au contraire, est sot et importun ; il se fera tuer à coups de bâton ; il retournera de nouveau dans les mêmes pièges, les mêmes embûches d'où il se sera échappé une première fois ; et s'il faut en croire les récits de certains voyageurs, on aurait même fait feu sept fois, à la brunante, sur un individu qui suivait des chasseurs, avant qu'il songeât à changer de direction.
Le navigateur Steller rapporte que, lors de son séjour à la terre de Behring, ces animaux étaient
d'une audace incroyable, qu'ils pénétraient dans leurs habitations, dévoraient ou enlevaient, pour les cacher dans la terre ou dans la neige, suivant le cas, tous les objets qu'ils rencontraient, alors même que ces objets ne leur étaient d'aucune utilité, et que rien ne pouvait être placé en dehors de leur atteinte ; ils grimpaient sur leurs cabanes, sur des tonneaux ou autres endroits élevés pour en dérober les provisions de bouche, et cela avec un ttl art que tout d'abord Steller ne songeait pas même à les accuser de rapine. Ils étaient sur pied aussi bien le jour que la nuit.
Fig. 32. — Le Renard arctique.
Lorsque Steller et ses gens dormaient en plein air, les Renards venaient les flairer pour s'assurer s'ils vivaient, et lorsqu'ils retenaient leur respiration, ils essayaient de les mordre à la figure. Armés
de couteaux ou de bâtons, ils allaient se placer près d'un cadavre de phoque ou autre animal que la mer rejetait sur le rivage et aussitôt que les Renards en flairaient les émanations, ils arrivaient en grand nombre pour les manger. Alors avec ces armes ils les tuaient tous sans qu'aucun prit la fuite. « Nous creusions un trou, dit-il, dans lequel nous jetions de la viande ; à peine avions-nous les talons tournés, que déjà le trou était plein de renards qu'il nous était facile d'assommer à coups de bâton. Nous ne tenions aucun compte de leur belle fourrure, nous ne les dépouillions même pas, cependant nous étions avec eux en guerre continuelle comme avec nos plus grand ennemis. Tous les matins, nous traînions par la queue, devant la caserne, sur la place d'exécution, ceux que nous avions pris vivants ; aux uns, on leur coupait la tête, aux autres on leur brisait les membres, à d'autres encore on leur crevait les yeux, ou bien on les pendait deux à deux par les pieds, et ils se mordaient alors l'un l'autre jusqu'à la mort ; on brûlait les uns, on faisait périr les autres à coups de fouet. Le plus amusant était d'en tenir un par la queue, et de la lui couper tandis qu'il tirait de toutes ses forces pour se sauver, il faisait alors quelques pas et tournait plus de vingt fois en rond. Cela ne ne les éloignait cependant pas de nos habitations, et finalement on en vit dans l'île un grand nombre sans queue, ou courant sur deux ou trois pattes. » (i)
(1) Brehm. Les Mammifères. Vol. i. pp. 525-526.
Cette manière cruelle et barbare de martyriser ainsi de pauvres animaux, trouve encore trop souvent des imitateurs.
Comme ces Renards se trouvaient là en si grand nombre, ils devaient nécessairement souffrir beaucoup du manque de nourriture dans ces parages inhospitaliers, et c'était sans doute l'extrême besoin qui les rendait si audacieux et si tenaces à se procurer de la nourriture.
Voici ce que nous dit encore le capitaine Lyons sur les mœurs de cet animal. « Le Renard arctique est un animal extrêmement propre, faisant bien attention de ne pas salir l'endroit où il mange et oii il couche. Il n'exhale aucune mauvaise odeur, même chez le mâle, ce qui est un fait remarquable. Surprendre un de ces animaux est, dans mon opinion, chose impossible ; car même lorsqu'ils dorment, au moindre bruit fait près deux, ils ouvrent les yeux, quoique toutefois ils ne fassent pas attention aux bruits produits à une faible distance. D'ordinaire, ils se reposent le jour, pendant lequel ils semblent inattentifs ; mais à peine la nuit arrive-t-elle que toutes leurs facultés sont éveillées, ils commencent leurs jeux et vont rapidement de côté et d'autre, cherchant leur nourriture, et restent en activité jusqu'au matin. Ils sont muets lorsqu'ils chassent, mais lorsqu'on les réduit en captivité ou quand ils sont en colère, ils font entendre de courts grognements semblables à ceux des jeunes chiens. Un fait singulier à constater chez eux, c'est leur gla-
pissement qui est modulé de manière à nous donner l'idée que l'animal est à distance, tandis qu'au mo* ment même, il est couché à nos pieds. » (i)
La femelle met bas vers le mois de mai de sept ou huit petits.