Genre CANIS, Linné
La tête et le museau forment un cône tronqué au bout et assez régulier ; la pupille est de forme circulaire ; les incisives supérieures sont lobées des deux côtés ; la queue, de longueur moyenne, est touffue ; dents, quarante en tout.
Canis nubilus, Say.
I<e I/OUp ordinaire.
Pelage variable, ordinairement gris, plus ou moins foncé suivant les individus ; mélangé de roux, plus clair en dessous et plus foncé sur la ligne dorsale que sur les côtés du corps. Les poils du dessus du cou, du garrot et de la queue sont plus allongés que sur le reste du corps ; le devant des pattes antérieures et les moustaches sont noirâtres ; la queue est mélangée de blanc, de noir et roux ferrugineux ; les yeux sont verdâtres. Longueur, 4 pieds r queue, 15 pouces.
Le Loup habitait autrefois l'Amérique du Nord, depuis le golfe du Mexique jusqu'aux régions arctiques ; mais la guerre acharnée qu'on lui a faite et les déboisements successifs des forêts, l'ont fait disparaître entièrement d'un bon nombre de localités ;. toutefois on le rencontre encore plus ou moins nombreux dans plusieurs parties des Etats-Unis du nord,
(i) Canadian Nat. & GeoL, Vol. i, p. 224.
Fig- 33.— Groupe de I^oups.
de l'ouest, sur le versant des Montagnes-Rocheuses, etc., ainsi que dans l'ouest canadien, la Baied'Hudson, le Labrador, la vallée de l'Outaouais, et dans quelques endroits des provinces maritimes. Quoiqu'il soit disparu depuis longtemps de l'est de la province au sud du fleuve, on signale pourtant à de rares intervalles, la présence de quelques individus écartés dans ces parages qu'ils fréquentaient autrefois en grand nombre. Ainsi, il y a à peine une quinzaine d'années, un Loup a été tué dans une paroisse non loin de Québec, où il avait déjà montré son savoir faire parmi les troupeaux de moutons.
Plusieurs opinions ont été émises au sujet du degré de parenté de notre Loup avec celui d'Europe. Les uns étaient d'avis qu'ils appartenaient tous deux à une même espèce ; les autres, que l'espèce américaine n'était qu'une variété ; d'autres encore en ont fait deux espèces distinctes basées sur certaines différences anatomiques.
Il est certain toutefois que le Loup d'Amérique offre beaucoup de ressemblance avec celui de l'ancien continent ; il a la même forme, la même aspect et il est au moins d'égale taille que son congénère. Il en a aussi les mêmes mœurs ; il est fin et rusé, et pour le moins aussi lâche et aussi sanguinaire que lui. Il déploie le même acharnement dans la poursuite de sa proie. S'il pénètre dans une bergerie, il peut mettre à mort une dizaine de moutons dans une seule nuit, sans même toucher à la chair de ces animaux, s'abreuvant uniquement de leur
sang, tandis que un ou deux auraient suffi pour apaiser sa faim ; car il est reconnu que le Loup consomme beaucoup d'aliments dans un seul repas. Il se gorge tellement de chair que souvent il est incapable de fuir, et peut alors être tué à coups de bâton.
Xe Loup, qui ressemble beaucoup au chien, son implacable ennemi, par sa forme aussi bien que par ses sens très développés de l'odorat et de l'ouïe, est loin pourtant d'avoir les m!mes qualités que ce fidèle ami de l'homme. Tous les auteurs s'accordent à nous le représenter comme un animal lâche, fuyant devant l'homme et même devant des animaux plus faibles que lui, agissant plutôt de ruse et de finesse pour se procurer sa nourriture, que de vive force et ouvertement. Il suivra sa proie longtemps à pas de loup, comme on dit, épiant tous ses mouvements, choisissant le moment favorable pour s'élancer sur elle. Mais il est démontré aussi que, lorsque la faim le presse trop vivement, le courage lui revient, et c'est alors qu'il se montre véritablement dangereux. Avec une audace incroyable, il peut attaquer l'homme comme il poursuit avec fureur les grands mammifères.
Toutefois ses attaques contre l'homme, en Amérique, sont rares ; les Loups trouvent toujours assez de nourriture dans les perdrix et autres oiseaux, les lièvres et les petits mammifères de toutes sortes, ainsi que dans le chevreuil qu'ils poursuivent à outrance, sans qu'ils songent à troubler l'homme
qu'ils évitent, différant en cela de ceux de l'ancien continent. Cependant on cite le cas d'un nommé Cloutier, homme très fort, qui fut autrefois dévoré par un troupeau de Loups dans les environs de Hull. On a constaté, en retrouvant les os épars de cet homme,qu'il avait tué, en se défendant, quatorze loups, qui eux aussi avaient été dévorés par les survivants. Audubon cite le cas de deux nègres demeurant sur les bords de l'Ohio, qui furent attaqués un soir par une meute de Loups que la faim rendait furieux. Après une lutte acharnée, l'un des deux nègres succomba, et l'autre ne trouva son salut qu'en grimpant sur un arbre qui se trouvait à cet endroit. Il y passa la nuit et le lendemain matin, il vit les restes de son malheureux ami rongés et dispersés sur la neige, où gisaient également les cadavres de trois Loups.
Dès qu'une bande de Loups a flairé un cerf, ils se lancent en hurlant à sa poursuite, et le pauvre animal, après une course furibonde, sent bientôt les forces lui manquer, et finit enfin par succomber, devenant ainsi la proie de ces féroces carnassiers, qui le dévorent sur le champ. Si le cerf se trouve à proximité d'un lac ou d'une grande rivière, il se lance tout de suite à l'eau, traverse de l'autre côté, ou se cache dans les joncs ; par ce subterfuge, il réussit souvent à mettre ses ennemis en déroute. Pendant l'hiver, le chevreuil a encore beaucoup moins de chance de se soustraire à la poursuite de ses agresseurs, car si la neige est molle, il y enfonce
et est bientôt rendu aux abois ; de même encore, si une forte couche de glace recouvre la neige : il glisse en essayant de fuir sur cette surface polie, et dans ces deux cas, il devient, pour ses ennemis, une proie facile à capturer.
M. W. P. Lett, vieux trappeur, qui croit que le Ivoup est au moins aussi fin que le renard, nous raconte qu'un jour ayant pris un Loup au piège, il essaya par divers moyens, d'exciter sa colère, et jamais il ne put le faire crier ni gronder, ni même tenter de le mordre. L'animal se couchait à terre, la tête entre les pattes de devant ; mais lorsque M. Lett s'éloignait quelque peu il se levait sur ses jambes, et quand il s'en approchait, le Loup se couchait de nouveau ; il semblait être très craintif, et timide. Liais il était trop rusé pour montrer de la férocité, tel que l'aurait fait un pécan. un lynx, une marte, ou autre carnassier. De ce qu'il voyait il vint à la conclusion que s'il eut eu une corde, il aurait pu facilement l'emmener chez lui, en la lui passant autour du cou comme on fait pour un chien. Tout de même, il résolut de l'emmener vivant, et il détacha la chaîne qui fixait le piège à terre ; le Loup se leva et suivit au bout de cette chaîne pendant un quart de mille, jusqu'au moment où Mr. Lett tomba accidentellement, les pieds embarrassés dans une racine d'arbre. Connaissant d'avance les mœurs des Loups, il se retourna immédiatement vers son captif, avant même de se lever debout ; il le vit les yeux étincellants et se disposant à s'élancer sur lui.
Mais du moment qu'il rencontra le regard de son maître, il se coucha de suite. Alors Mr. Lett l'assomma à coups de bâton. Il savait depuis longtemps qu'il était dangereux de tomber à terre même en présence d'un Loup apprivoisé, (i)
On peut longtemps voyager dans les bois fréquentés par les Loups sans en rencontrer un seul ; leur flair est si subtil et leur oreille est si fine qu'ils s'aperçoivent de l'approche de l'homme bien avant que ce dernier puisse les voir ou les entendre.
Les Loups, dit encore M. Lett, ne creusent pas de terrier, ils dorment en plein air, ou dans des crevasses de rochers ; cependant Sir John Richardson dit qu'ils se creusent un terrier, qu'il en a vu, et que la femelle y élève même ses petits, qui sont au nombre de quatre à huit ou neuf. Le même auteur ajoute que le Loup poursuit les renards comme il suit aussi les troupeaux de buffles pour en attaquer les jeunes veaux ou les individus malades. Il a également vu un Loup donner la chasse à un caribou et finir par l'atteindre ; il aurait fait un excel. lent repas si à ce moment, un Indien ne fût sorti de sa cachette, du bord d'un lac oii il se trouvait, pour s'emparer du caribou exténué par la fatigue, et lui trancher la gorge. Le Loup, à son grand désappointement fut obligé de retraiter. (2)
Afin de compléter l'histoire des mœurs du Loup, je citerai encore ce qu'en dit M. A. Dickson : « Le
(1) Ottawa naturalist. Vol. 4. p. 81.
(2) Richardson. Fauna Boreali Americana. Vol. I, p. 64.
Loup canadien est féroce et poltron, avec une disposition telle qu'il tuera tout un troupeau de moutons pour la seule satisfaction de rassasier sa soif de sang, lorsque un ou deux auraient sufïi à ses besoins. J'ai toujours trouvé les Loups les plus lâches de tous les animaux ; lorsqu'ils sont pris au piège ou blessés au fusil, ou encore acculés dans un coin,, d'oii ils ne pouvaient s'échapper, je les ai invaria, blement tués avec un bâton, ou une hachette, sans qu'ils fissent de résistance. Il est vrai que je les ai vus se montrer audacieux lorsque étant en bande et ayant capturé un chevreuil, j'ai essayé de les chasser de là ; néanmoins j'ai toujours réussi en tirant un coup de fusil au milieu d'eux. Ils sont fréquemment tués sur la route lorsque, par faiblesse, ils sont incapables de marcher sur la neige épaisse et molle. Ils se gorgent quelquefois sur un chevreuil à tel point qu'ils ne peuvent offrir de résistance et on peut également les tuer.
« Les Loups détruisent beaucoup de chevreuils ; ils les chassent seuls ou en troupeaux, aussi bien en été qu'en hiver. Lorsque le chevreuil est poursuivi, il se jette à l'eau, s'il en trouve, car il a plus de chance d'échapper aux poursuites du Loup puisqu'il nage plus vite et avec plus de facilité ; le Loup perd ordinairement un peu de temps avant de retrouver la piste du chevreuil lorsqu'il atteint la rive opposée, puisqu'il nage presque toujours en remontant ou en descendant le courant, au lieu de traverser en ligne droite. Quelquefois même le
chevreuil revient sur la rive d'où il est parti, mettant ainsi le Loup hors de sa piste, et si de grandes herbes émergent de Peau, il s'y cachera souvent, ne laissant voir que sa tête hors de l'eau. Dans cette circonstance, le Loup en est uniquement pour sa course. Mais en hiver, lorsque le chevreuil court sur la glace vive, il glisse et tombe presque à chaque pas ; le Loup l'atteint facilement et la chasse est alors plus courte.
« Si le chevreuil gagne un rapide suffisamment creux pour s'y maintenir debout en touchant le fond et pouvoir y marcher, mais trop profond pour que le Loup puisse faire la même chose, les chances sont qu'un vieux mâle peut tuer un Loup en le frappant avec ses pattes de devant. J'ai perdu de cette manière un bon nombre de chiens. Dans cette circonstance le chevreuil montre beaucoup de tact, soit en frappant son ennemi, soit en sautant de coté, laissant le Loup se faire entraîner par le courant.
" En hiver, lorsque la neige est abondante et qu'il n'y a pas de couche de glace suffisante pour supporter les Loups, ils meurent de faim en grand nombre. » (i)
Audubon nous raconte un fait étonnant sur la lâcheté du Loup :
Un soir, alors qu'il voyageait entre Henderson et Vincennes, il s'arrêta pour passer la nuit dans une ferme, et après quelques minutes de conversation avec le fermier « qui me demanda, dit-il, si je voulais
(i) Canadian Nat. & GeoL, Vol. i. p. 211.
aller avec lui rendre visite à quelques fosses à loups qu'il avait établies à environ un demi-mille de chez lui. J'accédai bien volontiers à sa proposition et le suivis, à travers champs, jusque sur la lisière d'un bois épais oii j'aperçus bientôt les engins de destruction. Les fosses, au nombre de trois, à quelques centaines de mètres l'une de l'autre, et pouvant avoir huit pieds de profondeur, étaient plus larges d'en bas, de manière qu'une fois tombé dedans, aucun animal ne pût s'en échapper. L'ouverture était couverte d'une plate-forme à bascule, construite de branchages et fixée à un axe central qui formait pivot. Dessus, on avait attaché un gros morceau de venaison corrompue, dont les exhalaisons, peu flatteuses pour mon odorat, étaient cependant propres à attirer les loups. Mon hôte était venu les visiter ce soir-là, simplement parce qu'il avait l'habitude de le faire chaque jour, pour s'assurer que rien n'était dérangé. Il me dit que les loups abondaient, cet automne, et lui avaient mangé presque tous ses moutons et l'un de- ses poulains, mais qu'il s'apprêtait à le leur faire payer cher ; il ajouta que si je voulais tarder de quelques heures, le lendemain matin, il promettait de me procurer une partie de plaisir telle qu'on en voit rarement dans le pays. Sur ce, nous rentrâmes à la ferme, et après une nuit employée à bien dormir, nous étions, le lendemain, debout avec l'aurore.
'' Je crois que tout va à souhait, dit mon hôte, car les chiens me paraissent impatients de partir. Ce
ne sont pourtant que de pauvres chiens de berger ; mais leur nez n'en est pas pour cela plus mauvais. Effectivement, en le voyant prendre son fusil, sa hache et un grand couteau, ils se mirent à hurler de joie et à gambader autour de nous. — A la première fosse, nous trouvâmes l'appât enlevé et toute la plate-forme bouleversée : l'animal s'était pris, mais à force de gratter, il était parvenu à se creuser un passage souterrain par où il avait pu s'échapper. Le fermier alla regarder dans l'autre . . . x\h ! ah ! s'écria-t-il, il paraît que nous avons là-dedans trois camarades, et de la belle espèce, je vous en réponds. J'avançai la tête et je vis les loups, deux noirs, le troisième roussâtre, et tous, pour siir, d'une taille respectable. Ils étaient étendus à plat par terre, les oreilles couchées, et leurs yeux manifestant plus de frayeur que de colère. — Maintenant, dis-je, comment faire pour mettre la main dessus ? — Comment, monsieur ? mais probablement en descendant dans la fosse oii nous leur couperons le nerf du jarret. Un peu novice en ces matières, je demandai au fermier la permission de rester simple spectateur. — A votre aise, me répondit-il, demeurez ici et regardezmoi faire à travers les broussailles. Ce disant, il se laissa glisser en bas, après s'être armé de sa hache et de son couteau, tandis que je gardais la carabine. C'était pitié de voir la couardise des loups. Il leur tira, l'une après l'autre, les jambes de derrière, et d'un coup de son couteau, leur trancha le principal tendon au-dessus du joint. Il y allait d'un air aussi
tranquille que s'il se fût agi de marquer des agneaux. — Ah ! s'écria-t-il, quand il fut remonté, nous avons oublié la corde ; je cours la chercher ! Et il partit vif et léger, comme un jeune homme. Bientôt il était de retour, essoufflé, tout en nage, et s'essuyant le front du revers de sa main. A présent, en besogne. Moi, je dus relever et maintenir la plate- forme, pendant que lui, avec la dextérité d'un Indien, jetait la corde et passait un nœud coulant au cou de l'un des loups. Nous le hissâmes en haut, complètement immobile, comme mort de peur, ses jambes, désormais sans mouvement et sans vie, ballottant çà et là contre les parois du trou, sa gueule toute grande ouverte, et indiquant, par le seul râle de sa gorge, qu'il respirait encore. Une fois qu'il fut étendu sur le sol, le fermier défit la corde au moyen d'un bâton, et l'abandonna aux chiens, qui tous se ruèrent dessus et l'étranglèrent. Le second fut traité sans plus de cérémonie ; mais le troisième, le plus noir et qui sans doute était le plus vieux, montra moins de stupidité, du moment qu'on l'eût détaché et qu'il se vit à la merci des chiens. C'était une femelle, comme nous le reconnûmes après, et quoique n'ayant l'usage que de ses jambes de devant, elle s'en servit pour fuir et batailler avec un courage que nous ne pouvions nous empêcher de juger digne d'un meilleur sort. Elle se défendit en effet vaillamment, donnant de droite et de gauche un coup de dent au premier chien assez hardi pour l'approcher, et qui s'en retournait avec cela, braillant et
piteux, en lui laissant toute une gueulée de sa peau. Enfin, elle fit tant et si bien, que le fermier, de peur qu'elle ne s'échappât, lui envoya une balle à travers le] cœur. Alors les chiens se jetèrent dessus, et assouvirent leur vengeance dans le sang de la maudite bête qui avait ravagé le troupeau de leur maître. » (i)
On chasse le Loup au fusil, on lui tend des pièges ou trappes ou encore on se sert du poison pour s'en débarrasser.
On distingue plusieurs variétés du Loup, basées sur la couleur de son pelage. Ces variétés ne se rencontrent point dans la province.