‹ Les mammifères de la province de Québec [microforme]Chapitre 75 sur 84 · Putorius cicognani, (BONAPARTE · texte numérisé non relu

Putorius cicognani, (BONAPARTE

La petite Belette.

Coloration à Peu près semblable à celle de la précédente, d'un brun roux en dessus, et blanc Pur en dessous, rare. ment teinté de jaune; la queue est déliée, cylindrique

avec l'extrémité à peine noirâtre. Longueur, 6 à 8; queue, 2.

On assigne à cette petite espèce, comme sphère d'habitation, le nord de l'Amérique septentrionale, au sud, jusqu'au Long Island, et le Dr Coues dit qu'elle se voit depuis le nord des Etats-Unis vers Je nord, ainsi que dans le nord de l’Europe et de l'Asie,

Cette Belette a à Peu près les mêmes mœurs que la précédente. DeKay et Audubon nous disent

Faute de Connaissances suffisantes de cette Belette À par des auteurs américains, je citerai ce qu'en dit Un naturaliste européen, M, Bell, qui a étudié les

mœurs de cette espèce. « Je ne voudrais pas certifier, dit cet auteur, que la Belette, pressée par la faim, ne s’attaquera pas avec audace aux volailles, ou dans l’occasion, qu'elle ne s'emparera pas d’un jeune lièvre ou d’une perdrix endormie, mais sa Proie ordinaire consiste en animaux d’une nature plus humble, ce qui est prouvé par des observations constantes, Souris de toutes espèces, campagnols terrestres et aquatiques, rats, taupes et petits oiseaux font sa nourriture ordinaire,

« D’après des rapports ‘d’observateurs non préjugés, il paraîtrait que ce joli petit animal devrait être protégé comme destructeur de vermine, plutôt que d’être exterminé comme déprédateur nuisible, Mais Surtout il ne devrait päs être molesté dans les granges, les greniers et les amas de gerbes de grain, où il rend de grands services eu détruisant des colonies de souris qui les infestent. Ceux-là seulement qui ont été témoins du nombre prodigieux de ces petites pestes qu’on trouve surtout dans les tas de gerbes de blé, et qui ont vu de quelle manière l'inté. rieur en est troué dans toutes les directions par leurs galeries, peuvent Comprendre toute l'étendue de leurs déprédations, et sûrement le vol d’occasion d’un poulet ou d’un petit canard, même en supposaut qu’on pourrait l’attribuer à la Belette plus souvent qu’on ne le peut réellement, ne serait qu'une bagatelle comparée au bénéfice qu'on en retire par la destruction de ces multitudes de petits voleurs. « La Beleite grimpe sur les arbres avec une graude

facilité ; elle surprend les oiseaux dans leurs nids, enlève les jeunes, ou mange les œufs, On a prétendu qu’elle attaquait et détruisait les petites couleuvres, mais je crois que ceci est erroné. J'en ai fait l'expérience en mettant une Belette avec une couleuvre ordinaire, dans une grande cage, dans laquelle la Première pouvait se retirer daus une petite boîte où elle avait l’habitude de dormir. La crainte mutuelle des deux animaux les tint à une distance respectueuse l’un de l’autre. Néanmoins, la couleuvre montrait tout autant de disposition à attaquer que son fort compagnon ; la Belette donnait de temps à autre de légers Coups de dents à la coulcuvre, soit sur un côté du nez, soit sur l’autre, sans trop la blesser et sans aucun désir évident de s'en nourrir, Enfin après les avoir laissés ainsi pendant deux ou trois heures ensemble, voyant qu’en définitive ils Paraissaient indifférents l'un à l’autre, je pris le Pauvre serpent et le tuai.

« La conduite de Ja Belette fut bien différente lorsque je mis une souris dans sa Cage : elle sortit à l'instant de sa petite boîte et d’un seu] coup de dents sur la tête, elle fit jaillir la cervelle de la souris, la faisant mourir à l'instant, sans qu’elle fit aucune résistance. J'ai remarqué que quand la Belette s'empare d’un petit animal, au moment où elle inflige la blessure fatale, elle exerce avec Son corps long et souple, une pression sur sa proie, comme pour s’en assurer, dans le cas où le Premier coup de dents

n'aurait pas réussi ; incident que je n'avais encore jamais remarqué.

“La faculté qu'a Belette d'incliner la tête à angle droit avec son cou long et flexible, quoique fort, lui est d’un grand avantage dans son mode de tuer de petites proies. Elle prend aussi fréquemment cette position lorsqu'elle s'élève sur ses pattes de derrière pour regarder autour d'elle,

« L’habitude qu’on a attribuée à la Belette de sucer le sang de sa victime est, je crois, beaucoup exagérée ; quelques personnes ont nié l'existence d’un tel penchant, et suivant moi, en autant que j'ai pu le constater, mes expériences tendraient à confirmer cette réfutation de la croyance générale. Le premier coup est donné sur la tête ; dans les cas ordinaires, les dents pénètrent dans le cerveau, et le premier acte d’épicurisme de la Belette est de manger toute la cervelle ; la carcasse est alors cachée près de son domicile, afin de pouvoir la retrouver au besoin ; mais il arrive souvent qu’une partie de cette carcasse demeure là jusqu’à ce qu’elle commence à se putréfer.

« La Belette poursuit sa proie avec facilité, dans les petits trous et à travers les herbes épaisses des buissons et des haies ; elle poursuit la taupe et la souris des champs jusque dans leurs galeries souterraines ; elle passe à travers les dédales que font, dans les meules de blé, les colonies de souris qui les infestent.

«Son corps allongé et souple, la longueur extra-

ordinaire de son cou, son pelage serré, son extrême agilité et la vitesse de ses mouvements, tout est combiné pour s'adapter à de telles habitudes, aux- Quelles son flair aide beaucoup, qualité qu’elle partage à un égal degré avec l'hermine.

“ Voilà pourquoi, en Poursuivant un rat ou une souris, la Belette ne le poursuit pas seulement aussi longtemps qu’elle le voit, mais elle continue encore à le poursuivre lors même qu’il est disparu de sa vue, élevant quelque peu la tête au-dessus du sol Pour suivre la trace de la proie qu’elle convoite, Vient-elle à perdre sa trace, elle retourne au point Où elle l'a perdue, elle cherche en flairant dans les environs jusqu’à ce qu'elle la retrouve, et ainsi, à force de persévérance, elle finira par rejoindre un anima: d'une plus grande vitesse qu’elle, Mais <eci n’est pas tout ; dans la tenacité qu’elle déploie à la poursuite de sa proie, elle n’hésitera pas à se lancer à l’eau, car elle nage avec facilité.

« Néanmoins elle est quelquefois la proie de l’épervier. Mais le fait suivant démontre que la violence et la rapine, même quand elles sont accompagnées d’une force supérieure, ne sont pas toujours légal de l’ingénuité d'un ennemi inférieur. Un individu du nom de Pinder, résidant alors à Bloxworth, dans le Dorsetshire, parcourant à cheval ses terres, vit, à une petite distance de lui, un milan se lancer à terre sur quelqu’objet, et s'envoler avec cet objet dans ses serres. Cependant, quelques minutes après, le milan commença à manifester des signes d’inquié-

tude, s'élevant rapidement dans l'air ou s'abaissantavec la même vitesse, tournoyant d’une manière irrégulière, Sssayant en même temps avec ses pattes. à se débarrasser de quelque chose de désagréable, Après une lutte courte mais vigoureuse, le milan.

quitter le milan et s'enfuir en Courant, sans blessure apparente, laissant l'oiseau mott, avec un trou dans. les chairs, sous l'aile. » \(x)

Un autre fait analogue, raconté par John Franklin, fut constaté en Ecosse par des cultivateurs, qui virent un aigle tenant une Belette dans ses serres, s'élever dans l'espace ; mais bientôt après ils remarquèrent. que l'oiseau agitait ses ailes d’une manière inaccoutumée. Ils continuèrent à l'observer jusqu’à ce qu’ils l'eurent perdu de Vue ;'peu après, il le virent des. cendre avec vitesse vers la terre frappant l'air de ses ailes avec des mouvements rapides et irréguliers :: Puis s’affaissant sur le sol, près des observateurs. qui, curieux de savoir ce qui se passait, se rendirent auprès de l'oiseau-qui venait de rendre le dernier soupir. Au même moment ils virent une Belette se dresser sur ses pattes de derrière, les regarder, puis. tout à coup quitter l'oiseau et se sauver dans un. buisson voisin. La Belette avait réussi à s’échapperdes serres de l'oiseau, et lui avait fait une profonde. blessure an Cou, d’où le sang jaillissait encore.

(&) Bell, Ass. @ British Juadrupeds, pp. 142-145.

tie

La femelle met au monde de quatre ou cinq petits, qu’elle dépose dans un nid tapissé d'herbes et de feuilles desséchées ; ce nid est ordinairement situé. dans un tronc d'arbre creux, dans un trou creusé en terre ou sous des racines d'arbres. On dit qu'elle met bas deux ou trois fois dans l’année.

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