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Les Mammifères sont la dernière et la plus importante classe des Vertébrés. Us nous intéressent entre tous, parce qu'ils nous fournissent les animaux auxiliaires les plus utiles pour notre nourriture, pour nos travaux, pour les soins de notre industrie.
On reconnaît au premier coup d'œil un animal de cette classe, car ses signes extérieurs et caractéristiques sont nombreux.
Seuls, parmi les Vertébrés, ces animaux portent, comme leur nom Tindique, des mamelles, qui sont situées soit à la poitrine, soit au ventre, et au moyen desquelles ils allaitent leurs petits. Le nombre des mamelles est, en général, en rapport avec le nombre des petits dont se compose chaque portée.
La plupart des Mammifères sont couverts de poils. Cependant quelques-uns ont la peau lisse : tels sont la baleine et le marsouin.
La taille des Mammifères est extrêmement variée. L'échelle de grandeur va de Téléphant jusqu'à la souris.
Quoique moins brillantque les plumes des oiseaux et les écailles des poissons, le pelage des Mammifères offre des teintes très-agréables. Mais rien ne varie davantage que la nature particulière de ce pelage. Il suffit de rappeler, comme type de ces différences, le poil des bêtes fauves, les soies du cochon ou du sanglier, les piquants des hérissons et la laine du mouton.
La couleur de ce même pelage varie beaucoup moins. Ce sont
presque toujours des modifications du blanc au noir, du brun roux au jaunâtre.
En général, les poils des Mammifères tombent vers le printemps ou Fautomme, et sont alors remplacés par de nouveaux : c'est ce que Ton appelle la mue. Les écailles, les ongles, les cornes, que portent certains Mammifères, ne sont produits que par le rapprochement extrême du bulbe des poils, dont les filaments cornés se soudent entre eux, et composent des lames solides.
La forme générale du corps des Mammifères est déterminée par leur squelette osseux. Plus Tanimal s'élève dans Téchelle organique, plus le crâne devient saillant et plus les mâchoires et les fosses nasales s^amoindrissent.
La forme osseuse de la tète varie beaucoup chez les Mammifères.
Quelques-uns, tels que le rhinocéros, portent sur la tète, ou sur le nez, certains appendices. Ces appendices ne résultent quelquefois que de la soudure des bulbes des poils, et sont des dépendances de la peau ; tel est le cas de la corne du nez du rhinocéros. D'autres fois, les cornes sont placées sur le corps et appartiennent à Tos frontal. Tous les animaux pourvus de ces cornes à chevilles osseuses sont compris dans Tordre des Rumû nants.
Quand ces appendices tombent tous les ans et se renouvellent, on les appelle bois, comme chez le cerf. Quand ils sont creux et ne se renouvellent jamais, on les nomme cornes : on les trouve chez le bœuf, le mouton, la chèvre, etc. La forme des cornes varie beaucoup : citons en exemple la corne cylindrique du bœuf et la corne en éventail du renne.
D'autres animaux présentent dans le développement du nez une anomalie singulière. On voit chez Téléphant cet organe s'allonger considérablement, et former une trompe, qui sert à la préhension. D'autres fois, cet organe est moins allongé, moins rétractile, comme chez le tapir et plusieurs animaux insectivores, qui sont obligés de creuser la terre pour y chercher leur nourriture.
Les membres des Mammifères varient dans leur forme, suivant l'usage que doit en faire Tanimal. Presque tous les Mammifères ont quatre membres. Les Cétacés manquent de membres abdominaux, et leurs membres antérieurs sont disposés en forme de rame pour la natation.
Les organes des sens sont plus développés dans cette classe
d'animaux que dans toutes celles que nous avons étudiées jus qu'ici. Le sens du toucher, qui est presque nul chez quelques-uns, tels que le cheval et le bœuf, parce que leurs extrémités sont recouvertes par Tongle, est très-développé chez les singes. Chez ces animaux, le membre supérieur se termine par un organe de préhension qui peut se mouler en quelque sorte sur les objets et donner à la sensation du tact une délicatesse extrême.
L'appareil de la vision est, en général, plus développé chez les Mammifères à existence nocturne que chez ceux qui cherchent leur nourriture en plein jour. Quelques-uns, qui, comme la taupe, habitent les lieux souterrains, ont des yeux excessivement petits.
Très-développé chez les carnassiers, le sens de Todorat est presque nul dans les autres classes de Mammifères.
Uouïe est d'autant plus fine que Tanimal est plus craintif et plus faible. Ce sens subit d'ailleurs de grandes variations chez les Mammifères. Chez les Mammifères aquatiques, il est presque totalement aboli.
Le goût diffère également selon que les Mammifères sont herbivores, insectivores ou carnassiers.
Le système musculaire dépend de la forme et du mode de locomotion et de la longueur de TanimaL
Le système nerveux ne diffère, entre les animaux de cette classe, queparleplus ou moins de développement de certains de ses éléments anatomiques. En général, le cerveau est assez volumineux et augmente de proportions à mesure que l'animal s'élève dans l'échelle organique.
Les fonctions de nutrition s'exécutent de la même manière chez presque tous les Mammifères; aussi les organes de la digestion varient-ils fort peu dans cette grande classe.
L'orifice supérieur du tube digestif, ou la bouche^ est garni de dents, dont la forme dépend de la nourriture de l'animal.
On distingue les dents en inciulves^ caninns et molaires. Les dernières sont les plus utiles. Chez les carnassiers, elles sont tranchantes et disposées de manière à agir comme les lames d'une paire de ciseaux. Chez les herbivores, elles sont plates, avec quelques aspérités. Chez les insectivores, elles sont hérissées de petites pointes, qui s'emboîtent les unes dans les autres. Les canines, indispensables aux carnassiers pour déchirer leur proie, prennent quelquefois un développement considérable, et forment ce que Ton appelle
les défenses, chez le sanglier et d'autres animaux. Les défenses de Téléphant ne sont autre chose que les prolongements des dents canines, qui font saillie hors de la bouche. Chez la baleine, les dents sont remplacées par des lames flexibles , garnies de poils et soudées à la mâchoire : on les nomme des fanons.
L'os maxillaire supérieur, qui forme la moitié de la mâchoire» est immobile chez les Mammifères.
Pendant que les aliments sont soumis à la mastication, ils sMmbibent d'un liquide que Ton nomme salive. L'appareil qui fournit ce liquide se compose des trois glandes » /^arofic/^, sublinguale ^i sous -maxillaire, et varie de développement suivant le genre d'alimentation. Il est très-développé chez les Mammifères aquatiques.
La déglutition s'opère par le pharynx et l'œsophage, qui servept de conduit pour amener Taliment dans Testomac.
Cet organe est unique chez tous les Mammifères, à l'exception des Ruminants. Ces derniers animaux sont munis de quatre estomacs. Le premier et le plus vaste se nomme la panse; il occupe une grande partie de l'abdomen. Les aliments y séjournent peu, et passent dans le bonnet. Ce second estomac des Ruminants est une petite cavité qui se trouve en avant de la panse, et qui reçoit de ce réservoir la matière alimentaire. Après l'avoir imbibée de sucs macérateurs, il la renvoie à l'œsophage, et de là à la bouche, pour y subir une seconde mastication. Les aliments descendent ensuite dans le troisième estomac, qui a reçu le nom de feuillet, à cause des larges replis longitudinaux qui en garnissent Tintérieur. La quatrième cavité, qui est le véritable estomac, a reçu le nom de caillette^ parce qu'il n, la propriété, en raison du suc gastrique qui imbibe sa surface^ de coaguler ou de cailler le lait. Les trois premiers estomacs, la panse, le bonnet et le feuillet, communiquent avec l'œsophage, afin de permettre facilement le retour des aliments dans la bouche.
. De la caillette, les aliments franchissent une ouverture nommée pylore, et s'engagent dans les intestins. Là le bol alimentaire cède tous ses éléments nutritifs, et est enfin évacué au dehors.
La longueur de l'intestin varie chez les Mammifères selon leur genre de nourriture. Ainsi, chez les carnivores, elle n'atteint que trois ou quatre fois la longueur du corps de l'animal ; tandis que chez .les herbivores l'intestin présisnte de douze à vingt-huit fois cette longueur.
L'appareil de la circulation du sang a pour organe central le cœur, muscle creux, composé de quatre cavités : deux oreillettes et deux ventricules.
Chez tous les Mammifères la circulation du sang est double : il existe une grande et une petite circulation. Le sang veineux qui arrive de toutes les parties du corps dans l'oreillette droite du cœur, apporté par les veines caves, passe d'abord dans le ventricule droit, qui l'envoie, par l'artère pulmonaire, aux poumons. Là, il se transforme en sang artériel, c'est-à-dire qu'il absorbe l'oxygène de l'air; puis il revient à l'oreillette gauche, par les veines pulmonaires. Il passe de là dans le ventricule gauche du cœur, et est lancé dans l'artère aorte, et de là dans les autres artères, qui le distribuent dans tout le corps. De toutes les parties du corps de l'animal le sang revient ensuite à 1 oreillette droite du cœijr, par les veines, grâce à la communication qu'établit entre les veines et les artères, dans l'intimité des tissus, le réseau capillaire général.
L'appareil respiratoire occupe, chez les Mammifères, la partie supérieure de la cage osseuse formée par les côtes et le sternum. Cet appareil se compose des poumons, organes doubles suspendus des deux côtés de la poitrine et de la trachée-artère, qui met les poumons en communication avec l'air extérieur. La trachée -artère est un tuyau membraneux cylindrique, d'abord simple, qui se divise ensuite en deux parties, nommées bronches^ lesquelles viennent se perdre en une infinité de petites ramifications au milieu de la substance du poumon. Les ramifications des bronches peuvent se comparer, par leur forme, aux racines d'un arbre. Les parois des ramifications des bronches sont formées d'une membrane de texture lâche et perméable à l'air, qui permet le libre passage de l'air dans toutes les cellules du tissu pulmonaire. C'est dans ce tissu que viennent aboutir les vaisseaux capillaires qui doivQpt se rendre aux veines pulmonaires ; et c'est ainsi que le sang veineux se trouve exposé à l'action de l'oxygène, qui modifie sa nature et le transforme en sang artériel.
Le mécanisme de la respiration s'exécute au moyen de l'élévation des côtes et la contraction du diaphragme.
Le diaphragme est un muscle plat, qui sépare la cavité de l'abdomen de celle de la poitrine. Il est fixé, d'une part, à la colonne vertébrale, et de l'autre, au bas de la charpente osseuse formée par le sternum et les côtes. Lorsqu'il se contracte, il diminue le
diamètre transversal de la poitrine, en augmentant son diamètre antéro-postérieur ; alors , et par Teffet de la pression atmosphérique, Tair se précipite dans les poumons, par la bouche ou les fosses nasales, et, en suivant le conduit des bronches, va pénétrer dans toutes les cellules pulmonaires. Tel est le phénomène de Vinspiration. Ensuite, le diaphragme se relâchant, les côtes et les cellules pulmonaires, par leur élasticité, reviennent sur ellesmêmes et chassent les gaz qui les occupaient. Ce phénomène s'appelle Vexpiration, Pendant le séjour de Tair dans les ramifications du poumon, Foxygène de Tair inspiré se combine avec les éléments du sang ; de sorte que la composition du gaz qui sort des poumons est bien diflërente de celle de Tair inspiré. Le gaz chassé du poumon pendant l'expiration renferme moins d'oxygène el est chargé d'une quantité notable de gaz acide carbonique.
Les mouvements respiratoires varient beaucoup de fréquence suivant le milieu dans lequel vit le Mammifère, selon sa taille et sa vigueur.
De tous les animaux, les Mammifères sont ceux qui manifestent le plus d'intelligence ; mais cette intelligence varie beaucoup suivant les animaux. Elle est surtout appliquée à la nécessité de la conservation, à la recherche de la nourriture et à la reproduction de l'espèce. Cette faculté se manifeste également en beaucoup d'autres cas, que nous aurons à signaler avec détails dans la suite de ce volume* La nature a pourvu avec un soin admirable et une prévoyance
' infinie à tous les besoins de la vie des Mammifères. A l'animal d'un caractère doux et paisible, auquel est interdit le combat et la lutte contre des adversaires trop redoutables, elle a donné les moyens d'éviter et de fuir son ennemi. Certains sont merveilleusemenl organisés pour la course, comme le lièvre et la gazelle. D'autres se cachent dans des retraites souterraines, qui leur servent en même temps d'entrepôt, pour y conserver des provisions destinées aux jours d'hiver : tels sont le rat, la marmotte, etc. D'autres, comme le tatou, présentent à leurs adversaires une cuirasse inattaquable. Quelques-uns, redressant leur peau hérissée,
•présentent à Tennemi une forêt de piques. Il n'est pas un animal, quelque débile qu'il soit, qui n'ait ses ruses et ses moyens de défense contre les plus terribles ennemis. Sans cela, toutes ces faibles créatures auraient été bien vite anéanties.
L'homme a réduit à Tétat de^domesticité, et a plié à son obéis-* sance, pour en faire d'excellents auxiliaires de ses travaux, plusieurs races de Mammifères. Dans Tétat de domesticité, Tanimal se. transforme physiquement, et ses descendants se modiCent da* vantage encore. Nous aurons à insister particulièrement, dans ce volume, sur les habitudes et les mœurs des animaux domestiques.
La classification des Mammifères qui sera suivie dans cet ouvrage , est celle de Guvier, modifiée par les découvertes et les observations modernes. Fidèle à notre plan d'exposition, qui con siste à remonter l'échelle du perfectionnement des êtres, nou > distribuerons les Mammifères d après le degré de perfectionnemen : de leur organisme.
Nous commencerons par ces êtres singuliers qui tiennent le mi lieu entre les Oiseaux, les Poissons et les Mammifères, qui portent le nom à'Ornithorhynques^ et dont de Blainville a fait, avec raison, un ordre à part, sous le nom de Monotrèmes.
Nous étudierons ensuite les Marsupiaux^ qui présentent une anomalie d'organisation toute particulière. Les petits, au lieu de naître à l'état parfait, comme dans le reste des Mammifères, naissent inachevés, et sont conservés par la mère dans une poche spéciale, jusqu'à l'époque de leur développement complet.
Après cet ordre de Mammifères anormaux, viendra un ordre qui n'est pas sans présenter également quelque anomalie d'organisation : nous voulons parler des Mammifères marins, ou Cétacés. Différents, en cela, de la plupart des Mammifères, les Cétacés sont presque tous aquatiques, et chez la baleine, le cachalot, etc., les , membres supérieurs et inférieurs sont modifiés de manière à ne ' rappeler en rien la disposition des membres chez les'autres Mftm- ^ mifères. Toutes ces singularités de structure justifient la place (fie nous leur donnons dans l'ordre de notre distribution, fondée sur ' le perfectionnement croissant de l'organisation.
Après les Mammifères marins, nous plaçons les Amphibies, qui présentent cette particularité, d'être constitués en vue de. la double existence terrestre et aquatique.
De cette série d'ordres de Mammifères, pour ainsi dire anormaux, nous passons à des Mammifères d'une organisation plus régulière, mais qui sont loin de réaliser encore toutes les dispositions de structure des Mammifèrqs supérieurs : nous voulons parler des Pachydermes et des Ruminants^ auxquels manque le sens du
^ tact, puisque Toi^ane principal ()f ce sens, c'est-à-dire l'extrémité des membres, est souvent enfermé en partie dans une enveloppe cornée, nommée sabot.
Avec les Pachydermes et les Ruminants^ nous entrons dans un plan de structure organique déjà perfectionné, et ce caractère se prononce davantage encore à mesure que nous avançons dans rétude du reste des Mammifères. Les Édentés sont ces êtres singuliers désignés sous les noms de Paresseux et de Tatous, caractérisés par l'absence de dents incisives, et qui ont quelquefois le corps recouvert de plaques écailleuses. Mais les Carnivores^ les Rongeurs, les Insectivores^ les Chéiroptères^ ne présentent plus aucune anomalie d*organisation, et répondent exactement au type, pour ainsi dire normal, qui représente cette classe d'animaux.
Le dernier ordre des Mammifères, les Quadrumanes , renferme des êtres supérieurs , par leur organisation, au reste des animaux que nous venons de passer en revue. Ils sont pourvus, en effet, pour la plupart, d'un organe de préhension et de tact qui manque aux autres animaux ; ils ont une main, et ce caractère implique un degré d'intelligence plus élevé que dans toutes les autres classes d'animaux.
Les Quadrumanes sont le dernier échelon de la race animale. Avec eux s'arrêtent les animaux; et après eux, dans Tordre de la création perfectionnée, se place seulement THomme, être supérieur qu'il faut bien se garder de comparer, de rapprocher, d'assimiler, sous aucun rapport, à l'animal.
Le tableau suivant résume la classification des Mammifères qui sera suivie dans cet ouvrage :
i^ Ordre,' Monotrèmes ;
•''2* Ordre, Marsupiaux;
3* Ordre, Cétacés;
4* Ordre, Amphibies;
5* Ordre, Paclvyderm4s ;
6* Ordre, Ruminants;
7* Ordre, Édentés;
8* Ordre, Carnivores;
9» Ordre, Rongeurs;
10* Ordre j Insectivores ;
IV Ordre, Chéiroptères;
12* Ordre, Quadrumanes.