ORDRE DES MONOTRÈMES
Natura non facit saltm, a dit Linné, ce qui signifie, en français, qu'il existe entre tous les êtres vivants des gradations, des transitions, des passages, qui rendent très-difficile et quelquefois impossible une classification rigoureuse. Nous disions dans le volume précédent de cet ouvrage : La nature fait des transitions, les naturalistes font des divisions. C*est qu'en effet il n'existe pas chez les êtres organisés ces divisions nettement tranchées que les naturalistes ont inventées pour faciliter les études. Tout se tient, tout s'enchaîne dans la création. Les êtres passent insensiblement, sans soubresauts, de l'organisation la plus simple jusqu'à la plus complète, de la plus grossière jusqu'à la plus compliquée. La nature ménage les transitions avec un art infini ; elle adoucit, par des nuances intermédiaires, ce que pourrait avoir de trop cru l'opposition de tons très-différents. Toutes les parties du grand œuvre se fondent ainsi dans une harmonie sublime, qui remplit d'une juste admiration l'âme de l'observateur.
Nous allons trouver dans le premier ordre des Mammifères une éclatante confirmation de ces idées. Les Monotrèmes tiennent tout à la fois des Mammifères, des Oiseaux et des Reptiles. Chez les Monotrèmes, comme chez les Oiseaux, l'urine, les excréments et les produits de la génération s'évacuent par un orifice commun nommé cloaque. Le Hom de Monotrèmes, que leur a appliqué E. Geoffroy Saint-Hilaire, exprime très-bien cette particularité capitale de leur organisation : il signifie un seul trou (fAovoç, seul, TpY;uL«, trou). Toutefois ce caractère ne saurait, à lui seul, faire re. connaître les animaux dont nous nous occupons ; car il se ren-
contre également chez certains Édentés. Aussi de Blainvilie a-t-il cru devoir substituer à la dénomination précédente celle d'Omithodtlphesy voulant indiquer par là que les organes reproducteurs de ces Mammifères et la manière dont ils accomplissent leur fonction génératrice, rappellent, par différents traits, ce qui se passe chez les Oiseaux. Cependant cette expression n a pas prévalu, et nous conserverons la première dénomination pour nous conformer à Tusage.
Les Monotrèmes se rapprochent encore des Oiseaux par leur bouche, qui est dépourvue de dents, et qui se termine par une espèce de bec corné, de forme assez singulière.
Ils se rattachent aux Reptiles par la forme de leur épaule, qui présente, comme chez les Sauriens, une double clavicule.
Par tous les autres côtés, ce sont de véritables Mammifères. Ils ont des mamelles, très-rudimentaires à la vérité, mais qui sécrètent une liqueur lactée, destinée à nourrir leurs petits. Ces glandes sont privées de tétines et par conséquent peu apparentes, ce qui explique comment on a pu longtemps en nier Texistence. Les Monotrèmes sont munis de quatre membres onguiculés ; leur corps est couvert de poils, et ils possèdent des os marsupiaux, comme les animaux qui composent le second ordre des Mammifères, quoique ces os ne supportent pas, chez eux, la poche qui distingue ces derniers.
On a beaucoup discuté sur la question de savoir si les Monotrèmes sont ovipares ou vivipares. Il est bien démontré aujourd'hui qu'ils donnent naissance à des petits vivants ; mais on ne peut douter que leur mode de gestation diffère sensiblement de celui des véritables vivipares. Tous les naturalistes s'accordent à dire qu'ils ressemblent beaucoup , sous ce rapport, aux vertébrés ovovivipares, tfest-à-dire chez lesquels Téclosion de Tœuf se fait dans le sein même de la mère, par incubation intérieure et directe : tels sont la vipère parmi les Reptiles^ et parmi les Poissons, les raies et les squales.
On ne connaît *jusqu*à présent que deux familles de Monotrèmes : les Orniihorhynques et les Échidnès. La découverte de ces étranges animaux ne remonte qu'à Tannée 1792.
Les Omithorhynques et les Échidnès habitent exclusivement la Tasmanie, ou terre de Van Diémen, et l'Australie, cette contrée si remarquable par la singularité de sa faune, et dans laquelle semblent s'être conservés les types botaniques et zoologiques des