OBSERVATION I
(Recueillie dans le Service de Médecine infantile du professeur Boudet, à Montpellier.) Janine …
Née le 6 janvier 1939, de parents bien portants, nourrie au Jait Guigoz à 7 mois et demie.
Entre dans le service sur avis du médecin traitant le 18 mai 1939 avec le diagnostic de bronchite. Examen à l'entrée :
Age: 4 mois et demi, poids: 3 kgr. 170; température: 37°. Enfant un peu hypotrophique, la peau ne fait pas le pli; fontanelle un peu déprimée, pas de cranio-tabés. Abdo- men souple, le foie déborde de deux travers de doigts; rate non percutable.
Poumons: râles de bronchite disséminés. L'enfant est traitée par la révulsion.
Le 22 mai s’installe une température à grandes oscillations. L'état général de l’enfant est très vite touché. L’examen ne révèle que de petits foyers pulmonaires discrets
sans cyanose, sans battement des ailes du nez, ne paraissant pas être à l’origine de l’atteinte de l’état général.
- Le 27 mai, l’examen du culôt de centrifugation de l'urine prélevée aseptiquement montre l’existence d’une pyurie, le germe poussant en culture est le pyocyanique.
Le ler juin apparaît une légère raideur de la nuque. Une ponction lombaire est pratiquée: tension normale, albumine 0 gr. 20, pas de germe; nageotte: 3,4 lymphocytes; L. C. R. ensemencé sur milieu de Lowenstein.
Un nouvel examen d’urine prélevée aseptiquement est pratiqué le 9 juin: présence de leucocytes, d’hématies, quelques cellules épithéliales. La culture donne du colibacille en grande quantité.
L'état général de l’enfant décline, la peau garde le pli, Le 12 juin apparaissent des troubles nerveux intenses:
L'enfant présente une contracture musculaire généralisée, il est figé et immobile en attitude tétanoïde. La contracture porte surtout sur les muscles de la nuque: la tête est en hyperextension. L'enfant sur le dos est en « opisthotonos », reposant sur le plan du lit par l’occiput et le sacrum. Les muscles de la face sont contractés, la physionomie est grimaçante, révélant une expression de souffrance.
Les bras sont rejetés en arrière, l’avant-bras fléchi sur le bras, le poing fermé. Les cuisses et les jambes sont immobilisées en demi-flexion, les pieds sont fléchis au maximum sur la jambe. ;
Cette contracture qui paraît intense est pourtant facilement réductible. Elle n’est pas constante; petit à petit l’enfant retrouve une attitude normale et son visage n’est plus grimaçant, mais reposé, gardant malgré tout un regard fixe et sans vie.
Elle reprend si l’on vient à toucher l’enfant et il semble
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que l’hypertonie s’accentue à mesure que l’on cherche à mobiliser l'enfant (négativisme). En même temps, la face reprend cette expression de souffrance qui persiste même si l’excitation extérieure cesse.
Les réflexes sont normaux. Le signe de Chvosteck a toujours été négatif.
Sur ce fond d’immobilité se greffent des mouvements automatiques stéréotypés, en particulier l’enfant fait passer et repasser ses mains devant sa bouche comme pour chasser des mouches invisibles. Il n’y a pas de conservation des attitudes imposées.
L'enfant présente en outre une pâleur terreuse intense qui n’a jamais varié, siégeant sur tout le corps et particulièrement à la face. De temps en temps, il est secoué par - une polypnée paroxystique sans battement des ailes du nez. D'ailleurs, au moment où ces troubles nerveux sont apparus, les phénomènes pulmonaires du début de la maladie ont disparu (radiographie négative).
Il s’agit sans doute d’un syndrome catatonique comme semblent le prouver: la contracture généralisée avec immobilité totale, le négativisme, les mouvements stéréotypés et les troubles organo-végétatifs.
Evolution: du 12 au 20 juin, malgré la thérapeutique mise en œuvre, l’état général de l’enfant continue à décliner. Les phénomènes catatoniques font place à une demisomnolence, l’enfant n’a plus la force de crier.
Décès: 20 juin.
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