‹ Les manifestations nerveuses de l'alcoolismeChapitre 16 sur 28 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Nous en avons fini avec l'étude clinique des manifestations nerveuses de Palcoolisme. Il nous faut maintenant écudier l’anatomie pathologique. Ici encore nous nous trouvons en face de lésions diverses ; fugaces,

, passagères ; ou irrémédiables ; variables dans leur constance et dans leur physionomie. Le système nerveux est le siège de lésions graves et profondes ; le cerveau, la moelle, les nerfs périphériques, les organes des sens peuvent être altérés isolément ou simulnémet Cagissant chacun à * manière intanément, en réagissant chacun à leur manière sous 1

fluence du poison. Presque toujours l'iutoxication intéresse

simultanément plusieurs parties du système nerveux. Les lésions du système nerveux peuvent ètre parfois inappréciables ; elles peuvent être purement congeslives, bornées à la réplétion des vaisseaux,à quelques suffusions sanguines ou à l’ædème des méninges. D'autres fois, surtout dans l’alcoolisme d’ancienne date, elles sont plus nettes et se caractérisent par des altéralions avancées des cellules nerveuses et de la névroglie.

Nous étudierons ces altérations, organe par organe !: encéphale, moelle, nerfs, œil, ete...

Lésions de l’'encéphale

Ces lésions peuvent porter sur les méninges où sur la substance cérébrale proprement dite.

Lésions des méninges. — «. Dure-mère. — Celle-ci est BROUSSAIN “ ee

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fréquemment altérée. (Lancereaux, Perroud, Christian). Elle présente parfois des dépôts membraneux plus ou moins bien organisés à sa surface ; tantôt cela se manifeste sous la forme d'un mince feuillet ; tantôt et le plus souvent sous la forme de lames superposées entre lesquelles on aperçoit de petites taches ecchymotiques où de véritables caillots sanguins (pachyméningite hémorrhagique).

b. Arachnoïde et pie-mère. — Les altérations de ces membranes sont fréquentes ; on peut même dire qu'elles ne manquent jamais chez les vieux ivrognes. Elles ont un siège de prédilection tout particulier qui est pour le cerveau la face supérieure des hémisphères, pour le cervelet la portion qui en circonscrit la grande circonférence. Dans lalcoolisme aigu terminé par la mort, ces membranes présentent ordinairement les signes d’une congestion intense. Dans l'alcoolisme chronique terminé par la démence et l'imbécillité elles sont épaisses, fusionnées et adhérentes à la substance cérébrale sous-jacente ; l'arachnoïde présente surtout des plaques blanchâtres plus ou moins épaisses et étendues qui sont l'indice d’une inflammation chronique ; ces lésions sont surtout prononcées à la face supérieure et convexe des hémisphères, surtout le long du sinus longitudinal supérieur : ou peut constater au milieu de ces méninges épaissies des taches ecchymotiques de pelite étendue ou des plaques jaunes d’ocre constituées par la matière colorante du sang à l'état amorphe ou crisiallin (Aématoidine).

Ces extravasations sanguines qui se rencontrent encore à la. surface des ventricules occupent principalement la grande circonférence du cervelet ; le liquide céphalo-rachidien elair ou opaque est plus ou moins abondant: il peut être enkysté ou non.

Cerveau et cervelet. — Tous les points de ces centres ne sont pas également accessibles à l'influence morbide des

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boissons alcooliques ; d’une façon générale la fréquence des altérations produites par l'alcoolisme est en rapport avec la richesse vasculaire de la substance nerveuse centrale ; la substance grise des circonvolutions du cerveau et du cervelet, celle des couches optiques et des corps striés, telles sont les parties où s’observent le plus habituellement les lésions produites par les spiritueux.

Dans le cas d'intoxication aiguë l’encéphale est hyperhémié, très vascularisé; sa surface est rouge vif; il y a aussi assez souvent de la congestion et de la stase veineuse et même de l'exsudation qui est surtout visible au niveau des ventricules ; parfois il y a des suffusions sanguines ; le cervelet dans ces cas-là est souvent atteint. L’expérimentation a démontré à Flourens une suffusion sanguine occupant la base du cervelet chez les pigeons intoxiqués par l'alcool.

A l’autopsie d’un individu mort de delirium tremens on constate ce qui suit. Le cerveau pris en masse est à peine modifié à la simple vue ; sa consistance, sa coloration ont peu changé, et c’est tout au plus si les vaisseaux des méninges ou ceux de la substance cérébrale sont plus pleins, plus volumineux ; les altérations microscopiques que l’on constale dans ces cas ou dans les cas de délire chronique sont constituées par une dégénérescence granulo-graisseuse et pigmentaire des artérioles et des capillaires de l'écorce cérébrale et par une altération de mème nature des éléments nerveux eux-mêmes; la gaine lymphatique des vaisseaux corticaux est surchargée en amas granuleux; ceux-ci sont disposés en îlots disséminés sur tout le trajet des vaisseaux où ils ont la forme de plaques irrégulières, composées de granulations pigmentaires et graisseuses ; ces plaques siègent surtout au niveau de la bifurcation des artérioles, dans l'angle formé par les branches de subdivision; dans ces

ames, tout en distinguant encore un certain nombre de

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noyaux, il est impossible de reconnaître les éléments auxquels ils appartiennent: la présence des noyaux «montre cependant que ces placards granuleux sont des amas de cellules, mais fusionnées. Dans les fins capillaires on rencontre également ça etlà des granulations de même espèce ; la coloration de ces granulations est noire ou brunâtre ou ocreuse: celte dernière teinte se rencontre surtout si la maladie s’est compliquée d’une congestion intense et chronique ; dans les cellules nerveuses on rencontre la même dégénérescence granulo-graisseuse et pigmentaire ; les tubes nerveux de l'écorce sont raréfiés à un faible degré, mais n’offrent, sauf complication, que fort peu de lésions. (Klippel). IL faut rapprocher de ces recherches Îles lésions décrites par Ballet dans un cas de névrite périphérique avec psychose polynévritique; outre les lésions de la névrite périphérique, cet auteur a trouvé la moelle et le cerveau altérés ; du côté de la moelle qui est lésée à la région lombaire il y a disparition des saillies triangulaires des cellules, excentricité du noyau, chromatolyse très accentuée.

Dans le cerveau, il note des lésions grossières exclusivement cellulaires ; dans le lobule paracentral, la plupart des grandes cellules pyramidales sont altérées ; 1l y a une chromatolyse soit périnueléaire, soit totale; parfois les noyaux sont à contours irréguliers, comme déchiquetés.

À une période plus avancée de l’intoxication chronique, les lésions matérielles de l’encéphale ne sont plus contestables, même à l'œil nu ; tantôt diffuses, tantôt circonserites et disséminées en différents points, elles ont pour siège de prédilection la périphérie du cerveau ou du cervelet, les corps striés, les couches optiques. Fantôt dans la démence alcoolique chronique, la stéatose et le ramollissement athéromateux dominent; tantôt dans la paralysie générale, il s’agit surtout de lésions interstitielles (sclérose

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de la névroglie) (Magnan), tout cela pouvant mener à l'induration, au ramollissement, à Papparence kystique ou cicatricielle du cerveau.

Moelle. — Celle-ci peut être lésée du fait de l'alcoolisme. Magnus Huss y décrit de la congestion et de l'ædème des méninges. Wilks note de l’épaississement des méninges de la moelle. Jones admet le ramollissement de la parie postérieure et des cordons latéraux de la moelle. D’autres auteurs notent des épanclhements séreux sous la duremère, de la congestion des vaisseaux des méninges,-du ramoilissement de la substance médullaire, de la dilatation des capillaires de cette substances, etc.. OEttinger, Finlay, Korsakoff, Küppen, Schæfler, Erlitzkv, enfin Achard et Soupault ont signalé des altérations des cellules des cornes antérieures dans la paralysie alcoolique ; d’après Schæffer le premier caractère de l'atrophie consiste en ce que les noyaux des cellules sont dentelés ; ils se subdivisent ensuite en petites granulations et disparaissent; les cellules deviennent moins aples, ou perdent toute aplitude à fixer les matières colorantes ; elles se vacuolisent, leurs prolongements disparaissent et enfin elles subissent une désagrégation définitive. Citons enfin, pour être complet, la dégénération des cordons de Goll notée chez un alcoolique.

Nerfs. — De toutes les lésions dues à l'alcoolisme, une des plus fréquentes est la névrite, que cette névrite soit localisée ou généralisée. Ce n’est pas d'aujourd'hui que ces notions ont eu cours ; déjà depuis longtemps, des observateurs distingués avaient noté des dégénérescences nerveuses, qu'il nous suflise de citer les noms de Huss, Lancereaux, Leudet, Wilks, Lockari-Clarke, OEttinger, Gombault (Acad. des sciences, 27 février 1886), Strumpell (Bert. Xliïn. Woch. page 519, 10 août 1885), Lilienfeld (24. page 727, nov. 1885), Beruhardt (Zeëtsch. f. Klin. ed. Band XI, p. 363), Op-

penheim (#4. Band XT, p.232, 18851, Saundby (The Lancet, 7 août 1886), Buzzard (Brain, p. 90, ce 1888), Eichorst (Arch. f. Path. an. u. Phys. CXH. Heft. 2. 1888), etc, etc.

Les altérations ne tubes nerveux se RÉ ERU sous des aspects très différents suivant l’âge et le degré de leur évolulion. On peut décrire, à l'exemple de Pitres et de Vaillard, cinq phases daos leur développement qui est d’ailleurs identique à celui de la dégénérescence w allérienne. La première phase est caractérisée par la fragmentation de la myéline en blocs : tout d’abord le noyau se gonfle, le protoplasma végète autour de lui, puis sur touie la longueur du segment interannulaire, il échanere la myéline en certains points, et s'insiaue entre les lèvres des incisures de Lantermann sur d’autres points ; plus tard, le protoplasma augmente encore, échancre plus profondément la myéline, effile et rompt complètement le cylindre-axe ; la myéline se trouve alors fragmentée en un certain nombre de blocs, régulièrement cylindriques où minces, irrégulièrement festonnés sur leurs bords : leurs extrémités sont arrondies et séparées par du protoplasma ou des granulations de myéline : à leur centre. on peut souvent encore reconnaîire les débris du cylindreaxe, complètement enveloppés par la myéline.

La deuxième phase consiste dans la segmentation de la myéline en boules. La myéline est beaucoup plus divisée et réduite à l’état de boules de dimensions très diverses et de coloraiion souvent différente ; le protoplasma est devenu plus abondant ; les noyaux se sont notablement multipliés, et Je cylindre a “tolalement disparu. Au troisième stade, une partie desgraaulations de myéline à disparu par résorplion ; celles qui persistent s'accumulent en certains points et forment des renflements dont l'aspect et la dimension sont des plus variables ; à leur niveau, la myéline est représentée par des boules ou des gouttelettes très finés, variant du gris

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LA À * L — 55 — 4 à : clair au noir, et contenues dans un protoplasma abondant au

milieu duquel on voit de deux à cinq noyaux : quelquefois même, ces renflements sont constitués uniquement par une masse protoplasmique jaune cendrée dans laquelle nagent les noyaux ; dans l’iñtervalle des renflements, la gaine de Schwann est plissée, ratatinée ; elle ne renferme plus qu'un peu de protoplasma et quelques noyaux ovoïdes allongés dans Je sens de l'axe.

Au quatrième stade, toute trace de myéline normalement

à colorée a disparu ; les tubes atrophiés pàles ne contiennent plus que des granulations brunes ou ambrées dispersées en traînées linéaires ou en petits amas constituant des dilatations ou des renflements successifs ; elles sont situées dans un protoplasma clair, peu abondant, à côté des noyaux

- ovoïdes.

Enfin au cinquième stade la myéline a totalement disparu ; il ne reste plus que la gaine de Schwann, incolore, plissée, contenant quelques noyaux ovoïdes.

Ilest très rare que toutes les fibres d’un filet nerveux présentent le même degré d’altération ; Le plus souvent elles sont inégalement altérées; à côté de fibres très altérées on peut trouver des fibres saines ou des fibres présentant les

lésions décrites sous le nom de névrite segmentaire périaxile. Cette lésion s'explique d’elle-mème ; la longueur des portions altérées est variable ; le plus souvent c'est un segment annulaire tout entier; quelquefois c’est plus d’un segment ; l'aspect des lésions n’est pas le mème dans tous les cas; tantôt la myéline est réduite à l’état de fines gra-

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