DARWIN
Il n'existe peut-être pas de talent artistique qui, pour Ribot, offre des cas plus concluants de transmissions héréditaires que le talent musical. Les facultés musicales, le sentiment de la musique sont comptés par H. Spencer au nombre des aptitudes qui se sont formées par accumulation héréditaire; il enest - du musicien comme du poète. Si la nature ne la ‘ formé tel
S’il n'a reçu du ciel l'influence secrette,
Pour lui, Phébus est sourd, et Pégase est rétif. ()
L’hérédité est, en effet, la loi biologique « en vertu de laquelle tous les êtres doués de vie tendent à se répéter dans leurs descendants. Elle est pour l’espèce, ce que l'identité personnelle est pour l'individu. »
-(1) J.-J: Rousseau, Dictionnaire de la Musique.
bon 1 Wa
L'homme doit être considéré non seulement dans son organisme, son dynamisme, mais aussi dans les fonctions qui constituent sa vie mentale ; d’après Ribot, au même titre que les caractères physiques, les instincts, les facultés de l’esprit sont transmissibles héréditairement. Il est logique de supposer, en fin de compte, que notre hérédité psychologique est liée à celle de nos sens, à l’hérédité de notre système nerveux central et périphérique. N'est-ce pas l’hérédité qui régit les proportions de l’encéphale ; n’est-ce point elle qui se manifeste dans les dimensions générales et la forme des circonvolutions ? Gall n’avait peut-être pas tort d'expliquer ainsi la transmission des facultés mentales. Il y a dans l’histoire de Part un grand nombre d'observations montrant la fréquence des familles de musiciens, comme des familles de poètes et de peintres. Car, « on ne peut être musicien sans une sensibilité exquise de l'oreille, ni peintre sans un don inné des couleurs et des formes, qui suppose une certaine conformation de l’organe visuel. Ce sont là des conditions physiologiques. On peut dire que le talent, soit musical, soit plastique, dépend de la conformation des organes. L’hérédité psychologique y est intimement liée à l’hérédité physiologique et c’est là ce qui rend sa transmission plus sûre ». Candolle n’a-t-il pas établi que le sentiment de la . musique, c’est-à-dire une aptitude à mesurer le temps et distinguer les notes, est une disposition de naissance chez beaucoup d'enfants, disposition que l’on trouve clairement dans beaucoup de cas, chez le père, la mère ou les ascendants. Quand les parents des deux côtés sont musiciens, presque toujours les
enfants naissent avec l'oreille juste, c’est-à-dire avec le don d’intonation. Quand l’un d’eux est seul musicien, ou que, dans l’une ou l’autre famille cette qualité n’est pas ordinaire, on voit souvent des frères et des sœurs différer sous ce rapport. « L’aptitude musicale, dans ce cas, n’est pas fractionnée ou atténuée pour chacun des deux enfants, mais, l’un a l'oreille juste et l’autre ne l’a pas. Or, si l’impression causée par les sons est physique, la relation entre les sons et la mesure du temps est plutôt du domaine intellectuel. »
Plus récemment, les travaux d’auteurs américains nous ont amplement démontré avec des données plus précises encore, chiffres en mains, pour ainsi dire, et parconséquent d’une façon scientifique décisive, que l’hérédité, loin d’être, selon Balzac « un dédale dans lequel la science se perd » est seule capable d'expliquer lhabileté musicale et la virtuosité. Les méthodes techniques d’une science récente, l’Eugénique appliquée dans le but d'améliorer les qualités natives de la race, corroborent les faits énoncés plus haut. Précocité — Hérédité.
Nous l’avons déjà dit, la musique est un langage et, comme tel comporte deux ordres de processus : Les processus passifs ou sensoriels et les processus actifs ou moteurs. L'hérédité des facultés nécessaires à la perception ou à l'expression de ce langage impliquera nécessairement deux éléments : une hérédité sensorielle: l’oreille musicale; et une hérédité motrice : l’aptitude à la virtuosité. Nous étudierons avec quelques détails dans les chapitres suivants la sensorialité,