‹ Les Manifestations précoces du Génie MusicalChapitre 5 sur 39 · RS AVANT-PROP0S · texte numérisé non relu

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Les problèmes médico-légaux prennent aujourd’hui une importance sociale considérable, et, les moyens scientifiques entrant en jeu pour les résoudre, exigent de jour en jour des connaissances aussi étendues que diverses. En suivant avec assiduité les précieux enseignements que Monsieur le Professeur Etienne Martin donne d'une façon à la fois si vivante et si attachante dans ses cours magistraux, nous avons bien compris, comment les relations sociales des individus entre eux, avaient pour base une étude complexe de causes psycho-physiologiques normales et pathologiques. Grâce à de telles recherches, et grâce aussi à certains procédés de plus en plus perfectionnés qu'un médecin-expert est seul capable d'entreprendre et d'utiliser, il devient possible de saisir avec une grande exactitude la personnalité d'un individu.

C’est d’ailleurs en partant de cette idée générale, que des médecins-légistes ont pu, avec un réel profit, étudier les caractères physiques, biologiques et moraux des délinquants et des hommes de génie. Au laboratoire de médecine légale de la Faculté de Médecine de Lyon, des études rétrospectives sont faites sur des

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grands hommes, et dans toutes les branches de l’activité de l'intelligence humaine.

Etant sur le point de quitter les bancs de la Faculté et de nous éloigner à regret de l'Ecole lyonnaise à laquelle nous sommes fier d’appartenir, ayant poursuivi d'autre part au Conservatoire national de musique de Lyon des études techniques, nous eûmes alors l’idée de demander à M. le Professeur Etienne Martin de nous faire un grand honneur : nous confier un sujet de thèse dans lequel la science et l’art se confondraient suivant la loi naturelle de l'harmonie et dans lequel des cas abondants pourraient être recueillis et dignes d'être observés au point de vue de la psycho-phystologie normale et pathologique. Notre cher Maître a bien voulu nous proposer d'étudier Les Manifestations précoces du Génie musical.

Nous avons donc tenté une incursion sur le terrain historique de l'Art musical. En confrontant les faits que nous avons relevés et les observations auxquelles nous nous sommes livrés avec les données médicales actuelles, il nous a été possible de dégager des conclusions qui, pour être prudemment mesurées, ainsi qu'il convient en une matière aussi délicate, contribueront peut-être à dissiper l'ombre épaisse qui enveloppe le génie musical et ses premières manifestations. |

Recherchant tout d'abord si le génie est lié à la morbidité ou si, au contraire, celui-ci peut être envisagé comme un phénomène physiologique, notre travail. embrassera l'étude de la sensibilité, de la sensorialité

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puis de la motricité des musiciens. Nous nous efforcérons ensuite de dégager par des expériences personnelles la valeur que l'on doit attribuer pratiquement aux réactions psycho-motrices. Enfin, nous terminerons cette étude en soulignant l'importance des nombreux et complexes facteurs psychologiques qui, intervenant dans la genèse de l'œuvre créatrice, constituent à proprement parler le « génie ». Nous aurions voulu joindre quelques données anthropologiques relatives au crâne et à l'oreille des grands maîtres. Ce travail n'est malheureusement qu'ébauché: la mauvaise grâce de certains conservateurs de musées étrangers peu favorables à nos travaux originaux en est entièrement responsable.

En exprimant ici, notre profonde gratitude à Monsieur le Professeur Etienne Martin qui a bien voulu encourager et aiguiller nos recherches, nous avons aussi à cœur de remercier M. Gédalge, l’éminent Professeur du Conservatoire National de Musique de Paris, Inspecteur général des Beaux-Arts, à qui nous devons communication des observations recueillies par lui au cours d’une longue expérience profession-

nelle.

(Novembre 1922). Pierre CHANTRIOT.

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